‹ Monuments anciens et modernes (volume 2)Chapitre 24 sur 97 · PORTE DES LIONS A MYCENES · texte numérisé non relu

PORTE DES LIONS A MYCENES

La fameuse Porte des Lions formant l'entrée principale de l’Acropole de Mycènes, paraît dater de l’époque delà seconde fondation de cette ville par Persée, quatorze cents ans environ avant J. C. On y arrivait par un passage long de 17m sur une largeur de 10m (fig. 1) , qui la mettait en communication avec la ville , disposition analogue à celle qu’on retrouve au même lieu à la Trésorerie d’Atrée. Les murs qui forment ce passage sont composés de grands blocs de pierre rectangulaires, posés par assises horizontales , joints sur joints (fig. 2) , singulière disposition signalée dans la notice sur l’Acropole, dont la Porte des Lions fait partie. Cette porte est probablement encore dans le même état où elle se trouvait au deuxième siècle de 1ère chrétienne , lorsque Pausanias parcourait la Grèce. Un amoncellement de décombres jusqu’à la hauteur du linteau en obstrue l’ouverture et empêche le voyageur de saisir ses proportions et son ensemble; cependant, selon Dodwell, sa hauteur totale doit être de 5m,35 environ , et la largeur dans la partie supérieure est de 3m. L’architrave consiste en une seule pierre de 4m,80 de longueur, 2m de hauteur, et lm,20 d’épaisseur. W. Gell ne lui donne qu’une hauteur de 1 m ,35 . Les portes pliantes et qu’on assujettissait par des barres, jouaient sur des pivots dont les tourillons, d’environ 0n\08 de profondeur , sont encore visibles sur la surface inférieure de l’architrave.

A gauche de la porte est dans la muraille une ouverture carrée , une sorte de fenêtre , mais elle provient seulement de la chute d’une pierre qui gît près de là sur le sol.

Cette porte doit surtout sa célébrité au bas-relief qui la surmonte ( fig . 3), et qui lui a donné son nom. Ce bas-relief, sans doute le plus ancien exemple que nous possédions de l’art des âges héroïques qui ont précédé la guerre de Troie, est sculpté dans une pierre triangulaire encastrée au-dessus de l’architrave, large de 3m,20 à la base , haute de 2"‘,90 , et épaisse de 1 m,70. Ce bloc a été pris tour à tour pour un marbre ou pour un basalte vert : c’est une erreur , dit M. Blouet, aussi bien dans un cas que dans l’autre ; c’est un calcaire gris fort dur, d’un grain très-fin, et semblable à ceux qu’on trouve encore en Messénie et en Arcadie.

Au centre du bas-relief s’élève une sorte de pilier semi-circulaire qui offrirait quelque analogie avec l’ordre dorique, n’était qu’à l’inverse de l’usage, il diminue sensiblement de haut en bas. Le chapiteau est composé de trois annelets à quelque distance les uns des autres; l’abaque est celui de l’ordre dorique; il supporte quatre corps ronds qui sont à leur tour surmontés d’un second abaque semblable au premier. La base consiste en un simple tore reposant sur un soubassement composé de deux plinthes séparées par une scotie. Aux côtés de ce pilier se dressent deux animaux qui semblent servir de supports , et qu’en terme de blason on désignerait par l’épithète de rampants. Les pattes de devant s’appuient sur le soubassement du pilier, tandis que les pattes de derrière reposent sur l’architrave de la porte. Les queues, à la vérité, ressemblent peu à celles des lions; les tètes manquent et ont sans doute été brisées à l’époque de la destruction de Mycènes par les Argiens , de sorte qu’on ne peut connaître si elles étaient tournées d’un côté ou de l’autre, ou si elles étaient de face. Cependant, il serait impossible d’adopter l’opinion de Clarke, qui croit y voir des tigres ou des panthères. Quand même les preuves tirées du symbolisme que nous donnerons plus loin ne sembleraient pas satisfaisantes , les restes de crinière que l’on reconnaît encore à l’animal de gauche , les pattes qui sont parfaitement accusées , suffiraient pour détruire toute espèce de doute. D’ailleurs, Pausanias dit en termes précis , et c’est Clarke lui-même qui le cite : Il reste encore une partie de l’enceinte et une porte sur laquelle sont placés des lions ( Corinth ., c. 16).

Quoique cet antique bas-relief ait été fait au marteau , et paraisse un peu roide et lourd de forme , il n’en a pas moins un caractère sévère qui produit une vive impression. 11 paraît difficile d’indiquer d’une manière certaine la pensée qui a présidé à cette singulière composition; mais en examinant les restes de sculptures mithriaques de la Perse , tels que nous les connaissons par les ouvrages de Tavernier , Chardin , le Bruyn , Thévenot, Ker Porter , etc. , on trouve dans quelques-uns de leurs symboles tant de ressemblance avec ceux représentés à Mycènes, qu’il est impossible de ne pas reconnaître une donnée unique, une origine commune. Partout on retrouve ce même pilier qui, évidemment, n’est autre chose que l’autel du feu, le Pyratheion , Yatschdan , qu’on peut voir également sur les médailles des rois perses de la dynastie des Sassanides, médailles dont nous publions deux exemples (fig. 5 G), et qui sont si connues maintenant par l’excellent ouvrage de

M. Adrien de Longpérier. La figure 4 offre une image de Yatschdan ou vase sacré du feu , dessinée d’après un camée de calcédoine saphirine. On sait que c’était sous une forme analogue que les Perses représentaient souvent le soleil comme emblème du principe générateur. A Amyclée , un pilier était de même l’image symbolique d’Apollon.

