DOLMEN. DEMI - DOLMEN. TRILITHES
Les dolmen (*) , pierres levades ou levées , tables du diable ou des fées, sont des monuments composés de plusieurs pierres , dont les unes sont placées à plat sur l’extrémité des autres plantées debout dans le sol , et servant de support.
Les dolmen se présentent sous trois formes principales. La plus simple est celle que l’on désigne sous le nom de demi-dolmen , ou dolmen incliné ou imparfait. C’est une pierre unique, reposant d’un bout sur le sol, et soulevée, de l’autre, par une pierre placée de champ ; tel est le monument de Kerdaniel (fig. 4) situé à deux lieues de Locmariaker (Morbihan). La table, longue de 2m,15, sur une largeur de 2m, est soulevée à l’une de ses extrémités par une pierre debout, haute de lm seulement. On voit dans le département d’Eure-et-Loir, près de Bonneval, un demi-dolmen appelé la pierre couverclée. La table est longue de 3m,33, et large de 2m,75 environ. Plusieurs autres existent dans le même département , l’une à 3Iorancez, l’autre sur la route de Saint- Piat à Maintenon. Une troisième , près du bourg de Toury, porte le nom de pierre de Gargantua ; une quatrième, dans la commune de Mervilliers , s’appelle la pierre du Mesnil. Trois demi-dolmen existent près de Mendon (Morbihan); on en trouve deux dans le Finistère, à Saint-Yvi et à Keryvin. Higgins a publié un énorme demi-dolmen qui se trouve à Brown’ s town , dans le comté de Carlow (Irlande).
Il arrive souvent que de véritables dolmeu , en partie détruits, présentent l’aspect d’un dolmen incliné; telle est la pierre levée , voisine de Poitiers, et gravée dans le recueil de Caylus.
Le lichaven (**), ou plutôt le trilithe , ainsi que l’indique le nom plus significatif emprunté au grec par les modernes, se compose de trois pierres, dont deux servent de support à la troisième posée transversalement. Ce genre de monuments est assez rare ; on en voit un bel exemple (fig. 5) à 4 kil. de Saint-Nazaire (Loire-Inférieure). C’est une pierre longue de 3m,26, large de lm,G4 , et épaisse de 0"',34 ; elle est élevée par les supports à 2m, 27 du sol. Un assez beau trilithe existe près de Maintenon (Eure-et-Loir) ; il est désigné par les paysans sous la singulière dénomination de pierre fritte. Dans la commune d’Allaine (même département) , le monument appelé la Grosse-Pierre est également un trilithe. Telle était aussi la Peyre-Lcvade , qui se voit au nord de Pujols (Gironde), sur le haut plateau qui domine le vallon de l’Escouache et la vallée de la Dordogne ; mais la table a été renversée, et il ne reste que les deux supports.
Par un singulier rapprochement, Strabon raconte que, voyageant en Égypte, il voyait son chemin couvert de temples consacrés à Mercure, et composés de deux pierres brutes qui en soutenaient une troisième. C’est sans doute le seul passage d’auteur ancien où il soit question d’un monument analogue aux trilithes de la Gaule.
Arrivons enfin aux véritables dolmen, qu’on peut partager encore eu deux classes, les dolmen simples, et les dolmen compliqués.
Les dolmen simples sont composés de quatre pierres seulement, dont trois forment les trois côtés d’une sorte de grotte rectangulaire, qui est couverte par la table, et dont le quatrième côté reste ouvert. Tel est le dolmen de Trie (Eure) ; ce dolmen (fig. 6) présente , dans la pierre qui en forme le fond , une ouverture circulaire qui a beaucoup exercé la sagacité des antiquaires, sans qu’ils soient parvenus à donner une explication satisfaisante de sa destination.
D’autres dolmen un peu moins simples conservent également la forme rectangulaire , bien que les parois soient composées de plus de trois pierres ; on en trouve un exemple dans le dolmen de Dollon , près Conneré (Sarthe). La table de ce grand dolmen (fig. 7) a Gm,50 de long , sur 4m,20 de largeur, et une épaisseur d’environ 0m,70.
Enfin , il est des dolmen composés d'un assez grand nombre de pierres posées de champ, dont souvent quelques-unes servent seulement de clôture , sans soutenir la table , qui , formée aussi parfois de plusieurs pierres, ne repose que sur l’extrémité de quelques-uns des supports. Je présenterai pour exemple un des plus beaux dolmen de la Bretagne , celui désigné , à Locmariaker, sous les noms de table de César , table des marchands, ou Dolvarchant (fig. 8). La table, dont la longueur est de 8m,70, la largeur de 4m, et l’épaisseur de lm, repose sur l’extrémité de trois seulement des nombreuses pierres qui forment l’enceinte. A la suite du monument sont plusieurs autres pierres qui paraissent en avoir fait partie ; la direction de sa longueur est de l est à l’ouest. J’ai vainement cherché, sur la partie inférieure de la table, les ornements sculptés que 31. de Frémiri¬
ez Dolmen signifie en celtique table de pierre, de men, pierre, et de taol, table , contracté en toi, qui, dans la composition des mots ou employé dans le discours, se change en dol par les lois de l’euphonie propres à cette langue.
U*) De lec’h, lieu ou table , a , de , men ou ven, pierre
— MONUMENTS CELTIQUES
ville dit avoir remarqués, et dans l’un desquels M. Mah'é a cru reconnaître un phallus. Le temps a peut-être achevé de détruire ces sculptures, depuis l’époque où ces antiquaires ont visité le monument; mais je puis affirmer que , si elles ont existé, il n’en reste plus maintenant aucune trace.
