‹ Monuments anciens et modernes (volume 2)Chapitre 16 sur 97 · TEMPLE DANS L’ILE DE GOZO · texte numérisé non relu

TEMPLE DANS L’ILE DE GOZO

de la déesse de la nature ; l’usage s’en est conservé jusqu’à nos jours en Orient : les cours des mosquées de Constantinople sont habitées par un nombre considérable de pigeons. Les médailles de Paphos et la pierre gravée, publiée par Visconti, font voir des colombes autour du temple delà déesse.

L’abside (G), qui forme le fond du temple, ne présente que quelques débris de pierres placés sur sa surface qui est la plus élevée de tout l’édifice, comme on peut s’en convaincre par la coupe générale (fig. 2, pl. ire, G). Le savant antiquaire auquel nous empruntons ces détails suppose avec raison que c’était remplacement de la statue de la déesse de la nature ou l’ A star té des Phéniciens, à laquelle tout l’édifice était consacré. Cette hypothèse expliquerait les analogies frappantes que présente le temple de Gozo avec celui de Paphos consacré à Vénus Uranie, dont le culte put venir de Phénicie, en raison de ses rapports avec celui d’Astarté.

Le second temple (B), plus petit que le premier, présente dans son plan des formes semblables; il est entièrement dégarni de sculptures et d’ornements. Dans l’abside du fond (M) est un autel composé d’un seul morceau de pierre, comme l'indique la coupe générale (DM) de ce temple (pl. rre, fig. 5). Un monceau d’ossements d’animaux et de poteries brisées ( k ) semble indiquer que la petite abside située à droite dans la seconde partie de l’édifice servait de dépôt après les sacrifices; conjecture d’autant plus admissible que cette abside est close sur le devant par cinq grosses pierres debout ( l ).

Les deux temples de Gozo paraissent n’avoir jamais eu de plafonds ou de voûtes ; ils auraient été hypæthres ou sous le ciel, comme celui de Vénus à Paphos, et comme la plupart de ceux qui étaient consacres aux divinités dont le culte avait quelque relation avec le sabéisme. Toutefois, dans le temple (A), M. de la Marmora signale un certain nombre de trous circulaires et profonds pratiqués dans le pavé et correspondants à des pierres debout percées de part en part, comme celle dont l’élévation est pl. 2 , n° 12 , et le plan n° i3; il pense que les excavations faites dans le sol auraient permis de planter des mâts , dans le but de soutenir un vélum destiné à garantir du soleil et de la pluie une partie du temple, et les trous pratiqués dans les pierres debout seraient autant d’anneaux pour lier les cordes nécessaires au maintien de cette espèce de tente. M. Miinter indique de semblables ouvertures verticales et horizontales dans le temple de Paphos. On peut voir encore dans ces trous multipliés que présentent les pierres placées verticalement dans la Gigantèja, un moyen de suspendre des exvoto , comme on l’a pratiqué de toute antiquité contre les parois intérieures et extérieures des temples. La fig. n° 14 pourrait être la représentation d’un de ces voeux; les petites dimensions de cette pierre et sa forme régulière semblent indiquer qu’elle fut apportée du dehors. 11 est difficile d’expliquer la figure singulière qui s'y trouve gravée; M. de la Marmora a cru y reconnaître un signe phallique. Elle a été trouvée dans la première abside droite du grand temple (A) avec un vase de fabrique grossière.

Nous avons reproduit sur la seconde planche n° 9 un plan de l’édifice de Gozo, tel que le publie Houel qui la dessiné avant que les dernières fouilles aient fait connaître sa vraie disposition; on voit sur ce plan une enceinte circulaire qui accompagnait l’édifice : elle n’existe plus depuis ce voyageur. M. de la Marmora y voit un Téménos consacré à Melkart, l’Hercule phénicien qui était adoré à Malte, et pouvait l’être aussi à Gozo. Trois pierres placées en désordre au milieu de cette enceinte composaient sans doute un autel du dieu , semblable à celui dont nous avons déjà parlé au commencement de cette notice, en citant Artémidore qui décrit le culte d’Hercule à Carthage. Cette enceinte circulaire, et une autre dont nous donnons un exemple n° 10, pl. 2 , rappelle à tous égards les cercles de pierres attribués aux Celtes et aux Gaulois, que l’on voit en France, en Angleterre, en Suède et en Nonvége; ils se composent, comme l’enceinte figurée sur la 2e planche, n° 10, de grandes pierres debout, circonscrivant un espace au centre duquel, sur un sol uni ou bien au sommet d’un monticule factice, s’élèvent des autels ou dolmens formés de trois ou quatre pierres brutes.

La fig. n° 11 présente un temple de la même nature qu’on voit dans 1 lie de Malte vers le sud. Il occupe le sommet d’une petite élévation nommée Gibbel-Schil , auprès du village de Krendi ; on peut considérer ce monument comme appartenant à une époque postérieure au temple de Gozo, parce que la plupart des pierres qui le composent sont parfaitement équarries et taillées avec art, ce qui n’a pas lieu à la Gigantèja. La position de ce temple sur un lieu élevé, la pierre conique encore en place au centre d’une des deux absides que l’on peut considérer comme deux sanctuaires , tout indique ici le culte de la même divinité.

Après avoir reconnu , par les dispositions intérieures de la Gigantèja , son usage sacré et 1 origine orientale de la divinité qui y était adorée, il nous reste à examiner la construction extérieure. L’ensemble du temple présente l’aspect de deux tours demi-elliptiques liées entre elles, et ayant pour base commune le mur dans lequel sont ouvertes les deux portes des nefs (C et D). C’est donc la forme de l’édifice qui lui a fait donner dans le pays le nom de Tour des Géants.

La figure 6 de la planche irc fait connaître la construction de la Gigantèja; elle se compose de pierres

— MONUMENTS PELA SGI QUES

énormes , entre lesquelles sont établis , comme des pilastres , de grands blocs placés verticalement; tout le reste de la muraille est formé par des remplissages de pierres plus petites. Une similitude frappante règne entre cette construction orientale et celle des murs de Tyrinthe , dans l’Argolide , élevés par Hercule , dieu d’origine phénicienne. L’enceinte militaire de Tarragone sur les côtes d’Espagne , où les Asiatiques portèrent les premiers germes de la civilisation, les Nuraghes de la Sardaigne, les Talayots des îles Baléares, qu’on peut leur attribuer avec quelques probabilités, forment, avec les monuments druidiques du nord de l’Europe, le point de départ de la longue série d’édifices dont la classification constitue l’histoire de l’architecture. On a nommé Pélasgiques ou Cyclopéennes ces constructions primitives; il nous semble qu’aucun de ces noms ne leur convient. La seconde dénomination devrait s’appliquer exclusivement au système postérieur à celui que nous venons d’examiner , et dans lequel le cercle (xuxXoç) était le régulateur des ouvriers lorsqu’ils superposaient les pierres qui composaient les murailles

BIBLIOGRAPHIE

1° Houel, Voyage pittoresque dans les îles de Sicile, Lipari, Malte, etc.

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