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TOMBEAUX ÉTRUSQUES A TARQUINIES, CÆRÉ, VULCI, ETC
N’était la découverte de cette innombrable quantité de tombeaux, on ignorerait, de nos jours, ce que furent autrefois et lart et l’architecture des Étrusques. En effet, détruites avec acharnement par les Romains ou utilisées, peu à peu , dans les constructions des époques postérieures, presque toutes les œuvres architectoniques de ce peuple furent anéanties, de même qu’ont péri les monuments de son histoire et de sa littérature. On en serait donc réduit, pour la connaissance de cette civilisation, à la seule réunion des quelques fragments épars dans les écrivains grecs et latins , si, par un bonheur inappréciable , l’on n’avait , depuis une certaine époque, fait des découvertes, qui, tout en ne révélant point complètement encore leur art dans ses différentes branches et dans ses diverses variétés, nous ont au moins donné les moyens d’apprécier ce qu’il dut être, pour quelques catégories, à plusieurs périodes de son existence.
Presque tous les monuments d’architecture religieuse et civile, érigés sur le sol de l’Étrurie, sont perdus; et l’on ne peut guère en obtenir maintenant une connaissance superficielle que dans l’interprétation de certains passages du texte de Vitruve, ou dans des réminiscences romaines exécutées, peut-être, par des artistes étrusques, à une époque assez ancienne. Mais, si l’on doit à jamais regretter la perte de constructions qui nous eussent initiés aux secrets de cet art , quelques monuments militaires et sépulcraux , beaucoup moins périssables de leur nature, soit par la masse de leurs matériaux , soit par leur position au sein de la terre ou dans des lieux écartés, existent encore et se sont conservés jusqu’à nos jours, comme pour offrir une ample compensation à nos regrets. Or, ce qu’a surtoutgagné la science par l'étude et l'exploration des tombeaux, joint aux notions précieuses qu’elle a retirées de tout ce qui en est sorti , a eu pour effet immédiat et incontestable de jeter une certaine lumière sur l’art et l’histoire de ce peuple, depuis les temps les plus reculés jusqu’à la dernière époque, eu passant par presque toutes ses phases ou transformations.
C'est donc à l’examen de ces monuments funéraires et à celui des principaux objets qui leur servaient de décoration ou d’ameublement que nous allons consacrer cette notice.
Indiquer brièvement l’origine asiatique des Etrusques , et rappeler les rapports et les relations qui existèrent entre ceux-ci et la Grèce, c’est faire préjuger d’avance que l’art de ce peuple doit participer et de l’une et de l’autre de ces deux civilisations. Tels, en effet, nous apparaîtront leurs tombeaux, soit que nous les envisagions au point de vue artistique et matériel, comme disposition, distribution, décoration , etc., soit que nous les considérions au point de vue de l histoire, par les analogies de croyances, de mœurs, etc., qu’ils présenteront avec les pays que nous venons de nommer , et dont les emprunts seront , pour nous, autant d’évidences incontestables.
Tes plus anciens monuments qui nous restent de l'architecture étrusque paraissent être les tombeaux; mais, dans ces tombeaux, on doit distinguer ceux qui, construits à l’époque primitive, rappellent les grandes constructions funéraires de l’Orient, berceau et patrie de la colonie lydienne et tyrrhénienne, des hypogées où l’influence grecque se manifeste d’une manière positive. Tous les hypogées ne furent donc point érigés à une même époque; et cette notion ressort d’ailleurs et de l’examen et de l’analyse des monuments euxmêmes. En effet, chez les Étrusques, comme chez tous les peuples qui subirent les influences successives de plusieurs nations, et, conséquemment, de plusieurs civilisations, on distingue des styles, des formes et des caractères tout à fait étrangers les uns aux autres, qui permettent à l’antiquaire de discerner ce qui dérive d’un peuple de ce qui appartient à un autre. Or, la grande variété des tombeaux étrusques offre tout naturellement de puissants moyens qui peuvent mettre sur la voie et donner la clef des rapports politiques sous l’influence desquels ils furent exécutés. C’est ainsi qu’à une époque qu’on peut croire la plus ancienne, nous voyous des formes circulaires et coniques, rappelant les grands tumuli de l'Asie, dont les Étrusques étaient originaires, et c’est de même qu’on a découvert d’autres tombeaux qu’on croit du même âge, où la disposition des façades offre de grands rapprochements et une grande analogie avec cette partie de certains tombeaux asiatiques, taillés complètement au sein des rochers. Dans une période qui semble postérieure à celle-ci, les hypogées accusent déjà des différences et de notables modifications dans l’art, qui devient grec; ce qu’atteste le dessin ainsi que l'emploi de ce système de décoration picturale, qui parait cependant, en lui-même, propre à ces tombeaux de l’ancienne Étrurie. Enfin , il est une dernière catégorie où les monuments sont mixtes et assez difficiles à classer; mais leur nature parait toutefois les indiquer comme ayant été construits à une époque voisine de la domination romaine.
La plupart des anciennes cités de l’Étrurie avaient , selon leur importance, des nécropoles qui renfermaient un plus ou moins grand nombre de monuments funéraires , monuments qui produisent , depuis le commence-
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ment des recherches et des explorations du sol, les plus précieuses découvertes ; ainsi , on en a trouvé à Cæré, Vulci, Tarquinies, Yolterra, Chiusi, Bolsène, Véies, Cortone, etc., toutes villes qui jouèrent un certain rôle dans l’histoire de ce pays.
Les tombeaux ont, en général, été creusés sous terre, et dès lors ce sont des hypogées ; mais chacune des villes que nous venons de nommer a eu, pour ainsi dire, quant à leur disposition et à leur décoration, tout un système particulier, ce qui les caractérise d’une manière distincte. Néanmoins, il faut reconnaître que, considérés au point de vue de la construction , on peut les rapporter seulement à deux grandes catégories : ou ils sont apparents, ou ils sont hypogéens. Toutes les chambres sépulcrales sont souterraines ; mais l’extérieur de ces tombeaux revêt des dispositions diverses , qui se présentent à nous sous des aspects différents ; généralement, ces dispositions se composent de formes architectoniques, telles que des façades, taillées sur les parois verticales de rochers, ou des constructions, érigées sur le sol, affectant plusieurs figures, dont les principales sont surtout le cône et la pyramide surmontés d’un amortissement quelconque. A la première catégorie appartiennent les monuments funéraires de Cæré, Norchia, Castel d'Asso , Toscanella , Sutri, etc.; la seconde comprend surtout les hypogées de Corneto, Vulci, etc.
Mais cette variété de dispositions particulières tient plutôt, il faut le dire, à la constitution du sol où les tombeaux furent élevés , qu’à une époque plus ou moins reculée de leur exécution. Ces monuments sont toujours extérieurs dans les localités où s’élèvent des rochers ou des masses calcaires et granitiques ; tandis qu’ils sont hypogéens dans les pays de plaine. A Castel d’Asso, à Norchia, à Sutri, à Toscanella, et même à Cæré et ailleurs, la nature du terrain, qui est volcanique et rocheuse, a permis de faire des excavations intérieures ainsi que de tailler des façades, des portes, et jusqu’à détacher même des monuments presque isolés. — Dans les pays découverts, comme à Tarquinies , à Volterra, et même à Cæré, ils sont à la fois et hypogéens et extérieurs, suivant qu'ils sont ou non surmontés de constructions apparentes. Ceux de Vulci sont entièrement cachés sous le sol; ceux de Cæré , de Volterra et de Tarquinies étaient surmontés d’espèces de tumuli.
Nous n’avons aucunement la prétention d’offrir, en ce moment, à nos lecteurs, un travail complet sur les monuments sépulcraux de l’Étrurie. 11 nous a seulement paru convenable de grouper et de réunir ici quelques-uns des types le plus caractéristiques, afin de faire connaître les principales dispositions tant extérieures qu’intérieures, ainsi que d’indiquer le système de décoration propre à cette catégorie de monuments. Nous devons ajouter aussi qu’en l’absence de dates et de notions chronologiques, nous les examinerons par groupes de localités, mais en commençant toutefois notre examen par les monuments extérieurs qui affectent la plusgrande simplicité, et en terminant notre revue par ceux qui, dans leur décoration, accusent un plusgrand luxe, résultant, peut-être, d’un état de civilisation plus avancée.
