DOLMEN. DEMI - DOLMEN. TRILITHES
lieck, dans le comté de Dorcester en Angleterre, est un dolmen appelé YAggleston , dont la table offre aussi trois cavités creusées dans sa surface supérieure.
M. Cambry croit voir dans ces bassins un jeu du hasard, et cela, dit-il, parce qu’il en a vu plus de deux cents, et que cela supposerait trop de sacrifices humains. Ne doit-on pas tirer de sa remarque la conclusion opposée? Est-il possible que le hasard produise sur deux cents monuments une excavation semblable? D’ailleurs, il suffit de les examiner pour y reconnaître évidemment la présence du travail humain.
Remarquons que ce genre d’autels était également en usage chez les Hébreux. Nous lisons dans l’Écriture : « Vous dresserez sur le mont Hébal, au Seigneur votre Dieu , un autel de pierres où le fer n’aura pas touché, de pierres brutes et non polies, et vous offrirez sur cet autel des holocaustes au Seigneur votre Dieu. » (Deut., c. xxvn , v. 5 et 6.) Et ailleurs : « Si vous me faites un autel de pierres, vous ne le bâtirez point de pierres taillées, car il sera souillé si vous employez le ciseau.» (Exode, c. xx , v. 25.) Arrien avait vu des autels de pierres non dégrossies dans l’Asie Mineure, non loin de la Galatie , pays qui avait été en grande partie peuplé par les Celtes. Le sol de la Grèce, selon M. Fourmont, offre des monuments analogues quant à la forme au moins, sinon quant à la destination. « J’aperçus, dit ce voyageur, une grotte de seize pieds de long sur dix de large; quatre pierres faisaient le devant, le derrière et les deux côtés; elle n’était couverte que d’une seule pierre ; toutes étaient brûles, et de couleur noire. » ( Mémoire de l’Académie des inscriptions, t. xv.)
Nos dolmen ne ressemblent-ils pas aussi à ces autels grossiers qui étaient disséminés autrefois dans les campagnes de l’Italie , comme on le voit par ces paroles que Calpurnius (Eclog. ni , vers 94 et 95) met dans la bouche d’un berger :
Ipse procul stabo, vel acuta carice tectus,
Vel propiùs latitans vicinâ, ut sœpè, sub ara.
« Moi , je me tiendrai loin, caché par des roseaux aigus, ou plus près, sous un autel, ainsi que je l’ai fait souvent. »
Quelquefois, sous les dolmen, se trouvent de ces fontaines sacrées si vénérées des Celtes; le dolmen de Primelen (Finistère) en est un exemple.
Des ossements trouvés parfois en fouillant au pied des dolmen ont fait croire que ces monuments avaient pu servir de tombeau; sans aucun doute : mais il en est des dolmen comme des autels chrétiens, sous lesquels de grands personnages ou des prêtres ont souvent été déposés , sans pour cela changer leur destination principale.
Nous avons vu que souvent les men-hir avaient été sanctifiés par l’addition de symboles du christianisme ; il en est de même des autres monuments du culte druidique. Souvent, sur les dolmen, on a implanté des croix , comme celle que l’on voit sur le demi-dolmen de Kerland, ci l’entrée de Carnac (fig. 9).
Dans bien des contrées de la France, ces monuments, même dans leur état primitif, sont demeurés l’objet de la dévotion des fidèles. Sur la colline qui domine le village d’Orcival (Puy-de Dôme) existait un dolmen dont une superstition populaire avait fait le tombeau de la sainte Vierge ; il a été détruit par les innombrables pèlerins qui, tous, regardaient comme un devoir d’en emporter un fragment.
En Espagne et en Portugal, on rencontre un assez grand nombre de dolmen qui sont désignés sous le nom d ’antas. On en connaît sur la route d’Oporto à Almeyda , à Pomarès près d’Evora, entre Montemor et Arrayolaas, sur la route de Lisbonne, etc. Le savant Mendoça de Pina en a fait le sujet d’une dissertation insérée dans les conférences de l’Académie royale d’histoire portugaise, à la date du 30 juillet 1733.