STYLE HINDOU
et par une porte de 12 pieds de haut sur 6 de large, et comme gardée à droite et à gauche par des statues gigantesques , on entre dans un temple (i4) dont la longueur est de 61 pieds (S. 66) , et la largeur de 55. De la porte à l’extrémité de la terrasse dont nous allons parler , on compte 103 pieds 6 pouces. Le plafond , élevé fie 17 pieds 10 pouces, est soutenu sur deux rangs de piliers, au nombre de seize, et sur deux rangs de pilastres au nombre de vingt; mais les piliers , dans le milieu, se trouvent espacés de manière à présenter l’apparence d’une croix grecque. Les deux bras de cette croix conduisent à deux portes aussi grandes que celle d’entrée , et qui donnent sur deux porches (i5) latéraux de 34 pieds 10 pouces de haut sur 15 pieds 5 pouces de large. Le porche méridional tenait autrefois par un pont (16) qui est maintenant brisé, au pan opposé de la montagne, dans lequel on avait ménagé sans doute les appartements des prêtres. La voie du milieu , qui part de la porte du temple , aboutit au sanctuaire (17), dans lequel on monte par cinq degrés , et où se trouve le symbole révéré de la reproduction des êtres. Dans les intervalles des pilastres, on voit s’élever de magnifiques sculptures, et le plafond , qui est recouvert de ce stuc nommé Ichoûrna , conserve encore les traces des peintures que le temps , ou la fumée des feux allumés par la fureur d’Aureng-Zeb 11’a pu entièrement effacer.
Au fond du temple , à droite et à gauche du sanctuaire , sont deux petites (18) portes qui communiquent à une terrasse (19), laquelle règne autour du sanctuaire, et dessert la communication avec cinq chapelles (20) carrées, de grandeur inégale, placées en saillie, deux sur les côtés, et trois en arrière du sanctuaire. De nombreuses sculptures mythologiques ornent les trois du fond. Le sommet du temple , autour duquel les chapelles sont groupées, se termine en une espèce de dôme de forme pyramidale, ou le génie des artistes hindous a répandu une étonnante profusion de décorations et d’ornements divers ; du sol de la terrasse, la hauteur du grand temple est de 50 pieds.
Descendons maintenant dans la cour (6) qui règne autour du monument. A la hauteur du pont (5) qui joint le pavillon d’entrée à la chapelle (8) de Nandi , se trouvent des deux côtés deux éléphants gigantesques (21) , qui semblent placés là comme les deux chefs de ces éléphants sculptés dans les soubassements du temple, et qui paraissent le soutenir de la même manière que , dans la mythologie indienne , les éléphants divins portent je monde.
Derrière, et à 1 1 pieds de la chapelle de Nandi, en face même des fenêtres (9) latérales, s’élèvent de part et d’autre deux obélisques (22), qui probablement étaient surmontés d’un lion. La hauteur de ces obélisques est de 38 pieds; le côté de la hase est de 1 1 pieds, qui au-dessus du chapiteau se réduisent à 7.
En passant du côté méridional de cette cour vers la partie septentrionale, par-dessous le pont qui précède la chapelle de Nandi, 011 observe, en face de l’entrée, contre le soubassement occidental de cette chapelle, un grand bas-relief représentant la déesse Lakchmi, assise sur le lotus sacré au-dessus des eaux. Deux éléphants se lèvent de chaque côté , pour renverser sur la tète de la divinité le vase des ablutions ; vers le bas , deux autres éléphants , ornés de leurs clochettes, sont occupés à remplir chacun un vase. A droite et à gauche, sont deux statues montées sur un piédestal , et représentant les deux gardiens de Lakchmi , armés de quatre bras.
