TEMPLE DE NEPTUNE , A PÆSTUM
La ville île Pæstum ou Pœstus , située au fond du golfe de Lucanie, aujourd’hui de Salerne, était grecque d’origine selon Strahon (*) et Scylax (**), et se nommait d’abord Posidonia, dénomination tirée du nom grec de Neptune IIo<7siS«v. Velléius Patercuius (***) la nomme Neptunia Colonia, parce que les Romains y envoyèrent une colonie. Virgile, dans les Géorgiques (****), célèbre son territoire autrefois fécond en belles roses; elles y croissaient deux fois dans l’année. Pæstum reprit son nom de Posidonie dans les premiers siècles chrétiens, lorsqu’elle devint épiscopale. Au moyen âge, cette ville s’éteignit peu à peu, probablement à cause de 1 importance que prit la ville de Salerne. Aujourd'hui c’est un lieu désert au milieu duquel s élèvent trois grands édifices grecs, assez bien conservés, les traces d’un amphithéâtre, des restes de l’enceinte fortifiée et d’autres constructions antiques peu étendues.
Les ruines de la ville de Pæstum restèrent longtemps dans un oubli presque complet; c’est seulement au milieu du siècle dernier qu’on commença aies visiter et à les dessiner; ce fut le célèbre architecte J. G. Soufflet, membre de l’Académie royale d’architecture de Paris, qui en fit les premiers dessins complets et mesurés ; ils forment les planches de l’ouvrage de De la Gardette sur la ville de Pæstum.
La beauté des proportions de ces monuments a fait penser qu’ils devaient remonter à l’époque de l’histoire de la Grande Grèce, qui offrit aux riches colonies arrivées d’Orient pour peupler ses rivages, le plus grand calme politique, repos nécessaire à la culture des arts, et qui dura pendant près de deux siècles. Cette période, que l’on considère comme l’âge d’or de l’Italie méridionale, se rapporte à l’époque des rois de Rome et des premiers temps de la république. Cette ère de prospérité avait été précédée de la venue de Pythagore, dont les doctrines, formant d’innombrables disciples, avaient contribué au bonheur de ces peuples.
Le temple qui est reproduit sur les planches qui accompagnent cette notice est celui qu’on pense avoir été dédié (à Neptune, dieu tutélaire de la cité, à laquelle on avait donné son nom : aussi est-il le plus important des trois édifices que le temps et les hommes ont épargnés.
Le plan du temple, tracé sur la planche de détails, fig. lre, a, comme la plupart de ceux des Grecs, la forme d’un parallélogramme allongé ; six colonnes s’élèvent sur les petits côtés du plan où sont les façades antérieure et postérieure de l’édifice, ce qui le classe au nombre des hexastyles de Vitruve; il est, de plus, amphiprostyle, parce que les deux façades sont égales (*****). Les faces latérales présentent chacune quatorze colonnes de front, en comptant celles des angles ; il en résulte qu’autour du monument les quatre galeries se composent ensemble de trente-six colonnes. Ces galeries ne sont pas d’égale largeur ; celle qui est située derrière les colonnes de la façade principale a 5m 50 ; du côté opposé vers le posticum , on ne trouve que 4ra 80 de largeur ; sur l’étendue des murs latéraux de la cella, trois mètres seulement forment cette dimension des galeries. L’étendue générale de l’édifice est de 60™ 70, sur 25m 60, compris l’emmarchement, ce qui fait une superficie de 1 553m 90.
Le temple proprement dit, ou cella, est divisé en trois parties distinctes: le pronaos, vestibule dirigé vers la façade principale du monument et séparé de la galerie publique par deux colonnes; le naos ou vaisseau central, formant le sanctuaire de la divinité ; enfin, le posticum, vestibule postérieur, orné comme le pronaos de deux colonnes placées vers la galerie publique. Le pronaos est limité latéralement par le prolongement des murs du naos, aux extrémités desquels des pilastres ou antes se retournent vers les deux colonnes qui forment la séparation avec la galerie antérieure du temple. Au fond, une large porte conduit au naos; deux petits escaliers, établis entre deux murs peu épais, étaient destinés, sans doute, à monter aux galeries supérieures de la nef, laquelle, ainsi qu’on peut le voir par le plan et par les coupes, était divisée, au rez-de-chaussée et au premier étage, par deux ligues de colonnes, formant autour de la statue de la divinité, placée dans l’axe du monument, une circulation haute et basse qui permettait de la voir de près sous tous les aspects. Le posticum, disposé absolument comme le pronaos, offre seulement cette différence qu’il a moins de profondeur ; son sol s’élève de même sur les galeries publiques de la hauteur d’une marche ; celui du naos est beaucoup plus haut. (Voir les coupes.)
La façade du temple de Neptune présente six colonnes de front, puisque l’édifice est hexastyle ; un soubasse-
(*) Strabon, p. 251. — (**) Voyage de Scylax autour du monde. —(***) Velléius Patercuius, liv. I, c. 14. — (****) Virg., Géorg., 1. IV. — (*****) vitruve, 1. III, c. 1.
