TOMBEAUX HYPOGÉENS A THÈBES ET A BÉNI-HASSEN
Le village arabe de Béni-Hassen-el-Gadim est bâti sur les ruines d’une ancienne ville égyptienne qui n’a conservé que sa nécropole. On voit, sur un petit plateau de la montagne qui le domine, une trentaine d'hypogées, tous percés sur une même ligne dans la couche de calcaire numismal qui présentait le plus d’homogénéité. Des avenues inclinées suivant la déclivité de la montagne, et bordées de grosses pierres, conduisaient aces tombeaux , qui étaient précédés d’un portique taillé dans le roc, et de constructions en pierres qui n’ont laissé que des traces informes , mais qu’il serait facile de restituer d’après des monuments analogues. Quelques-uns de ces hypogées sont couverts de peintures variées, aussi intéressantes sous le rapport de l’histoire naturelle du pays, des mœurs et usages, des arts et métiers des Égyptiens, que sous le rapport du style, des proportions et du coloris des figures. L’architecture simple et sévère de ces hypogées partage aussi l’admiration de tous les visiteurs, et va nous fournir de précieuses données sur l'histoire de l'art.
Les deux premières excavations, celles du nord, sont les plus intéressantes sous tous les points de vue. La plus septentrionale renfermait la momie d’un haut fonctionnaire nommé Aménemhé, qui vivait sous le pharaon Sésortasen F1, environ vingt-huit à trente siècles avant notre ère. Le plan est parfaitement symétrique. La porte d’entrée est précédée d’un portique de deux colonnes octogonales surmontées d’un tailloir, et élevées sur des hases très-larges. (La fig. 9 de la planche jointe à cette notice donne la vue perspective de cette entrée; les fig. 10, 11, 12 et 13, les plan, coupes et détails.) Au-dessus de l’architrave on voit une frise fort détériorée, mais dont la partie inférieure présente encore une suite de denticules arrondies par le bas. Le plafond, taillé en berceau surbaissé, repose d’un côté sur l’architrave du portique, et de l’autre sur le mur de fond. La salle, qui a plus de 12 mètres de large, et dont le sol est un peu plus élevé que le portique (*), est soutenue par quatre colonnes à cannelures creuses, dont la forme élégante semble avoir donné aux Grecs l’idée de leur ordre dorique. Ces colonnes, posées ou plutôt taillées sur de larges bases, ont cinq diamètres de hauteur, et le fût diminue d’environ l/l 0 jusque sous l’abaque qui le couronne, et saillit un peu sur lui. Ce fût porte quinze cannelures; la largeur de la seizième, celle parallèle à l’axe du monument, est occupée par une surface plane, destinée sans doute à recevoir une inscription hiéroglyühique qui n’a jamais été gravée. Ces colonnes étaient peintes d'une couleur rougeâtre, de façon à imiter le granit, et à leur donner peutêtre l’apparence d’une plus grande solidité que le calcaire numismal de la montagne. Elles soutiennent deux architraves qui divisent le tombeau en une nef et deux ailes latérales; les trois plafonds sont taillés en berceaux surbaissés, et peints de carreaux componés. Le plan de ce tombeau se termine par un petit sanctuaire où s’élève la statue colossale du défunt, assis entre deux femmes.
Le second hypogée creusé pour un administrateur des terres orientales de l’Heptanomide , appelé Noubôtp, ressemble à celui que nous venons de décrire, excepté que la niche ne contient point de statues, et qu’il est précédé d'un portique à colonnes entièrement cannelées, sans base, comme à Pestum et dans tous les beaux temples grecs. Les colonnes intérieures ont été détruites. Les peintures qui décorent ce tombeau sont d’un fini précieux; les animaux surtout y sont traités avec un soin et un fini remarquables.
On est étonné de trouver dans ces petits monuments, les plus anciens de l’Égypte, des colonnes presque semblables à celles des plus vieux temples grecs d’Athènes, de Pestum , de Coré et d Agrigente. A l’exception de quelques minimes détails, les Grecs n’ont rien ajouté à cet ordre égyptien, qui remonte à. près de 3,000 ans avant notre ère. On pourrait retrouver sur d’autres monuments l’origine des trigly plies dont ils l’ont décoré ; l’échine des colonnes doriques correspond à la partie inférieure du chapiteau de lotus(voy. fig. 15) ; les listeaux ou annuli , au nombre de trois ou cinq, placés au-dessous de l’échine, se retrouvent aussi sur des colonnes de Béni-Hassen. Ces analogies, frappantes dans les détails les plus caractéristiques des ordres égyptien et grec, paraissent indiquer une origine commune; aussi tous les voyageurs se sont accordés à voir dans les colonnes de Sésortasen le type du dorique, emprunté par les Grecs à l’architecture de la vallée du Aid. Convaincu par ces preuves archiauthentiques , notre célèbre hiérogrammate , Champollion , s’est décidé à nommer protodoriques les vieilles colonnes de Béni-Hassen.
La haute antiquité, l’invention égyptienne de ce type primitif, est un fait capital, incontestable et précieux
(*) Quelques erreurs de détail se sont glissées dans cette planche, où le graveur a omis : 1° de surhausser d’une marche le sol du portique sur la cour, et celui de la salle sur le portique; 2° de dessiner les bases des colonnes; 3° d’arrondir les denticules du portique; 4° enfin d’indiquer le méplat qui occupe la place de la seizième cannelure. Ces erreurs existent dans la planche du grand ouvrage d’Égypte, qui a servi de modèle.
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pour l'histoire de l’art; mais la question de savoir si l’architecture grecque naquit et se développa sous 1 influence égyptienne , ou si elle dut ses premiers essais à ses seules inspirations , me semble fort difficile à résoudre, quand nous ne connaissons pas l’époque et la nature des premières relations de ces deux peuples. Pour trancher la question avec quelque certitude, il faudrait des documents historiques qui nous manquent, et qui ne se produiront peut-être jamais. L’apparente identité des ordres égyptien et grec ne prouve autre chose qu’une idée commune, qu’un rapport fortuit, et tel qu’il s’en présente partout où il y a des constructions formées d’un toit ou d’une terrasse élevée sur des supports. C’est précisément dans l'enfance de l’art, quand les peuples jettent leurs premières conceptions, qu’ils se rencontrent le plus souvent, parce qu’ils suivent l’analogie des idées que la nature leur suggère. Le caractère des constructions primitives, du premier type, c’est-à-dire de l'architecture en bois, est tellement marqué dans le dorique, qu’on ne saurait le regarder comme le résultat d’un emprunt, mais bien plutôt comme l’imitation des premiers essais de l’art de bâtir. La colonne grecque se lie trop bien avec l’architrave, la frise et la corniche, les triglyphes et les mutules, pour ne pas voir que tout est sorti d’un seul jet de la tète d’un artiste de génie; c’est la copie d'un assemblage de parties liées les unes aux autres, et parfaitement logiques. Il faut donc regarder le dorique, quelque analogie qu'il présente avec l’ordre égyptien, comme le principe même de l’art grec, et le type le plus original qu’il ait produit. Au reste, si l’on persiste à croire que la forme des colonnes de Béni-Hassen a été importée en Grèce, à une époque reculée, par des colonies égyptiennes, l’art grec s’est développé de façon à prouver qu'il pouvait se passer de cette assistance étrangère.
Les hypogées de Béni-Hassen présentent encore d’autres documents fort remarquables pour 1 histoire de l’art sous les pharaons. On voit dans plusieurs tombeaux situés au sud de ceux que nous venons de décrire, et qui datent évidemment du même siècle, le prototype de l’ordre égyptien qui a été le plus en usage à toutes les époques. Ces colonnes consistent en quatre tiges de lotus, dont les boutons forment un chapiteau naturel, séparé du fût par des viroles ou plutôt des liens qui , après avoir fait plusieurs tours, laissent pendre entre les tiges leurs deux extrémités. (Voy, lig. 14 et 15.) Ces colonnes, qui ont une diminution très-sensible, reposent sur des bases extrêmement larges et peu élevées. Le plafond est taillé eu forme de toit plat , ou, s’il se peut dire, en fronton creusé ; particularité qu’on remarque dans divers hypogées du voisinage. Cet ordre de colonnes annonce un certain progrès sur les piliers et les colonnes cannelées; et cependant, quoique leur forme soit des plus heureuses , elles sont trop grêles pour l’énorme poids qu elles doivent porter. Les proportions varient un peu dans les autres hypogées, où ce beau type de l’art égyptien sous les rois de la douzième dynastie, déploie déjà tout ce qu’il a de naturel, de simplicité et d’élégance.
Comme presque tous les hypogées, ceux de cette localité contiennent des puits dans lesquels les momies étaient déposées : la situation de ces caveaux funéraires est presque toujours indiquée par une tablette hiéroglyphique placée sur la muraille la plus voisine. Ils sont tous ornés d’inscriptions et de tableaux peints sur stuc. Le détail de ces peintures n eutre point dans le plan de ce livre, et nous regrettons que les bornes de cet article ne nous permettent pas de nous étendre sur la nature des ornements , qui présentent une variété de méandres, de fleurons disposés en carreaux, de rosaces diverses componées en damier, d’enroulements et d entrelacs peints de couleurs variées : ils rappellent les ornements de fantaisie nommés grecs ou bien étrusques , et dont l’invention parait encore appartenir aux artistes égyptiens.
Plusieurs hypogées de Psinaula et de Thèbes contiennent aussi de curieux documents sur l’histoire de l’art , et notamment sur l’invention de la voûte ; mais nous devons nous borner ici à l’étude des tombeaux bypogéens qui forment l’objet de cette notice. 11 nous reste donc à parler des syringes de Thèbes, particulièrement destinées à l’inhumation des rois, des reines, ou des fonctionnaires qui ont gouverné le pays.
Les anciens pharaons des dynasties thébaines avaient choisi pour lieu de sépulture une vallée située à l’ouest de leur capitale et de la nécropole qui la domine. Cette vallée étroite, aride , encaissée de montagnes et de hauts rochers coupés à pic, se ramifie en diverses directions, et présente partout l'aspect le plus triste, le plus sauvage et le pius désolé. Au pied ou sur les pentes de ces montagnes , auxquelles l’art n’a rien enlevé de leur rugosité primitive, on aperçoit des ouvertures carrées, percées dans tous les sens, et encombrées pour h plupart de roches et de détritus amoncelés par le temps. Ces simples ouvertures servent de façade et d’entrée aux hypogées des rois. (Voy. fig. 8 ; elle représente l’entrée du tombeau de Ramsès VI, que Champollion habita pendant son séjour dans la vallée de Bibàn-el-Molouk.)
C’est une scène magique, que cette subite transition d’une solitude âpre, d’un désert affreux, à ces longues suites de brillantes et fraîches peintures, à tout le luxe de ces longues et incompréhensibles galeries. Ou est
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étonné de la simplicité et du peu de développement de ces entrées, comparées à la magnificence intérieure de ces hypogées; et cet étonnement ne cesse qu’en se rappelant que ces portes étaient bouchées par de grosses pierres , pour les confondre avec la rusticité empreinte par la nature sur les flancs de la montagne. Les entrées même des galeries étaient aussi soigneusement masquées que les conduits des pyramides; et l’on sait, par les découvertes de Belzoni, de quels mystères les Égyptiens enveloppaient cette demeure des morts (*).
Ces entrées sont percées dans toutes les directions , mais toujours de manière à ce que l’axe longitudinal de l’hypogée aboutisse au point culminant de la montagne, qui s’élevait ainsi en cône au-dessus du tombeau. La pensée qui avait présidé à la construction des pyramides se retrouvait là tout entière, et plusieurs montagnes qui s’élèvent comme de gigantesques tumulus semblent avoir donné l'idée des constructions pyramidales.
