‹ Monuments anciens et modernes (volume 2)Chapitre 61 sur 97 · TEMPLE DE TESTA A TIVOLI · texte numérisé non relu

TEMPLE DE TESTA A TIVOLI

Tivoli, l’antique Tibur , si souvent chanté par les poètes, dont Pline (*) fait remonter l’origine avant la fondation de Rome, qu’Horace et Virgile considèrent comme une colonie grecque (**), est situé à dix milles Nord- Est de la capitale de l’État pontifical , sur le versant occidental de la chaîne des Apennins ; il s’élève sur les rives escarpées du Teverone , autrefois YAnio, au point où ce fleuve se précipite des montagnes pour arriver par de nombreuses cascades au niveau des campagnes du Latium. Cette ville célèbre par sa position, qui est une des plus pittoresques du globe, ne l’est pas moins par les belles ruines qu’on y voit de tous côtés. Parmi ces débris de temples, de tombeaux, de palais et de villas, se distingue un édifice circulaire, placé sur le point le plus élevé, auprès de la première chute de YAnio ; c’est de la cascade même qu’est prise la vue qui accompagne cette notice. Ce monument, publié par Palladio et Serlio, est nommé vulgairement : Temple de la Sibylle, mais il ne paraît pouvoir s’appliquer qu’au culte de Vesta Mater.

Des opinions très-différentes ont été émises à son égard : Cluvier (***) croit qu’il a été consacré au dieu Tiburne , génie topique et fondateur de Tibur. D’autres en font le tombeau de Lucius Gellius, parce qu’on y lit un reste d’inscription terminée par ce nom ; mais la forme du monument, la porte et les fenêtres qui décorent la cella , ne peuvent faire admettre qu’il fut construit pour servir de sépulture. Kircher, Marzi , Croccbiante, Corradini, l’abbé de Chaupy, y ont vu un temple consacré à la sibylle Albunea, réédifié par Auguste et décrit par d’anciens auteurs. Il est vrai qu’un temple de la Sibylle ornait la ville de Tibur, mais il était situé dans une localité différente. D’autres écrivains y ont cru voir les ruines du temple d’Hercule , protecteur de la cité; cette attribution serait contraire aux préceptes de Vitrine, qui dit que les temples de Minerve, de Mars et d’Hercule, doivent être d’ordre dorique, Minerves , Marti et Herculi œdes doricœ fient (****). Le temple d’Hercule, à Tivoli, avait une très-grande importance; selon J u vénal, il rivalisait avec celui de la Fortune à Preneste, aujourd'hui Palestrina; on avait construit auprès une bibliothèque, un trésor, des portiques, et d’autres dépendances considérables, qui n’auraient pu trouver leur place sur la colline étroite qui domine la première cascade de YAnio.

Dans la mythologie, deux divinités prenaient le nom de Vesta; l’une, épouse du ciel et mère de Saturne, était la déesse de la terre; Varrou, Arnobius et d’autres auteurs l’assimilent à Cérès; l’autre, vierge et fille de Saturne et de Rhéa, était la déesse du feu. Dans la symbolique païenne, les temples dédiés à la terre devaient être de forme circulaire; c’est ainsi que Numa, comme le dit Plutarque, fit disposer à Rome celui qu'il consacra à Vesta ; sur toutes les médailles antiques qui le représentent, il est figuré sous cette forme, et lorsque, détruit par le temps ouïes événements, ou le fit rétablir, rien ne fut changé à sa disposition première. Le plan du temple de Tivoli est un cercle parfait, comme on peut le voir sur la planche de détails jointe à cette notice, figure lre; ce serait déjà une raison pour penser qu’il était consacré à Vesta, si tout ce qui s’y rattache ne venait favoriser cette opinion. En effet, de nos jours, dans le pays, on nomme encore Veste le lieu où s’élève l’édifice ; une ancienne peinture datant de plusieurs siècles, et qui se voit sur une maison de la ville, représente la ruine ; elle y est désignée ainsi : templum V estœ ; les attributs qui décorent la frise du monument sont des tètes de bœuf, symboles de la culture; les fruits, les épis et les fleurs qui se voient dans les guirlandes indiquent la fertilité de la terre ; enfin, si l’on rétablit le temple selon les formes indiquées par les nombreuses représentations analogues gravées sur les médailles antiques, on le surmontera d’une voûte hémisphérique, image de la terre. (Voir la planche, comportant la façade et la coupe.)

Piranesi, qui a publié ce monument et y a joint une notice remarquable , M. Visconti, qui s’est chargé de faire le texte de l’ouvrage de M. Valadier sur les monuments de Rome et des environs, sont d'avis, l’un et l’autre, de l’appliquer au culte de Vesta ; le premier de ces auteurs rétablit ainsi l’inscription dont on voit une partie sur la frise :

ÆDEM VESTÆ. S. P. T. PECVNIA. PVBLICA. RESTITVIT. CVRATOR£\ L. GELLIO. L. F.

Un Lucius Gellius, surnommé Publicola, était consul l’an de Rome G82, soixante-douze ans avant Jésus-

(*) Pline, 1. XXVI, ch. 49.