Le lion est bien connu pour être l’emblème de Mithra , et il est sans cesse répété dans les sculptures persanes. Les prêtres de ce dieu, selon Porphyre, portaient même le nom de lions. Ces divers symboles, selon Diodore (l. 11) , avaient été empruntés à l’Égypte.

— MONUMENTS PÉLASGIQUES

Des relations intimes existèrent longtemps entre les Spartiates et les Argiens , et il est avéré que les rites religieux clés premiers, en ce qui touchait le culte du soleil, étaient les mêmes que ceux des Perses; car les Spartiates sacrifiaient des chevaux sur le Taygète , comme c’était aussi la coutume des Perses (*). Ce culte fut probablement introduit dans la Grèce lors des premiers rapports qui existèrent entre les deux pays , selon Hérodote et Xénophon , ou par les premières colonies égyptiennes. Dodwell suppose même que le bas-relief qui nous occupe pourrait avoir été apporté par elles des bords du Nil , comme une sorte de palladium. Cette conjecture nous paraît démentie par le style même de la sculpture , qui offre des différences notables avec l’ancien style égyptien.

Pesterait à expliquer les quatre boules , ou plutôt les quatre disques qui surmontent le pilier ; car , ainsi que le fait remarquer Dodwell , ces objets présentent une surface plane , et non sphérique. On a voulu y voir le symbole des révolutions de la lune , des quatre saisons , des quatre yeux qui , suivant Meursius , se voyaient au simulacre d’Apollon à Amyclée. Peut-être ces quatre disques ne sont-ils simplement que l’extrémité des bûches placées sur l’autel , et ce qu’on a pris pour un second abaque n’est-il que le profil d’autres pièces de bois placées en travers. Cette hypothèse , toute prosaïque quelle est , ne me paraît pas dénuée de vraisemblance, d’autant plus que le tout était surmonté d’une flamme , ainsi que l’indique la forme même du bas-relief qui se terminait en pointe , et comme ne permettent pas d’en douter les divers exemples que nous avons cités.

(*) Pausanias, Laconica.

:° Chandler (Richard), Travels in Greece and in Asia Minor, or an account ofa tourmade at the expense of the Society of the Dilettanti; London and Oxford, 1776, 2 vol. in-4°, pl.

Voyages dans l’Asie Mineure et en Grèce en 1764 , 65 et 66 , par Richand Chandler , traduits de l’anglais ; Paris, 1806, 3 vol. in-8° et atlas in-4°.

2° Pouqueville, Voyage en Morée, à Constantinople, en Albanie et dans plusieurs autres parties de l’empire othoman, de 1798 à 1801; Paris, 1805, 6 vol. in-8°, pl.

3° Gell (IV.), Argolis. — The itinerary of Greece witli a cotnmentary on Pausanias and Strabo, and an account of the monuments of antiquity at présent existing in that country compiled'in the years 1 801 , 02, 05 and 06; London, 1810, in-4°, pl.

4n Clarke (Edw. Dan.) , Travels in venions countries of Europd, Asia and Africa-, Cambridge, 1810-1819, 5 vol. in-4°, pl.

5e Dodwell ( Edw .), Aclassical and topographical tour through Greece during the years 1801, 1805 and 1806 ; London, 1819, 2 vol. in-4°, pl.

6° Dodwell ( Edw .), Viewsin Greece, a sériés of 69 engravings, published to illustrate his trawels in Greece; London, 1819, infol. , pl. coloriées.

7° Stackelberg (baron O. M. de) , la Grèce; vues pittoresques et topographiques; Paris, 1830-34, inf. , pl.

8” Leake(col.), Travels in the Morea; London, 1830, 3 vol. in-8°avec 30 plans, cartes et inscriptions.

9° Gell (TF.), Probestucke von stadte Mauern des alten Grieclienlands; Munich, 1831, in-4°, pl.

10° Blouet, Ravoisier, etc., Expédition scientifique de Morée; Architecture et Sculpture ; Paris, 1831, 3 vol. in-fol. , pl.

il" Dodwell (Edw.), Views and descriptions of cyclopian , or pelasgic remains in Greece and Italy, witli constructions ofa later period; London, 1834, in-fol., litli.

Vues et descriptions de constructions cyclopéennes ou pélasgiques trouvées en Grèce et en Italie, et de constructions antiques d’une époque moins reculée, d’après les dessins de feu M. Ed. Dodwell; ouvrage destiné à servir de supplément à son Voyage classique et topographique en Grèce , pendant les années 1 80 1 , 1805 et 1806 ; Paris, 1834, in-fol. , litli.

12° Petit-Rade) , Recherches sur les monuments cyclopéeus, et description de la collection des modèles en relief composant la galerie pélasgiquede la Bibliothèque Mazarine; Paris, 184 1, 1 vol. in-8°. pl.

J. Buiy clirî- Outh.wai.te sculp.

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