LE KÈLÀÇA (TEMPLE DE SIVA) A ELLORA
Parmi les excavations curieuses d’Ellora , en partie souterraines et en partie isolées , on distingue surtout le Kèlàça . monument consacré à Siva , dans lequel on a prétendu reproduire la demeure céleste de ce dieu , placée par la mythologie indienne au sein de l’Himàlaya, au delà du lac Mànaça ; et, en effet, rien n’est plus propre que ce monument à frapper l imagination, et à la disposer à cette erreur qui aime à prendre l’œuvre humaine pour un ouvrage divin. Les voyageurs européens poussent des cris d’admiration à la vue de ces restes d’une vénérable antiquité , et ne trouvent pas étonnant que les naturels en attribuent l’origine à l’art merveilleux des génies. Telle est la hardiesse de l’entreprise, le bonheur de l’exécution , la beauté du plan, la richesse des détails, la variété des ornements , que l’on conçoit la stupéfaction naïve d’un peuple qui ne trouve rien de plus simple que d’expliquer l’existence de ces ouvrages par l'intervention d’un être supérieur.
Nous donnons le plan du Kèlàça, tel qu’il a été dressé sur les lieux, en 1794, par M. James Manley, sous la direction de Sir Charles Malet. Il est extrait d’un Mémoire du même Sir Charles Malet , inséré dans le vie vol. des Recherches asiatiques. Depuis l’époque de la publication de ce Mémoire , il a été lu , en 1820 , à la Société littéraire de Bombay, une description des caves d’Ellora, par le capitaine W. H. Sykes. Les deux Mémoires, quoique d’accord sur le fond , diffèrent quelquefois pour les détails et les mesures : j’aurai soin d’indiquer ces différences , quand elles seront trop sensibles.
Ce monument n’a point été exécuté comme ceux qui l’environnent, c’est-à-dire creusé souterrainement ; il est taillé dans le roc vif, et complètement détaché de la montagne ; et, quoique toutes ses parties ne forment qu’un seul et même bloc , il a néanmoins toute l’apparence d’un édifice construit pierre à pierre : aussi constitue-t-il réellement une catégorie à part que nous appellerons monuments extérieurs.
Le Kèlàça passe avec raison pour le plus beau et le plus parfait des monuments d’Ellora; trois parties , fort remarquables, composent principalement son ensemble: le pavillon d’entrée avec deux ailes en façade, la chapelle de Nandi, et le grand temple. Le portique est situé du côté de l’ouest, c’est-à-dire vers le bas de la montagne. Le roc dans lequel il a été tout-a-fait entaillé a de ce côté 47 pieds de hauteur; cette hauteur à l’angle N. E. est de 104 pieds, et de 101 à l’angle S.-E. Les excavations dans leur plus grande longueur, depuis le pied de la colline, sont de 401 pieds, et de 247 (Sykes: 323) depuis le pavillon d’entrée. Du pan septentrional de la montagne au pan méridional, la plus grande largeur est de 150 pieds (S. 185). A l’extérieur, cette largeur est moins grande ; l’aire qui est en avant du monument a 138 pieds de large , et 88 de long.
La façade se présente , composée de deux avant-corps (i) à droite et à gauche , et au centre , d’un pavillon d’entrée (voyez le plan, n° i) orné de pilastres, entre lesquels se dressent de gigantesques figures. Le pavillon d’entrée est composé de cinq pièces et surmonté d’un étage , s’ouvrant sur l’aire extérieure par une fenêtre en balcon, où sans doute, dans les occasions solennelles, se plaçaient les musiciens. Les cinq pièces de ce pavillon sont disposées de manière que trois (2) se succèdent depuis la porte d’entrée , et les deux autres (3) sont latérales , communiquant chacune avec l’étage supérieur par un escalier (4). Les trois pièces du milieu sont décorées de sculptures, sur une longueur de 42 pieds; elles servent de passage, et mènent à la cour intérieure. Des deux pièces latérales 011 monte à l’étage supérieur, d’où l’on arrive à un pont de pierre (5) de 20 pieds sur 18, garni d’un parapet haut de 3 pieds 6 pouces.
De dessus ce pont , on domine à droite et à gauche sur la cour intérieure (6). Par un escalier (7) de 7 ou 9 marches, on monte à la chapelle (8) de Nandi, compagnon du dieu Siva. Cette chapelle forme un carré dont le côté a 1 G pieds 3 pouces ; les parois sont couvertes de sculptures, et l'intérieur est éclairé par deux fenêtres (9) ouvertes à droite et à gauche sur la cour intérieure. O11 sort de cette chapelle par une porte placée en face de celle d’entrée; on trouve un nouveau pont (10) de pierre de 21 pieds sur 23 , et de cet endroit on a la vue du temple principal, dont l’élévation, à partir du sol de la cour intérieure, est de 90 pieds (S. 100).
L’œil est émerveillé d’abord à l’aspect d’un portique (11) supporté par deux piliers en avant, et en arrière par deux pilastres. On monte trois degrés, et l'on pénètre sous un péristyle (12) garni d une balustrade de pierre ; on y arrive également de la cour intérieure par deux escaliers (i3) de trente-six marches. De ce péristyle, qui offre 18 pieds de long sur 15 pieds 2 pouces de large et 17 de haut, 011 monte encore quatre degrés,