CASTEL D’ASSO. — Cette localité, qui est une des plus sauvages de l’Italie , à cause de ses forêts et de ses rochers, répond, par son site, au centre même de l’ancienne Étrurie, et c’est sur son territoire que se trouvait le célèbre Fanum Voltumnœ , dont il est si souvent parlé dans les annales de ce pays. Les monuments de cet endroit consistent tous en tombeaux apparents ou extérieurs; ils sont taillés sur les anfractuosités de la pierre calcaire, et présentent des espèces de petits édicules, plus ou moins considérables, qui semblent presque se détacher de la masse, quoiqu’ils y adhèrent encore parla partie postérieure. Leur ensemble se compose, comme dispositions particulières et architectoniques, d’un corps rectangulaire enforine de pyramide, sur la partie antérieure duquel on a sculpté une espèce de façade avec porte. Ces façades n’indiquent jamais l’entrée véritable des chambres sépulcrales. La porte y est feinte, et il faut toujours la chercher à la base du monument ; car, elle était généralement cachée par des terres rapportées; quant à sa composition particulière, elle offrait une grande analogie , surtout par l’emploi des crossettes , avec l’une de celles qu’on remarque au monument pélasgique de Céfalu, composition qui fut si souvent employée parles Grecs dans la décoration de leurs portes et fenêtres. Une sorte de corniche, de profil bizarre, surmonte la partie supérieure, au-dessus de laquelle s’élevait quelquefois un assez fort pyramidion. L’intérieur est tantôt circulaire et tantôt elliptique ; il s’y trouve, ou des sarcophages, ou des banquettes divisées en de nombreux cercueils, évidés dans la pierre et destinés à la déposition des corps. — Comme système général de dispositions extérieures, mais avec des différences notables et à un degré bien inférieur de formes et de décoration, ces tombeaux nous semblent offrir quelque analogie avec certains monuments funéraires de l’Asie, soit
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à Telmissus, à Myra, à Antiphellus, etc., oùla pierre, taillée par le ciseau des artistes, imite aussi, d’une manière si remarquable, la construction, mais surtout celle en bois.
CÆRÉ ( CERVETERl ). — Les sépulcres de cette nécropole ont été , pour la plupart, creusés dans une paroi de rocher s’élevant verticalement à pic. Or, cet état, joint à leur situation, donne à ces monuments, sous ce double rapport , mais non sous celui de la décoration extérieure, qui manque ici , une certaine similitude avec quelques-uns des tombeaux de l’Asie Mineure; ce qui fournirait encore, s’il en était besoin, une nouvelle preuve à l’appui de l’origine orientale et asiatique de la nation étrusque. — Le rocher de Cæré, dans lequel se trouvent les tombeaux, est surmonté de nombreux tumuli artificiels, semblables à ceux de Tarquinies, tumuli qui renferment, dans leur intérieur, plus de cinquante hypogées. — Parmi le grand nombre de monuments sépulcraux, découverts dans cette vaste nécropole, trois paraissent surtout dignes d’être signalés, à cause des particularités qu’ils ont fournies à la science; ce sont ceux qu’on désigne vulgairement sous les noms spéciaux de : Tombeau de la Voûte Plaie, Tombeau des Deux Sièges , et Grand Tombeau. Nos lecteurs connaissent déjà les deux premiers; quant au troisième, nous trouverons, peut-être, l’occasion de le publier un peu plus tard; mais, en attendant qu’il nous soit donné de pouvoir l’examiner d’une manière sérieuse et approfondie, nous en avons offert ailleurs au public une vue ainsi que quelques-uns des nombreux objets qui furent trouvés, lors de son ouverture, dans les diverses pièces de l’intérieur (*). L’examen de ces planches offrira les moyens d’apprécier les résultats précieux que fournit, aux sciences historiques et archéologiques, l'une des plus importantes découvertes en ce genre. En effet, l’exploration de ce tombeau a, sans contredit, jeté la plus grande lumière sur l’histoire et l’archéologie des Étrusques; car il fut trouvé intact, avec tout son mobilier; ce qui nous fit connaître , indépendamment des usages ou rites funèbres , les divers objets (meubles , armes et ustensiles) qu’on y avait placés, et qui servirent peut-être au défunt pendant sa vie. Telles étaient, on le sait, les idées des anciens : ils faisaient déposer dans la tombe leurs objets usuels, voulant exprimer, par là, cette autre vie qu’on devait trouver après la mort ; idée sublime et consolante , puisée d’ailleurs aux croyances de l’Orient.
Tombeau dit de la Voûte Plate. — ■ Cet hypogée, l’un des plus remarquables sous tous les rapports, mérite, comme le suivant, toute l’attention de nos lecteurs. — On y parvient au moyen d’un escalier qui conduit à une porte donnant accès à un vestibule de forme circulaire. Dès l’entrée dans cet endroit, différentes particularités frappent le visiteur. C’est, d’abord, une banquette ménagée à la partie inférieure des parois, et dont la destination n’est pas encore bien fixée, à moins qu’on admette qu’elle servait aux parents et aux amis du défunt, lorsqu’ils y venaient faire quelque cérémonie pieuse ou commémorative; puis, un plafond horizontal, orné de caissons: disposition qui lui a fait donner son appellation particulière; et, enfin , d’anciennes peintures , qu’on croit exécutées par des artistes grecs ou étrusques. Bien qu’elles soient assez grossières quant à leur exécution, ces peintures semblent cependant très-importantes au point de vue de l’histoire de l’art ; en effet, elles sont seulement peintes au trait sur le tuf, sans enduit, en rouge , noir et blanc; le trait semble fort imparfait, comme sur certains vases peints; les tètes sont de couleur blanche, et les corps en rouge. De cette première pièce, on passe dans une assez vaste salle ou chambre, déformé à peu près rectangulaire ; elle est divisée en trois parties par quatre piliers , réservés dans la masse. La région supérieure des diverses parties de cet hypogée mérite incontestablement d'être signalée; car, on y remarque, là, quatre systèmes différents d’imitations de toiture en charpente, qui comprennent la forme horizontale, la forme conique, celle à deux versants, et la forme prismatique dans la division postérieure, tous quatre exécutés, dans le tuf, par des artistes incontestablement étrusques (**). Au centre de la partie médiane de cette pièce se trouvent, contre les parois de droite et de gauche, un lit funèbre, destiné à l’exposition du corps du défunt, et un sarcophage, spécialement affecté à sa conservation ; ces deux objets ont été taillés dans la pierre même du tombeau. Une banquette, disposée polygonalement, règne à la partie postérieure de la chambre, avec la
(*) Voyez notre Atlas archéologique de I’Italie ancienne , dans la collection de Y Univers Pittoresque ; planches 28, 29, 1 8, 19, 20, 25, 26, 38.
(**) Ces différents systèmes, qui figurent ici tous les détails des toitures en charpente imitées avec la pierre, rappellent tout naturellement à la pensée, non pas les mêmes dispositions intérieures, mais bien l’analogie et la similitude d’architecture funéraire qu’offrent les tombeaux de certains peuples de l’Asie, chez lesquels l’extérieur de chaque monument présente un système général de construction en bois. Là, nous voyons les dispositions extérieures ; ici, l’arrangement intérieur. Or, ce rapprochement de systèmes ou de procédés analogues ne viendrait-il point confirmer , selon nous, l’opinion de ceux qui adoptent l’origine asiatique des Tyrrhéniens ?
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destination de recevoir, probablement, toutou partie du mobilier funéraire. Ce tombeau, qui appartient à la plus belle époque de l'art , semble avoir été, comme le suivant, celui de quelque riche et puissant lucumon de Cæré.
