‹ Monument à la gloire de MarieChapitre 17 sur 69 · MATER PURISSIMA , ORA PRO NOBIS · texte numérisé non relu

MATER PURISSIMA , ORA PRO NOBIS

« Il convenait , dit saint Anselme , que la sainteté « de la Yierge-Mère fût telle qu'on ne pût en conce- « voir de plus grande après celle de Dieu^. » Car autrement il faudrait penser que Dieu n'a pas voulu que celle à qui était réservé l'avantage infini d'être sa Mère fût , autant que possible , au niveau de cet honneur; et qu'il ne l'a pas créée assez digne d'un rang qui n'a pas et qui n'aura jamais d'égal au monde. C'est ce qui a donné lieu à saint Thomas d'écrire ces remarquables paroles : « Il peut exister une créature « si pure qu'il soit impossible qu'il y ait rien de plus « pur dans les ouvrages du Créateur; et telle a été la « pureté de la bienheureuse Vierge , de celle qui ne « connut jamais ni le péché originel ni le péché ac- « tuel-. »

Dieu et le péché sont inconciliables : l'opposition entre ces deux termes est absolue, infinie. C'est

' De Concept., c. xviii. — - 1 Sent. dist. xi.iv, q. unica , art. Ul, ad ri. — Concil. Trid. sess. v et vi.

pourquoi l'on ne s'approche de Dieu qu'en s' éloignant du mal, duquel aussi l'on s'éloigne d'autant plus que l'on s'approche davantage du « Saint des « saints^. » Mais comment imaginer une créature qui ait eu avec Dieu des rapports aussi intimes que la Mère de Dieu? Comment donc en concevoir une qui ait atteint, qui ait pu atteindre à une pureté d'âme semblable à celle de la bienheureuse Vierge?... Aussi l'Ange de l'école enseigne-t-il que « l'effusion de la « grâce en elle a été si abondante , si complète, qu'elle « a joui de l'union la plus étroite possible avec l'Au- « teur divin de la grâce, et a ainsi mérité de recevoir « dans son sein celui qui en est la source-. »

11 ne suffirait donc pas de donner à Marie la première place dans la hiérarchie des créatures même les plus saintes. Celle qui approche le plus possible de Dieu est au-dessus d'elles de toute la hauteur de son incomparable dignité; elle s'en distingue «comme le «lis qui éclate au milieu des épines^; » sa sainteté domine parmi tous les élus, parmi tous les esprits bienheureux, « comme une colonne de vapeur qui « s'élève du désert en exhalant la myrrhe, l'encens et « tous les parfums^. »

En admirant, dans cette auguste Mère, ce privilège de sainteté unique dont le Seigneur l'a gratifiée, tâchons de comprendre la haine nécessaire de Dieu pour tout ce qui offense sa majesté infinie. Le péché, quel qu'il soit dans son objet et dans ses circonstances, est toujours une violation de l'ordre moral, un désordre véritable que Dieu doit repousser loin de lui , vu qu'il

1 Dan., IX, 24. — - \\\ part, qiicpsi . wvii, art. v, ad \ . — ■'' r.nnt., Il, 2. — '' Cant., III, H.

est lui-même l'ordre par essence, l'ordre substantiel, nécessaire, immuable. Le péché est une révolte contre Dieu, ce pouvoir souverain, ce pouvoir suprême, ce pouvoir éternel qui le défend, et qui ne saurait, sans se manquer à lui-même , laisser impuni dans son empire universel un acte quelconque de rébellion. Le péché est une ingratitude envers le premier, le plus grand des bienfaiteurs ; une ingratitude d'autant plus noire que nous offensons volontairement celui qui nous conserve la vie au moment même où nous en abusons contre lui-même; et qu'il nous est impossible de l'offenser sans tourner contre lui un de ses bienfaits. Mais Dieu peut-il ne pas haïr infiniment l'ingratitude, que les hommes mêmes flétrissent d'un souverain mépris?...

Ah ! ne glissons pas rapidement sur des vérités si propres à nous inspirer une sainte horreur pour les moindres violations de l'adorable volonté de Dieu, si capables d'exciter notre zèle , notre vigilance , nos efforts pour nous les faire éviter. Semblables à « celui « qui ne veut pas comprendre son devoir^, » nous serions en péril « de tomber et d'être rejetés par le « Seigneur - ; ou comme « ces insensés qui dédaignent «la sagesse^, » nous mériterions « d'être dédaignés «nous-mêmes par le Très-Haut, et d'être hvrés à «notre sens réprouvé^. » Méditons plutôt sérieusement ces vérités salutaires, et tâchons d'y puiser « cette crainte pieuse qui ne néglige rien^, » et qui a toujours devant soi la grande maxime du divin Maître : « Celui qui est fidèle dans les moindres

' Ps. XXXV, 4. — - Ps. XXXV, 13. — ' Prov., i, 7. — ' Ecclés., vu, \i. — ' Kcclés., vil, 1!t.

« choses sera fidèle dans les plus grandes , et celui « qui est infidèle dans les plus petites le sera aussi « dans les grandes ^ »

0 vous dont l'admirable sainteté « ressemble au « doux et pur éclat du bel astre des nuits 2, » c'est de tout notre cœur que nous vous disons ; a Vous êtes « toute pure , ô Marie , et il n'y a pas en vous la « tache la plus légère^, en vous maison de Dieu qui « ne peut qu'être sainte^, tabernacle du Très-Haut « qu'il a revêtu de sa sainteté^. » Oui, nous tous, vos enfants chéris, nous sommes heureux de contempler dans notre auguste et tendre Mère cet éclatant privilège devant lequel l'Église , toujours guidée par l'Esprit saint, s'est solennellement inclinée, en déclarant à l'univers catholique qu'elle n'avait garde de vous comprendre parmi les pécheurs^. Obtenez -nous, ô Marie , de bien sentir quelle haine Dieu a nécessairement pour le péché, dont le désordre n'a jamais déshonoré votre belle àme; quelle horreur nous devons éprouver pour cet acte de révolte et d'ingratitude, lors même qu'il n'irait pas jusqu'à produire entre Dieu et nous la division de mort qu'il opère, hélas! trop souvent. Daignez, par votre intercession, nous en préserver; daignez exaucer ceux qui vous adressent cette pieuse invocation :

lUère très-pare, priez poar noas! — Uater purissima, ora pro nobis!

* Luc, XVI, 10. — ' Cant., vi, 9. — ^ Gant., iv,7. — ' 1*?. xcii, 5. — '" Ps. XLV, .). — '• Concil. Trid., sess. v et vi.

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