Lorsque Strabon voyageait en Égypte, on comptait une quarantaine de ces tombes royales ; Diodore, je crois, n’en compte que dix sept, qui subsistaient encore sous Ptolémée-Lagus; aujourd’hui, malgré des découvertes récentes, on n’en connaît que vingt-cinq, les unes achevées, les autres ébauchées ou entièrement nues: ces dernières, ouvertes depuis des siècles, paraissent avoir été revêtues de stuc , qui est tombé sous l’édacité du temps.
Les hypogées de Bibàn-el-Molouk, où les pharaons ont déployé une magnificence vraiment royale, en faisant concourir les trois grands arts à l’embellissement de leur dernière demeure , sont creusés à des niveaux différents et sans aucune symétrie relative, mais sur un plan à peu près uniforme. Une porte assez étroite sert d’entrée à une longue galerie ou couloir qui se dirige vers le centre de la montagne, suivant un angle plus ou moins incliné à l’horizon (comme dans le tombeau de Bamsès-Meiamoun , fig. 1 (**); celui de Bamsès Y, fig. 5; Bamsès VI, fig. 6; et celui de Ménephtah-Siphtah , fig. 7), ou par de longs paliers séparés par des escaliers (comme dans le tombeau d’Amounôph-Memnon , fig. 2; et celui de Ménephtah Ier, fig. 3 et 4). Ces couloirs sont divisés tantôt par des chambranles, tantôt par de petites pièces carrées ou rectangulaires, ou enfin par des escaliers et de nouveaux passages qui précèdent une grande salle oblongue, à plafond cintré, soutenue par des piliers élevés sur un stylobate qui règne dans tout le pourtour. C’est dans cette vaste pièce, uommée dans les inscriptions la salle dorée, et ordinairement creusée à la plus grande profondeur, que reposait dans un énorme sarcophage de granit la momie royale, ceinte d’une triple enveloppe de bandelettes, de cartonnage et de bois. Les momies trouvées dans les deux petits réduits, derrière la grande salle du tombeau de Bamsès VI, prouvent que ces hypogées renfermaient souvent les cercueils de plusieurs individus , et que la majesté royale daignait partager sa splendide sépulture avec des serviteurs ou des familiers, qui se disputaient sans doute ce dernier honneur.
Le tombeau de Bamsès-Meiamoun se distingue de tous les autres par son entrée, ornée de deux pilastres à tète de vache, symbole d’Hathor, déesse rectrice de l’Amenti ou enfer égyptien. Il est aussi remarquable par dix petites salles percées latéralement dans le corridor d’entrée. Chacune d’elles conserve encore de fraîches peintures représentant des meubles, des armes, et des scènes de la vie privée des Égyptiens. Dans la première on a peint l’intérieur d’une cuisine, et tous les apprêts du repas d’un pharaon. Dans la salle opposée sont représentées diverses barques richement ornées. Une autre pièce offre l’image des armes offensives et défensives des Égyptiens. Le mobilier royal occupe toute une salle. Dans la suivante on voit des scènes de jardinage et d’agriculture; plus loin sont deux chapelles consacrées aux principales divinités, et une troisième en particulier au dieu Nil et aux douze mois de l’année égyptienne , personnifiés par douze divinités portant les productions des diverses saisons. Enfin la dernière salle, réservée au ménestrel du roi, contient la représentation des deux célèbres harpistes reproduits dans tous les ouvrages sur l’Égypte.
Quelques-uns de ces tombeaux sont d’une étendue immense, et leur longueur varie depuis IG jusqu’à 120 mètres. Les rois les faisaient creuser de leur vivant, et en poursuivaient les travaux jusqu’au moment fatal où la mort les forçait à venir habiter cette funèbre demeure, dont ils prenaient possession dans l’état
(*) D’après cela, que penser du texte de Strabon, qui rapporte que jadis des obélisques couverts d’inscriptions étaient places près de ces tombeaux? On n’en trouve pas la moindre trace, pas le moindre débris; et l’on ne saurait allier cette ostentation avec la simplicité des façades de ces hypogées, et le soin que les Égyptiens mettaient à en dérober l'emplacement aux vivants, dès que le culte de famille avait cessé.
(**) Champollion a retrouvé sur un papyrus du Musée de Turin un plan de ce tombeau. Chaque couloir, chaque chambre porte une inscription hiératique, suivie de chiffres qui indiquent les dimensions de l’hypogée royal. La grande salle présente le dessin, à vol d’oiseau, du sarcophage peint en granit rose. — Voy. Lepsius, Auswahl der IVichtigsten Urkunden des Ægyptischen Alterthums. 1 vol. in-fol. ; Leipzig, 1842, pl. XXII.
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où elle se trouvait après les soixante-dix jours consacrés à l’embaumement. Aussi, c’est aux plus longs règnes qu’appartiennent les tombes les plus complètes, comme celles de Ménephtah Ier (fig. 3 et 4), de Ramsès- Meiamoun (fig. 1), et de Ménephtah-Siphtah , souverain en sous-ordre qui semble avoir régné au nom de sa femme, la reine Taosiri (fig. 7).
Ces hypogées sont creusés dans une pierre calcaire d'une pâte fine et blanche, qui se travaille et se polit facilement. Cette pierre est parsemée çà et là de silex et de coquilles fossiles, que les sculpteurs ont enlevés, et remplacés par des morceaux de calcaire adroitement encastrés sur les parements du mur. Il paraît qu’on n’avait égard qu’à la capacité du rocher, à son homogénéité, pour creuser un tombeau , puisque leurs axes respectifs ne conservent aucun parallélisme, et paraissent tousse diriger de l’endroit choisi au point culminant de la montagne. Ces syringes étaient toujours percés en ligne droite ; et l’irrégularité qu’on remarque dans quelques tombeaux, tels que ceux d’Amounôph-Memnon (fig. 2) , de Ménephtah Ie* (fig. 3), et de Ramsès-Meiamoun (fig. 1), est due au voisinage d’autres sépultures qui ont forcé de faire un coude pour les éviter. On voit dans la fig. 1 que l’hypogée de Meiamoun , arrivé au tiers de sa longueur, pénétra dans un tombeau voisin, et que cette rencontre inattendue obligea l’architecte à rejeter son excavation sur la droite, afin de trouver un espace libre pour continuer l’hypogée au gré du pharaon auquel il était destiné. C’est à une cause semblable qu’il faut attribuer la double déviation du tombeau d’Amounôph III.
L’architecture des hypogées royaux est extrêmement simple : point de moulures, de corniches, ni d’architraves; des murailles sans profil, des pilastres carrés et des plafonds plats ou taillés en berceau, voilà tout. La statuaire en était aussi bannie. En revanche , la sculpture en bas-relief et la peinture ont étalé tout leur savoir et toutes leurs ressources (*). Dans ceux qui sont coloriés seulement , la peinture repose sur un frêle enduit de plâtre qui, n’étant point exposé aux vicissitudes des saisons et à la lumière solaire, a conservé toute la fraîcheur de la palette du peintre. La richesse des décorations va croissant jusqu’à la salle dorée, où reposait la momie royale. Tous les sarcophages ont été violés. Les barbares qui ont pillé ces tombeaux en ont brisé, dispersé les cadavres que la piété et l’orgueil prétendaient y faire reposer en paix pendant trois mille ans. Ces sarcophages, ordinairement en granit, sont travaillés avec un art et une patience admirables. Dans le tombeau de Ménephtah Ier, découvert eu 1817 par Eelzoni, le sarcophage était en albâtre oriental, couvert de fines sculptures; quoique aussi colossal que les autres, les parois en sont si minces, qu’elles deviennent transparentes quand on place une lumière à l’intérieur. Le sarcophage de basalte vert qui orne le Musée du Louvre est un des plus beaux que l’on connaisse; et si les officiers du Luxor n’avaient point vendu à l'Angleterre le superbe sarcophage de la reine Onkhnas, nous aurions les deux plus précieux monolithes de ce genre.
C’est dans ces tombeaux que le génie mystérieux des Égyptiens se montre dans toute sa plénitude; c est là que sont le plus fortement empreintes les traces des croyances sous le joug desquelles ce peuple étonnant a vécu. Lorsque, à la faible lueur d une torche, on parcourt ces longues enfilades de pièces toutes couvertes de bas-reliefs et de peintures symboliques; lorsqu’on examine ces salles magnifiques et spacieuses exécutées avec tant de difficultés , de fatigue et de patience, on ne peut se défendre d’un étonnement religieux, d’une sorte de stupéfaction, en songeant que tout ce faste ruineux était condamné à d’éternelles ténèbres; ces immenses légendes, à n’ètre jamais lues. Tout cela serait incompréhensible , si le système religieux et psychologique des Égyptiens nous était entièrement inconnu.
C’est bien le même génie qui a ordonné les pyramides et fait creuser ces vastes syringes ; c’est le même système dans les galeries et les corridors, la même distribution irrégulière ascendante ou descendante, enfin le même mystère empreint partout. Dans les hypogées de Ribàn-el-Molouk , il n’y a pas une seule paroi sans ornements, sans peintures ou légendes, quand le pharaon a eu le loisir de terminer son tombeau. Dans les pyramides, les couloirs étaient nus; et toute la décoration paraît avoir été sur le revêtement, qui a disparu. L’un était un livre fermé, que lavide curiosité des modernes est venue exposer au jour; l’autre, un livre toujours ouvert, dont le temps ou la barbarie a détruit les symboles et les caractères.
(*) L’on peut juger à Paris de la beauté et du fini précieux de ces sculptures peintes, par un bas-relief exposé dans les nouvelles salies du Musée égyptien du Louvre. Ce superbe spécimen a été enlevé par Champollion sur un des pilastres du tombeau de Séti ou Ménephtah 1er, chef de la dix-neuvième dynastie.
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PALAIS A PERSEPOLIS
L’archéologie de la Perse commence , depuis fort peu de temps , à entrer dans une voie réellement historique ; car, il y a quelques années à peine, elle était dans une route beaucoup moins sûre. Mais, il faut le dire, ce progrès est en grande partie dù à l’étude ainsi qu’à la lecture des inscriptions gravées sur les monuments de ce royaume , inscriptions dont la forme se rapproche , sous le rapport de l’élément qui les compose, de celles de la Babylonie et de l’Assyrie, qui leur étaient antérieures et d’où elles semblent procéder; il est aussi le résultat de la découverte des ruines de Ninive, qui fut, sans contredit, au point de vue de l’histoire et à celui de l’art asiatique, l’une des plus importantes parmi celles des temps modernes. Ainsi, grâce aux essais de déchiffrement de ces inscriptions, il est maintenant permis de pénétrer, quant à cette antique contrée, dans le domaine des faits positifs, et la science, éclairée par les recherches et les investigations des philologues, peut, à l'aide de ce flambeau, marcher, relativement à Persépolis, dans une voie à peu près certaine. Loin de nous donc, et les systèmes erronés, et les opinions basées sur l’imagination; de même qu’il faut rejeter aussi, comme entachés d’erreurs, les fables et les contes des écrivains orientaux, puisque les inscriptions nationales viennent confirmer, de tous points, les récits des historiens grecs et latins, nos seules sources pendant longtemps pour connaître l’histoire de tout ce vieux monde asiatique.
Les Mèdes et les Perses, qui renversèrent les monuments de Babylone, nous ont à peine transmis quelques ruines de ceux qu’ils érigèrent à l’époque de leur plus grande puissance ; et, n’étaient les vestiges imposants qui se trouvent, de nos jours, sur un site qu’on croit avoir été celui de Persépolis, vestiges qui révèlent incontestablement la prépondérance que dut exercer la Perse sur les destinées de l’Asie, on ignorerait peut-être ce que fut autrefois l’art de ce pays. Or, ces débris constituent à peu près les seules œuvres architectoniques qui nous restent de cette civilisation; car, les monuments des autres villes principales, de Suse, d’Ecbatane, etc., ont pour ainsi dire été anéantis. — • C’est donc à l’examen des ruines de cette cité célèbre que nous allons con sacrer les développements de la présente notice.