Nous recommanderons encore particulièrement à l’attention des antiquaires d autres dolmen situés également à Locmariaker, aux environs de ce bourg ; ceux de Kerdaniel , de Kerlut , du Mont-Heleu , de Kercadoret-er-Gall ; les dolmen de Carnac,dont le plus remarquable, malheureusement fort ruiné, est appelé le Roc; ceux qu’on trouve en allant de Carnac à Auray, tels que la Roche fendue, la Roche de la Madeleine , etc.; enfin , dans les autres parties de la France , le dolmen de Pontigné et la pierre Cèsée , dans le bas Anjou ; le dolmen du bois de France , sur la limite des territoires d’Aix et de Yauvenargues (Bouches-du-Rhône) ; celui de Saint-Nectaire (Puy-de-Dôme); la Tioule de las fadas, à Pinols (Haute-Loire) ; le dolmen de Fougères (Ille-et-Vilaine); la pierre de Minuit, près Pont-Leroy (Loir-et-Cher); la pierre-pèse , près Limelonge (Deux-Sèvres) ; la pierre des Rignes à Fresnay-le- Buffard , et le dolmen de Saint-Laurent, tous deux dans le département de l’Orne ; celui qui se voit sur les bords de l’Ozanne , à 4 kil. ouest de Bonneval (Eure-et-Loir) ; le Men-Gorroet à Pluneret (Morbihan) , etc. Un beau dolmen , qui existe près Namur, porte le nom de pierre du diable. Enfin , en Angleterre, où ces monuments se trouvent en grand nombre, on doit remarquer celui de ÏHan-Roidy , dans le Caer-Marthenshire, et dans le comté de Kent, près Aylesford, celui appelé par le peuple Kilt' s-Cotty-House , et que Camden regarde comme le tombeau d’un héros breton, appelé Catigern. Je puis encore citer le beau dolmen de Lanyon, paroisse de Madern en Cornouailles; il est composé d une grande table très-plate, supportée d’un bout par trois pierres, de l’autre, par une seule; il a été décrit par Borlase (Ilist. de Cornouailles) , et publié de nouveau par Higgins ( The Ccltics Druids, etc.). Enfin, j’indiquerai encore un autre grand dolmen qui existe à Plas-Rewydd, dans l’île d’Anglesey , et qui a été publié par Kings (Mun. Jnt. T. I), et celui qui existe près de Glamvorth , dans le comté de Cork (Irlande).
Dans cette contrée, on rencontre quelquefois des dolmen clos de toute part ; les Anglais les nomment Kist- Vaen (coffre de pierre). On en voit plusieurs à Rowldrich (Oxfordshire) , lieu où se trouve un grand nombre de monuments celtiques, dont il sera question plus tard. Il en est un autre , près de Tobin’s town , comté de Carlow (Irlande). Nous possédons, en France, un monument analogue à Molitg (Pyrénées-Orientales) , dans un lieu dit le Flan de l'Area (le plateau du coffre) ; il est appelé dans le pays le tumuls des gentils (le tombeau des païens).
Il nous reste à parler maintenant de l’emploi présumé de ces monuments. Leur destination religieuse nous semble incontestable; la dénomination de Fanum Mercurii, qui leur est donnée parles auteurs anciens, suffirait pour détruire toute espèce de doute, quand bien même toutes les preuves ne sembleraient pas se réunir pour indiquer que ce furent des autels. Tacite, parlant de l’ile de Mona (Anglesey), qui, nous l’avons dit, était le centre de la religion des druides en Angleterre , dit qu’on abattit les forets où les gens du pays avaient pratiqué jusqu’alors de cruelles superstitions, faisant fumer le sang des captifs sur les autels qui y étaient dressés , et consultant la divinité par les entrailles de ces victimes (Annal, xiv, 29 et 30). Quand se sont conservés jusqu’à nous des monuments celtiques de toute espèce, les autels auraient-ils seuls totalement disparu? Et si quelques-uns ont échappé aux ravages du temps, où peut -ou mieux les retrouver que dans nos dolmen si semblables à des autels? Si l’on en croit certains écrivains romains, c’était du haut des demi-dolmen de grande dimension que les victimes étaient précipitées sur le fer qui leur donnait la mort. Selon toute apparence , les trilithes furent seulement des autels d’oblation , à moins qu’ils n’aient été considérés comme des symboles de la divinité , ainsi que deux poteaux surmontés d’une traverse furent regardés , chez les Romains, comme l’image de Castor et Pollux.
Les dolmen , au contraire , furent arrosés du sang des victimes , et souvent , sans doute , de celui des victimes humaines. Une particularité qui se reproduit souvent ne permet aucun doute à cet égard : la table de plusieurs dolmen, tels, par exemple, que ceux de Boscoff (Finistère) , de Kerven-Burel (Morbihan) , du Mont-du-Plaid (Allier) , de Livrac (Charente-Inférieure), présente une sorte de cuvette de forme circulaire, destinée évidemment à recevoir le sang des victimes, qui, de là, s’écoulait par une rigole ou déversoir qui existe encore. Borlase et Higgins ont décrit un grand dolmen qui se trouve dans la paroisse de Constantine, en Cornouailles ; la table paraît avoir été placée sur la pointe de deux roches naturelles, à peu de distance du sol ; sa longueur est de 1 lm, sa largeur de 6 , et son épaisseur de 5m; son poids est évalué à 750,000 kil. Toute la surface supérieure est couverte de bassins grossiers, tous avec des déversoirs ; le plus grand n’a pas moins de 2m de diamètre. Dans l’ile Sainte-Marie, la principale des îles Sorlingues, est un autre grand dolmen, dont la table, dune épaisseur énorme, et longue de 15m, présente également un bassin. Enfin, dans la presqu île de Pur-