Toutes les merveilles signalées dans le Kèlàça ne sont pas encore racontées. La cour est enceinte de longues galeries, dont quelques-unes ont plusieurs étages. Le côté septentrional, en partant de l’angle occidental, offre d’abord plusieurs grottes (23), précédées de piliers et de pilastres. La plus remarquable de ces excavations est au deuxième étage, en face du porche septentrional du grand temple : on lui donne le nom de Para-Lankcà (24). O11 y arrive par un escalier de vingt-sept marches. L’entrée a 7 pieds 7 pouces de haut sur 3 pieds 8 pouces de large. Ce petit temple, consacré également au dieu Siva, s’étend sur 70 pieds 7 pouces de long sur 61 pieds 9 pouces de large ; sa hauteur est de 1 4 pieds 6 pouces. Le sanctuaire a 26 pieds de profondeur sur 39 de largeur. Ce temple, d’une belle conservation, est soutenu sur de larges piliers, et orné de magnifiques sculptures ; les peintures du plafond, dont quelques restes sont visibles, se trouvent couvertes de fumée.
En descendant de ce temple , 011 entre dans une galerie (26) portée par onze piliers , laquelle se prolonge en retour du côté de l’orient, soutenue sur dix-sept piliers, et revient ensuite sur la face méridionale, encore supportée par onze piliers. Les piliers ont leurs côtés larges de 2 pieds 8 pouces Les intervalles des pilastres correspondant à chaque pilier sont remplis de sujets empruntés à la mythologie indienne, et ce vaste cloître offre à l’admiration du dévot indien une espèce de Panthéon. Les deux côtés du nord et du midi ont 1 17 pieds 8 pouces de longueur; la partie du fond offre 186 pieds 6 pouces de long. En général, la largeur de cette galerie est de 1 3 pieds , et la hauteur de 1 4 pieds S pouces. En quelques endroits , le roc se projette de 7 jusqu’à 22 pieds, et descend même de 3. A l’angle méridional, on fait remarquer l’absence de trois piliers, qui ont été , dit-on, brisés par l’ordre d’Aureng-Zeb , dans l'espérance que la masse s’affaisserait , et convaincrait d’impuissance le dieu des Indiens. L’espoir d’Aureng-Zeb a été trompé , et les Indiens ont dit que le dieu avait
— LE KÊLAÇA A ELLORA —
triomphé de la fureur du tyran. Le côté méridional de la cour présente ensuite diverses excavations (26) plus ou moins profondes : celle qui se trouve la plus rapprochée du pavillon d’entrée offre la particularité d’un toit cintré. C’est avec ce côté que l’on communiquait du porche méridional du grand temple par le moyen d’un pont de pierre. Ce pont aboutissait à un premier étage (27) où sont taillées deux chambres , dont l’une a 60 pieds de long et porte le nom de Lancà. Au côté droit du premier étage est un escalier de 24 marches, qui conduit à un deuxième étage , lequel renferme trois chambres.
La gravure représente ce côté de la cour : à gauche, on voit, par leur flanc méridional, les trois grands massifs qui forment l’ensemble du monument. Cest d abord une partie du pavillon d entrée; puis, de niveau avec le premier étage, le pont qui conduisait à la chapelle de INandi, dont la partie inférieure présente, au-dessous de ce pont , le bas-relief de Lakchmî. Le deuxième massif est cette même chapelle de Nandi , que les artistes indiens se sont plu à couvrir de sculptures : derrière, se trouve un deuxième pont communiquant avec le grand temple , dont le portique et le péristyle sont masqués en partie par l’obélisque de droite , et les débris de l’éléphant qu’on remarque au premier plan. Le grand temple vient ensuite, et constitue le troisième corps de ce curieux monument qui est porté tout entier sur le dos des éléphants taillés a la partie intérieure; un peu plus loin on remarque , gisant à terre, les débris du pont qui communiquait avec les deux chambres nommées Lancà , situées sur le flanc opposé de la montagne ; enfin , notre point de vue permet de distinguer les sommets des diverses parties du grand temple et des chapelles latérales , sommets qui ressemblent beaucoup à des arches ayant des toits en forme ogivale renflée. Au fond, on aperçoit une portion de la galerie mythologique , où manquent les piliers détruits par l’ordre d Aureng-Zeb , et sur la droite , le lecteur peut remarquer le pan méridional de la montagne , dans lequel 1 artiste a tranché au vif.
