‹ Monuments anciens et modernes (volume 2)Chapitre 62 sur 97 · TEMPLE DE VESTA A TIVOLI · texte numérisé non relu

TEMPLE DE VESTA A TIVOLI

dont la forme est grecque , les bases sont dépourvues de socle, elles ont cela de commun avec tous les monuments d’Athènes datant de la période antérieure à la conquête romaine ; à leur profd sévère manquent la scotie et les filets étroits qui l'accompagnent dans les monuments de Rome. Les cannelures terminées carrément au sommet du fût de la colonne s’arrêtent, auprès de la base, sur une pente pratiquée pour l’écoulement des eaux, disposition qu’on ne rencontre jamais dans les édifices de la période impériale.

Le chapiteau, différent dans ses détails de ceux que Yitruve propose d’établir, est une espèce de composite dont la forme est très-élégante, bien qu’elle offre, dans ses proportions générales, beaucoup plus de gravité que le chapiteau corinthien. Deux rangs de feuilles frisées et refouillées d’une manière remarquable occupent la moitié inférieure du chapiteau ; de fortes volutes ornent les angles; leurs spirales s’isolent comme celles des cornes du bélier ; les petites volutes centrales figurent aussi des cornes disposées d’une autre manière. (Voir le chapiteau sur la planche de détails, figure 2.) Des feuillages légers enveloppent ces volutes et donnent naissance à de grands fleurons d’un très-bel effet, qui occupent le milieu de chaque face du tailloir dont elles rompent les lignes. Le noyau qui porte toutes ces sculptures n’est pas une corbeille, comme dans le chapiteau corinthien, c’est une masse cylindrique qui semble faire suite au fût de la colonne. L’architrave qui repose immédiatement sur les chapiteaux est peu élevée; l’entre -colonnement très-serré permettait de lui donner cette hauteur, qui satisfait l’œil ; cependant, pour plus de sûreté, l’architecte a fait monter jusque dans la partie inférieure de la frise, une partie de l’assise de pierre dans laquelle est taillée l’architrave. Peut-être y fut-il conduit par la difficulté de trouver un banc suffisamment élevé pour établir la frise dans toute la hauteur qu’il voulait lui donner. Le profil de l’architrave (planche de détails, figure 3) est complètement dans le style grec; son principal caractère est d’offrir deux faces inégales, celle du bas étant plus haute que l’autre.

La frise est ornée d’une sculpture d’un très-haut relief, exécutée avec simplicité, et dans laquelle les différents plans sont très-accentués. On y voyait, lorsque le temple était complet, cinquante-quatre tètes de bœuf; de quatre en quatre elles sont placées au-dessus d’une colonne; les autres occupent les intervalles. Ces tètes supportent des guirlandes de fleurs et de fruits entremêlés; des rosaces et des patères les surmontent ; les bandelettes qui pendent auprès des tètes sont les liens qui nouent les guirlandes, et ne rappellent pas ici celles qu’on suspendait aux tètes des victimes, ce qui peut contribuer à indiquer la consécration du temple à Yesta Mater, l'idée des victimes étant plus ordinairement exprimée sur les édifices par des bucrànes ou tètes desséchées, accompagnées des bandelettes du sacrifice.

La corniche très-simple qui surmonte la frise offre, par la gravité de ses proportions et l'absence totale des ornements, une heureuse opposition avec la richesse de la partie située au-dessous; son profil, ainsi que tous les autres, offre les caractères de l’école hellénique, (blanche de détails, figure 3.)