Tombeau dit des Deux Sièges. — Voici encore un monument bien digne d’exciter, au plus haut point, l’intérêt de l’historien et de l’antiquaire; car tout ici, et jusque dans les moindres détails, fournit autant de révélations propres à éclairer des questions historiques et archéologiques. — Un corridor, pourvu d’un escalier , conduit à une aire carrée , dans les parois de laquelle s’oùvrent trois portes. Celle de droite introduit dans une pièce où l’on a ménagé, de trois côtés, une banquette, que nous pensons avoir été destinée, soit à la disposition d’une partie du mobilier funéraire , ou à des réunions de famille, lors de la perte d'un nouveau membre ou lors d’un temps de commémoration des morts. Dans ce dernier cas, c’était comme une espèce de triclinium funèbre intérieur, dans le genre de celui dePompéi, qui était, lui, au contraire, à ciel ouvert. La chambre, située à gauche, dontl’intention semble complètement funéraire, doitètre considérée, par les particularités de ses détails, comme une des pièces importantes dece tombeau. Elle est de forme rectangulaire et avec plafond à deux versants; mais ce qui constitue son principal intérêt, tient particulièrement à la présence de deux sarcophages, d’un lit funèbre ou de parade, et des boucliers sculptés sur ses parois. Evidemment, on se trouve, là, dans la demeure mortuaire de plusieurs membres d’une famille ayant occupé un rang élevé dans la hiérarchie sociale de Cæré. Le lit funèbre n’avait proba blement qu’un seul usage, dont les sarcophages, on peut le croire, fournissent clairement l’explication. On exposait, sans doute, les corps des défunts sur des lits de parade pendant un certain temps, à l’expiration duquel on les déposait, après avoir accompli certains rites ou cérémonies, dans l’intérieur des sarcophages, qu’on fermait ensuite en les recouvrant avec deux pierres , formant une espèce de couvercle disposé à des versants. Cette opinion, qui n’est peut-être point celle des antiquaires, me semble appuyée sur cette observation, qu’il ne saurait y avoir, dans un seul et même tombeau, plusieurs modes d’inhumation (*) , à moins que le tombeau ne soit l’oeuvre de plusieurs époques successives, traduisant, dans leur art et dans leurs coutumes, plusieurs formes de civilisations différentes; ce qui ne nous semble point applicable au tombeau des Deux Sièges, qui parait homogène et taillé tout d’un jet. Ce n’est là, au reste, qu’une simple conjecture que nous soumettons à de plus érudits. — La partie antérieure visitée, on gagne une porte ouverte dans l’axe de l’escalier, et celleci donne accès à une pièce disposée transversalement ; c’est la plus grande de tout l’hypogée, comme c’en est aussi l'une des plus intéressantes. Parlons d’abord de ses dispositions architectoniques. Considérée à un certain point de vue, celui de la perspective représentée dans la partie supérieure de notre planche, et en faisant, par la pensée, abstraction de sa destination sépulcrale, on croirait voir quelque partie ou pièce intérieure d’une habitation civile à la plus brillante époque de l’histoire de l’Étrurie. Ainsi, les portes ornées de chambranles à moulures, les fenêtres à l'aspect sévère, la charpente du plafond, les lits triclinaires ou de repos, qui n’attendent que des coussins ou des étoffes précieuses , les sièges , destinés sans doute aux chefs de la famille , et jusqu’à la décoration même des murs dansces boucliers, symboles du pouvoir militaire de quelque opulent lucumon : rien n’y manque, et tout se réunit ici pour nous offrir, à bien des siècles de distance, une de ces apparitions soudaines, une de ces pages échappées comme par miracle à l’action dévastatrice et du temps et des hommes. Quel immense intérêt présente donc aux yeux de l’historien et de l’archéologue cette partie de l’antique tombeau tyrrhénien, et quelles lumières sa découverte ne vient-elle pas jeter sur les mœurs et sur fart de la nation étrusque ! — Mais, poursuivons : après avoir considéré avec une attention toute particulière la forme, on ne peut plus remarquable, de ces sièges munis de dossiers et de marchepieds (**) , l’une des particularités les plus curieuses de ce mobilier entièrement dégagé de la pierre , on trouve devant soi trois portes
(*) Nous ne prétendons point dire qu’on doive généraliser notre opinion et l’appliquer à tous les autres tombeaux étrusques : non. Ce qui se faisait dans une localité pouvait fort bien ne pas avoir lieu dans une autre. Nous dirons plus : une famille riche et puissante pouvait, ce nous semble, pratiquer certains usages tout a fait en dehors des habitudes vulgaires. Au reste, il y avait ici un certain nombre de pièces et plusieurs sarcophages ; donc l’hypogée était commun et fut ouvert plusieurs fois ; on y fit même, peut-être, des cérémonies commémoratives. Or, comment admettre alors, pour les parents des défunts , la vue de ces corps embaumés ou en décomposition ? C’était là un spectacle qu’on dut éviter , et que mon opinion , la déposition des corps dans les sarcophages, viendrait rendre plausible. Maintenant, qu’on veuille bien remarquer , ainsi que je l’ai dit, qu’il put y avoir là une coutume particulière de localité ou autre; car, au Tombeau dit de la Voûte Plate , qui était, vraisemblablement, celui d’un seul individu , on y voit aussi et un lit de parade, destiné à l’exposition du corps pendant un certain temps, et, en face, le sarcophage dans lequel dut être, ensuite, déposé le cadavre.
(**) Ils pourraient , peut-être, donner une idée de ce qu’était alors la chaise curule des Étrusques.
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ouvertes, sur un même plan, dans la paroi postérieure de la chambre; elles introduisent dans trois pièces rectangulaires (*), d’inégales grandeurs, et sur trois côtés desquelles se trouvent des banquettes. Nous répétons, à cet égard, ce que nous avons dit plus loin sur ce sujet : nous pensons qu’elles ont dù servir soit à l’étalage ou à la disposition du mobilier funéraire de cette tombe. Enfin, ajoutons, en finissant, que deux petites fenêtres, évidées dans la pierre, viennent en éclairer l’intérieur, et compléter, par leur existence, l’ensemble d’une des pages qui peut le mieux nous donner, indépendamment des renseignements funéraires, une idée exacte et vraie de ce que devaient être et les dispositions et la décoration d’une salle d’habitation étrusque à cette époque reculée de l’histoire.
TARQUINIES ( CORNETO ). — Cette ville , dont l’emplacement se trouve à peu de distance de Cæré et de Yulci, était, dit-on, la plus ancienne des douze cités lucumoniques de l’Étrurie, et celle qui, sous les Romains, joua le plus grand rôle. Nous ne savons, sur son histoire, que ce que ceux-ci nous en ont appris ; et les rares documents qu’ils ont laissés nous disent qu’elle fut alors le chef-lieu de la puissance étrusque. A partir du VIIe siècle avant notre ère, Tarquinies devint un centre d’art, par suite de l'arrivée d’un Corinthien nommé Démarate, qui, dans son émigration, avait été suivi par un certain nombre d’artistes grecs. Cette colonie de peintres et de sculpteurs fonda une école nationale; aussi, dès ce moment , l’art étrusque, entrant dans une nouvelle voie, subit de grandes modifications, et tous les monuments empruntèrent et revêtirent les différents caractères de l’art grec. — On doit croire que ce Démarate dont nous venons de parler était un personnage important ; car il parvint à la dignité de lucumon, et son fils , à celle de roi de Rome, sous le nom de Tarquin l’Ancien. — La nécropole de Tarquinies est située sur une colline de tuf, ce qui a, tout naturellement , permis d’y pratiquer des chambres souterraines; mais, il y a des exceptions. Néanmoins, considérés dans leur aspect extérieur, les monuments funéraires de cette cité présentent l’apparence de grands tumuli circulaires, qui rappellent la forme de celui de Tantale dans l’Asie Mineure, et, conséquemment, l'origine asiatique des Tyrrhéniens. Ces tumuli se composent d’un soubassement, construit en pierres appareillées , au-dessus duquel on amoncelait des terres qu’on disposait sous forme conique. Une construction verticale , érigée au-dessus de la chambre sépulcrale et dans l’axe même de ce cône, s’élevait jusqu’au sommet du tumulus, où l’on plaçait un amortissement quelconque, soit une stèle ou une figure d’animal symbolique. Une ou plusieurs portes, selon le nombre des chambres intérieures, étaient ouvertes sur la circonférence du soubassement. Ces portes, au bas desquelles commençait un escalier intérieur, introduisaient dans les hypogées. Le nombre des chambres était assez varié, bien que, le plus souvent, il se présente cà l’état d’unité. Généralement, elles furentdisposées au centre du tumuli lorsqu’elles étaient uniques, tandis qu’on les voit distribuées sur le développement ou le pourtour quand il y en a un certain nombre. Ces chambres ont été ou taillées dans le tuf ou construites par assises horizontales. Leur disposition intérieure est assez souvent celle d’un rectangle plus ou moins allongé, se rétrécissant quelquefois dans le haut, mais, dans plusieurs cas, soutenu, indépendamment des parois, par un, deux et quatre piliers verticaux, réservés dans la masse calcaire. La partie supérieure de ces chambres sépulcrales, ou les plafonds, offre, à Tarquinies, d’assez nombreuses variétés de système: ainsi, daus les pièces creusées dans le tuf, il est curviligne ou horizontal, ou encore à deux et même quatre versants; dans les chambres, construites en appareil, on a remarqué des voûtes paraboliques, disposées par assises horizontales et présentant une certaine similitude avec le prétendu Trésor d’Atrée, à Mycènes; enfin, il existe encore des hypogées qui, par le nombre de leurs chambres, leurs communications et leur situation sur différents plans ou niveaux, offrent une espèce d’apparence de superposition (la Grotla intaliala , etc.). — A Tarquinies, le mode particulier d’inhumation semble avoir été celui de l’exposition des corps sur des banquettes et sur des lits funèbres ; on y a cependant aussi trouvé des sarcophages et des urnes. — Mais ce qui donne aux tombeaux de cette localité une si grande importance, ce sont incontestablement les peintures qui leur servent de décoration. Toutefois, nous devons dire ici que les observations qui furent faites sur cet objet, ont donné pour résultat cette notion, que, dans presque tous les hypogées, ces peintures ne présentent qu’une exécution fort secondaire.