Mais, avant de commencer cette description , il nous a semblé utile de faire connaître, d’une manière générale mais succincte, les diverses notions qui concernent son origine, son nom , son histoire et sa situation.
Indiquons d'abord les sources où l’on doit puiser : ce sont les historiens grecs et latins, les écrivains orientaux, les relations des voyageurs, les travaux des savants et des philologues, et surtout les inscriptions nationales, dites cunéiformes. Ces nombreux éléments fourniront tous les faits qu'il est important de posséder pour étudier avec fruit le grand monument dont il est ici question.
Les victoires remportées par Cyrus avaient assuré à la Perse une domination qui s’étendait au loin. Puissant par les armes, enivré de gloire et possesseur d’immenses richesses, ce prince, après avoir conquis successivement un grand nombre de royaumes, pensa, peut-être, qu’il convenait de donner à son peuple un certain cachet de civilisation; mais, dans l’état de barbarie où se trouvait alors cette nation, il dut nécessairement avoir recours aux vaincus; et c’est probablement à cette époque que les Mèdes, qui avaient fait de si grands emprunts aux Babyloniens et aux Assyriens, importèrent dans la Perse les sciences et les arts qu’ils avaient reçus de leurs prédécesseurs. Tels, du moins, apparaissent aujourd’hui et l’art et la langue des Perses, ces calques évidents d’emprunts incontestables, certifiés par les rapports et les analogies que présentent entre eux les éléments divers de ces trois civilisations. Les conséquences naturelles de cette civilisation durent inévitablement donner naissance à des centres principaux ou villes qui reçurent, dans la suite, tout le luxe des arts. Or, parmi les cités dont la fondation remonte vraisemblablement à cette époque, et dont l'existence est attestée et par l’histoire et par des ruines, on doit placer la célèbre Persépolis.
L’origine et la formation de cette ville sont encore, dans l’état présent de nos connaissances, enveloppées d’un certain mystère; caries inscriptions cunéiformes ne nous ont jusqu’ici donné aucun renseignement. Tout ce qu’on sait, sur cet objet, consiste uniquement dans les récits des historiens grecs et latins ; mais, ces récits 11e remontent pas au delà de l’époque où les Tirées entrèrent en relation avec les Perses, c’est-à-dire, au delà du moment où ces derniers avaient déjà joué un grand rôle dans les affaires de l’Asie, et conséquemment à une date antérieure où Persépolis avait acquis un certain développement. 11 n'y a point à espérer d’autres renseignements des monuments historiques et littéraires de ce peuple ; ils sont perdus, comme ont été perdus aussi la plupart des ouvrages grecs qui auraient pu nous donner de précieuses notions sur ce sujet. L histoire de Persé-
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polis s’ouvre donc seulement, pour nous , à l’heure de sa décadence et vers l’époque des conquêtes d’Alexandre en Asie et dans l’Orient.
Ici viendrait tout naturellement se placer la question du nom porté par cette ville, nom qui est évidemment grec et point perse, c’est-à-dire, ni original ni primitif; mais on comprend que l’exiguïté de notre cadre nous interdit une digression qui , pour être traitée d’une manière convenable , exigerait ici d’assez longs développements. Nous nous bornerons donc à constater que ce nom de Persépolis ne se trouve cité par aucun des auteurs contemporains, qui parlent cependant des autres villes importantes de ce royaume, de Suse, d’Ecbatane et de Babylone (*) ; et nous dirons que cette dénomination n’est autre, selon toute apparence, que la traduction littérale, en langue grecque, de celle de Pasargada ou de Parsagada , comme il est écrit dans Quinte-Curce, qui signifie : le camp , la citadelle, le séjour ou la ville des Perses , Persépolis. Ces notions seraient toutefois incomplètes, si nous n’ajoutions encore que, dans les environs de cet endroit, il existe une localité dont le nom, connu dans l’histoire, fut en effet celui de Pasargade, localité où se voient encore un grand nombre de ruines d’un art analogue; d’où Ileeren avait conclu que ce nom de Pasargade dut être celui que porta naguère la capitale des Perses, et dont Persépolis n'était que la traduction. Suivant quelques antiquaires, la lecture des inscriptions semblerait confirmer à peu près cette opinion, et donner lieu de penser, ce que nous n’admettons pas, que les ruines, découvertes à Persépolis et à Pasargade, pourraient être celles des deux points extrêmes d’une de ces grandes villes à l’étendue immense, comme Babylone et Ninive.
A l’époque la plus florissante de la monarchie des Perses , Persépolis n’était pas exclusivement le seul lieu de la résidence des souverains; ce séjour était encore partagé avec trois autres villes : Suze, Ecbatane et Babylone. Ils habitaient Babylone pendant l’hiver, Suse au printemps, Ecbatane en été, et Persépolis pendant l’automne. Les Perses avaient donc quatre capitales; mais Persépolis était considérée comme la ville sacrée par excellence , le siège de la religion et le berceau de la monarchie. C’était là que les rois venaient se faire initier, et c’était là aussi qu’ils devaient avoir leur tombe. — Les successeurs de Cyrus lui donnèrent sans doute une grande extension, de même qu’ils l’embellirent; car, elle devint alors si considérable et si importante, que Diodore de Sicile en parle avec admiration. Quant à son étendue, elle avait probablement, comme Babylone et Ninive, ses maisons isolées et à certaine distance les unes des autres, de manière qu’elle dut occuper un terrain assez vaste. Persépolis s’étendait donc sur une immense surface, opinion que viendraient, au reste, confirmer les débris épars dans les divers endroits d’une localité que les archéologues croient reconnaître comme occupant le sol où dut exister naguère cette antique métropole.
Parmi les grandes constructions qui faisaient l’ornement de cette ville, il en était sans doute qui, par leur destination, leur importance et le luxe de leur décoration, méritent une mention particulière. L’histoire et les voyageurs signalent, en effet , sur ce terrain un monument dont les ruines semblent réunir toutes les conditions pour exciter au plus haut point l’attention des archéologues. C’est un palais remontant à la plus brillante époque de la dynastie des Achéménides, aux règnes de Darius et de Xercès, et que sa situation, sa composition et son originalité rendent sans contredit l’un des édifices les plus intéressants et les plus remarquables qui soient sur la terre. Ce monument, qui n’a rien d’égal au monde, soit par le style de son architecture ou par celui de son art, est multiple, c’est-à-dire, qu’il est composé de plusieurs édifices, de destinations diverses, agencés et groupés sur un seul et même endroit.
Afin de mieux initier le lecteur dans la question que nous allons traiter, nous avons cru convenable de placer ici la description que Diodore fait de ce monument, description qui fut probablement écrite d’après les récits de témoins oculaires et sur des documents authentiques, altérés peut-être, sans le vouloir, par l’auteur qui nous les a transmis. « Il ne me semble pas hors de propos, dit-il, de donner une description rapide des palais que renfermait Persépolis, et que leur magnificence avait rendus si célèbres. La citadelle qui les contenait tous, imposante par sa situation, était entourée d’un triple mur. Le premier, assis sur des fondements bâtis à grands frais, avait seize coudées de hauteur, non compris les créneaux dont il était surmonté; le second, construit comme celui dont nous venons de parler, avait le double de hauteur ; enfin, le troisième, dont le périmètre était un carré, s’élevait à une hauteur de soixante coudées : bâti en pierre extrêmement dure, il semblait destiné à subsister éternelle-
(*) Ce nom ne paraît, dans l’histoire, qu’a partir de Diodore et des écrivains postérieurs.
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ment. Sur chacun des quatre côtés, on voyait des portes d’airain, et, en avant, une palissade de même métal, de vingt coudées de haut, qui causait autant d’étonnement à la vue qu’elle était bien entendue pour garantir la sûreté du lieu. — Dans l’enceinte de la citadelle, on avait, pour les hôtes du roi et pour les généraux d’armée, bâti plusieurs logements, tous richement meublés, ainsi que les salles contenant les trésors, et construites d’ailleurs avec un soin tout particulier pour assurer la conservation des richesses que l’on y déposait. — A l’orient de cette citadelle, à environ quatre plèthres de distance, est une colline, appelée le Mont -Royal, où se trouvaient les tombeaux des rois de Perse. Ce mont n’était autre chose qu’un rocher, creusé intérieurement, et qui renferme plusieurs chambres où les monuments funéraires des rois venaient se ranger. Aucune porte , faite à main d’homme, n’y donnait accès, et les cercueils étaient descendus dans les chambres sépulcrales au moyen d’une machine très-ingénieusement exécutée (*). » Cette description, pour être bien comprise, nécessite maintenant que nous revenions sur certains termes, afin de les éclaircir et de les expliquer : ainsi, par le mot de citadelle , on doit probablement entendre la disposition élevée du plateau sur lequel étaient érigés les différents édifices ; de même qu’on doit considérer ces trois murs placés Vun derrière l'autre comme trois terrasses différentes ; quant aux créneaux mentionnés par l’historien grec, il est maintenant impossible de vérifier cette assertion, attendu que les parties supérieures manquent au palais de Persépolis. Les mesures que donne cet écrivain sont évidemment fautives ; mais il dit vrai lorsqu’il rapporte que le monument était bâti en pierre extrêmement dure. Une difficulté se présente, toutefois, relativement à l'interprétation du passage où il parle de l’existence de portes d’airain. M. Raoul-Rochette pense, avec raison, qu’il y a eu l<à une erreur de copiste, ce qui a trompé le traducteur. Ces observations faites, le contenu de la description de Diodore s’applique assez bien au monument dont nous avons entrepris la description.
Suivant toute apparence, ce palais ne fut pas complètement terminé , et il ne resta point longtemps dans une intégrité complète ; car, par une fatalité qui devait lui être funeste, il subit, lors d’un événement mémorable dans l’histoire, une assez grave atteinte qui devait commencer sa ruine. Cet événement n’est autre que l’occupation de Persépolis par Alexandre. En effet, après la défaite de Darius, le conquérant macédonien, s’étant emparé de la ville, choisit et se réserva ce palais, dont il fit sa résidence particulière ; et là, depuis le moment de l’occupation, s’abandonnant à toutes les voluptés, il passait les jours et les nuits au sein des plaisirs. « Pendant son séjour, rapporte Diodore, Alexandre voulut célébrer par des fêtes les victoires qu’il avait remportées. De grands sacrifices d’actions de grâces furent offerts aux dieux, et des festins somptueux, donnés à ses amis, suivirent les cérémonies religieuses. Livrés aux plaisirs de la table, qui se prolongeaient dans la nuit, les nombreux convives perdirent bientôt l’usage de leur raison; l’ivresse devint générale, et une sorte de folie furieuse s’empara de tous les esprits, troublés par le vin. Au milieu de ce désordre, une des courtisanes admises à ces repas, nommée Thaïs, et née dans l’Attique, s’avisa de dire que, de tous les faits brillants dont Alexandre avait étonné l’Asie, celui qui l’illustrerait le plus serait de quitter avec elle et ses compagnes la salle du banquet pour aller mettre le feu au palais, et faire ainsi disparaître, en un instant, sous des mains féminines, ces fameux monuments de la grandeur des Perses. Cette proposition, adressée à des jeunes gens que l’ivresse avait privés de toute raison, ne pouvait manquer d’être accueillie, et 1 un d’eux dit tout haut qu’il conduirait la marche, et qu’on devait allumer des torches pour venger les insultes que jadis les temples de la Grèce avaient souffertes de la part des Perses. Les autres convives se rangèrent à cet avis, et l’on s’écria, de toutes parts, qu’il n’y avait qu’ Alexandre seul qui fût digne d’accomplir un si noble dessein. Enfin, le roi se laissa entraîner par les clameurs , et tous se levèrent à la fois de table, comme pour exécuter une danse en l’honneur de Racchus victorieux, bientôt après on apporta un grand nombre de torches allumées, et le roi, suivi des courtisanes et des musiciens, cortège ordinaire de ces débauches , s’avança , au son des flûtes et des chalumeaux qu’accompagnaient les voix des chanteuses , pour commencer la marche que dirigeait Thaïs, qui s’était mise à la tète. Arrivés près du palais , elle et le roi y jetèrent les premières torches, et tout le reste de la troupe ayant imité cet exemple, en peu d’instants le palais et tous les bâtiments qui y touchaient devinrent la proie des flammes. L’incendie fut terrible; et, cequil y a de plus singulier à remarquer dans cet événement, c’est qu’on vit l’injure que Xercès, roi de Perse, avait commise contre les Grecs , en brûlant la citadelle d’Athènes , punie tant d’années après par une simple femme de cette même Athènes, et qui , en se jouant au sein de la débauche, vengea son pays par un attentat semblable à celui dont il
(*) Bibliothèque historique, liv. XVII, chap. 72 ; trad. de Miot, tome V, page 292.
