‹ Monuments anciens et modernes (volume 2)Chapitre 64 sur 97 · PALAIS DE DIOCLETIEN A SPALATRO · texte numérisé non relu

PALAIS DE DIOCLETIEN A SPALATRO

Ce fut dans l’intervalle du règne de Commode à celui de Constantin que commença la réunion des causes générales de la décadence de l’empire romain, dont celle des sciences et des arts devait être la suite inévitable. Avilis sous le despotisme, privés de leurs richesses par des proscriptions successives, ou livrés aux intrigues de cour, les chefs des anciennes et illustres familles, en perdant le calme de l’esprit et le l’epos de l'âme, avaient perdu l’amour des arts; ils ne s’en occupaient guère, et bien moins encore cette jeunesse dépravée, abandonnée à tous les vices, dont souvent elle trouvait sur le trône même l’exemple et l’excuse.

Le règne de Septime Sévère et la fin du IIe siècle furent la véritable époque du commencement de la décadence de l’art, et au point de vue de la sculpture, l’arc élevé au forum en l’honneur de cet empereur en est le premier monument. Quelque temps cependant, l’architecture survécut à la ruine des autres arts; c’est qu’elle peut encore paraître exister en copiant ce qui déjà a été fait, et que copier, pour elle, n’est pas une œuvre d’art, mais une simple opération mathématique. C’est ainsi qu’à une époque (284 ap. J. C.) où dans tout l’empire on n’eût pu trouver un peintre ou un sculpteur vraiment digne de ce nom, Dioclétien ne manqua pas d’architectes pour élever ses thermes de Home et son palais de Spalatro, où l’on découvre encore quelques réminiscences de bon goût, noyées, il est vrai, dans une foule de défauts qui annoncent l’oubli des règles et des principes. On y voit des colonnes supportant immédiatement des arcs au lieu d’architraves, des arcades interrompant l’entablement, des colonnes sans emploi, appliquées contre les murs, élevées les unes au-dessus des autres sur des piédestaux sans proportion, et surmontées d’architraves et de corniches interrompues; ailleurs ce sont des colonnes s’appuyant sur des consoles, et couronnées par des frontons brisés et sans bases; partout des corniches, des entablements lourds et bizarrement composés. (Voy. les Fig. 2, 3, 4 et 5.)

Spalatro, dont le nom primitif Spalatum , Spalato , dérive évidemment du mot palatium , est la plus commerçante et la plus peuplée des villes de la Dalmalie; naguère encore siège d’un archevêché, elle n'est plus aujourd’hui qu’un simple évêché, avec un petit port sur l’Adriatique, et environ 8,000 habitants. Elle est divisée en deux parties, dont l’une, au N. -O., est enfermée dans les murailles des anciennes fortifications, tandis que l’autre, plus considérable, est contenue tout entière dans l’enceinte de l’immense palais bâti par Dioclétien lorsque, après avoir abdiqué l’empire, il choisit cette partie de la Dalmatie pour y passer les dernières années de sa vie, et qu’il la décora de plusieurs édifices dignes encore de la grandeur romaine. C’est en grande partie des débris de ce palais et de ses vastes dépendances qu’est sortie la ville moderne de Spalatro. La ville antique, Salone, était dans le voisinage, et présente encore des ruines importantes.

Sur le quai qui longe le port, renfermé entre le grand et le petit môle, se développent avec majesté les imposants débris d’une vaste colonnade qui décorait du côté de la mer le palais de Dioclétien. Cette colonnade, encore presque entièrement conservée, se composait de cinquante colonnes, dont quarante-deux existent encore, et formait une galerie de 8"’ 12 de largeur, adossée aux appartements habités par l’empereur lui-même.

Le palais de Dioclétien formait un rectangle presque régulier de 204"1 65 sur 165’11 70 ; les deux grands côtés étaient perpendiculaires à la mer. La hauteur de l’cnceinte, du côté de la colonnade, était de 24m, tandis que des trois autres côtés elle n était que de 1 7m 90. A chaque angle de l’enceinte s’élève une tour carrée H, qui dépasse de 6m au-dessus des murailles. Ces tours ont seules échappé à la destruction qui a frappé les six autres tours carrées I, que l’on voit sur notre plan, et les six tours octogones G, qui accompagnaient les trois entrées du palais F, F et A.

La principale porte, placée au nord, et opposée à la colonnade, est celle que reproduit notre gravure, et qui est désignée sous le nom de Porte dorée , Porta aurea . On ignore le nom qu’ont pu porter les autres portes. La Porte dorée A offre un des exemples les plus frappants de ces barbaries de style que je signalais au commencement de cette notice; c’est là surtout que l’on voit des colonnes reposant sur des consoles, et portant des arcades qui se trouvent ainsi en porte-à-faux. Les sculptures des chapiteaux et des impostes sont d’un travail grossier, et cependant trop riche, si on les compare aux archivoltes qui ne sont composées que de simples moulures. Une particularité assez remarquable est que les pierres de l’architrave sont assemblées à mortaises, genre de construction que l'on retrouve quelquefois dans les anciens monuments, et que les architectes employaient comme plus solide, principalement dans les voûtes.

Après avoir franchi la Porte dorée, on se trouvait dans une large rue à portiques bordée, à gauche, des habitations des officiers de la suite de l’empereur; à droite, du Gynécée ou demeure des femmes. Ces deux grands corps de bâtiment, qui ont été entièrement remplacés par des constructions modernes qui aujourd’hui encombrent toute l’enceinte du palais, étaient isolés des murailles, contre lesquelles s’appuyaient de vastes portiques. En avançant jusqu’au centre de l’édifice, on trouvait la rue coupée en croix par une autre rue, également garnie de portiques, réunissant les portes occidentale et orientale F F.