Un des tombeaux les plus vastes et les plus remarquables qui aient encore été ouverts depuis le commencement des fouilles opérées sur le terrain de cette nécropole, est certainement celui que nous avons publié sous la
(*) Cette disposition de trois pièces, ouvertes à la partie postérieure du tombeau, dont plusieurs analogues se retrouvent parmi les hypogées de Vulci, a fait naître à quelques antiquaires l’idée d’un rapprochement avec les trois cella du temple de Jupiter Capitolin, à Rome.
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désignation, plus ou moins arbitraire, de Tombeaux superposés. Quoique le plan en soit extrêmement simple, ses dispositions font néanmoins connaître plusieurs particularités intéressantes. La première pièce est carrée. Son plafond imite la charpente apparente d’une toiture à quatre versants ou rampauts, et le sommet laisse, béante, une ouverture rectangulaire qui a été évidée, sous forme pyramidale, jusqu’à son orifice, placé au niveau du sol supérieur; des entailles, pratiquées, peut-être, pour la communication extérieure, se voient sur tout le développement de son parcours ascendant et descendant. On y remarque encore, à la partie inférieure d’un des murs dans lequel on a creusé une niche, une banquette, destinée probablement au mobilier funèbre. — Mais la partie la plus importante de cet hypogée, celle qui constitue son mérite principal, réside, sans contredit, dans la décoration, qui est ici une chose très-rare à l'intérieur de ces monuments. Nous voulons parler des sculptures exécutées à la partie supérieure des parois, particularité qui a fait donner à ce tombeau la dénomination de Grotla intaliata. De l’avis des connaisseurs , l’exécution de ces bas-reliefs permet de croire qu’ils appartiennentà la plus belle époque de l’art. — Quelle était la destination de cette première chambre; était-elle réservée à des cérémonies funèbres ou à de pieux pèlerinages commémoratifs ? Je pose cette question aux savants. — De cette pièce, on passe, à l’aide d’une pente , occupant de nos jours la place d’un escalier qui, très-probablement, devait, à l’origine , mettre ces deux pièces en communication, dans une autre chambre, à peu près aussi grande, mais beaucoup moins importante. C’était, là, vraisemblablement la pièce sépulcrale et celle où l’on déposait le ou les corps. Une banquette, régnant sur trois côtés, servait, peut-être, à cet usage, ainsi qu’au dépôt des ustensiles, armes ou autres objets propres au défunt. Deux piliers rectangulaires , évidés dans le tuf, supportent, dans la partie postérieure, une section du plafond, qui affecte la forme d’une charpente apparente de toit à deux versants.
VULCI. — Sur une plaine entièrement découverte, s’élève une éminence qui parut aux premiers colons réunir des conditions convenables pour l’établissement d’une ville; et c’est là, en effet, qu’ils fondèrent , dans l’antiquité, la cité étrusque dont il est ici question. — Tout l’intérêt que présentent aujourd’hui les restes de cette ville antique, consiste seulement dans sa nécropole, une des plus vastes de l’ancien monde, et dans les nombreux monuments sépulcraux qu’elle renferme. A Vulci, le sol est généralement plat; aussi, rien n’annonce, à l’extérieur, l’existence souterraine des tombeaux. La nature ou la constitution du terrain , qui était formé d’un tuf assez compacte , détermina sans doute V genre ainsi que la distribution particulière de ces tombeaux. On les a faits hypogéens , c’est-à-dire qu’on les a creusés dans le sol. La couche de tuf ne se trouvant qu’à trois ou quatre pieds, il suffisait, pour clore l’entrée des caveaux, d’en fermer l’ouverture avec des pierres sur lesquelles on replaçait la terre végétale afin d’empêcher toute communication avec l’extérieur. Le plan de ces tombeaux présente, en général, un groupement ou une combinaison plus ou moins symétrique de chambres affectant des formes rectangulaires. On y descend par un escalier qui conduit à une espèce de grand vestibule, disposé transversalement. Viennent, ensuite, des chambres sépulcrales, plus ou moins nombreuses, et décorées selon l’importance ou le rang du ou des défunts ; nous disons du ou des , à cause du nombre assez considérable de pièces que présentent certains hypogées, qui, vraisemblablement , étaient ceux des divers membres d’une famille. Assez rarement, il se voit des banquettes autour des chambres; mais, on y trouva quelquefois un lit funèbre. Maintenant, nous devons, pour compléter 1 ensemble des notions qui concernent les sépulcres de cette localité, ajouter qu’il existe aussi plusieurs tombeaux dont les chambres hypogéennes furent surmontées de constructions extérieures. Celui désigné vulgairement sous le nom de la Cucumella offre, dans ses vestiges, des proportions très-considérables.
Mais il est, parmi les monuments funéraires de la première espèce, un hypogée qui , par son importance et les particularités qu’il renferme , mérite certainement ici une description particulière. Ce tombeau , l’un des plus grands qui existent dans cette nécropole, présente , dans l’une des pièces qui composent son ensemble , une singularité bien digne de remarque pour cette époque : nous voulons parler de la disposition qu’affectent certaines parties supérieures de cette chambre, parties qu’on décrira plus loin. On pénètre dans ce tombeau au moyen d’un escalier découvert A, introduisant dans une espèce d’antichambre B, qui donne accès, par ses portes, dans toutes les autres pièces de l’hypogée. Les deux chambres situées à droite F, G, ont des plafonds à double versant, dont la coupe, fig. 3, montre l’inclinaison. Une porte, ouverte dans le fond, donne entrée dans la partie postérieure. Celle-ci présente d’abord une salle centrale H, desservant trois autres chambres d’importance et de grandeurs diverses. Le plafond de cette pièce centrale mérite surtout d’être remarqué ; car on y a figuré, en sculpture, la représentation d’une charpente en bois, dont les caissons sont remplis par des espèces
— TOMBÉ AUX A TARQUINIES, CÆRÉ, VULCÏ , ETC. —
d'ornements, reproduits dans les détails de notre planche, aux n03 6 et 7. Ce plafond est horizontal. Il paraît que cette pièce étaitconsidérée, à cause, peut-être, de sa destination, comme la plus importante du tombeau ; puisqu’onl’avait décorée avec beaucoup deluxe. En effet, indépendammentdu soin apporté à l’exécution du plafond, elle fut encore ornée d’un chambranle de porte tout à fait monumental. Cette porte, dans le genre de celles de Castel d’Asso , avait été revêtue de peintures brillantes (*), ainsi que les parois de la pièce elle-même. Les caveaux L et M ont peu d’importance ; tandis que la chambre I K offre quelques particularités : ce sont, d'abord, deux piliers isolés et dégagés de la masse lors du travail d’excavation , et puis un plafond à double inclinaison, fig. 4. Mais ce qu’on doit, dans ce tombeau , signaler surtout à l’attention des archéologues, comme une des pages les plus importantes de l’histoire de l’art étrusque , c’est , sans contredit , la partie supérieure de la pièce indiquée, sur notre plan, aux lettres C, D, E. Pour lamieux faire connaître etpour la faire apprécier jusque dans ses plus petits détails, nous emprunterons au travail de notre savant ami et collaborateur une description qu’on ne saurait mieux faire (**) : « Deux pilastres, sur chacune des deux grandes faces, comme on peut s’en rendre compte sur la coupe générale, portent deux architraves qui divisent la voûte en trois parties bien distinctes. La première division, la plus rapprochée de la porte, est composée d’une demi- voûte sphérique, rachetant les angles du caveau , dont le plan est un parallélogramme allongé ; le plan et la coupe inférieure expliquent la disposition des serces ou courbes taillées dans le tuf, qui, partant du sommet de la voûte, viennent reposer sur les parois de la pièce; les entretoises, sur un plan plus reculé, forment des cercles concentriques qui semblent relier entre elles les courbes placées dans le sens opposé. Tout ce travail , opéré avec beaucoup de soin dans la masse , représente , à n’en pouvoir douter, une construction de voûte sphérique , à la manière de celle dite à la Philibert Delorme, et prouve incontestablement qu’à cette époque reculée on construisait des voûtes en bois semblables aux nôtres : question qui n’avait pas encore été résolue par leur présence dans les monuments (***). — La seconde division, formée de deux rampants, comme on peut le voir dans la coupe générale, représente la construction d’un toit ordinaire vu par-dessous : le faîtage, quatre rangs de chevrons, les pannes qui les croisent, tout est taillé dans le tuf, comme les parties décrites ci-dessus. — La troisième division de la pièce est couverte d’une voûte lisse, dont la voussure est très-légèrement inclinée. » Ainsi, il résulte doue de cette particularité, vraiment remarquable, une preuve on ne peut plus importante pour l’histoire de i’art de bâtir, qu’à l’époque quelconque où ce tombeau fut exécuté, les Étrusques pratiquaient déjà l’emploi des voûtes en charpente, comme système de couverture, dans la construction des édifices. — Nous ignorons encore la destination particulière de chacune des chambres ; mais, assez vraisemblablement, on peut admettre, d’après le nombre des pièces ainsi que d’après l’importance décorative de quelques-unes d’entre elles, que cet hypogée dut être celui d’une famille riche et puissante de Yulci.