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avait à se plaindre (*). » Tel est le récit de l’historien grec. Mais, si Diodore interrompt ici sa narration, d’autres écrivains la complètent. Revenu à lui-même, Alexandre se repentit de sa conduite, et il donna des ordres pour qu’on éteignit aussitôt l’incendie ; cependant l’action du feu avait été plus puissante que la volonté du conquérant : toute une partie du palais était consumée. C’est sans doute alors que, comprenant l’étendue d’un tel acte, il dit avec tristesse à ses généraux : « Le roi de Macédoine fut plus grand, assis sur le trône de Xercès, que debout sur les ruines de son palais en cendres. »
D’après les récits de Diodore et de Quinte-Curcc , la ville et le palais passent pour avoir été détruits par Alexandre ; et il semblerait que ce fut particulièrement sur cette métropole qu’il voulut venger les injures faites à la Grèce : or, ce trait vient à l’appui de ce que nous disions plus haut, qu’elle était la ville la plus importante de la Perse. Le Macédonien agrandit Suse et Ecbatane ; tandis qu’au contraire il brûla Persépolis. Mais , il faut le dire, on a trop exagéré les désastres que subit cette capitale ; car, il est plus que vraisemblable que l’incendie se borna seulement au palais, et, probablement encore, à l’un des édifices qui en composaient l’ensemble. Les ravages portèrent principalement sur des objets combustibles, tels que l’ameublement et les toitures, qui étaient sans doute en bois, et dont la nature, par conséquent, offrit un aliment aux progrès de l’incendie. La ville ne fut donc point brûlée, comme l’affirment certains auteurs; toutefois, Alexandre laissa, sur le palais, des traces éternelles de sa vengeance.
Malgré ce désastre, qui fut, en réalité, beaucoup moindre qu’on ne pense , cet édifice n’en demeura pas moins très-habitable ; car, environ quatre ans après, le conquérant, revenant de son expédition de l’Inde , y fit encore un assez long séjour.
Quant à la ville elle continua d’exister ; mais, elle ne recouvra plus son ancienne splendeur, et elle perdit, pour toujours, le premier rang qu’elle avait occupé jusqu’alors. Dès ce moment, commencèrent pour elle des jours de décadence. Néanmoins, l’espèce de gloire qui s’attachait à son passé, joint à sa position géographique, lui permit de traîner encore, durant plusieurs siècles , une existence qui devait cependant s’éteindre un jour. En effet, sous le gouvernement des Arsacides , elle était assez importante pour qu’au IIe siècle de l’ère chrétienne le géographe Ptolémée en fasse mention dans son ouvrage, et pour qu'Arrien la désigne aussi comme une ville qui tenait un certain rang à cette époque. Vers la fin du IVe siècle, Ammien Marcellin la classe encore au nombre des principales cités de la Perse, et son contemporain, l’auteur de la table de Peutinger, la représente comme un des centres commerciaux de ce royaume, avantage qu’elle tenait particulièrement de sa situation sur les bords de l’Araxe ; enfin, le dernier auteur qui la cite est Étienne de Byzance, qui vivait au Ve siècle. Mais, avec les Sassanides, s’éteint définitivement cette antique métropole d’une des plus puissantes monarchies asiatiques. En l’an 637 de notre ère, la Perse ayant été envahie par les Arabes , Persépolis vit alors quarante mille de ses habitants passés au fil de l’épée, et ses monuments, ainsi que les édifices composant le palais, occupés et gravement compromis par les vainqueurs. Il est donc assez vraisemblable de penser qu’au VIL siècle elle cessa d’exister comme ville. Quelle fut, depuis cette époque, la destinée de cette capitale déchue? On l’ignore, puisque les documents historiques manquent sur cette question. Tout ce qu’on peut induire, c’est quelle dut être abandonnée, en grande partie, lors de son saccagement par les Arabes, et que la population qui avait échappé à leurs fureurs dut probablement se répartir dans les villes voisines. La grande cité par excellence des Perses vit alors son dernier jour. A partir de ce moment, un voile épais semble s’étendre sur elle, et mettre, pour longtemps, dans l’oubli et son importance et sa grandeur passées. 11 faut descendre maintenant jusqu’au milieu du XIVe siècle pour en retrouver de nouveau une mention bien modeste. Le célèbre poète persan Saady cite quelquefois, dans ses œuvres, les ruines du palais de Persépolis, qu’il désigne par la simple qualification de Tchil-Minar ( les Quarante Colonnes ), probablement parce qu’à cette époque les Persans n’y avaient peut-être laissé subsister que ce nombre de supports. Pendant le cours du XVe siècle, le fils du célèbre Timour-Lenc alla visiter les vestiges de cette ville célèbre; des inscriptions, qu’on rapporte à cette date , sembleraient prouver l’espèce de vénération dont elle jouissait encore vers ce temps. Parvenu au règne du schah Abbas (1587 à 1629), prince qui favorisait cependant les sciences et les arts, nous allons voir les ruines de Persépolis et celles de son palais recevoir les plus graves atteintes. En effet, la fondation et l’embellissement de plusieurs villes de la Perse moderne ayant nécessité la possession de matériaux
(*) Bibliothèque historique, liv. XVII, chap, 73.
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nombreux , les monuments de l’antique capitale devinrent bientôt des espèces de carrières , d’où l’on emporta toutes les pierres transportables, n’y laissant que les masses qui, par leurs dimensions considérables, purent échapper ainsi aux chances fatales de cette cruelle dévastation. On rapporte qu’Abbas, ayant fixé sa résidence à Ispahan, voulut embellir cette ville d'édifices somptueux, et que, pour mettre ses projets à exécution, il envoya jusqu’à Tchil-Minar enlever des blocs de marbre, afin de les employer à l’érection de son palais et à celle de la grande mosquée. Enhardi par l’exemple de son souverain, un certain Iman Koulikan, gouverneur de la province de Schiraz, continua l’œuvre de destruction commencée par Abbas, et il tira, à son tour , des ruines de la ville et du palais , une grande quantité de débris qu’il utilisa dans l’endroit où il faisait bâtir. Les dimensions énormes que présentaient certaines parties architecturales du monument antique avaient été jusqu’alors des motifs puissants qui protégèrent ces derniers vestiges , lorsqu'il vint tout à coup à la pensée d’un successeur de cet Iman Koulikan d’en achever enfin le renversement complet. Une sordide avarice l’avait poussé à cet acte insensé d’ignorance et de barbarie. Eu voici la raison : presque tous les Européens qui se rendaient à la cour d’ Abbas ne voulaient point quitter la Perse sans avoir examiné les ruines de Persépolis. Il était alors en usage, dans ce royaume , de faire supporter par le trésor public toutes les dépenses que pouvaient nécessiter les voyages des ambassadeurs ; et, par suite de cette coutume, les villes et les villages qui se trouvaient sur leur route portaient cette dépense sur les comptes de l’intendant. Or, il arriva que le successeur d’Iman prit en très-mauvaise part la visite des Européens, et, dès ce moment, son parti fut pris. Recevant un jour les comptes de sa province , et voyant que la dépense faite par les étrangers était montée, dans une seule année, au chiffre de 1,200 écus, il se mit en fureur, et s’écria avec colère : « Que le diable emporte ces Français ; je saurai bien les empêcher de faire désormais des pèlerinages à Tchil-Minar. » En effet, il donna sur-le-champ des ordres pour qu’on anéantît au plus tôt les derniers vestiges du palais. Mais, comme les habitants d'Istakhr tiraient certains profits de la venue des étrangers , on mit une grande lenteur dans l’exécution de cet ordre, qu’on parvint facilement à faire révoquer par le monarque ; et ainsi furent conservées, comme par miracle, ces ruines dont l’intérêt est si grand pour l’histoire et pour l'archéologie! 11 semblerait peut-être que cette espèce de protection , émanant du souverain , dût garantir désormais des atteintes des hommes les derniers restes de ce monument. Eh bien! non; car, ce que n’a pu consommer le stupide successeur d’Iman , l'ignorance des gens de la localité l’exécute chaque jour depuis cette époque , et elle contribue, peu à peu, à la ruine totale des derniers débris de cette résidence.
Ce serait, sans doute, le lieu de mentionner ici les noms ainsi que les travaux de tous les voyageurs et de tous les archéologues qui, à différentes époques, depuis le XVIe siècle jusqu’à nos jours, ont successivement visité , examiné et étudié ces ruines ; et, à commencer par Barbaro jusqu'à MM. Coste et Flandin, il y aurait à citer bien des noms recommandables. Mais, nous avons hâte de faire connaître à nos lecteurs l’état présent du monument, et, grâce aux dessins que nous avons publiés, d’en aborder avec eux l’examen.
La position qu’occupent, de nos jours, les restes de ce vaste édifice, la fait considérer, par sa ressemblance avec les récits des écrivains antiques, comme un des points où lut naguère la célèbre Persépolis, et cette situation coïncide surtout avec le texte de Diodore. En effet, les ruines sont dans une plaine, à peu de distance de Schiraz et à une lieue environ du Bend-Amir, fleuve qui répond parfaitement bien à l’Araxe des anciens ; mais, et comme pour nous tirer à cet égard de toute incertitude, il se trouve encore là une autre particularité locale, dont la présence semble ne pouvoir laisser aucun doute pour qu’on reconnaisse , dans ce site, celui sur lequel se développa jadis la ville par excellence des Perses. Nous voulons parler de l’existence de ces tombeaux de rois, creusés dans le mont Royal, que Diodore place, ainsi qu'on l’a vu plus haut, à l’orient et à une distance de quatre plèthres du palais. Or, la position du mont Rachmed, qui occupe l’un des points de cette plaine , répond complètement à ce rapport de l’historien , et les tombeaux qui s’y trouvent viennent le prouver d’une manière incontestable. Ce rapprochement démontre donc que ce fut là saus doute qu’étaient et la ville de Persépolis et le palais des anciens rois de la Perse.
N’ayant point à traiter ici des monuments divers dont les ruines sont encore éparses dans la plaine et dans la vallée, nous passons immédiatement à ce qui a trait au plus important des édifices, à celui, qui fait, depuis plusieurs siècles, l'objet des investigations et des recherches de la science.
