HÉMI-SPÉOS DE GIRCHÉ, EN NUBIE
ception des charmants chapiteaux du petit hypètre de Philæ, élevé par Nectanebo. Examinez, l‘un après l’autre, tous ces Ramesséion élevés ou creusés par ordre du conquérant , vous y trouverez l’architecture égyptienne tou‘t entière. Les Ramesséion de Thèbes , les spéos d’Abou-Sembil , les premiers d’un style élégant et pur, les seconds d’un style sévère et grandiose, sont les chefs-d’œuvre de l’architecture égyptienne, et si l’époque de Ramsès ne fut pas la plus pure pour l’architecture , cette mère des arts , ce fut du moins la plus brillante , la plus féconde et la plus originale.
Les formes des quatre spéos qui se voient en Nubie rappellent les spéos indiens qui ont , à plusieurs égards, une certaine ressemblance avec ceux-ci. Burckhardt et plusieurs écrivains anglais en ont conclu que ces monuments tiraient leur origine d’une même source; ils ont voulu voir à Girché un anneau de la chaîne immense qui liait la civilisation du Nil à la civilisation de l’Indus et du Gange, lis ont cru découvrir que les traditions d’une autre civilisation avaient inspiré les architectes égyptiens, et que Ramsès avait rapporté le goût de ces monuments de son aventureuse expédition daus l’Inde. Mais cette analogie n’est fondée que sur des conjectures toutes spéculatives, cette prétendue similitude n’est qu’apparente et n’existe réellement pas. Ce sont, de part et d’autre, de vastes temples creusés dans le roc, des spéos d’un travail prodigieux , d’une patience pour ainsi dire surhumaine, qui témoignent du respect de ces deux peuples pour leur religion, principe fondamental de leur organisation sociale; mais voilà tous leurs rapports.
Les spéos de Salsette, d’Eléphanta, d’Amboli, d’Adjunta, de Carli, et surtout les immenses et magnifiques spéos d’Ellora qui les surpassent tous, ne présentent aucune ressemblance dans leur plan et leur élévation avec les spéos de Nubie. Ceux d’Ellora, monuments boudhistes et brabmistes , de style très-différent, n’offrent aucune similitude réelle même en quelques points. Les spéos boudhistes , imposantes reliques d’une religion éteinte dans l’Inde, et reléguée aujourd’hui à Ceylan et à Siam , ont presque tous des plafonds taillés en berceau ogival, forme qu’on ne rencontre jamais en Égypte : les colonnes ont des piédestaux qui ont même hauteur que le fût ; toutes les figures sont représentées d’une façon bizarre, hideuse, satanique. (Voy. le groupe des squelettes d’Ellora, etc.) Les colonnes égyptiennes n’ont jamais de piédestaux , les statues sont toujours d’une pose tranquille et monumentale , d’une figure noble et gracieuse ; enfin les excavations égyptiennes sout plus profondes et plus richement ornées. Les prétendus rapports entre les mythologies des deux peuples ne sont pas plus complets. II. y a certaines analogies dans la cosmogonie, les arts, l’industrie des Indous et des Égyptiens, parce que, habitant des pays dont le climat est à peu près semblable, ils se sont trouvés dans les mêmes circonstances physiques et ont dû procéder d’une manière identique , mais il n’y eu a pas assez pour établir des rapports, et à plus forte raison une origine commune. Enfin on peut aujourd’hui établir l’àge relatif des monuments des deux peuples d’une manière incontestable. Les excavations d’Ellora, d’Eléphanta, qu’on avait fait remonter aux époques les plus reculées de l’histoire, et qui sont indubitablement les monuments indous les plus anciens, ne sont guère antérieurs au christianisme, et Mauuers prétend même qu’ils ne datent que des premiers siècles de l’ère chrétienne. A défaut de date précise, la forme la plus ancienne des caractères indiens ou devanagaries ne remonte pas à plus de cinq ou six cents ans avant J. C. ; ils peuvent être beaucoup plus récents et descendre même jusqu’à quatre cents ans après l’ère chrétienne, ce qui démontre assez la primogéniture et l’originalité des monuments égyptiens.
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