‹ Monuments anciens et modernes (volume 2)Chapitre 45 sur 97 · TEMPLE DE NEPTUNE A PÆSTUM · texte numérisé non relu

TEMPLE DE NEPTUNE A PÆSTUM

colonne diminue dans le même rapport que celle des portiques ; les proportions sont à peu près les mômes, mais les dimensions beaucoup moindres. Le chapiteau, dont le dessin géométral est tracé à la fig. 4, planche de détails n° 2, est moins évasé que les précédents ; il présente à sa base des annelets au nombre de trois, et dont le profil est à la fig. 10. Une seule ligne d’architrave couronne cet ordre; on la voit dessinée à la même fig. 4. C’est sur cette assise que repose le second ordre dorique, ainsi que le premier, mais de beaucoup plus petit et plus court dans ses proportions (voir les deux coupes et la vue perspective ). Les chapiteaux de cet ordre présentent absolument le même caractère que ceux qui sont placés au-dessous ; ils n’offrent do difféience que dans les annelets, qui ne sont ici qu’au nombre de deux, comme on peut le voir à la fig. 6 et a.; profil, fig. 11. A la partie inférieure du second ordre régnaient des planchers qui permettaient de circuler dans les üoux galeries du premier étage, soit pour assister à certaines cérémonies intérieures, soit pour tout au'^e usage. Ces planchers paraissent avoir été construits avec de longues dalles de pierre, portant d une part dans le mur ue la cella et de l’autre sur l’architrave de l’ordre inférieur (voir les figures 7 et 8 de la seconde planche de détails). Ces planchers étaient-ils en pierre dans toute leur étendue; formaient-ils seulement avec cette ma’;eeune liaison solide vis-à-vis des colonnes du second ordre, pour porter dans les intervalles des panneaux en bois? C’est ce qu’il est assez difficile de déterminer. Quoi qu’il en soit , les escaliers placés en avant de ces galeries expliquent positivement qu’elles étaient accessibles et disposées de manière à rendre quelques services. Une balustrade d’appui devait être établie entre les colonnes, pour éviter les chutes dans la nef principale ; on ne remarque pas de trous de scellement dans les fûts des colonnes, ce qui doit faire admettre que les barres d'appui régnaient sans interruption derrière, à l’intérieur des galeries, ainsi que les barreaux ou croisillons qui les reliaient au plancher pour former une balustrade de sûreté. Ces détails intércs mds de l’intérieur du temple ont été perdus, parce qu’ils devaient présenter de la fragilité et que des siècles d’abandon, la destruction de la couverture, et sans doute l'exploitation du monument, comme offrant des pierres toutes taillées aux habitants du voisinage, causèrent promptement leur ruine et n’en laissèrent aucun souvenir.

Une architrave, couronnée, comme celle du bas, de quelques moulures, surmonte le second ordre et devait porter le plafond, car sa partie supérieure est précisément au niveau d’un nombre considérable de trous de solives qu’on remarque dans toute l’étendue du temple, sur les parties intérieures des corniches du grand ordre extérieur ; toutefois les auteurs qui ont écrit sur ce monument, et particu'ièremeut Delagardette, le considèrent comme ayant été hypœlhre, sous le ciel, c’est-à-dire découvert dans sa partie centrale. Comme rien ne le démontre, nous avons peine à admettre cette hypothèse, quoique Vitruve, à la fin du chapitre îei' du livre IIIe, dise que ces temples ont cela de particulier, qu’à l’intérieur on y établit deux ordres de colonnes superposées, formant un péristyle. Ce n’est pas au bord de la mer et dans une contrée où une saison de pluies abondantes est bien réglée par la nature, que les Grecs, si sages pour tout ce qui tenait à la construction de leurs édifices, auraient, à notre avis, laissé la partie la plus importa nte d’un grand temple exposée aux intempéries du ciel. On ne peut pas se refuser à croire que les anciens avaient des monuments dont le sommet était ouvert, puisque les auteurs en parlent, et que le Pantb on de Rome en est lui même apreuve. ien que Yitruve dise qu’il n’y eu avait pas a Rome ; mais ces ouvertures ne pouvaient être que restreintes, et de plus, des dispositions étaient prises sur le sol de ces monuments pour faire écouler les eaux pluv.ales qui auraient pu, en séjournant, causer de grands désordres dans la construction ; le pavé du Panthéon offrait originairement ces uispositions indispensables qui lurent supprimées plus tard; les temples grecs, et en général ceux que d’autres peuples ont construits dans la forme de celui qui nous occupe ici, l’ayant pa offert encore sur leur pavé les traces de moyens d écoulement des eaux, nous admettons qu’ils étaient fort rares et dédiés seulement à certaines divinités. Yitruve, liv. I, chap. 2, dit qu’on ne fera point de toits aux temples de Jupiter foudroyant, ni à ceux du Ciel, du Soleil ou de la Lune, parce que ces divinités se font connaître en plein jour et par toute l’étendue de l’univers. Pour celui-ci, comme pour beaucoup d’autres, on doit penser qu’une couverture en charpente venait appuyer ses solives de comble sur les murs de la cella, puis sur les architraves du petit ordre intérieur, pour y former un plafond qui s’étendait aussi sur la nef principale ; que ces solives formaient toutes, ou en très-grand nombre, les entraits des fermes, système qui fut généralement adopté au moyen âge et peut-être par tradition. Les combles établis suivant ce système offraient une solidité beaucoup plus grande que les nôtres ; ils étaient parfaitement admissibles dans l’antiquité puisque le bois était fort commun et qu’on n épargnait rien dans la construction des temples ; enfin, leur solidité extrême permettait de couvrir les édifices avec des tuiles épaisses, comme 1 étaient celles des Grecs, ou même au besoin avec des dalles de pierre ou de marbre, comme quelques fragments, trouvés en diverses localités, l’ont démontré. Les édifices chrétiens qui, depuis un grand nombre