Le lieu choisi pour l’établissement de cette résidence royale affecte une disposition si singulière en elle- même, qu'il n’existe probablement rien de pareil au inonde. Sur l’un des points de la plaine de
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Merdacht , et à Tune des ouvertures de cette vallée dont nous avons parlé , s’élève une montagne qui porte le surnom de Eachmed , montagne dont la position parait se rapporter à ce mont Royal , donné par Diodore à l’endroit dans lequel se trouvaient les tombeaux des rois. La constitution géologique de cette montagne présente à l’observateur un calcaire formant un marbre grossier , de couleur grisâtre , mais susceptible d’être poli, et sa base offre , par sa disposition , comme une espèce de plateau naturel qui s’avance dans la plaine : ce fut le site qu'on désigna pour l’érection du palais ; or, ce choix arrêté , la partie inférieure fut immédiatement attaquée par la main de l’homme , qui en aplanit le sol et le disposa , probablement, selon les éminences rocheuses, en divers points , plus ou moins élevés , offrant à la vue autant de plateaux situés en retraite les uns des autres (*) ; mais, il faut le dire aussi, l’art du constructeur vint, presque partout , recouvrir, d’une épaisse enveloppe de pierre , les parois grossières de cette base granitique et primitive. On établit donc, du côté de la plaine, une immense plate-forme, dont les murs de revêtement présentent d’énormes blocs qui furent tirés de la montagne elle-même.
Dès les premiers moments qui suivirent la découverte des ruines, on s’est demandé a quelle espèce ou catégorie de monuments elles avaient pu appartenir Les uns ont voulu y voir les débris d’un temple ; d’autres, avec plus de raison, les vestiges d'un palais. De nos jours, une étude approfondie, jointe à leur comparaison avec les grandes constructions de la Babylonie et de l’Assyrie, a prouvé que ce dut être une résidence royale composée, comme ci Babylone, à INinive et même à Thèbes, de plusieurs édifices, érigés à différents âges, et répondant, par leur nature et par leurs dispositions, à des destinations diverses , mais parmi lesquels il s’en trouvait, à la fois, et d’utilité publique et de destination privée. — A une époque qui n’est pas fort reculée, les habitants de la plaine de Merdacht donnaient encore à ces ruines la dénomination de Palais de Darius. Or, on comprend tout ce qu’avait de respectable une tradition qui, s’étant ainsi perpétuée oralement, arrivait, pour ainsi dire, jusqu’en ces derniers siècles pour nous donner comme la clef d’une énigme dont il devenait, par ce fait seul, inutile de détourner le sens, en voulant y voir les ruines d'un prétendu temple. Mais, il y a plus, peut-être? Considéré au point des idées asiatiques de l’ancien monde, le site même de ces ruines devait tout naturellement les faire reconnaître pour celles d’un palais. Une pensée de symbolisme, ce qui ne paraîtrait point invraisemblable dans un temps où tant de choses avaient un sens symbolique, fut peut-être le motif qui porta les Perses à établir cette demeure sur une position élevée et dominant toutes les autres; on entendait, il se peut, exprimer matériellement ainsi cette pensée : que le roi étant, dans la hiérarchie sociale, le personnage le plus important, et par conséquent le plus haut placé, devait, par cette raison, avoir une demeure qui planât au-dessus des autres (**). Cette opinion trouverait , à la rigueur, comme une espèce de preuve dans les habitudes mêmes de la royauté en Perse : on sait que chaque fois que les monarques de ce pays se montraient en public, ils occupaient des estrades, afin de paraître, sous le rapport physique, d’une nature supérieure, voulant exprimer probablement qu'ils l’étaient aussi moralement (***). Mais, nous devons l’avouer, ce n’est là qu’une conjecture de notre part dont le sens rentre, toutefois, dans les idées et les pratiques de 1 Orient, aux jours de l’antiquité.
Parlons maintenant des dispositions générales. C’est d’abord une immense plate-forme taillée dans le roc, et dont le développement, s’avançant de trois côtés dans la plaine , a lieu du côté de l’ouest. Son étendue, du nord au sud, est d’environ 450 mètres, et celle de l’est à l’ouest d’à peu près 325 mètres. Tel est donc
(*) Nous ne pouvons nous dissimuler, en face d’un développement aussi considérable, tout ce qu’a du coûter d’efforts et de travaux ce vaste nivellement, dont l’exécution n’est guère comparable qu’à celle qu’ont exigée certains monuments de l’Inde.
(**) Il ne serait point invraisemblable de penser qu'il n'y ait, dans cette disposition, une intention particulière; car, à Pasargade, où n’existaient point des conditions naturelles propres à servir de soubassement à une habitation royale, on en établit un à l’aide d’une construction sur laquelle furent bâtis les édifices qui devaient ainsi dominer ceux de la ville entière. Ce simple rapprochement semblerait dénoter ici un parti pris pour les grands édifices, c’est-à-dire, pour ceux occupés par la royauté, qui dominait la nation, et il nousfait supposer que cette pensée était alors si profonde dans les idées asiatiques, qu’on la traduisait jusque sur les monuments. Peut-être n’est-il point inutile de rappeler, à ce sujet, que les grands monuments découverts à Khorsabad et à Nimroud, dont l’érection remonte à une civilisation bien antérieure a celle des Achéménides, sont aussi érigés sur de vastes soubassements , dont le prototype était vraisemblablement à Babylone, mais avec cette différence , qu’au lieu d’être en pierre, ils étaient construits en briques.
(***) Ce fut la une pensée que les artistes de l’antiquité et, à leur imitation , ceux du moyen âge ont souvent exprimée dans leurs œmres. (Voyez, pour la Perse, les bas-reliefs du monument de Persépo'is.)
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cet énorme plateau offrant , en plusieurs endroits, d’autres plateaux plus petits, dont les niveaux varient, sans doute , selon les développements que présentait la montagne dans son état primitif. Là se trouvent les vestiges de monuments divers appartenant à plusieurs époques et répondant à des intentions différentes; ainsi, le palais ne fut point formé d’un seul jet, et, par conséquent , ne présentait point une construction unique, mais bien un composé de plusieurs édifices, élevés successivement et par divers monarques, dont les principaux sont Darius et Xercès. — Cette immense plate-forme est assez bien orientée.
Lorsqu’on examine attentivement cet ensemble, on y découvre jusqu’à cinq plateaux différents sur lesquels se trouvent des ruines; toutefois, pour faciliter ici notre examen, nous restreindrons ce nombre à trois principaux.
Le plan du soubassement, malgré sa forme à peu près rectangulaire, décrit une figure irrégulière, dont les traits particuliers procèdent cependant de la ligne droite. En général, on remarque, sur les trois faces, un système de redans et de ressauts qui enlève aux murs la nudité et la monotonie des parois lisses , et qui projette, sur ces vastes surfaces, de grands jeux d’ombre et de lumière. — Ce soubassement , avons-nous dit, reçut tout un revêtement qui enveloppa la partie taillée de la montagne. Or, ce travail présente, dans sa disposition, une particularité qui mérite d’être signalée à nos lecteurs; car, il rentre tout à fait, comme mode d’appareil, dans le troisième degré de la construction, dite pélasgique, établie théoriquement par MM. Petit-Radel et Dodwell. Ce genre de bâtisse, qui, par son système d’encastrement, offre une grande solidité, semble donc n’avoir point été exclusivement employé par les Pélasges, et venir, au contraire, de 1 Asie, où l’on en a trouvé différents exemples. Les murs de ce revêtement sont construits en un appareil irrégulier, à l’aide de blocs de pierres, assemblées sans ciment ni mortier, et dont un certain nombre montrent des dimensions considérables. On y a encore encastré, dans certains endroits, afin d’en augmenter la consistance, de nombreux crampons métalliques, offrant une grande analogie avec les queues d’aronde des Égyptiens. Une espèce de parapet ou de clôture continue, dont il n’existe plus aucun fragment, couronnait, dit-on, ce soubassement (*). La hauteur des murs de cette énorme base varie, suivant la hauteur des plateaux, depuis 10 jusqu’à 13 mètres environ. — S’il faut en croire une inscription cunéiforme, gravée sur le mur du sud, la construction de ce revêtement aurait été exécutée par ordre et sous le règne de Darius.
Vers l’angle nord-ouest de ce soubassement, on a ménagé l’ouverture d’un grand escalier qui, de la ville antique, donnait accès dans l’intérieur du palais. Cet escalier, à rampes opposées, mais parallèles , est composé de cent et quelques marches, d’une largeur telle, que dix cavaliers peuvent le monter de front ; quant aux matériaux placés, ils répondent, par leurs dimensions, à la pensée du constructeur; en effet, on y remarque des blocs d’une grandeur telle, qu’ils occupent la moitié de sa largeur , et qu’ils forment même souvent deux et trois marches. Malgré son antiquité, cette partie du monument est encore aujourdluii dans un état à peu près intact, état qui tient à la nature des matériaux provenant du mont Rachmed. Enfin, on ne voit, sur les diverses faces de son revêtement, aucune sculpture, ce qui porte à croire, selon toutes probabilités, qu’on réservait spécialement ce genre de décoration pour les constructions supérieures, particularité, du reste, qu’on a aussi remarquée aux palais récemment découverts à Nimroud, à Khorsabad, etc.
Parvenu au haut de cet escalier, on a devant soi une aire immense, sur les différents points de laquelle subsistent encore les vestiges de plusieurs monuments dont il nous paraît utile d’indiquer, dès ce moment, et la place particulière et la destination probable. Cette classification établie, l’étude ainsi que la description en deviendront plus claires et plus faciles. — La lettre A (**) indique le sommet de l'escalier qui mettait
(*) On doit regretter que l’intelligent et si consciencieux M. Coste n’oit point opéré de fouilles parmi les monticules de décombres qui s’élèvent contre ce soubassement, alin de découvrir quelque débris de cette prétendue clôture. Nous avons examiné avec le plus grand soin toutes les planches exécutées d’après les dessins de cet habile architecte, et nous n’y avons vu nulle part aucune trace d’arrachement de mur, mais bien un niveau constant et propre à chaque plateau. Les Persans modernes en auraient-ils enlevé jusqu’au dernier morceau?
(**) Voyez le plan. — Nos lecteurs devant trouver plusieurs fois, pendant le cours de cette description, des details qui ne concorderont pas avec les dispositions de ce plan , nous les avertissons que le dessin de notre gravure avait été exécuté bien antérieurement à la publication des plans relevés par MM. Coste et Texier.
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le palais en communication avec la ville; il est un portique érigé sur le premier plateau; et, non loin de lui, l’ouverture d’une vaste citerne C. En se dirigeant au sud, on trouve les ruines d’un autre portique, N ; il est situé en face et dans l'axe d’un grand édifice carré, M, qu’on a nommé, à tort ou à raison, salle Royale ou des Trônes, derrière laquelle on voit les débris d’un petit édifice, L, dont la destination n’est pas encore parfaitement déterminée. Ces divers monuments constituent l’ensemble des différentes constructions érigées sur l’aire de la grande plate-forme. Pour atteindre le second plateau , il faut revenir, en face du premier portique, à l’endroit D, où s’élève un magnifique escalier sculpté qui conduit à la partie supérieure. Là, se développe une surface considérable, où était, pense-t-on, la grande salle d' Audience ou de Réception, E. Venaient ensuite plusieurs autres édifices, construits sur les plateaux supérieurs : ainsi, on croit que F était l 'habitation de Darius ; H, celle de Xercès ; G, la demeure d'Artaxerce , et I et K, des portiques divers. Comme on le voit, toutes ces constructions répondaient, par leur nature, à plusieurs destinations qui nous autorisent à les ranger ici sous deux ordres différents d’étude : les monuments d’utilité publique et les monuments privés.
Ceci posé, passons à la description particulière de chacun d’eux.