(**) Virgile, Énéide, 1. VII, v. 671; Horace, 1. II, od. 6.

(***) Cluvier, Italia antiq.

(*“*) Yitruve, 1. I, c. 1 1.

— STYLE GRÉCO-EOMAEN. —

Christ; devenu plus tard proconsul en Grèce, où son amour pour la philosophie le fit remarquer, il remplit à Rome les fonctions de censeur , et après la conjuration de Catilina, Cicéron le jugea digne de la couronne civique. Ce serait par les soins de ce citoyen distingué que la ville de Tibur aurait vu s’élever le temple de Yesta ; l’inscription dont on ne lit que la fin sur la frise de l’édifice, était la dédicace.

Le monument s’élève sur le roc même , qui est un calcaire coquillier, nommé par les anciens pierre tibur line , et aujourd’hui travertino, travertin. Du côté où l’Ànio commence à se précipiter en cascades au fond de la vallée, les Romains ont construit deux étages d’arcades portant sur des murs qui font contre-forts ; ces substructions avaient pour but de soutenir la roche et de parer ainsi aux éboulements qu’elle aurait pu subir vers la partie où les eaux la minent constamment par leur chute ; elles permettaient en outre d étendre et de régulariser le sol où devait s'élever le temple. Les matériaux employés pour ce travail sont la brique et le moellon, disposés en opus reticulatum. C’est sur la terrasse soutenue par ces murs que s’étendait l’area dont le temple était précédé; plus loin, le rocher porte directement l’édifice.

Le plan général du temple est circulaire (planche de détails, figure lre), ainsi que celui de lacella, qu’entourait une galerie composée originairement de dix-huit colonnes, dont six seulement ont résisté à la destruction. Cette colonnade, disposée autour du sanctuaire, classe l’édifice au nombre des pêriptères (*) ; il est en outre de ceux que Vitruve qualifie de monoptères , lorsqu’il décrit les temples ronds (**) ; il leur attribue un soubassement élevé qu’on nommait tribunal (voir la vue perspective ainsi que la façade et la coupe restaurées) ; un escalier direct, dont on voit encore en partie le massif construit en tuf, servait à monter à la galerie d’abord, puis au sanctuaire. Un autel précédait cet ascensum ou escalier. La cella, établie selon les proportions indiquées par Yitruve, a son diamètre égal à la hauteur d’une colonne, y compris la base et le chapiteau. On y pénètre par une porte précédée de deux marches ; deux fenêtres, situées à peu de distance de l’entrée, éclairaient l’intérieur ; une seule a survécu. Au centre du sanctuaire, un piédestal, dont on ne retrouve aucun fragment, devait porter une statue de la déesse. (Voir la coupe restaurée.)

L’ordonnance générale de la façade est établie, à peu de chose près, suivant les préceptes de Yitruve : le soubassement a le tiers de la hauteur des colonnes; celles-ci comportent neuf diamètres au lieu de neuf et demi ; le chapiteau en a deux moins un vingt-quatrième ; l’entablement, plus léger que ne l’indique le maître ancien, n’a pas même le cinquième de l’ordre.

Les dimensions de l’édifice sont petites, la hauteur au-dessus de la corniche n’étant que de onze mètres quatre centimètres, qui se divisent ainsi :

Soubassement, deux mètres trois cent quatre-vingt-neuf millimètres ;

Colonne, sept mètres trois cent quatorze millimètres ;

Architrave, trois cent quatre-vingt-dix millimètres ;

Frise, cinq cent quarante et un millimètres ;

Corniche, quatre cent six millimètres.

Rien de ce qui surmontait l’ordonnance extérieure n’a survécu au-dessus de la corniche ; on y voit seulement une partie de l’épaisseur des pierres, qui, disposées en long de la corniche au mur de la cella , forment le plafond de la galerie; cette épaisseur, apparente aujourd’hui, indique suffisamment qu’un toit et des antéfixes courantes surmontaient la colonnade pour masquer ces pierres, et qu’ils étaient probablement disposés comme ou l’a indiqué sur la façade restaurée jointe à cette notice. Une surélévation du mur de la cella devait portail coupole centrale , les proportions légères du monument ne permettant pas d’admettre qu’un dôme plus étendu ait jamais couvert en même temps le sanctuaire et la galerie.

Le style des diverses parties qui composent cette ordonnance extérieure ne ressemble en rien à celui qui fut adopté par les Romains, dans l’architecture dite corinthienne, aux époques les plus brillantes de l’art sous les empereurs ; ici, depuis la moulure inférieure du soubassement, tracée sur la planche de détails à la figure 7, jusqu’au sommet de la corniche de l’ordre, même planche, figure 3, tous les profils sont empreints d’une physionomie particulière, rappelant les monuments de la Grèce, et que Vitruve nomme Attique ; ainsi la moulure la plus rapprochée du sol est un large talon, dont la fermeté et les proportions sont une garantie de durée pour les parties inférieures de l’édifice ; la corniche qui couronne le tribunal est surmontée d’un cavet allongé,

(*) Vilruve, liv. IV, c. 7.

(**) Vitruve, liv. III, c. 2.

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