STYLE GBEC. —
ment les supporte; il se compose de trois marches superposées, dont l’ensemble offre une élévation de lm 5*1, qui, divisée en trois, donne 0,B 51, 3, pour chaque marche, proportion beaucoup trop forte pour monter facilement, mais que les Grecs adoptaient habituellement soit pour ne pas faire porter leurs édifices sur des pierres trop minces, et par cette raison trop fragiles, soit encore, et plus probablement, pour mettre plus d’harmonie dans l’ensemble de l’architecture. Ces fortes marches étaient divisées en deux parties sur l’axe du monument, pour en faciliter l’accès.
Les colonnes reposent sur la marche supérieure; elles sont sans bases et d’un ordre dorique grec, dont les proportions vigoureuses, particulières aux monuments de Posidonia, sont si peu ordinaires, qu'on lui a donné le nom d’ordre Pæstum. Le diamètre inférieur des colonnes est de 2m 7 la hauteur totale a 8m 70 ; le fût offre une diminution considérable, et se termine par de larges chapiteaux, dont l’abaque, ou tailloir uni et carré, repose sur une forte moulure en forme de coupe, séparée du fût cannelé de la colonne par trois amielels et une échine arrondie (voir les profils et la planche de détails, fig. 2et9). Lesentrc-colonnements principaux ont 2m 61; ceux qui occupent les quatre angles du temple sont plus étroits de 0m 31, différence qui tient à la disposition des triglyphes placés dans les angles de la frise, et. qui, par cette raison, changent la division des axes de colonnes. Cette particularité se retrouve dans tous les monuments grecs de l’ordre dorique, et devait contribuer à donner plus de stabilité en rapprochant le point d’appui situé à l’angle, puis en diminuant les architraves qu’il soutient.
Au-dessus de ces colonnes vigoureuses s’étend un entablement en harmonie parfaite avec elles ; il a 3m 60 de hauteur, ce qui équivaut à trois fois et demi le rayon inférieur de la colonne, proportion tout à fait inusitée dans l’architecture. Cet entablement se compose de l’architrave, contenant dans sa hauteur l’appui et les gouttes des triglyphes ; les points verticaux sont distants de 4m 50 l’un de l’autre ; les morceaux d’angles ont5m de longueur. La frise est divisée par des triglyphes; les métopes n’offrent point de sculpture : peut-être des ornements peints faisaient-ils le complément de la décoration. Un énorme larmier, surmonté d’un listel , forme à lui seul la corniche ; son plafond, taillé en pente, contient des mutules au-dessus des triglyphes et des métopes.
Le fronton qui domine cet édifice est de proportions peu élevées, comme les faisaient habituellement les Grecs ; il est composé de grandes assises horizontales, n’offrant aucune trace de sculpture; les moulures qui l’encadrent sont les mêmes que celles qui forment la corniche de la façade, toutefois le larmier est moins fort ; il est probable qu’une grande cimaise en terre cuite coloriée, analogue à celle qui a été trouvée au temple de Métaponte, fermait le couronnement de ce fronton, retenait les eaux pluviales du grand comble dans la direction qu’elles devaient suivre pour arriver aux gouttières en tètes de lion situées sur les chéneaux. (Voir la façade gèomèlrale.)
Après avoir franchi la façade, on arrive sous la galerie publique, dans sa partie la plus large; puis on monte au pronaos par une marche sur laquelle reposent deux colonnes placées entre les antes formées par les extrémités des murs latéraux de lacella. Les colonnes sont semblables à celles de la façade, et les proportions sont à peu près les mêmes (*) ; les antes ou pilastres qui y correspondent sont carrées , non diminuées par le haut ; des chapiteaux fort simples, dessinés à la fig. 3 de la planche de détails, auprès du chapiteau de la colonne et à leur hauteur relative, les surmontent ; c’est sur ces supports, de nature différente, que repose le couronnement extérieur du pronaos, et il s étend sur toute la longueur des murs de la cclla et sur le posticum ; son profil et son élévation, gravés à la fig. 2 et à la fig. 3, font voir que ses proportions sont basses, que l’architrave domine de beaucoup la frise , que les triglyphes sont très-rapprochés les uns des autres, ce qui donne aux métopes une forme allongée. Un large cavet, accompagné d’un filet simple d’abord, puis doublé au-dessus, couronne l’entablement. Lorsqu’on a pénétré dans le pronaos, dont les murs latéraux sont presque entièrement détruits, on avance jusqu a la porte d’entrée de la nef principale du temple (voir la coupe longitudinale , planche de détails, fig. 2, et la vue perspective) : là, une surélévation considérable du sol doit faire admettre qu’un escalier stable ou postiche était établi pour faciliter l'entrée ; il n’en existe plus rien, et ce n’est pas sans effort qu’on arrive au sol du naos. On se trouve alors dans une espèce de prolhyron ou avant-nef, décoré originairement de quatre pilastres, dont un est encore debout (le profil de son chapiteau est à la fig. 5) ; deux petites portes s’ouvraient entre ces pilastres et conduisaient aux escaliers destinés à desservir l’étage supérieur. On pénètre enfin dans le temple, divisé en trois nefs parallèles, par deux rangées de sept colonnes chacune ; la nef centrale a 4m 20 de largeur ; les bas côtés en ont deux ; le diamètre inférieur de l’ordre du bas est de lm 80 ; la
(*) Voyez planche de détails, fig. 2.