Premier portique, B. — Il forme une espèce de composition singulière, présentant l’aspect d’un pylône, érigé là comme monument décoratif, soit dans J’axe de l’escalier inférieur, ou, à peu près, dans celui de la grande salle d’audience. Son ensemble se compose de quatre massifs verticaux, qui se reliaient probablement à l’origine, vers la partie supérieure, par une construction à corniche saillante et dans le genre de celles qui surmontent les portes du palais. Chaque angle des faces antérieures et intérieures des massifs était décoré d’une grande figure symbolique, sculptée à la fois et de bas-relief et de ronde bosse , dont la nature, la forme et le caractère variaient suivant qu’elle se trouvait du côté de l’est ou du côté de l’ouest. Les figures de l’est représentaient des taureaux, tandis que celles de l’ouest étaient composées d'éléments empruntés à la nature de l’homme, du taureau, de l’aigle, etc.; leur tête était pourvue d’une longue barbe soigneusement apprêtée, et couronnée d’une tiare. La composition de ces dernières figures ressemble entièrement à celle des animaux symboliques qui décorent les ouvertures des différentes salles des palais de Khorsabad, et leur similitude prouve incontestablement que les représentations de Persépolis sont un empruut fait à la civilisation assyrienne (*). Quatre colonnes, dont deux existent encore, occupaient la partie centrale de cette construction, et elles concouraient à en supporter le couronnement ; toutefois , les ruines actuelles du portique ne constituent peut-être plus complètement l’ensemble qu’il pouvait présenter à l’origine; car plusieurs parties, découvertes à l’époque des dernières fouilles, tendraient à faire penser qu’il devait, sous le rapport de ses dispositions, présenter une certaine analogie avec le portique marqué K. — Des inscriptions , placées sur les parois intérieures de chaque massif et au-dessus des figures symboliques, apprennent que cette porte d’entrée fut exécutée sous le règne de Xercès. — Relativement à sa destination particulière, ce portique servait probablement de passage à la marche des cortèges ou processions solennelles, lors des cérémonies royales et des grandes fêtes publiques.
Escalier sculpté, D. — Après avoir traversé ce pylône, on tourne à droite, et, en se dirigeant au midi, l’on se trouve au pied d’un grand escalier, qui, par l’importance de son développement et l’intérêt de ses sculptures, est bien un monument unique dans le monde des créations architecturales. Il se compose de quatre rampes, qui partent toutes du sol du premier plateau pour conduire au deuxième; mais elles offrent, sur leurs faces antérieures et verticales , de grandes parois lisses qu’on a littéralement sculptées. Cet escalier, ayant plus de 75 mètres de développement, on peut juger, par cette étendue, du nombre et de la grandeur des figures dont il a pu être décoré. Toutefois , les bas-reliefs qui restent de nos jours ne sont, à ce qu’il parait, qu’une partie de ceux qui s’y trouvaient; car, ils se continuaient sur un parapet qui a été détruit et enlevé par les Persans modernes, parapet dont on a constaté l’existence par la conservation delà partie inférieure de toute une immense rangée de ces figures. D’après les conjectures les plus vraisemblables, la scène reproduite dans ces bas-reliefs serait le grand cortège de la fête annuelle de l’Équinoxe, au moment où les députations de toutes les satrapies de l’empire allaient déposer aux pieds du monarque, sous la
(*) Voir, pour l’explication de ces figures, le remarquable mémoire de M. Raoul-Rochette, publié, en 1850, dans le Journal des
Savants.
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forme de tributs, les diverses productions spéciales de chacune des provinces de la Perse. On doit comprendre , par ces quelques mots , tout l’intérêt que présente cette immense page de sculpture historique dans laquelle on trouve comme une espèce de statistique de ce royaume à l’époque de sa plus grande splendeur. — Une inscription , gravée sur une tablette , nous apprend que cet escalier fut taillé par ordre de Darius , et les sculptures exécutées du temps de Xercès.
Salle de réceptions solennelles, E. — Lorsqu’on a franchi cet escalier, on est sur un deuxième plateau où gisent les ruiues d’un grand édifice dont l’ensemble formait quatre colonnades particulières : une au centre, et trois autres sur les côtés, est, ouest et nord. La colonnade centrale se composait de trente-six colonnes, tandis que celles des côtés n’en comprenaient que douze chacune (*). Nulle part, sur les extrémités, on ne voit de traces d’arrachement de murs , ce qui porte à croire que ce grand monument n’avait point de clôture en pierre, mais bien qu’il était ouvert et accessible à la vue du côté de la ville (**); très-vraisemblablement, des draperies ou de riches tentures, exécutées dans les fabriques célèbres de l’Orient, et disposées dans le genre de celles dont parle la Bible, à propos du palais d’Assuérus, occupaient les parties supérieures des colonnades, afin de protéger contre l’ardeur du soleil. Les colonnes sont toutes cannelées; mais, elles ont des bases d’une forme particulière , ainsi que des chapiteaux curieux , dont la composition n’offre aucune ressemblance avec ceux de l’Égypte ou delà Grèce. Ces chapiteaux présentent, dans leur nature, deux variétés d’une bizarrerie singulière. Les uns sont formés d’espèces de coupes renversées que surmontent des enroulements et des figures animales ; les autres se composent seulement des deux mêmes parties antérieures d’animal accroupi, laissant, entre elles, un vide destiné à supporter les poutres de la toiture, qui, probablement, était en bois de cèdre. — Par sa singularité de distribution et de disposition, cet édifice a tout naturellement suscité la question de savoir quelle dut être sa destination primitive. Si I on peut s’en tenir, sur ce sujet, à l’opinion émise par quelques savants , on devrait admettre que c’était la salle dans laquelle les monarques de la Perse donnaient des audiences ou des réceptions publiques lors de circonstances solennelles. C’était là, peut-être, qu’avait lieu cette grande cérémonie du premier jour de l’an, dont les sculptures de l’escalier retracent, ainsi que nous l’avons dit, les nombreux détails. Aujourd’hui, il ne reste plus debout que quinze colonnes de cette immense salle, qui, à son origine, en comptait soixante-douze. — Depuis une certaine époque, ce sont ces colonnes qui ont fait donner, à la localité de Persépolis, le nom moderne de Tchil- Minar ( les quarante colonnes ) , non pas qu’il y eût précisément cette quantité de supports, mais plutôt parce que c’était un nombre qui, chez les Perses, signifiait beaucoup, de même que nous employons le mot de mille comme qualificatif indéterminé pour désigner un nombre considérable.
Si les éléments nous ont manqué pour connaître positivement la destination de cette salle , nous allons trouver maintenant dans les autres constructions, indépendamment des inscriptions cunéiformes , un moyen d’indication précieux et susceptible de nous éclairer sur l’usage ou l’emploi particulier de chacun d’eux; nous voulons parler ici de la nature des sujets représentés dans les sculptures qui décorent les parois des différentes pièces.
Grande salle royale, M. — A peu près au centre du premier plateau, mais du côté delà montagne, c’est-àdire à l’orient, on remarque les restes d’un grand édifice carré, dont chaque face n’a pas moins de 75 mètres de développement. Deux portes, ouvertes de chaque côté, donnent accès dans l’intérieur; toutefois, les entrées principales étaient situées du côté du nord. En effet, là se trouvent les débris de deux massifs, décorés d’animaux symboliques , analogues à ceux qui se voient au premier pylône : ils sont aussi d’une grandeur colossale, et, comme eux, ils paraissent appartenir à la même époque et au même art. Ici, cependant, ce sont seulement des taureaux. Sur le même côté, mais à une distance de 60 mètres, on aperçoit encore
(*) Cette disposition rappelle d’une façon bien modifiée, il est vrai , celle des salles hypostyles de quelques grands palais égyptiens a Tlièbes, et elle se retrouve, à peu près, dans certaines constructions de la Perse moderne, qui pourraient presque nous donner une idée de ce que dut être cette salle à son origine. Nous citerons, comme exemple, le kiosque des Miro'.rs, à Ispahan. ( Caste et Flandin, Voyage en Perse , pl. XLI1I.)
(**) On comprendrait, en admettant cette opinion, le motif qui dut engager à ne point murer les colonnades; car, placées sur le bord de la plate-forme, elles restaient ainsi ouvertes à la vue générale de l’extérieur, ce qui permettait au peuple et aux habitants de la ville occupant , au bas, les parties environnantes , de suivre, jusque dans les plus petits détails, tous les incidents des grandes cérémonies.
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les vestiges d’une construction, qui formait comme une espèce de portique décoratif (N) dont l’intention le reliait assez vraisemblablement au monument lui-même; c’était, peut-être, l’un des points de la voie qu’on devait suivre et parcourir pour arriver à cette salle royale. Mais , par malheur , la destination de cette pièce n’est indiquée par aucune inscription. On en est donc réduit à établir des conjectures d’après la nature des bas-reliefs représentés sur les jambages des portes. Ces bas-reliefs se rapportent à deux ordres d’idées. Dans le premier, les sujets représentent le roi dans sa majesté suprême, c’est-à-dire, assis sur un trône, entouré de serviteurs, et donnant audience à des personnages; tandis que, dans le deuxième , on voit un groupe symbolique représentant une figure, dénaturé royale sans doute, luttant contre un animal, dont l’ensemble de composition présente plusieurs espèces différentes. — Pendant longtemps on s’est demandé comment cette immense salle avait été couverte. Grâce aux recherches qu’y a faites M. Coste, on sait maintenant à quoi s’en tenir. L’habile architecte que nous venons de nommer, y a découvert, en faisant des fouilles, plusieurs bases de colonnes adhérentes encore au pavé, et il en a pu conclure du nombre et de leur disposition. Cette salle renfermait une colonnade, composée de dix rangées de colonnes , au nombre de dix chacune, ce qui formait un carré de cent colonnes, disposition excellente, comme on voit, pour supporter une charpente de toiture, telle qu’on pouvait la concevoir et l’exécuter à cette époque. Elle était probablement en bois de cèdre et décorée de dorures , de peintures et de travaux en ivoire.
Avant d’arriver aux édifices qu’on regarde généralement aujourd’hui comme ayant été les habitations privées de certains princes acbéménides, il faut passer par un endroit situé entre l’édifice F et le portique K. Là existe un terrain assez étendu sur lequel s’élève une colline, probablement remplie de décombres, et qui n’a jamais été fouillée. Deux auteurs qui ont fait des ruines de Persépolis une étude approfondie , Ker- Porter et Heeren , ont pensé, puisque l’on connaissait la partie des habitations privées de ce palais , que cet emplacement pourrait bien être celui où existèrent jadis les appartements d'apparat , c’est-à-dire, ceux destinés aux grands festins que le roi avait coutume de donner, en certaines circonstances, à ses courtisans et aux grands de l’empire; coutume, d’ailleurs, que viendraient corroborer plusieurs citations de la Bible, où se voit la mention de faits analogues. Or, si l’on acceptait une telle opinion , il serait possible d’admettre que ce monticule de décombres recouvre cette partie du palais qui fut incendiée par Alexandre, les autres habitations n’offrant , dans leurs débris , aucune trace de calcination ou de feu (*).
On vient de décrire les édifices qu’on croit, d’après leurs dispositions , avoir été spécialement destinés à des usages publics ; nous allons maintenant examiner ceux qui semblent plus particulièrement , et par les mêmes motifs, avoir été réservés aux usages privés. — Toute la partie méridionale du palais est couverte de ruines, moins importantes, il est vrai, quant aux dimensions, que le 5 précédentes, mais qui n’en sont pas moins intéressantes à étudier sous le rapport des questions qu elles soulèvent. C’est la , suivant les recherches des archéologues, que se trouvaient les habitations royales; elles occupaient donc les plateaux supérieurs, et, par conséquent, les points les plus culminants de tout cet ensemble de constructions.
