‹ Monuments anciens et modernes (volume 2)Chapitre 58 sur 97 · HORLOGE ET TOUR DES VENTS, A ATHÈNES · texte numérisé non relu

HORLOGE ET TOUR DES VENTS, A ATHÈNES

Ce fut à la région supérieure qu’Andronic disposa les différentes choses qui constituent à la fois et le but et l’utilité de cet édifice.

Des cadrans solaires, dont les divisions avaient été gravées en creux dans le marbre, furent établis sur chaque face, suivant leur position, afin qu’ils pussent , à l’aide de l’ombre projetée par les styles , indiquer non-seulement les diverses heures du jour, mais encore les différentes hauteurs du soleil pendant l’année, et, trèsvraisemblablement aussi, les solstices et les équinoxes. Les styles seuls ont disparu.

Au-dessus de ces cadrans, et en manière de frise, on sculpta, sur les huit faces de l’octogone , les figures des vents que reconnaissait alors la science des Grecs. Chacune de ces figures fut mise à l’opposite du côté où ils soufflent , et leur représentation fit allusion , par la physionomie et les attributs , aux effets produits par chacun d’eux. Ainsi, on donna à Cæcias (KAIKIA2), vent froid du nord-est, qui amène la neige et la grêle, la forme d’un vieillard, couvert d’amples vêtements et portant à la main une espèce de vase rempli de petits grêlons ; à Zéphyre (ZEOYP02), au contraire, vent doux de l’ouest, la figure d’un jeune homme, à peine vêtu et retenant, dans une draperie , les plus belles fleurs de l’été. Au reste, il ne peut y avoir , à cet égard, aucune incertitude ; car, indépendamment des attributs spéciaux qui leur ont été donnés pour les caractériser, on a encore gravé, à côté de chacun d’eux, leur nom particulier.

Jusqu’ici la destination de l’édifice ne semble laisser aucun doute ; et les cadrans solaires et les figures des vents l’indiquent assez. Mais , pour que la seconde destination pùt être utile , il était indispensable que le monument fût pourvu d’un indicateur, et cet indicateur manquait depuis bien longtemps. Or, on fut assez heureux pour en trouver la notion dans un des chapitres du texte de Yitruve (* (**)), notion qui vint heureusement compléter les renseignements déjà si précieux que nous ont fournis les ruines de l’édifice : «Sur la tour, dit « cet auteur, Andronic posa un triton d’airain qui tenait dans sa main une baguette: la machine était ajustée « de sorte que le triton, en tournant, se tenait toujours opposé au vent qui soufflait, et l’indiquait avec sa ba- « guette. » S’appuyant alors avec certitude sur ce texte positif, Stuart en a essayé une restauration, que nous offrons à nos lecteurs, afin de donner une idée de l’effet que cette partie devait produire dans son état primitif.

La construction du toit paraît encore digne de remarque, et sa forme est assez élégante. Elle présente, en élévation, la figure d’un cône prismatique, se divisant en vingt-quatre côtés ou plans, qui comprennent autant de dalles aboutissant, au sommet, à une pierre circulaire, où venait s’encastrer le fragment (fig. 4) dont l’ornementation offre une si grande analogie avec les chapiteaux qu’on attribue aux portiques. Des tètes de lion, perforées à l’intérieur, ont été disposées sur la corniche , afin de servir de gouttière , en cas de pluie , pour l’écoulement des eaux.

On vient de montrer que le monument de Cyrrhestes servit, à son origine, et d’indicateur des vents et d'horloge solaire; nous allons maintenant lui voir remplir une autre destination, destination suscitée par la prévoyance et les besoins lorsque le soleil ne paraissait pas. Il est évident que si l’on eût été restreint, pour connaître les divisions du jour ou les heures, aux seuls cadrans solaires, c’est à-dire à l’action de ses rayons, on se serait trouvé souvent, soit durant la nuit, ou même en cas de pluie, dans un certain embarras; ce qui aurait produit, surtout pendant la journée, bien des perturbations dans les affaires ou dans maintes opérations. Or, pour prévenir cet inconvénient, on imagina des horloges à eau ou clepsydres, qui fonctionnaient continuellement et le jour et la nuit. Mais, laissons encore , sur cette nouvelle destination , parler Stuart , qui fit là des recherches et des observations fort importantes. Il remarqua dans l’intérieur, sur l’ancien pavé, des cavités et des canaux qui lui parurent tracés avec une grande régularité; il observa encore que le trou circulaire qui est au centre correspondait avec un passage souterrain dont il ne sut d’abord déterminer l’emploi ; mais , après une étude plus approfondie , il pensa que ce pouvaient bien être les restes d'une horloge à eau , d’une de ces clepsydres dont le but était de donner 1 heure en tout temps , soit de jour ou de nuit. Le canal principal suivait une ligne droite, de la face sud de l’octogone au centre du pavé, où se trouve un trou rond qui communique à un passage souterrain. Or, le lecteur doit se rappeler cette partie de l’édifice dont nous avons déjà parlé , partie qui est construite en saillie sur la même face sud , et dont le plan forme à peu près les trois quarts du cercle. Elle pourrait fort bien avoir été le castellum , ou réservoir, qui fournissait continuellement la quantité d’eau nécessaire pour alimenter la clepsydre (2). Le trou pratiqué au milieu du pavé, et qui

(*) Liv. I , cliap. 6.

(**) Durant la domination romaine, elle paraît avoir été alimentée par un petit aqueduc dont on voit encore trois arcades en ruine.

— STYLE GREC

communiquait à un canal souterrain , aurait alors servi naturellement à l'écoulement de l’eau qui avait faif mouvoir la machine. Au reste , dit en terminant le célèbre explorateur des monuments d’Athènes, quel qu’ait été l’usage des canaux qui sillonnent ce pavé, il est certain que ce sont les restes (*) d’une construction autrefois plus considérable. La régularité avec laquelle ils ont été creusés indique assez positivement qu’une grande exactitude dans l’exécution était regardée comme nécessaire pour produire l’effet, quel qu’il fût, auquel ils étaient destinés.

Après ce que nous venons de dire de ce monument, et qui est entièrement basé sur l’examen des ruines, après la notion de sa destination probable, il nous semble à peu près évident qu’un édifice, décoré avec tant de soins, et placé près du marché public , dans un des endroits les plus fréquentés d’Athènes, dut en effet servir aux divers besoins que nous avons fait connaître , et par conséquent régler un certain nombre de choses qui se rapportaient à la vie civile.

(*) 11 a voulu dire le plan.

— BIBLIOGRAPHIE

1“ Varro. De re Rustica.

2“ Vitmvii Libri decem de Architecturd, etc.

3° Spon et Wlieler. Voyage de Dalmatie, de Grèce et du Levant; Lyon, 1677, 3 vol. in-12, pl.

4° Pococke. A description o/ the East and some other countries ; London, 1743, 3 vol. in-fol., pl.

5° Le Roy. Les Ruines des plus beaux monuments de la Grèce, etc. ; Paris, 1758-1770, in-fol , pl.

6U Stuart et Rewett. The Anliquities of Athens, etc.; London, 1762- 1790-1794, 3 vol. in-lol., pl.

7° Legrand. Monuments de la Grèce; Paris, 18 , in-fol., pl.

8» Leake. Topography of Athens.

9° Pittakis. L’ancienne Athènes; 1835, in-8°.

10° De Prokesch.

1 1° Dumoncel (Th.). Coup d’œil sur les antiquités d’Athènes. ( Annales archéologiques , Tome II.)

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