Après avoir terminé cette description , tâchons de nous rendre compte de ce sentiment d’admiration qui saisit le spectateur. Qu’est-ce donc qui frappe ainsi l’esprit, et le ravit en extase? Ce n’est pas l’élévation du monument : les formes en sont naturellement lourdes , et comme écrasées ; ce n’est point l’extrême régularité des lignes : 1 inégalité du terrain a fait quelquefois violence à l’art;ce n est point la variété du dessin : tout y affecte une figure carrée; ce n’est pas le nombre des ornements : ils y sont jetés avec trop de profusion. Mais c’est qu’ici un vaste ensemble de travaux atteste la puissance de l’homme , et réveille dans le témoin de ces efforts presque surhumains un juste sentiment d’orgueil. Il applaudit au génie de l’artiste qui a commandé à la masse de pierre de s’équarrir en chapelles et en piliers, de s’arrondir en sculptures, de se diviser, de se fondre en salles immenses, en portiques. La pierre partout a obéi, et l’intelligence souveraine de l’homme brille dans chaque partie, quelque imparfaite qu’elle puisse être d'ailleurs sous le rapport de l’art. L’uniformité des lignes dispose l’àme au calme religieux; la variété des ornements la distrait et l’agite. Si ces plafonds abaissés 11e l’élèvent pas vers son dieu , il semble qu’en pesant sur elle, ils lui font sentir ce dieu déplus près. Être unique , formes multiples , voilà le grand mystère de la religion indienne , et ce mystère se trouve en quelque manière présenté par ce monument , qui joint à son système d’unité une si grande multiplicité de détails. Quelle qu’ait été la pensée de l’auteur, la témérité de l’entreprise, la sagesse de l’ordonnance, la verve de l’exécution surprend , charme , transporte. Tel a été l’effet produit sur les voyageurs européens eux-mêmes, qu’ils disent qu’il faut le voir pour l’apprécier.
Ceux qui ne veulent pas croire à la spontanéité du génie indien trouvent dans ces ouvrages le caractère égyptien , et vont même jusqu’à y reconnaître le cachet de l’art grec. Par exemple , les pilastres qui ornent le premier étage du pavillon d’entrée leur paraissent un souvenir de la Grèce. Mais il faut avouer que les artistes indiens, s’ils ont puisé leurs inspirations à des sources étrangères, sont restés fidèles aux idées nationales. On trahit toujours par quelque endroit l’école où l’on a pris sesprincipes, et dans ces monuments de l’Indetout est véritablement indien : la pensée, le travail, le principal et les accessoires. En vain 011 montrera ces piliers, ces chapiteaux , ces frises , ces frontons , ces festons , ces corniches , tous ces trésors de l'architecture, témoins irréfragables d’un art fort avancé; mais admettez limitation , et expliquez ces formes lourdes, roides, carrées, qui sont ici des beautés indigènes. En vain on citera la correction et l’exactitude de ces sculptures , dont quelques-unes, dit-on , surpassent en grâce et en délicatesse tout ce que le ciseau grec a pu produire ; mais supposez l’importation de l’art, et concevez à côté de ces qualités la monstruosité peu classique du plus grand nombre des figures. C’est qu’il faut reconnaître que l’artiste était indien, qu’il a toutes les qualités et les défauts du terroir, qu’il a travaillé sans réminiscence pour son pays , et qu’il s’est inspiré au grand spectacle delà nature qui l’environnait, aux sublimes descriptions de ses poètes, aux merveilleuses fictions d’une mythologie vraiment gigantesque, aux croyances sincères qui vivaient dans son coeur. Et pour trouver des modèles, avait-il besoin de s’expatrier? N’avait-il pas son Himàlaya avec ses pyramides de granit, ses pointes de cristal, ses massifs de