Habitation de Darius, F. — De tous les édifices secondaires, c’est celui dont les ruines sont le moins incomplètes. On y arrivait de deux côtés, à l’aide d’escaliers à rampes opposées. La façade de cette demeure, qui est tournée du côté du midi, se composait d’abord d’un portique de huit colonnes, dont six bases sont encore en place; à droite et à gauche se trouvaient deux avant-corps qu’on suppose avoir été des lieux destinés à la garde du corps du roi , parce que les sculptures qui le décorent représentent des individus armés et en costume militaire. Puis, de ce portique, on pénétrait, par une porte, dans une salle carrée dont la partie supérieure était soutenue par une colonnade, composée de quatre rangées de quatre colonnes chacune. On suppose que cette grande pièce était un lieu public où les courtisans attendaient , le matin, l’heure d’audience
(*) Plusieurs antiquaires et voyageurs ont, sur cette question, émis quelquefois des doutes : ainsi, Caylus, avec une naïveté qui vraiment étonne delà part d’un archéologue aussi recommandable, dit : « Mais, si ce palais avait été brûlé, n’y découvrirait-on pas encore des traces de feu ?» — D’autres affirment , avec aplomb , qu’on ne reconnaît sur les pierres composant les ruines aucun indice d’incendie, etc. A ces diverses observations, nous ferons cette simple réponse : Ou, ce qui est probable, le feu n’a attaqué qu’une partie du monument, sans doute encore aujourd’hui cachée sous les terres que les siècles ont accumulées sur elle; ou, ce que nous n’admettons pas, les pierres attaquées par l’incendie, étant, parleur calcination, beaucoup plus disposées à céder aux intempéries du temps, ont perdu, depuis plus de deux mille ans, des traces que voudraient y trouver les personnes qui croient à l’opinion d’un incendie général.
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du monarque; enfin, cette salle était flanquée de plusieurs pièces latérales, qui, vraisemblablement, devaient constituer le salon , la salle à manger et les chambres à coucher, autant , du moins , qu’on peut le conjecturer, d’après la nature des bas-reliefs qui décorent ces différentes parties des ruines. Les inscriptions disent positivement que ce fut Darius, fils d’Hystaspes , qui fit ériger cette construction ; toutefois, il se trouve encore là un autre escalier qui porte la date du règne d’Àrtaxerce.
Habitation de Xercès, H. — En se dirigeant vers le sud, on arrive à un grand édifice dont les vestiges couvrent une assez vaste étendue. Ce monument était la résidence particulière de Xercès, dont le nom se lit, répété une vingtaine de fois , dans les inscriptions. D’après son état de décomposition avancé, état qui provient sans doute de la nature de la pierre ou des mutilations des Persans modernes , on avait pensé que cette construction était la plus ancienne de tous les édifices; maison a reconnu depuis, grâce à la lecture des inscriptions, que c’était une erreur d’appréciation. Ici donc , la destruction a été beaucoup plus grande qu’à l’habitation précédente. Cet édifice occupe le plateau le plus élevé, et l’on y arrive par divers escaliers placés sur différents points. Quoique de dimensions plus considérables , le plan de cette résidence rappelle cependant les dispositions de l’habitation de Darius. Il se composait aussi d'un portique à colonnes, flanqué de deux corps de construction qui ont conservé, dans leurs débris, des sculptures représentant des soldats médiques et persans. La pièce principale et centrale était encore décorée d’une colonnade, dont on a , lors des fouilles, retrouvé de nombreuses traces sur le pavé; et à droite et à gauche, ü y avait des appartements propres à la vie intérieure , ce qu’indiquerait du moins la nature des sujets décorant les différentes pièces.
En général, la construction de tous ces édifices dénote un art déjà parvenu à un certain degré de perfection dans la pratique et les procédés de l’art de bâtir, et , conséquemment, elle accuse l’emploi ou le concours d’ouvriers habiles. Quant aux architectes qui conçurent et conduisirent une aussi vaste entreprise, on se trouve, en l’état présent de la science, dans une ignorance complète , à moins qu’on n’accepte comme probable, l’opinion, du reste assez admissible, qu’ils étaient originaires d’Assyrie ou de iVIédie, ces foyers où les Perses puisèrent incontestablement les éléments divers de leur civilisation.
Tombeaux taillés dans la montagne. — Pour compléter l’ensemble des notions qui concernent cet immense monument, il convient de dire ici quelques mots de la montagne contre laquelle venait s’appuyer le palais. Diodore nous apprend qu’il s’y trouvait des monuments funéraires. Or, il y a en effet là trois tombes qui viennent confirmer le récit de l’historien grec. Ces tombes ne portent aucune inscription ; mais, leur position ainsi que le luxe de leur décoration ne peuvent laisser aucun doute sur leur destination spéciale à la sépulture des rois de Perse. L’analogie qu’ils présentent avec ceux de Nakchi-Roustam nous dispense d’en faire ici une description qui s’écarterait peu de ce qu’en a dit l’un de nos savants collaborateurs, M. L. Dubeux.
Tel est, aussi succinctement que possible, l’examen, même abrégé , des édifices divers dont les ruines, plus ou moins complètes, couvrent encore les différents plateaux du grand monument de Persépolis; mais, on comprend bien que, vu leur nombre ainsi que leur importance, la présente notice ne doit être considérée que comme une esquisse légère d’un travail fort étendu qu il y aurait maintenant à entreprendre, travail que les recherches de M. Coste ont rendu beaucoup plus facile, mais qui recevra, sans nul doute, de nouveaux éclaircissements de la lecture des inscriptions cunéiformes. Nous avons dû, conséquemment, nous restreindre ici à des données générales, réservant, pour une autre occasion, de reprendre cet intéressant sujet, avec tous les développements qu’il comporte en lui-même.
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TOMBEAU A NAKSCHI-ROUSTAM.
A quatre milles de Tschilminar , et à douze lieues environ de Schiraz, est un rocher de marbre blanchâtre, taillé à pic , et qui s’élève à une hauteur de près de 900 pieds (*). C’est sur la face de ce rocher que se trouvent les sculptures et les excavations appelées aujourd’hui Takhti-Roustam, ou le Trône de Roustam, Kabrestani Guiauran , ou le Cimetière des Guèbres , et plus communément N akschi- Roustam, oui’ Image de Roustam; les habitants du pays ont adopté ce dernier nom, parce qu’ils croient reconnaître dans les sculptures du rocher la représentation des combats singidiers et des hauts faits d’armes de Roustam , le plus grand héros des temps fabuleux de la Perse.
Les monuments de Nakschi-Roustam appartiennent à deux époques bien distinctes ; les uns sont antérieurs à l’expédition d’Alexandre, les autres ne datent que du temps des rois Sassanides. Les premiers se composent de quatre tombeaux taillés dans le roc, à une hauteur d’environ 60 pieds. Ils sont tous ornés , à l’extérieur, de sculptures en relief, exécutées dans le rocher même. Un de ces tombeaux , dont la façade est couverte de caractères cunéiformes , a, suivant une conjecture de Ker Porter , servi de sépulture à Darius, fds d’Hystaspe(**). Nous savons, il est vrai, par les Persiques de Ctésias, que le tombeau de Darius était creusé dans le roc et qu’on ne pouvait y arriver qu’en se faisant hisser avec des cordes (***) ; mais ce trait de ressemblance ne suffit pas pour constater l’identité du monument , et le voyageur anglais a négligé de transcrire les inscriptions , qui auraient donné le mot de cette énigme intéressante; car on connaît parfaitement aujourd’hui la valeur des caractères cunéiformes qui composent les noms des principaux monarques perses (****). Mais pourquoi ces tombeaux étaient-ils creusés dans le roc et placés à une si grande hauteur? Pourquoi étaient-ils nécessairement destinés à des rois? Il faut, pour répondre à ces questions, entrer dans quelques détails sur les usages des sectateurs de Zoroastre touchant les morts.
Autrefois les Mages faisaient dévorer les cadavres par des bêtes féroces. Aujourd’hui les Guèbres , descendants des Mages, ont conservé cette coutume, avec de légères modifications. En Perse, et surtout dans l’Inde où ils habitent les villes de Bombay , Surate , Nauçari et plusieurs autres encore , ils portent les corps à un édifice toujours situé loin des habitations et qu'ils appellent Dakhmeh. Le dakhmeh est une espèce de tour ronde dont la grandeur varie suivant le nombre de cadavres qu’on doit y exposer. Ceux qu’Anquetil vit à Surate avaient 15 toises de diamètre. Sur la plate-forme ou terrasse qui se trouve vers le sommet de l’édifice sont disposées des cases de différentes grandeurs pour les hommes , les femmes et les enfants. Le sol de cette terrasse est en pente, et au milieu on pratique un trou, assez semblable à un puits , et qui sert à l’écoulement des eaux. C’est sur la terrasse que les Guèbres exposent leurs morts cà peine couverts d’un morceau de vieux linge qui esta l’instant mis en pièces par les corbeaux , les vautours et autres oiseaux de proie qui se tiennent toujours en grand nombre aux environs des dakhmehs. Bientôt les chairs sont entièrement dévorées, et il ne reste plus que des ossements qu’on jette dans le puits à deux époques différentes de l’année, lorsqu’on nettoie la terrasse du dakhmeh.
Les rois de Perse , à l’époque où ils professaient le magisme , faisaient exception à la règle commune ; leurs corps n’étaient point livrés aux bêtes féroces ni aux oiseaux carnassiers ; mais il n’était permis ni de les enterrer, ni de les brûler, de peur de souiller la Terre ou le Feu que Zoroastre recommande de conserver purs. Telles sont sans doute les raisons pour lesquelles les tombeaux des anciens rois étaient toujours taillés dans le roc ou
(*) Par pied , nous entendons toujours le pied anglais qui fait onze pouces quatre lignes et demie du pied de roi.
(**) Ce prince monta sur le trône l’an 522 avant Jésus-Christ.
(***) Voici ce qu’on lit dans l’extrait de Ctésias qui nous a été conservé par Photius : « Darius se fit faire un tombeau sur le « mont à deux cimes. Lorsqu’on l’eut achevé, i! lui prit envie de le voir, mais il en fut dissuade par les Chaldéens ainsi que par « son pere et sa mère. Quant à ceux-ci , ils voulurent contenter leur curiosité; il leur en coûta la vie. Les prêtres qui les guindaient « au haut de la montagne ayant aperçu des serpents , furent si effrayés qu’ils lâchèrent les cordes. Le prince et la princesse se « tuèrent en tombant. Ce malheur causa beaucoup de chagrin à Darius. Il fit couper la tête aux quarante personnes chargées de « guinder au haut de la montagne son père et sa mère. » Voyez Larcher, Histoire d'Hérodote , traduite du grec, tome VI, pages 225 et 226.
(****) Les découvertes successives de plusieurs savants nous ont procuré un alphabet cunéiforme de trente-trois groupes qui expriment vingt-neuf valeurs. Douze de ces valeurs appartiennent à M. Grotefend ; trois à M. Saint-Martin ; deux très-importantes à M. Rask; douze à M. Eugène Burnouf.
Pendant que M. Burnouf publiait à Paris , en 1836 , son Mémoire sur deux inscriptions cunéiformes trouvées près d'Hamadan, M. Lassen imprimait à Bonn un ouvrage dans lequel il consignait des résultats qui, à ce qu’on nous assure, diffèrent peu de ceux qu’a obtenus le savant français. N’ayant pas sous les yeux le livre de M. Lassen , il nous est impossible d’indiquer plus exactement les découvertes de cet habile professeur.