La galerie, limitée d’un côté par la colonnade, de l’autre par le mur circulaire de la cella, n’a de largeur que deux diamètres et un cinquième ; son pavé, qui était au niveau de la partie inférieure des bases, a disparu complètement; on en reconnait l’épaisseur par une entaille faite dans l’assise, qui, à l’extérieur, forme le couronnement du tribunal; cette assise, faisant parpaing, s’étend jusqu’à l’intérieur. La partie haute de cette galerie est couronnée d'une corniche concave vers le portique et convexe sur le mur de la cella; on en voit le profil à la figure 4 de la planche de détails ; elle équivaut à peu près aux deux tiers du couronnement extérieur du temple, et porte les extrémités des pierres qui forment le plafond de la galerie. Des caissons carrés, dont le plan et le profil sont tracés à la figure 4 de la planche de détails, sont refouillés dans l’épaisseur de ces pierres ; ils sont décorés au centre par des rosaces dont les feuilles sont dans le style de celles qui ornent les chapiteaux. Un canal rectangulaire sépare les caissons entre eux. De la galerie, on entre dans la cella par une porte d une grande élévation ; sur le seuil sont les traces des ferrements de la clôture ; mais le peu de soin qui se remarque dans l’exécution des refouillements, doit faire croire que ce seuil n’est pas antique et qu’il appartient à l’époque à laquelle le temple fut converti en chapelle, pendant le moyen âge. Les dosserets de la porte sont composés de pierres posées alternativement debout et sur leurs lits, afin de former une liaison dans le mur de la cella (voir le dessin pittoresque et la figure 5 de la planche de détails) ; le chambranle est profilé dans le style attique (figure 9) ; il est établi sur les proportions indiquées par Yitruve ; la frise ou hijperUjrum a les trois quarts de l’architrave ; une corniche, finement dessinée, couronne le tout(fig. 9).

Deux fenêtres, comme il a été dit en décrivant le plan, donnaient du jour à la cella , dans le voisinage de la porte ; elles étaient placées chacune en face d’un entre-colonnement ; une seule de ces fenêtres existe encore ; ses proportions sont très-élégantes (*) ; à l’extérieur, l’encadrement est supporté par un appui orné, dont le

(*) Figure 6, planche de détails.

— STYLE GRÉCO-ROMAZN. —

profil est tracé à la figure i 1 ; le chambranle offre le même dessin que celui de la porte ; une frise à peine indiquée le sépare de la corniche, qui est parfaitement en harmonie avec les autres parties du monument (planche de détails, figure 10), et dont les proportions sont les trois quarts du chambranle. Le vide de l’ouverture de cette fenêtre diminue en s’élevant ; la différence entre le haut et le bas est d’un vingtième de la largeur.

La même fenêtre (figures 6 et 8) est plus richement décorée à l’intérieur du temple. Son chambranle, profilé comme l’autre, dans le style attique, fait complètement le tour de l’ouverture, parce qu’il n’y a point d’appui, et se retourne en crossette en haut et en bas ; la frise manque entièrement; une corniche sans larmier et de forte proportion couronne l’ensemble de la fenêtre.

La ruine dont on vient d’examiner tous les détails produit le plus bel effet au milieu des montagnes toujours vertes qui l'environnent et des eaux écumantes de la cascade; le tribunal qui supporte le temple l’exhausse suffisamment pour que de tous les points on puisse apprécier l’élégance de ses proportions, et sa couleur rembrunie s’oppose pittoresquement avec le blanc rocher qu’il domine. L’époque de sa construction, voisine de la fin de la république, la physionomie grecque qui le caractérise, ajoutent encore à l’intérêt qu’il présente ; d’ailleurs, les monuments de cet âge et de ce style sont rares en Italie, et plus encore à Rome et aux environs, la période impériale ayant renouvelé presque entièrement les édifices construits par les consuls. L’école étrusque, et plus tard celle de la Grèce, ont laissé leur empreinte sur toutes les ruines de l’époque républicaine, à Rome et dans la Campagne, mais aucun de ces rares monuments ne présente autant de perfection que le temple de Yesta Mater, à Tivoli ; peut-être sa supériorité incontestable permet-elle d’admettre que L. Gellius, qui avait longtemps habité l’Orient comme proconsul, s’était adressé, avant de le faire construire, à un habile architecte de la Grèce, pour en dessiner les projets.

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Ti-mplo de Vesta en Tivoli.

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