Ajoutons maintenant que, pour la plupart des autres tombeaux de cette localité, ce sont moins leurs dispositions particulières ou leur décoration que la richesse et l’intérêt des objets qu’on y trouva, qui en fait le mérite. En effet, cette nécropole , longtemps ignorée , n’a véritablement acquis , de nos jours , une grande importance que par les découvertes qu’on y a faites depuis une vingtaine d’années, découvertes qui ont produit une grande quantité de vases peints d’une des plus belles variétés de la céramique ancienne ; ce qui , joint aux autres objets en or, bronze , etc. , constitue maintenant un des terrains les plus productifs en fait d’œuvres
Tels sont, parmi ceux qui renferment des singularités remarquables, les principaux types de tombeaux découverts jusqu’ici sur le solde ce pays. Sans aucun doute, nous voudrions maintenant pouvoir continuer et étendre notre examen à d’autres catégories de monuments funéraires non moins curieux qu’intéressants en fait d’archéologie étrusque; mais on comprend que, dans un ouvrage de la nature du notre,
(*) Cette particularité lui a fait donner, lors de sa découverte, le nom de Tombeau Égyptien.
(**) Albert Lenoir, Mémoire sur les monuments sépulcraux de l’Ltrurie moyenne. Annales de l'Institut archéologique de Rome.
(***) nous ne pouvons omettre de signaler à nos lecteurs la grande analogie qui existe entre cette pièce et la chambre du Tombeau dit de la Foute Plate, à Cæré. Il semblerait presque, en les comparant, que la partie supérieure de notre hypogée de Vulci n’est qu’un développement, un perfectionnement et un progrès sur celle de Cæré, qui se trouve, nous devons aussi le dire, dans une localité peu éloignée de celle-ci. Or, ce serait sans doute ici l’occasion de faire remarquer, à propos du plan et de la distribution générale des chambres du tombeau de la Voûte Plate , la similitude qu’il présente avec ceux de la necropole précitée. Peutêtre même, doit on voir, dans ce double rapprochement, une influence, assez vraisemblable, de voisinage.
— MONUMENTS ÉTRUSQUES
il a fallu nous borner à un certain nombre d’exemples. Au reste, et pour ceux qui voudraient prendre une connaissance plus approfondie de la matière, nous renvoyons aux ouvrages spéciaux, ou bien encore a l'Atlas archéologique (*) que nous avons dressé pour I’Italie ancienne de l'Univers Pittoresque (**), atlas pour lequel nous avions rédigé un texte descriptif que des motifs particuliers nous ont engagé à ne point insérer dans cette collection.
Après leur étude architectonique , ces tombeaux présentent encore aux investigations de l’antiquaire ou du voyageur une foule d’autres particularités intéressantes qui ne lui cèdent point en intérêt sous le rapport des notions historiques et archéologiques. Nous aurons à parler d’abord des peintures à fresque qui en décoraient les parois, peintures dont la découverte fut immense par les résultats qu’elles produisirent, comme renseignements , sur les mœurs et les coutumes , sur les rites et les cérémonies funèbres , sur l’état des arts du dessin et sur l’influence des arts étrangers, et même jusque sur le système de décoration polychrome employée par les Étrusques ; puis, il convient de signaler les divers modes d'inhumation en traitant des différents genres de monuments spéciaux auxquels ils ont donné naissance; enfin, on doit dire aussi quelques mots de cette innombrable quantité d’ustensiles de toute espèce qu'y renfermaient les Étrusques au moment delà déposition des corps et de la fermeture des tombeaux, objets qui, par leur réunion, composaient comme une espèce de mobilier funéraire à l’usage des défunts, formé, d’une part, des choses spéciales qui leur avaient appartenu, et de l’autre, de toute une variété infinie de vases, de meubles, etc., placés là avec une intention religieuse, morale et philosophique.
Résumons, en quelques lignes, ce qui a trait aux peintures. — On a trouvé de ces tombeaux coloriés dans un grand nombre d’endroits, mais surtout à Tarquinies ( Corneto ) , à Volterra, à Chiusi, à Perugia, etc., et là, tout y est peint, les parois comme le plafond. Ces peintures appartiennent, à n’en pas douter, d’après leurs caractères et leur exécution, à diverses périodes de l’art étrusque. D’Agincourt pense qu’elles ont été peintes du temps de Démarate ; Inghirami, au contraire , les attribue au règne d’Antonin. Ce qu’il y a de certain, c’est que plusieurs d’entre elles accusent évidemment une influence grecque; et, par conséquent, une époque postérieure à l’arrivée de l’artiste corinthien. Malgré leur ancienneté, ces peintures brillent encore, au moment de leur découverte, d’un éclat et d’une vivacité qui tiennent surtout à leur enfouissement au sein de la terre et à la privation du contact de l’air et de la lumière, ce qui a produit leur conservation. Comme système de procédé technique, elles sont appliquées par tons plats , c’est-à-dire, sans fontes de tons, sur un stuc très-fin dont sont enduites préalablement presque toutes les parois des hypogées. Les couleurs employées sont le blanc, le noir, le rouge, le bleu et le jaune , toutes couleurs primitives qui produisent les autres. Les différents sujets que représentent ces peintures sont surtout intéressants à étudier à cause des renseignements précieux qu’ils nous fournissent sur les mœurs et les coutumes des Étrusques. Suivant un usage pratiqué aussi dans la Grèce, et plus tard à Rome, ils oftraient des représentations psychologiques et relatives au sort des âmes après la mort, c’est-à-dire, qui avaient rapport aux plaisirs que les anciens croyaient trouver dans l’autre vie, plaisirs qu’ils traduisirent quelquefois d'une façon un peu grossière; seulement, dit M. Raoul - Rochette , dans l’antique Ltrurie , ces sortes d’images participaient du génie sombre et austère de la nation ; tandis que , dans la Grèce, le caractère humain et brillant d’une civilisation exquise s’était imprimé aux images mêmes de la mort, pour les tempérer et les adoucir. Ces peintures représentent, en général, des scènes du passage des âmes dans l’autre vie; des images tantôt rassurantes, le plus souvent terribles et formidables du sort qui les y attend; des jeux funèbres; des combats de toute espèce; quelquefois des banquets; on y voit des larves, des figures réelles et symboliques, toutes représentations relatives à la doctrine des Étrusques sur l’état des âmes après la mort. Mais, comme ornement de la suprême demeure des morts, remarque le savant archéologue que
(*) Nous avons à regretter que, plusieurs fois, l'incompétence archéologique du graveur de MM. Didot soit venue, par des changements clandestins, déranger la composition de ces Atlas , et y introduire de graves bévues, qui ne sont aucunement de notre fait. Ainsi, et pour ne fournir, à l’appui de notre allégation, qu’une seule preuve, entre beaucoup d’autres, nous citerons l’atlas de la Grèce moderne, dans lequel on a supprimé bon nombre de sujets empruntés à des miniatures grecques, pour leur substituer, d’une manière inintelligente, des représentations d’art roman, ce qui est une erreur dont nous renvoyons toute la responsabilité à son auteur.