— STYLE GRÉCO-ROMAIN,

En face de la rue que l’on a suivie jusqu’au centre de la croisée, se présente une des parties les plus riches et les mieux conservées du palais, B, celle qui est désignée aujourd’hui sous le nom de Piazza del duomo. Place de la cathédrale. C’est un beau portique découvert, formé de chaque côté par six grandes colonnes de granit, à gauche duquel se trouve le temple de Jupiter, D, tandis qu’à droite s’élève le temple d’Esculape, E. et en face se présente le vestibule des appartements de l’empereur, C.

Ce vestibule, parfaitement conservé, est de forme circulaire, et surmonté d’une coupole; il est précédé d’un péristyle composé de quatre grandes colonnes de granit, et décoré autrefois de deux sphinx, dont l’un, resté encore en place, est une imitation romaine de l’autre, qui est véritablement égyptien. Ce dernier, qui a été déplacé, existe encore dans Spalatro.

Après avoir franchi le vestibule, on trouvait les appartements de l’empereur, dont il ne reste presque plus de traces aujourd’hui ; cependant Cassas avait pu encore en relever le plan à l’époque de son voyage. D’abord se présentait la principale salle ou atrium , longue de 30ra 86, sur une largeur de 24,B 40. A droite et à gauche, six colonnes d’une élévation prodigieuse soutenaient la voûte, et laissaient entre elles et la muraille deux espèces de bas côtés, moins longs que la salle, et au bout desquels étaient deux escaliers en spirale, qui descendaient aux souterrains et à la fausse porte qui donnait sur le bord de la mer. Cette grande salle ouvrait par une large porte sur la galerie de la colonnade.

Les deux parties du palais qui se trouvaient à droite et à gauche de cet atrium, étaient d’une distribution entièrement semblable, et on pourrait supposer, soit que l’empereur les habitait tour à tour, soit que, présumant que Maximien Hercules, son collègue à l’empire, ayant également abdiqué, pourrait venir le visiter dans sa retraite, il eût voulu lui préparer une demeure exactement pareille à la sienne.

Le temple de Jupiter, D, est devenu aujourd’hui la cathédrale de Spalatro. On y montait par des degrés, dont le premier se trouvait immédiatement contre les colonnes du portique B ; mais lorsque le temple fut converti en église, on construisit à cette place un haut clocher, qui détruisit toute la symétrie de ce magnifique ensemble. On 11e sait trop pourquoi on a supposé ce temple dédié à Jupiter, car les seules sculptures qu’on y trouve sont, à la frise intérieure, des bas-reliefs, représentant des génies chasseurs, et paraissant bien plutôt se rattacher au culte de Diane. Cet édifice est de forme octogone; il est entouré d’un portique de vingt-quatre colonnes, reposant sur un soubassement, et formant galerie. Ces colonnes sont presque toutes conservées, à f exception des trois pans du midi, où, selon toute apparence, elles ont été détruites pour adosser oes constructions. Sous le portique sont déposés plusieurs sarcophages de différentes époques. L’élévation extérieure de l’édifice est de 17™ 40, du sol de la galerie au sommet de la corniche, et de 20'" 50, à partir du niveau de la place. Chaque pan de la cella a 7m 85 de largeur, et chaque pan du stylobate, 1 lm 40. La hauteur des colonnes, y compris leur base et leur chapiteau, est de 6m 20 ; leur diamètre de 0m 65. L’entablement était décoré de statues colossales, qui ont disparu. La hauteur du toit pyramidal est de 7m 15. La forme intérieure du monument est circulaire, et présente une belle rotonde, dont le diamètre est de 13“ 65, et la hauteur, jusqu’à l’origine de la voûte, de 14,n 65. Huit colonnes corinthiennes, de 7m 80 de hauteur, soutiennent l’entablement, dont l’architrave, les frises, les corniches sont très-riches, et que couronne un second ordre composite très-écrasé. La voûte, toute de briques, est bien conservée, et on aperçoit encore à quelques places, le stuc dont elle était recouverte, et qui probablement était peint. Huit niches, dont quatre carrées et quatre semi-circulaires, sont pratiquées dans l’épaisseur des murailles. Suivant l’usage des anciens, ce temple n’était éclairé que par la porte; mais on y a pratiqué des fenêtres, lorsqu’on l’a converti en église.

Le temple d’Esculape, E, est beaucoup moins important; il n’avait intérieurement que 7ra 80 de long, sur 6m 17 de large. Les murs de la cella rectangulaire avaient 2m d’épaisseur; ils n’ont d autres ornements que des pilastres, et, à l’intérieur, une corniche assez richement sculptée. Les caissons de la voûte étaient également décorés avec élégance. Un beau péristyle, de quatre colonnes corinthiennes, dominant un perron de 15 degrés, précédait le temple; Ses colonnes ont disparu. Le reste du monument est assez bien conservé; mais des boutiques, des magasins, des auberges, encombrent maintenant la grande place, qui lui servait de parvis. Ce temple a été transformé en un petit oratoire, sur lequel 011 a érigé une lourde tour carrée.

— BIBLIOGRAPHIE

P Spon. Voyages d’Italie, de Dalmatie, etc. Amsterdam, 1679, in- 1 2. 2° Joseph Lavallée. Voyage pittor. et histor. de l’Istrie et de la Dalmatie, rédigé d’après l’itinér. de L. F. Cassas. Paris, 1S02. In-fol., pl.

3” D’Agincourt. Hist. de l’art par les monuments. Paris, 1823. In-fol. 4° Ern. Breton. Monuments de tous les peuples. Brux., 1843. 2 v. in-8". 5° L. Balissier. Histoire de l’Art monumental. Paris, 1845. 1 vol. in-8°.

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