— STYLE GREC

de siècles, sont couverts de lourdes feuilles de plomb, démontrent qu’on peut confier toute espèce de matière pesante aux combles, dont les fermes sont aussi multipliées que les solives ou les chevrons. Du reste, la régularité parfaite qui règne dans les trous pratiqués à l’intérieur du temple de Neptune , au sommet des faces latérales, ne permet pas d’admettre que des entraits plus forts nécessairement que d’autres, s’ils avaient été distribués à de grandes distances, comme nous le faisons aujourd’hui, aient été appuyés sur les murs extérieurs ; en outre, les pentes des frontons et des corniches du grand ordre (voir la coupe transversale , fig. 3, planche de détails ) coïncident trop parfaitement, et les trous de solives sont trop peu profonds pour admettre que tout autre système de couverture que celui que nous proposons ait jamais été appliqué ici ; cette multiplicité de solives n’excluait pas de la nef une riche décoration de plafond; au contraire, on sait que les Grecs enrichissaient une partie de leurs édifices par un grand nombre de caissons de petites dimensions et ornés de peintures. Assez d’exemples existent encore dans le marbre ou la pierre, pour admettre ce système de décoration dans les plafonds en bois.

La statue du dieu devait être placée dans la nef principale, au fond ou peut-être au milieu, comme on eu a quelques exemples ; il ne reste rien du piédestal qui la portait, encore moins de la figure ; celle que la façade fait voir ici est donc entièrement supposée. Derrière cette représentation de la divinité, était Yopislhodôme, partie postérieure du temple qu’on nommait aussi posticum , vestibule moins important que le pronaos, mais disposé absolument de même. Dans la plupart des temples, l’opisthodôme était le lieu où l’on renfermait les vases sacrés et ustensiles des sacrifices, c’était le trésor: à Athènes, on gardait dans celui du Parthénon les deniers de la République; sa position au sommet de YAcropolis ou citadelle, défendue de tous côtés par des rochers escarpés et des murailles, en faisait un lieu sûr, protégé encore parla présence de Minerve.

Depuis le milieu du siècle dernier, époque à laquelle les monuments de Pæstum furent dessinés et connus, leur caractère particulier a fait émettre des opinions diverses à leur égard ; quelques auteurs ont cru y voir des monuments élevés par les Étrusques, qui, selon Vitruve, donnaient à leur architecture des formes pesantes, Earycœ , Barycephalœ ; nous ne pensons pas qu’on puisse les attribuer à d’autres qu’à des Grecs. Lorsque ces derniers envoyèrent leurs colonies en Italie, la population, devenue trop considérable, motivait ces émigrations, et déjà leurs arts étaient parvenus à un certain degré de perfection ; déjà ils avaient fait usage de l’architecture dorique, et l’art des Étrusques n’était qu’un dérivé de celui des Grecs, sauf les changements survenus après la séparauon des deux peuples. Pour qui a vu les monuments de la Grèce et de la Sicile, il ne peut y avoir un moment de doute à l’égard de l’origine tout hellénique des monuments de Pæstum ; tous ces monuments présentent trop d’analogie dans leur ensemble comme dans leurs moindres détails, pour ne pas appartenir à un même peuple. 11 est possible cependant que cette ville, qui de toutes celles de la Grande Grèce où l’on retrouve des monuments, était la plus septentrionale et conséquemment la plus voisine des Étrusques, et qui, par son port sur la mer Tyrrhénienne, devait avoir de fréquentes relations avec ce peuple navigateur se soit laissé entraîuer à une certaine influence étrangère lorsqu’elle fit construire ses temples

— BIBLIOGRAPHIE

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