(**) Nous saisissons ici cette occasion, pour qu’on ne nous attribue point une part que nous n’avons point prise, de désigner les seuls de ces atlas que nous ayons composés. Ce sont ceux de I’Italie ancienne, la Grèce moderne, la France (planches complémentaires), I’Espagne, le Portugal, la Belgique, la Hollande, I’Égypte moderne, le Danemark , les Villes hanséatiques, la Sardaigne et les Baléares.
— TOMBEAUX A TARQU1NIES, CÆRÉ, VULCI, ETC. —
nous venons de nommer, elles offrent encore un plus puissant intérêt ; elles montrent dans quel but et à quelle intention ces peuples graves et religieux décoraient leur dernier asile de représentations consolantes, tirées des scènes de la vie commune , ou de croyances religieuses , ou de spectacles publics ; comment ils envisageaient la mort, tantôt avec toutes ses terreurs, tantôt avec toutes ses espérances ; comment, en un mot, le dogme de l'immortalité de l’âme, ce dogme nécessaire et sublime, était écrit dans tous les ornements d’un tombeau, en quelque sorte comme une protestation contre la mort dans le sein de la mort meme. Rien n’est peut-être plus propre à nous donner une haute et touchante idée de la civilisation antique que de voir avec quel soin étaient décorées, de combien d’images douces et riantes, d’objets rares et précieux étaient remplies les sépultures de ces peuples (*). Enfin, ces peintures, qui précédèrent incontestablement les décorations murales des Romains , dont nous possédons de si curieux spécimens à Pompéi, peuvent, sans contredit, nous donner une idée de ce que fut , peut-être, à cette époque, le système de polychromie, employé dans l’intérieur des monuments.
Une des notions les plus intéressantes que nous aient fournies les hypogées étrusques , est certainement la connaissance des modes d’inhumation des corps. Ces modes variaient selon les localités, et peut-être aussi suivant les époques. Ainsi, dans les nécropoles des villes qu’on croit les plus anciennes et où l’on reconnaît des traces et des influences asiatiques, à Cæré, à Vulci , à Tarquinies, etc., les corps étaient vêtus et couchés sur des banquettes et des lits funèbres ou de parade; à Castel d’Asso, à Norchia , à Bomarzo , etc., les cadavres étaient déposés dans des sarcophages assez simples ou décorés de peintures; à Yolterra , à Chiusi , à Perugia et à Toscanella , on brûlait les corps et on enfermait les cendres dans des urnes de pierre sculptées et peintes. — Nos lecteurs ont pu examiner, sur nos planches , représentant quelques-uns des tombeaux de Cæré , de Yulci et de Tarquinies , les différentes formes de ces banquettes et de ces lits funèbres sur lesquels on déposait les défunts ; les dessins de Castel-d’Asso et de Cæré leur ont fait connaître le caractère des sarcophages ; il nous reste à dire quelques mots des urnes. — Ce sont des espèces de caisses en marbre, en calcaire et même en terre cuite. Les urnes en argile étaient ordinairement peintes. Celles qu’on retire des hypogées de Perugia semblent, avec celles de Volterra, les plus importantes et les plus nombreuses. Elles sont généralement ornées d’un bas-relief placé à la face antérieure; un disque et des têtes aux angles complètent quelquefois leur décoration. La partie supérieure, ou couvercle, est presque toujours surmontée d’une figure représentant un personnage vêtu , homme ou femme, couché, à peu d’exceptions près, sur un lit funèbre. Ces figures tiennent assez ordinairement, dans la main droite, un objet quelconque, soit une patère, un vase, des tablettes, un éventail, etc.; quant aux inscriptions qui les décorent, elles sont gravées en creux et peintes en rouge ou peintes seulement.
Mais, ce qui, dans ces tombeaux, indépendamment des dispositions architecturales, des peintures et des modes d’inhumation, offre encore un intérêt capital, c’est cette innombrable quantité de choses usuelles qu’y avait déposées, à l’époque des funérailles, une haute et pieuse pensée morale et philosophique. Nous voulons parler de cette grande variété d'objets et d’ustensiles de tous genres et de toute nature que la piété des familles renfermait dans le séjour delà tombe, objets et ustensiles qui composaient, pour ainsi dire, tout un mobilier funéraire à l'intention des défunts, et parmi lesquels il en était toujours quelques-uns qui répondaient plus spécialement, par leur nature, à la position sociale qu’ils avaient occupée pendant leur vie. Ainsi le guerrier était inhumé avec ses armes, la “emme avec ses bijoux, l’enfant avec ses jouets, etc. Or, on doit comprendre, par ccs quelques mots , combien cette série, si nombreuse, si variée, si intéressante, a dû jeter, depuis l’époque de leur découverte, de lumières et de renseignements précieux sur l’histoire , les mœurs et les arts de ce peuple. Ajoutons encore, chose du plus haut intérêt, que c’est plus particulièrement sur cette classe d’objets, au nombre desquels se rangent les vases peints, les travaux de sculpture, etc., qu'il nous a été donné d’apprécier et l’origine asiatique des Étrusques et l'influence incontestable de l’art hellénique. Et ainsi , suivant une remarque si judicieuse de l’illustre M. Raoul-Rochette, c'est dans les asiles de la mort que se conservent, pour se produire de siècle en siècle, presque tous les éléments de nos connaissances ; et nous ne saurions presque rien de l’antiquité, sans le soin religieux qu’elle eut des morts, et, il faut bien ajouter, sans l’intérêt profane qui nous fait violer leurs asiles. Qui sait combien de trésors d’érudition la terre garde ainsi dans son sein, avec ccs millions de cadavres ensevelis sur ce sol vierge de la Grèce et de la Sicile, où chaque fois que l’on fouille, et à quelque profondeur que l’on creuse, on rencontre toujours des vases, des urnes, des instruments , objets jadis sacrés, aujourd'hui simples objets de curiosité ou d’instruction? L'histoire de la civilisation et de l’art antique se trouve, pour ainsi dire, écrite couche par couche, siècle par siècle, dans le sein de la terre qui en recèle les éléments. Chaque
(*) Cours d’Archéologie, professé à la Bibliothèque du R.oi (pages 146-147); Paris, 1828, in-8°.
— MONUMENTS ÉTRUSQUES
étage de tombeaux correspond à une période historique , et par delà les dernières profondeurs où l’on peu! atteindre, il s’en trouve encore d’un temps inaccessible à l’histoire (*).
Qu’ajouter maintenant à ces lignes palpitantes d’intérêt et dans lesquelles la science le dispute à la fois et à ] érudition et à l’éloquence? Bornons-nous, pour compléter la pensée du docte antiquaire, à rappeler ici que ces différentes œuvres, appartenant à des civilisations et à des âges divers, sont presque toutes sorties des tombeaux pour venir prendre place dans les musées publics et dans les collections particulières de l’Europe , et provoquer, de la part des savants, ce grand nombre de recherches et d'observations qui ont éclairci déjà tant de points obscurs concernant l’origine, l’histoire, les mœurs et les arts des anciens peuples, et les Étrusques en particulier.
(*) Cours d’Archéologie, professé en 1828, pages 122 et 123.
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Enfin, voyez encore les mémoires et les ouvrages de Caylus, Paciaudi, Dorow, Yermiglioli, Griffi, Dalassi et Regolini, Yisconti, etc.
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TEMPLE DE L’IlONNEUR ET DE LA VERTU,
Un temple consacré à l’honneur et à la vertu était situé, selon Tite-Live (*), vers la porte Capena , ad portant Capenam, aujourd’hui porte Saint-Sébastien. Ce monument fut restauré par Yespasien; Pline nomme (**) les deux artistes que l’empereur chargea de peindre l’intérieur. Nous reproduisons avec cette notice les dessins du petit temple , que l’opinion la plus générale considère comme celui qu’a désigné Tite-Live. Quelques antiquaires ont pensé qu’il avait été consacré à Bacchus, parce qu’un bel autel en marbre bhnc, placé depuis longtemps sous le porche, est orné d’un serpent et d’une inscription qui fait connaître qu’un certain A promus, prêtre du dieu, en fit la consécratiou ; mais cet autel est un meuble qui a pu être apporté là, et parait d'un autre siècle que le monument. Enfin, d’autres auteurs ont, sans raison valable, pensé que ce temple était consacré aux Muses.