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bâtis de pierre comme la tour carrée à dix étages, dans laquelle fut déposé le corps de Cyrus à Pasargade. Si l’entrée de ces tombeaux , toujours fort étroite et très-solidement fermée , était à une grande hauteur au-dessus du sol , c’était pour mettre les corps à l'abri des profanations ; mais la cupidité a surmonté tous les obstacles , et déjà du temps d’Alexandre, le mausolée de Cyrus avait été ouvert et pillé.
Les quatre tombeaux ne diffèrent en rien l’un del’autre, du moins à l’extérieur. Celui qui fut visité par Iver Porter forme sur le rocher une retraite d’environ 14 pieds. Cette retraits, plus large au milieu, présente l’aspect d’une croix grecque. La hauteur totale du monument est d’environ 100 pieds, et forme trois étages. Le premier, entièrement lisse , était destiné, sans aucun doute , à recevoir une inscription. Le second , où se trouve l’entrée du tombeau, est orné de quatre colonnes (voyez façade et plan fi y. 1), distantes d’environ 7 pieds l’une de l’autre. Ces colonnes ont à leur base des plinthes qui avancent de 1 pied 6 pouces au delà du niveau de l’entrée du tombeau. Les fûts sont couronnés par des chapiteaux représentant deux têtes de taureau, années chacune d’une corne. L’espace qui se trouve entre ces deux têtes de taureau est rempli par un autre chapiteau composé de trois pierres carrées , placées l’une sur l’autre , la plus petite portant immédiatement sur le dos des taureaux. Ce chapiteau soutient une architrave qui n’a aucun ornement, excepté une rangée de modifions sur le bord supérieur. L’entrée du tombeau est placée entre les deux colonnes du centre. Au-dessous d’une architrave recourbée en avant et ornée de petites cannelures , est un portail simulé , parfaitement en rapport , pour les proportions , avec le reste du monument , et partagé en quatre compartiments , dont le dernier se trouve dans un état de dégradation dû , suivant toute apparence , à des moyens violents que l’on employa pour violer les tombeaux ; car la véritable entrée se trouve placée tout au bas de ce portail simulé , et forme un carré de 4 pieds 6 pouces de haut. La largeur de ce second étage est de 53 pieds.
L’étage supérieur, qui se trouve au-dessus du tombeau, renferme toutes les sculptures du monument. On y voit d’abord deux rangées de quatorze figures , assez semblables à des cariatides , et placées l’une au-dessus de l’autre. Ces figures ont les mains élevées au-dessus de la tête et soutiennent deux belles corniches à frise ; elles portent toutes le même vêtement, qui est une courte tunique, assujettie par un ceinturon, d’où pend, chez quelques-unes, un poignard qui porte sur la cuisse droite. Tous ces personnages ont la tète nue, et leur chevelure épaisse ressemble assez à une perruque. Aux deux côtés du monument est un pilastre d’une forme trèsextraordinaire. La base ressemble à une urne , au-dessus de laquelle se trouve une jambe et une patte de lion armée de griffes énormes ; la troisième partie du pilastre est en forme de colonne avec des cannelures horizontales jusqu’au milieu de sa hauteur. Enfin, la quatrième partie représente une tête de taureau portant une corne au milieu du front et sans aucun ornement. Le dos de ces taureaux tient à la partie la plus élevée de la corniche. Plus haut que ces sculptures on voit un personnage sur un piédestal quia trois degrés. Ce personnage est enveloppé d’une robe large qui retombe jusque sur ses pieds; de sa main gauche il tient un arc d’une grosseur extraordinaire et difficile à bander, symbole de la force et du courage; son bras droit est à moitié étendu, et la main droite se trouve entièrement ouverte. 11 porte des bracelets ; sa tête est nue ; ses cheveux épais sont arrangés avec soin et sa barbe retombe sur sa poitrine : c’est l’image du roi mort. Devant cette figure s’élève un autre piédestal, qui a également trois degrés, et sur lequel on remarque un autel où brûle le feu sacré. Au-dessus, et à la droite du même autel, se trouve un globe, que l’on prend généralement pour l’emblème du soleil. Entre l’autel et le personnage que nous avons décrit , mais sur un plan plus élevé , est une figure qui flotte dans l’air. Cette figure porte une robe semblable à celle du premier personnage. Ses cheveux et sa barbe sont arrangés de la même manière , mais sa tête est couverte d’une couronne ronde et cannelée. Au lieu d’un arc, elle tient à la main gauche un anneau grand et massif; sa main droite est élevée et ouverte. Autour de son corps est une guirlande qui porte sur des espèces d’ailes , d’où paraissent sortir deux bouts de cordon pendants. Cette ligure représente ce que le Zendavesta appelle un fèrouher.
Suivant la religion de Zoroastre, tous les êtres raisonnables, hommes ou génies, produits par Ormouzd, premier principe secondaire du bien , sont intimement liés pendant leur vie à une substance immatérielle désignée sous le nom de fèrouher, et dont les animaux sont privés. Le fèrouher est distingué de F intelligence et des autres facultés de l’àme. Anquetil le regardait comme le principe des sensations. Les férouhers existaient longtemps avant la création des hommes. Ils s’unissent au corps au moment de la naissance et ne le quittent qu’à la mort. Ils combattent les mauvais génies, créatures d’Ahrimane , principe du mal. Après la mort, chacun des principes matériels du corps de l’homme va se réunir à l’élément dont il est sorti ; l’air se réunit à l’air, la terre à la terre, l’eau à l’eau et le feu au feu: mais l ame, l’intelligence et le jugement se réunissent alors au fèrouher et ne forment avec lui qu’un seul et même tout, qui est puni ou récompensé suivant les actions qu’il a faites pendant qu’il était uni au corps.
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Ou ne saurait révoquer eu doute que la figure dont il s’agit est un férouher ; mais représente-t-elle le férouher du roi ou celui d’Ormouzd lui-même? c’est ce que Heeren n’a pas osé décider. La grande ressemblance qui existe entre les deux figures le fait pencher pour la première opinion ; mais la tiare et l’anneau , symboles de la souveraineté , ne pouvant plus appartenir au férouher du roi mort , ce savant pense que le férouher représenté pourrait bien être celui d’Ormouzd. Les deux bouts de cordon qui pendent représentent le costi, ceinture que portent tous les sectateurs de Zoroastre (*).
Le monument que nous venons de décrire est placé dans un renfoncement taillé dans le roc. Les quatre surfaces extérieures , celles des côtés et celles qui se trouvent sur le front du monument , sont ornées chacune de trois figures placées l’une au-dessus de l’autre; celles de ces figures qui se voient ci la gauche de l’autel et du spectateur, et qui ont le visage tourné vers le dos du personnage placé sur le piédestal , sont armées de lances, vêtues de robes semblables à celle de ce même personnage , et portent sur leur chevelure des bonnets qui ont la forme de la couronne qu’on remarque sur la tète du férouher , excepté toutefois qu’ils n’ont pas de cannelures. A droite de l’autel et du spectateur se trouvent des figures vêtues comme celles que nous venons de décrire ; ces personnages sont tournés du côté de l’autel et paraissent être des pleureurs ; ils tiennent la main gauche élevée à la hauteur du visage, et relèvent le pan de leur robe comme pour essuyer leurs larmes. Trois autres figures sont placées sur le côté, mais une seule des trois se trouve dans une attitude qui indique un pleureur.
Ker Porter, s’étant fait hisser avec une corde, pénétra dans l’intérieur du tombeau. Il vit une pièce voûtée et entièrement noircie par la fumée des lampes ou du feu ; cette pièce était obscure et privée d’air. A son extrémité se trouvaient trois ouvertures ou niches en forme de voûte (**) , lesquelles occupaient toute la longueur de la pièce. Chacune de ces ouvertures était fermée par une pierre qui avait été brisée à l’angle. Ker Porter approcha une lumière de l’endroit où ces couvercles avaient été brisés , et il acquit la certitude que les excavations, destinées à recevoir des corps, étaient entièrement vides. La profondeur de la cavité qui forme toute la tombe a 34 pieds de largeur; sa hauteur est de 9. Chaque ouverture, disposée pour recevoir un corps , a aussi 9 pieds depuis le sommet de l’arc jusqu’au niveau du sol. La dimension de la niche est de 8 pieds 3 pouces de profondeur, sur 5 pieds de large et 4 pieds 4 pouces de hauteur. Le reste des 9 pieds est compris dans la bande qui porte les arcs. L’espace libre de cette pièce, depuis les ouvertures jusqu’à la porte, est d’environ 5 pieds. L’entrée du tombeau était fermée autrefois par un ou plusieurs blocs de marbre ; on voit encore les trous où étaient placés les pivots destinés à les soutenir.
Nous allons donner maintenant une description sommaire des monuments de l’époque des Sassanides , afin que le lecteur puisse se former une idée exacte de l’ensemble des excavations et des sculptures de Nakschi- Roustam.
Les monuments de l’époque des Sassanides se composent uniquement de bas-reliefs et sont placés à une hauteur -beaucoup moins considérable que les tombeaux; quelques-uns même se trouvent à moitié cachés par la terre et le sable amoncelés avec le temps au pied du roener. Ces monuments forment six énormes tableaux en relief et taillés dans le roc. Le premier représente deux personnages dont l’un offre à l’autre un anneau auquel sont attachées des bandelettes , et que les savants s’accordent à reconnaître pour le diadème royal , emblème du pouvoir souverain. Ker Porter voit dans cette scène Babramgour (***) admettant la reine, sa femme, à partager avec lui l’autorité souveraine ; cette explication paraît fort juste , et , quoi qu'en ait dit Hoeck , il est certaiu que l’un des deux personnages est une femme ; le dessin de Ker Porter ne laisse aucun doute à cet égard. Le second et le quatrième bas-reliefs représentent deux guerriers à cheval et combattant avec la lance ; Ker Porter reconnaît encore dans ces deux tableaux Babramgour luttant contre un roi du Turquestan, sur lequel il parvient à remporter la victoire. Aucune raison plausible ne vient à l’appui de cette conjecture qui est au moins fort douteuse. Le troisième bas-relief nous montre un roi perse à cheval tenant la main gauche sur la garde de ■ son épée, tandis qu’il saisit de la droite les deux mains jointes d’un personnage à pied qui se tient debout devant lui; un autre personnage fléchit le genou devant le roi. M. Morier a reconnu dans ce tableau une représentation du triomphe de Sapor sur l’empereur Yalérien (****) ; l’explication du spirituel auteur de Haddji-Baba est
(*) Les Guèbres portent le costi par-dessus leur chemise et ne le quittent ni jour ni nuit. Cette ceinture, faite pour l’ordinaire de laine ou de poil de chameau , est composée de soixante et douze fils et doit faire deux fois au moins le tour du corps. A quinze ans, les jeunes gens sont tenus de prendre le costi; le jour où ils le ceignent pour la première fois est célébré par de grands festins.
(**) Voyez sur la planche, fig. 2.
(***) Bahramgour succéda à son pere Yezdeguerd , surnommé Alathim, c’est-à-dire , le Méchant , l’an 421 de Jésus-Christ.
C***) L’an 260 de Jésus-Christ.
— STYLE MÉDO-FERSE. —
mise aujourd’hui hors de doute. Le cinquième bas-relief se compose de deux personnages principaux , dont l’un offre à l’autre l’anneau orné de bandelettes , dont nous avons parlé plus haut ; cette scène représente peut-être Ardeschir , fils de Babec (*), enlevant la couronne à Ardavan, dernier roi des Parthes. Le sixième et dernier tableau , placé au nord-ouest de ceux que nous venons de décrire , montre un roi placé dans une espèce de chaire ou de tribune, et prononçant un discours. Différents personnages sont groupés autour du roi.
(*) Ardeschir est aussi appelé Artaxare et Artaxerxès. Il succéda aux rois parthes l'an 226 de Jésus-Christ.
BIBLIOGRAPHIE
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