ALLÉES COUVERTES
Les allées couvertes, grottes des fées ou roches aux fées, ne sont, à proprement parler, que des dolmen de grande dimension ; aussi beaucoup d’antiquaires les confondent-ils dans une seule et même classe. M. de Caumont propose, pour éviter toute incertitude, de ranger parmi les allées couvertes tous les dolmen dont la longueur excède 8m. Les allées, au lieu de présenter une largeur égale d'un bout à l’autre, s’évasent quelquefois sensiblement à l une de leurs extrémités; il y en a même qui offrent l’aspect d’un corridor terminé par une salle grossièrement arrondie ou carrée; quelques-unes aussi sont divisées intérieurement en deux ou trois pièces.
Le plus remarquable monument de ce genre par sa conservation , son étendue et la dimension des blocs qui le composent , est la fameuse Roche aux fées ( fig. 10, 11, 12), qui se voit à peu de distance de Saumur (Maine-
— MONUMENTS CELTIQUES
ct-Loire), sur le chemin de Bagneux , dont elle a pris le nom. Au reste, la Boche aux fées de Bagneux est appelée par le peuple la pierre couverte. Ce monument est conservé avec soin au milieu d’un enclos planté d'arbres ; on en a fermé Ventrée par une porte pour le garantir des dégradations. L’ouverture de ce gigantesque monument est tournée au sud-est ; elle est rétrécie par deux grosses pierres qui ne laissent entre elles que la largeur d’une porte ordinaire , ainsi qu’on peut le voir par le plan ( fig . 1 1). Ces pierres, comme toutes celles qui servent de support aux tables, ont environ 2m,20 de hauteur ; leur épaisseur varie de 0m,20 à 0m,60. La largeur du monument est hors-œuvre de 4m,35. Chacun des grands côtés est composé de quatre pierres formant une longueur totale de I7m,50. Au nord-ouest, une seule pierre forme le fond du monument, dont elle dépasse beaucoup la largeur; cette pierre n’a pas moins de 7"' de longueur; elle est, ainsi que celles qui forment les grands côtés, inclinée vers l’intérieur du monument. Les deux pierres de la façade ont seules une position pai'faitement verticale. Le toit est composé de quatre pierres, dont la plus grande a 7m de longueur sur 6m,50 de largeur, et une épaisseur de lm. Cette énorme table est fendue dans toute sa longueur, et elle est soutenue par une pierre debout , isolée au milieu du monument, et large de lm,25 sur 0m, 30 (fig. 12). En avant de l’entrée, à l’angle oriental , sont deux pierres debout de 1 m , 1 5 de hauteur; en face, à l’angle méridional, est une grande pierre renversée ayant dù également faire suite à la partie latérale du monument ; enfin , devant la porte , est une autre pierre à moitié enterrée et formant une sorte de seuil ; elle a 3m,50 sur 3m ; elle est de niveau avec le sol intérieur de la grotte.
Près d’Essé , bourg de l’arrondissement de Vitré, à 28 kil. de Bennes (Ille-et-Vilaine) , est une allée couverte qui offre des dimensions presque égales à celles du monument de Saumur ; elle n’a pas moins de 1 8m,60 de longueur (fig. 13 et 14); elle est divisée en deux salles, dont la plus petite sert en quelque sorte de vestibule à la plus grande (fig. 14). Cette sorte d’antichambre a 4m,33 de longueur, et 2"’, 70 de largeur; son ouverture, entièrement dégagée, est dirigée au sud-est. Une porte formée par deux pierres donne accès dans la pièce principale, longue de 4m,28, et dont la largeur, plus grande que celle du vestibule, varie d’une extrémité à l’autre de 3m,70 à 3m,50. Dans cette pièce, du côté sud-ouest, qui ne forme qu’une seule ligne avec le même côté de la première chambre , sont trois grandes pierres faisant saillie , et formant en quelque sorte trois espèces d’alcôves ou chapelles latérales. Ce côté est composé de dix-sept pierres ; le côté nord-est de quinze ; celui-ci est saillant sur le vestibule, et s’écarte en ligne droite du côté sud-ouest dans toute sa longueur, ce qui cause la différence que j’ai signalée dans la largeur des deux salles (fig. 14). Le fond du monument est formé d’une seule pierre ; les supports ont environ 2m de hauteur. L’élévation totale du monument est de 3m,90. Le toit st compose de neuf grandes pierres, dont quelques-unes ont plus de 2m d’épaisseur.
A 8 kil. de Tours (Indre-et-Loire), dans la commune de Mettray, est un monument connu dans le pays sous le nom de château, maison ou grotte des fées (fig. 15 et 16). Cette allée couverte est formée de douze pierres brutes; son entrée est tournée à l’est; de ce côté, elle est fermée aux trois quarts par une pierre posée de champ (fig. 16). Aux côtés nord et sud, trois pierres forment les parois, et le fond est fermé par deux autres blocs. Trois pierres composent la couverture ; celle du milieu est d’une épaisseur plus que double de celle des autres, et qui n’est pas moindre de 2m. La longueur totale du monument est de 7m,35 ; sa largeur de 3m,35 ; sa hauteur de 2m,30 dans œuvre , et de 4m,25 hors œuvre, du sol au sommet de la pierre du milieu. Les pierres qui composent ce monument , bien que brutes, sont jointes avec plus de soin qu’on ne le remarque ordinairement.
Je citerai encore la belle allée couverte située à 1 kil. au sud de Locmariaker, et connue sous le nom des pierres plates. Les dimensions des blocs qui la composent sont bien moindres que dans les monuments que je viens de décrire; mais, d’un autre côté, la longueur de celui-ci est plus considérable. Ce monument (fig. 17, 18 et 19) s’élève sur le bord du golfe du Morbihan; il est adossé cà une muraille moderne. Lorsque M. de Fréminville le visita, il y a quelques années, il était encore presque intact, et il put en relever un plan complet, que nous reproduisons (fig. 18); mais depuis, le monument a été détruit en partie; et lorsque nous l'avons dessiné, en 1842 , il ne présentait plus que des débris, ainsi qu’on peut le voir par le plan et l’élévation que nous en donnons (fig. 17 et 19). L’extrémité méridionale est seule assez bien conservée; elle présente une petite salle couverte par une seule pierre. La largeur du monument est de 3m,40; sa longueur totale est encore de 21m,50; quant à la hauteur, elle n’excède pas lm,74. Sou ouverture, qui regardait la mer, était tournée au nord. M. de Fréminville (Antiquités du Morbihan et Mèm. des antiquaires de France, t. vm) dit que cinq des pierres qui servaient de support étaient chargées à l’intérieur de figures hiéroglyphiques, dont il a publié le dessin. Malheureusement, ces pierres sont au nombre de celles qui ont disparu depuis, et je n’ai pu en trouver aucun vestige.