En sortant de Rome par la porte Saint-Sébastien, et suivant la voie Appia jusqu’au cirque de Maxence, longtemps attribué à Caracalla, on trouve, vers le sud-est, une ccfiine nommée la Calfa. fila, qui domine la fontaine dite de la nymphe Égérie, et présente à son sommet le petit temple de l’Honneur et de la Vertu, converti en église sous le vocable de saint Urbain , pape. La date ancienne de cette consécration a sauvé ce temple antique, précieux à beaucoup d’égards. Le plan est fort simple, comme celui de tous les édifices de ce genre: un portique de quatre colonnes précède la cella, dont les proportions sont à peu près celles d’un carré; une crypte creusée par les chrétiens a son entrée à peu de distance du fond du temple; un escalier à double révolution conduit, au-dessous du pavé antique, dans un réduit qui contient un autel. Autour de la cella règne une enceinte, très-rapprochée des murs du temple, construite avec des matériaux analogues, fi contemporaine probablement : c’était le péribole, renfermant ce que Vitruve nomme ambulatio , promenoir, autour de la cella. Ce mur d’enceinte présente sur sa face méridionale une partie plus épaisse, dans laquelle est pratiquée une baie de fenêtre, puis des arrachements qui font penser que le tout se reliait à des constructions plus étendues.
Le pronaos est établi sur un perron de sept marches, portant quatre belles colonnes corinthiennes, cannelées, en marbre cipolin; l’architrave de marbre blanc se couronne de quelques moulures en terre cuite, au-dessus desquelles une large frise, construite en briques, comme tout le reste de l’édifice, s’élève dans un rapport inaccoutumé jusqu’au couronnement supérieur au temple. On ne peut expliquer cette disposition étrange de la façade, que par le désir qu'a eu l’architecte de donne; à l’ensemble des proportions plus élevées que celles qu’il aurait présentées s’il eût étudié l’entablement dans les formes ordinaires ; et il y a été conduit par la disposition des voûtes du pronaos et de la cella. Quoi qu’il en soit, cette frise est très-disgracieuse, et ne s’harmonise pas avec les colonnes, qu’elle écrase. Il est probable que des enduits, qui n’ex'stent plus aujourd’hui , contenaient une ornementation dont l’arrangement dissimulait cette discordance. La corniche surmonte l’édifice dans son pourtour et supporte les deux frontons de face, qu’elle encadre; toutes les moulures, fabriquées en terre cuite, ainsi que les modifions, présentent la confusion assez ordinaire à ce genre de profils: de nombreuses lignes dedenticules s’y mêlent à des oves, sans effet bien indiqué. Unoculus occupe le centre du tympan, et des tuiles ou antéfixes décorent les angles.
Les entre-colonnements du portique sont aujourd'hui bouchés par des murs de remplissage; une porte moderne donne entrée au pronaos, qui est surmonté d’une voûte élevée; l’ancienne porte du temple, conservée dans le mur antérieur de la cella, est encadrée d’un chambranle que couronnent une corniche et un large linteau saillant, porté par deux consoles. Au-dessus de cet ensemble de la porte est un grand cadre entouré d’rne grecque ou méandre en terre cuite. Une peinture, ou peut-être une mosaïque, décorait sans doute cette partie du pronaos. Deux baies de fenêtre et un oculus, percés dans la partie supérieure de ce mur, permettent à l’air et à la lumière de pénétrer du vestibule dans la cella, et réciproquement. L'autel en marbre blanc dédié à Bacchus , et déjà mentionné plus haut , est placé à droite en entrant ; il sert de support à un bénitier, ce qui explique sa présence ici : trouvé sans doute dans le voisinage, on le jugea, par ses dimensions, convenable pour porter la cuve de l’eau bénite.
L’intérieur de la nef, dont le plan est à peu près carré, comme nous l'avons déjà dit , se divise, quant à ce qui regarde la décoration de ses murailles, en plusieurs parties distinctes. Un soubassement uni est surmonté d’un entablement construit d’une manière ingénieuse , par une suite de plates-bandes en briques appuyées, de distance en distance, sur des sommiers en pierre, incrustés profondément dans la muraille, et taillés de manière à assurer la durée de tout ce couronnement.
}*) Tite-Live, liv. IX. — (**) Pline, liv. XXXV, cap. x.
STYLE GEÉCO-HOMAIH,
La seconde zone de décoration est élablie au-dessus de oeJle-ci ; elle est divisée en cinq compartiments sur les faces latérales de la cella, et en trois, sur celles du fond et du devant. Ces divisions sont établies , d’abord par des pilastres corinthiens supportant un entablement dont les parties principales sont construites, comme le couronnement de la zone inférieure, avec des plates-bandes en briques, soutenues par des sommiers en pierre distribués régulièrement au-dessus des pilastres, puis au milieu de l’intervalle qui les sépare. Les entre-pilastres forment autant de cadres renfoncés, couronnés de linteaux saillants et encadrés de moulures. C’est dans ces parties, évidemment disposées pour recevoir de la peinture, que furent sans doute exécutés les tableaux que Vespasien confia au talent des deux artistes que nomme Pline ; on y voit encore des traces d'enduit probablement préparé à cet effet. M. Raoul-Rochette, dans son ouvrage sur la peinture des anciens , a cité ce monument, et la distribution qu'il présente pour recevoir des sujets historiques. C’est aussi aux mêmes places que des artistes du moyen âge furent appelés à représenter les principales actions de la vie du pape saint Urbain Ier, et les détails de son martyre, qui eut lieu à Rome, au milieu du IIIe siècle. Le tableau du centre, au fond de la nef, représente un Christ de dimension colossale; il est assis, et tient toute la hauteur du panneau; saint Pierre et saint Paul, figurés dans des proportions beaucoup moindres, sont à ses côtés ; deux anges s’élèvent dans la région supérieure du tableau. Tous les sujets relatifs à l’histoire d’Urbain Ier décorent les autres entre-pilastres, qui ont été divisés en deux parties, pour multiplier la surface et diminuer les dimensions des personnages. Dans la partie inférieure de la nef, les artistes du moyen âge ont peint les apôtres dans de grandes proportions ; ces figures, qui , s’enlevant sur un fond vert sombre, donnent une grande gravité au soubassement , sont malheureusement en partie détruites. Des frises, dans le style du XIIe siècle, sont peintes audessous des deux rangs de corniches, et accompagnent les sujets. Un autel en bois et un prie-dieu forment le mobilier de ce temple. Un acrotère surmonte la seconde division de ce décor intérieur, et supporte la voûte en berceau qui couvre la cella. Cette voûte est la partie la plus riche du monument , et plus que partout ailleurs on y retrouve le bon goût qui présidait, dans l’antiquité, à la décoration des édifices. Toute la surface courbe est divisée en caissons octogones, dont les moulures d’encadrement sont finement profilées avec du stuc ; les restes d’un petit bas-relief également en stuc , qui se voient encore dans l’intérieur d’un de ces caissons , ind; uent que la voûte entière était ainsi décorée de sujets variés et en grand nombre. Entre les caissons octogones on en voit de plus petits en forme de losanges. Aux deux retombées de la voûte, et sur l’emplacement qu’occuperait une partie du rang inférieur des caissons, tant sur une face latérale que sur l’autre, l’architecte a fait sculpter de longs bas-reliefs encadrés par des moulures. Là se développent, sur une grande étendue, des trophées d’armes composés de cuirasses, de boucliers, de casques, d’enseignes et d’épées; le tout est exécuté avec beaucoup d’art, et indique conséquemment une belle époque de la sculpture. L’observateur qui, à l’aspect peu ordinaire de la façade extérieure, a pu croire un instant que ce monument appartient à une période de décadence, est ramené vers une autre appréciation de l’édifice, lorsqu’il voit ces sculptures de la voûte. Nous devons dire cependant que l’appareil de construction qui constitue le mur d’enceinte dont ce temple est environné est absolument le même que celui du cirque de Maxence, construit dans le voisinage : doit-on inférer de là que ce temple est d’une époque postérieure à celle qui est généralement adoptée, ou que l’enceinte a été ajoutée pour relier l’édifice antique à un ensemble plus vaste, et dont peut-être le cirque lui-même faisait partie? Cette question est difficile à résoudre, et nous n’osons nous prononcer à cet égard.
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TEMPLE dit MAISON CARRÉE, A NIMES.
