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ALLÉES COUVERTES

Je dois signaler encore, dans le département des Côtes-du-Nord, l’allée couverte de la Ville-Genoin , ferme près de Plancoët , qui a 10 mètres de longueur; dans le Finistère , les allées couvertes de la baie d’Àudierne et de la forêt de Lesuen. Plusieurs autres moins importantes ont été observées en France, en divers endroits de la Bretagne , de la Normandie , de l’Anjou , etc.

Quelque gigantesques que nous paraissent les monuments de Saumur, de Tours et d’Essé, ils sont bien loin d’égaler celui d’Humeling, dans le diocèse de Munster (Prusse). Celui-ci est si vaste, qu’au rapport de Montfaucon, il peut mettre cent moutons à l’abri.

Un monument fort singulier, et dont je ne connais pas d’autre exemple , offre quelque analogie avec les allées couvertes; c’est le double dolmen qui se voit dans un bois à Anglesey, et que nous reproduisons (fi g. 20), d’après les dessins de Ivings et d’Higgins. Deux dolmen légèrement inclinés sont placés à la suite l’un de l’autre; le premier est supporté par quatre pierres; le second , par trois seulement. La table du premier, qui est la plus grande, a 4m,35 de long , 4 de large, et 1 m , 3 5 d’épaisseur. Le plus haut des supports n’a que lm,60.

M. Mahé, dans ses Antiquités du Morbihan , signale une sorte de monument fort rare, qui parait être à l’allée couverte ce que le demi-dolmen est au dolmen. En effet, il se compose d’une rangée de pierres plantées de cbamp, et supportant l’extrémité d’autres blocs dont la partie inférieure repose sur le sol. Ce monument présente absolument l’aspect de plusieurs demi-dolmen placés à la suite les uns des autres (fig. 21).

Ainsi que l’indique le nom de Grottes aux Fées , les monuments que nous venons de décrire sont ceux auxquels la superstition populaire s’est le plus attachée , et par la même anomalie qui partout a fait placer la demeure des revenants dans les antiques abbayes , quelques grottes des fées , après avoir servi d’habitation à de pieux solitaires , n’en sont restées que plus terribles , et le séjour des saints anachorètes n’a fait qu’ajouter à leur mystérieuse horreur. Quelques-unes cependant sont devenues le but de dévots pèlerinages.

Lorsqu'on cherche la destination de ces monuments, l’analogie de leur forme avec celle du dolmen porterait à croire qu’une même pensée dut présider à l’érection des uns comme des autres ; mais aussi la raison se refuse à ne voir dans ces gigantesques constructions que de simples autels ; aussi l’imagination des antiquaires s’est-elle amplement exercée à leur sujet. La plupart ont vu dans leur orientation une pensée analogue à celle qui présida à celle des temples de la Grèce et de Borne, et, plus tard , à celle des églises élevées par le christianisme. Malheureusement pour ce système, je dois avouer que rarement j’ai trouvé des dolmen ou des allées couvertes régulièrement orientés , et que si parfois quelques-uns de ces monuments se sont trouvés tournés à l’orient, bien d’autres que j’ai examinés la boussole en main, étaient dirigés vers d’autres points de l’horizon.

Si je voulais rapporter ici toutes les conjectures que l’on a tirées de cette prétendue orientation , du nombre supposé symbolique des pierres qui composent le monument, de la plus ou moins grande dimension de tel ou tel bloc, je me trouverais entraîné bien au delà des bornes dans lesquelles je dois me renfermer. Je me contenterai donc de soumettre au lecteur ma propre conjecture , qui peut-être est la vraie , par cela même quelle est la plus simple , et la première qui se présente à la pensée. Je crois que la plate-forme des allées couvertes , comme celle des dolmen , dut être le théâtre des sacrifices et des cérémonies auxquels le peuple avait droit d assister, tandis que l’intérieur du monument était un sanctuaire où les profanes ne pouvaient pénétrer, et où s’accomplissaient les rites les plus mystérieux. Il dut aussi servir quelquefois d habitation aux prêtres, et c’est ce qui expliquerait cette division en plusieurs chambres qui se rencontre quelquefois, et que nous avons signalée aux pierres plates de Locmariaker. Nous lisons dans Fingal , chant Y : « Ya trouver dans son rocher le vénérable Allad ; sa demeure est dans un cercle de pierres. >>

A peu de distance de Locmariaker est un dolmen qui sans doute eut une destination analogue, ainsi que semble l’indiquer son nom de Kercadoret er Gall (lieu ou manoir de Cadoret le Gaulois). On sait que les Bretons, encore aujourd’hui, désignent les Français des autres provinces par l’épithète de Gall , qu’ils ne s’appliquent jamais à eux-mêmes.

Il serait également possible, ainsi que plusieurs l’ont supposé, que ces monuments eussent servi parfois de tribune aux magistrats chargés de rendre la justice, et de chaire aux prêtres dont la mission était d’instruire le peuple.

11 me reste à parler des moyens que je suppose avoir été employés pour élever sur leurs supports des monolithes d un poids si énorme. Les supports étant dressés par le procédé que j’ai indiqué en parlant des menhirs, on les enterrait jusqu’à leur sommet, et ainsi on formait facilement un plan incliné sur lequel on

— MONUMENTS CELTIQUES-

traînait les tables jusqu’à ce qu’elles fussent à la place voulue ; puis on déblayait les terres , et le monument se trouvait isolé.

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