STYLE HINDOU
rochers pittoresques ; son Viudhya avec ses grottes mystérieuses et ses bois majestueux ; son bananier sacré avec ses colonnes, ses portiques , ses voûtes de verdure? N’avait-il pas sous les yeux cette race d’hommes descendue jadis de la Scythie pour habiter les bords du Gange et les embellir? Il n’avait qu’à regarder autour de lui et copier : aussi l’art indien ne me paraît-il qu’une imitation toute nationale. Donnez donc à un élève de la Grèce ces cryptes immenses , ces grottes obscures à creuser; il étouffera et demandera un air pur, un ciel tempéré , tandis qu’à l’Indien , pour respirer, il faut des caves ténébreuses. Donnez au disciple de Phidias ces prodiges des poèmes indiens à représenter sur la pierre ; il voudra des formes toujours simples et pures; il reculera devant l’expression brutale de bizarres légendes. L’artiste, de génie et de cœur indien, placera, sans répugnance , à la porte de tous ses édifices , deux géants auxquels il pourra donner quatre bras, croyant que le peuple doit connaître la crainte avant d’être amené à l’amour ; dans le passage d’entrée du temple de Kêlàça, il mettra d’un côté la femme de Siva,Bhavànî aux huit bras; de l’autre côté Ganéça , son lils, avec sa tète d’éléphant. La chapelle de Nandi portera, sur le côté occidental, l’image de Lakchmi purifiée par l’eau que versent sur sa tète deux éléphants; sur le flanc méridional sera gravée toute l’histoire de Ràma et de Ràvana aux dix tètes , avec la monstrueuse forme du singe Hanoumân ; sur le flanc septentrional, l’histoire de la grande guerre des Pandous, où figurent des fantassins, des éléphants et des chars attelés de chevaux. Au centre du plafond du grand temple , Lakchmi semblera de son œil suivre partout le dévot stupéfait. Dans les galeries mythologiques du fond , le sculpteur montrera tous les personnages vénérés par les diverses sectes , Brahmâ , Vichnou , Siva, Criehua et les différents avatàres , prouvant ainsi, par une leçon en quelque sorte parlante , le fameux précepte de tolérance universelle consigné dans le Bhagavat-gîtâ , et apprenant aux pèlerins que leurs cultes divers doivent être confondus dans le culte d’un seul dieu dont les apparences sont variées. Crichna a dit : « Ceux qui servent avec foi d’autres dieux que moi , m'adorent aussi involontairement. » Le sculpteur dit la même chose en réunissant dans une même galerie , et comme dans l’asile de la paix , les images symboliques des chefs divins sous les drapeaux desquels les hommes peuvent se faire la guerre.
Au reste, cette question de priorité serait facilement tranchée , si les annales indiennes nous fournissaient quelques renseignements sur l’origine des monuments d’Ellora. Sir Charles Malet rapporte deux traditions bien différentes sur le roi qui fut l’auteur de ces ouvrages. Les musulmans les attribuent au ràdjà È1 , qui vivait il y a 900 ans. Les Indiens les font remonter jusqu’à Èlou, qui aurait régné dans le Dwaparà-youga, c’est-à-dire il y a plus de 7900 ans. Les Pourânas parlent du roi Lia, autrement appelé Pourouravas, qui date du commencement de la monarchie indienne ; nous ne pouvons pas raisonnablement adopter une pareille antiquité. Les sculptures gravées sur le monument donneraient un démenti formel à cette prétention désordonnée. La présence de Crichna et des Pandous parmi les personnages représentés nous donne déjà une date postérieure à la grande guerre décrite par le Mahâbhârala, et qui peut avoir eu lieu de 1200 à 1000 ans avant notre ère. Le culte de Crichna n’a dû être adopté qu’à une époque assez éloignée de son existence réelle; et si même il faut reconnaître parmi toutes les sculptures d’Ellora quelques figures bouddhiques , nous serons obligés de descendre à une date voisine de notre ère, au moment où se balançait l’influence des Brahmanes et des réformateurs fatigués de leur joug. Une antiquité de deux mille ans me paraît tout ce que l’on doit accorder à ces belles ruines , et dans cette supposition , je ne voudrais pas nier absolument les rapports qui ont pu avoir lieu , pour le perfectionnement des arts , entre l’Inde et 1 Occident. Les belles médailles indo-bactriennes, qu’un heureux destin nous a révélées dernièrement , peuvent nous indiquer le chemin que l'art grec aurait suivi ; mais en tout cas , s’il faut dépouiller l’Inde de son originalité, on sera contraint d’avouer que cet art grec s’est transformé pour se faire indien.
— BIBLIOGRAPHIE
Les ouvrages que l’on peut consulter avec fruit pour l’étude du Kêlàça sont :
1° Le vie volume des Recherches asiatiques , où se trouve le Mémoire de Sir Charles Malet ;
2° Le grand ouvrage- de Daniel ( Hindoo excavations in the mountain of Ellora near Aurung-Abad in the Decan (1 vol. in folio, fig. coloriées; Londres, 1803), composé, pour cette partie, des dessins recueillis par un Indien, nommé Gangârûma, dessinateur de Sir Charles Malet, ou par M. Wales;
3° Le if volume des Monuments anciens et modernes de V Hindoustan, par Langlès, où sont fondus les matériaux fournis par Sir Charles Malet et Daniel ;
4 Le ur volume ues Transactions de ta aocwle littéraire
bay , où M. Sykes a inséré un Mémoire et des planches curieuses sur les monuments d’Ellora;
5° The wonders of Elora, or the narrative of a journey to the temples and dwellings excavated out of a mountain of granité, and extending upwards of a mile and a quarter at Elora in the East-Indies , etc., hy John B. Scely (2e édition), London , Wittaker, 1825. 1 volume in-8ü avec 10 planches;
0° Les Vues de l’Inde, de la Chine , et des bords de la mer Rouge ( par le commodore Elliot, ouvrage composé avec les documents ci-dessus mentionnés.
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