Le temple de Nîmes, appelé vulgairement la Maison Carrée, peut être mis au rang des plus magnifiques édifices, non-seulement de la France, mais même de l’Italie.
La construction de cet admirable monument, qui portait autrefois le nom assez inexplicable de Cap- Dueil (*), est attribuée à l’empereur Hadrien, qui à son retour de la Grande-Bretagne se serait arrêté quelque temps dans la Gaule Narbounaise, et aurait bâti à Nîmes un temple en l’honneur de Plotime, femme deTrajan, à laquelle il était redevable de son adoption. C’est en effet à Nîmes qu’en 122 il apprit la mort de cette princesse, comme l’attestent Xiphilin et Spartien.
M. de Crazannes attribue la Maison Carrée au règne d’Auguste, et croit qu’elle fut dédiée à ses petits-fils Caïus et Lucius César. Cette conjecture repose principalement sur l’inscription du fronton, que M. Séguier a cru pouvoir rétablir ainsi d’après les traces des clous qui en soutenaient les lettres de bronze :
C.CAESARI . AVGVSTI.F.COS. L.CAESARI. AVGVSTI.F.COS.DESIGNATO PRINCIPIBUS IVVENTVTIS.
Mais on sait combien peu de foi on doit ajouter à ce procédé de restauration , quelque ingénieux qu’il soit, car les mêmes lettres n’étaient pas toujours fixées par des clous placés aux mêmes endroits.
La première opinion nous paraît justifiée par le style du monument aussi noble, mais plus riche que celui du Panthéon; et en effet elle est la plus généralement adoptée.
Ce temple, dont la longueur est de 36 mètres sur une largeur de 18 , est du nombre de ceux que Yitruve appelle pseudo-périptêres. L’entrée est tournée au nord. On monte par dix degrés placés entre deux stylobates au portique antérieur que les Grecs nommaient ^pôvao ;, et les Latins profanum (**). Ce portique est composé de trois colonnes en profondeur, la quatrième étant engagée dans l’angle de la cella.
Le temple est hexastyle, c’est-à-dire qu’il présente six colonnes de front, soutenant un fronton de la proportion la plus pure, mais où, par une bizarrerie inexplicable, les modifions de la corniche ne sont pas en nombre égal dans les deux rampants ; il y a un modillon de plus dans la partie gauche. Cette irrégularité, qui d’ailleurs est peu choquante, ne se reproduit pas à la face postérieure du monument. Ces modifions, ornés de feuilles de chêne, présentent une autre singularité qui ne se retrouve que dans l’arc d’Orange; ils sont placés au rebours de leur position habituelle , et la partie qui devrait être appliquée à la muraille se trouve au contraire en dehors.
Les colonnes sont d’ordre corinthien, et de la plus belle proportion; elles portent chacune vingt-quatre cannelures; leur diamètre est de 0ra,66, et la largeur des entre-colonnements est de deux diamètres. Les chapiteaux, taillés en feuilles d’olivier, sont des chefs-d’œuvre d exécution et de délicatesse. Les bases sont composées de plusieurs moulures un peu inusitées, et on pourrait presque les regarder comme composites ; du reste elles sont travaillées avec une telle perfection, qu’elles semblent sortir de la main du tourneur.
Outre les trois colonnes du portique, chaque face latérale en présente huit autres engagées à moitié dans le mur de la cella. Les moulures des hases de ces colonnes se prolongent eu retraite sur la muraille, et ceignent le temple de la manière la plus heureuse. La frise, dont la cymaise est ornée de tètes de lion , est de la plus rare magnificence; des rinceaux d’un fini précieux la parcourent dans toute sa longueur. Sur la face postérieure, cette belle frise, n’étant point interrompue par une inscription, s’accorde élégamment avec le fronton.
Sous le portique se trouve la porte, haute de 7m, 1 4, large de 3'n,24, et dont l’architrave très-saillante est supportée par deux belles consoles. Aux côtés de cette architrave sont deux pierres en saillie dont il est bien difficile de se rendre compte; elles paraissent avoir porté une tablette; mais quelle pouvait être la destination de cette tablette? Ces pierres, assez semblables à celles qui soutenaient les poutres du velarium dans les amphithéâtres, étant percées chacune à leur extrémité d’un trou carré, large de O111, 28 en tous sens, Palladio suppose qu’elles peuvent avoir servi à soutenir une seconde porte qui s’ôtait et se remettait à volonté. On pourrait croire aussi qu’elles avaient pour destination l’établissement de quelque dais ou autre ornement dans certaines
(*) Dui-hesne. Antiquitéz de la France. 1617.
(**) Profanum est quod ante fanam conjunctum fano. Yarro, De lingua latina , L, vi, 5t.
— STYLE GHÉCO-EOMAÏH, —
cérémonies. Laquelle de ces conjectures est -véritable? L’une d’elles même est-elle véritable? C'est ce que rien ne permet d’affirmer, car aucun fait ne vient donner le mot de cette énigme sans exemple.
La plate-forme de l’édifice était élevée de 3ra,57 au-dessus du sol. Le nombre des degrés du perron était alors de quinze. Cette plate-forme repose sur un soubassement qui est sous le temple un massif plein, mais qui est vide et voûté sous le portique. Dans le massif on a reconnu un puits de 2 mètres de diamètre et de 9 de profondeur, contenant encore 2m,66 d’eau. La salle voûtée sous le portique est formée de blocage, et les murs sont parementés de gros carreaux de pierres de taille. Ce souterrain était éclairé par de petites ouvertures carrées, taillées en abat-jour ; il avait son entrée du côté de l’orient.
Quant au temple lui-même, il paraît n’avoir jamais été voûté; il dut être couvert en charpente, et éclairé par des fenêtres percées dans le toit. Les petites fenêtres carrées , que l’on voyait encore il y a quelques années en plusieurs endroits des murs, avaient été percées dans des temps plus modernes ; elles ont été fermées lors des restaurations de 1823.
On a employé dans la construction de la Maison Carrée différentes sortes de pierres. Celles des gros murs, soigneusement équarries, formant parpaing, et épaisses d’environ 0m,70, ont été tirées de la carrière de Sernhac, village éloigné de 16 kil. de Nîmes, du côté du Gardon. Les pierres des bases des colonnes sont les mêmes que celles employées dans la construction des Arènes. Deux carrières différentes les ont fournies : l’une située à Roquemalière, à 1 kil. de la ville, l’autre à près de 8 kil., sur le chemin de la Calmette, et portant le nom de Barrutel. Enfin, les colonnes et les pierres de l’entablement proviennent d’une quatrième carrière, celle de Lens, à 12 kil. de Nîmes, près du village de Fons-outre-Gardon.
Des fouilles, exécutées de 1821 à 1832, ont fait connaître que la Maison Carrée était située au milieu d’une place entourée de portiques; les bases de plusieurs colonnes ont été retrouvées à leur place, ainsi qu’une partie du pavé antique. Au-dessous du niveau de ce pavé on a découvert un reste de mosaïque, qui doit par conséquent remonter à une époque antérieure, et que l’on ne s’est pas donné la peine de détruire ni d’enlever lors de la construction de la Maison Carrée.
Quelques antiquaires ont cru que ces portiques étaient ceux d’un forum; il est certain que bien plutôt l’édifice que nous voyous aujourd’hui était un sanctuaire, s’élevant au centre d’un péribole ou enceinte sacrée, comme nous en avons plusieurs exemples intacts à Pompeï, dans les temples d’Isis, de Vénus, de Bacchus, etc. 11 est probable que le péribole de Nîmes fut détruit en 345 par les chrétiens, lorsqu’ils transformèrent le temple en église.
Longtemps abandonnée aux injures du temps et des hommes, la Maison Carrée a été en 1824 transformée en Un musée, où l’on a réuni une belle collection de tableaux, parmi lesquels le célèbre Cromwell de PaulDelaroche, et une foule de fragments de sculpture ou d’architecture antique trouvés à Nîmes. Cette heureuse pensée est due à M. de Villiers du Terrage, alors préfet du département du Gard.
Un fait digne de remarque est que presque tous les monuments du musée de Nîmes sont en pierre, ainsi que les édifices qui subsistent encore, et les fragments d’architecture que l’on a retrouvés, tandis que dans les musées de Vienne et d’Arles presque tout est marbre. Doit-on en conclure , contrairement au rapport des historiens, qu’ Arles et Vienne étaient des villes plus riches et plus importantes que Nîmes?
— BIBLIOGRAPHIE
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