‹ Monuments anciens et modernes (volume 2)Chapitre 66 sur 97 · MAISON DE PANSA A POMPEI · texte numérisé non relu

MAISON DE PANSA A POMPEI

La maison do Pansa , docouvcrto do 1811 a 1814, est celle qui generalement est indiquée par les antiquaires comme le type des habitations romaines. En effet, de toutes celles découvertes jusqu’à ce jour à Pompéi, elle est en même temps la plus splendide et la plus complète; son architecture, sa distribution, ses ornements , ses fresques, ses marbres, tout indique l’opulence; elle appartenait évidemment à l’un des premiers citoyens de la ville.

Cette habitation occupe une île entière, insula , c’est-à-dire, un espace circonscrit par quatre rues (*) , et formant un rectangle de 98ra de longueur sur 37m50 de largeur, entouré d’un trottoir d’environ 0m66 (**).

La façade principale, qui forme le côté méridional du rectangle, donne sur la rue de la Fortune, presque en face des Thermes. Cette façade, outre la porte qui se trouve au milieu , présente six boutiques; les deux grands côtés de l 'île en sont également garnis. Avant de pénétrer dans l’intérieur de l’habitation , nous allons passer ces boutiques en revue , et nous commencerons par la dernière à l’occident, marquée u au plan, laquelle est accompagnée d’une petite cour L. Dans cette boutique et dans les deux suivantes r et p, on a trouvé les couleurs nécessaires à la peinture murale, et des espèces de comptoirs en maçonnerie. On y voit également des traces d’escaliers , qui indiquent que cette partie de l’édifice avait un second étage. Chacune des boutiques r et p était accompagnée d’une arrière-boutique s et q.

Les pièces marquées o, l, m, fc, e, composaient une boulangerie , avec toutes ses dépendances. Il serait assez difficile de décider laquelle des trois boutiques o, 1, ou c, servait au débit de la marchandise ; toutefois, si les anciens avaient la même prédilection pour les coins de rue que nos marchands modernes , il doit y avoir présomption en faveur de la boutique e, qui d’ailleurs avait entrée sur la rue principale. La pièce la plus intéressante est le pistrinum , ou pétrin m , où se trouvent encore trois moulins à bras en pierre de lave, à peu près de la forme de nos moulins à café, et le pétrin dans lequel on pétrissait la pâte. On y a découvert également divers vases de terre cuite , qui avaient servi à contenir l’eau , la farine et le sel. Dans un angle de cette salle est l’entrée du four n, dans lequel étaient encore plusieurs pains. Au-dessus de la porte est un bas-relief dont il est bien difficile d’expliquer la présence en un lieu pareil : c’est une image phallique, coloriée en rouge, et accompagnée de l’inscription : Hïc habitat félicitas.

La boutique d , la seule qui communique avec l’intérieur de la maison , témoigne de l’existence chez les Romains d’un usage qui s’est perpétué jusqu’à nos jours en Italie, et principalement à Florence. C’était là que le propriétaire faisait débiter le vin et l’huile qu’il récoltait dans ses domaines ; l'espèce d’arrière-boutique servait sans doute de logement à l’esclave chargé de la vente de ces denrées , le dispensator.

Les boutiques c, b et a, entièrement indépendantes les unes des autres, sont suivies de plusieurs autres, non portées au plan , dont la première forme l’angle de la façade , tandis que les autres, au nombre de quatre, s’étendaient en retour sur le côté oriental de Y île.

Après ces boutiques se trouve un corridor dont le plan fait pressentir l’existence , et qui conduisait du péristyle dans la rue. Ces portes dérobées se rencontrent fréquemment dans les grandes habitations romaines ; elles servaient aux patrons à se dérober à l’in portunité des clients qui assiégeaient la partie publique de l’habitation.

Au delà de ce passage est une partie qui n’était point encore découverte au temps de Mazois , et qui depuis a été reconnue former une sorte d’appartement sans communication avec l’intérieur, ayant deux fenêtres sur la rue, et entièrement indépendant; c’était sans doute une habitation louée par Pansa à quelque famille. Il en est de même de la partie U. T. S. R. , à laquelle le plan indique une entrée sur le triclinium Q , dont je parlerai plus tard. Cette entrée n’est point antique; ce n’est qu’une brèche faite lors des fouilles pour s’introduire dans cet appartement, avant qu’on en eût trouvé l’entrée sur la rue. Dans ces salles, on a trouvé quatre squelettes de femmes avec des boucles d’oreilles en or, un candélabre , deux vases , une jolie tète de Faune en marbre , des bracelets en or, des anneaux avec leurs pierres gravées, trente-deux pièces d’argent et beaucoup d’autres objets.

Revenons maintenant à la rue de la Fortune, et pénétrons dans l’intérieur de l’habitation. L’entrée princi¬

er Dans une de ses lettres à Atticus , Cicéron appelle merces insularum , revenu des îles, le produit de quelques habitations ainsi distribuées. L.XV, Ep. 17.

(**) Le plan qui accompagne cette notice a été reproduit d’après le grand ouvrage de Mazois: il est relevé très-fidèlement, mais il ne donne pas la partie orientale de l’édifice qui , depuis, a été entièrement dégagée.

STYLE GRÉCO-ROMAIN

pale A, ainsi qu’on peut le voir par notre plan et par l’élévation qui l’accompagne, était fort étroite, et décorée de deux pilastres avec des chapiteaux de fantaisie. Sur celui de gauche on a trouvé l’inscription suivante peinte en lettres rouges : pansam. aed. paratvs rog. C’est d’après cette inscription que l’édifice qui nous occupe a été désigné sous le nom de Maison de Pansa.

Après avoir franchi le seuil, on se trouve dans un corridor A ; c’est le prothyrum ou aditum , où se tenait le portier, 1 ’ostiarius. Au fond de ce corridor ou vestibule, on voit dans le sol comme un second seuil en mosaïque, sur lequel on lit le mot salve , et on entre dans Y atrium ou cavœdium BBBB , petite cour rectangulaire entourée de portiques d’ordre toscan , et pavée de marbres et de mosaïques. Au centre de Y atrium est le compluvium C , bassin destiné à recevoir les eaux pluviales , qui allaient ensuite se rendre dans une citerne (*). En avant est un petit piédestal qui dut porter une statue. Autour de Y atrium, sous le portique, sont plusieurs petites chambres, cellœ, e, f , g , /t, i, j, qui n’étaient éclairées que parla porte, et étaient destinées aux esclaves. La chambre h , la plus voisine de la porte , était celle de Yostiarius.

Au fond de V atrium est le tablinum G , qui sépare celui-ci des appartements intérieurs, et dont le fond était fermé par un grand rideau , aulœum ; en été, le tablinum servait quelquefois de salle à manger : c’était dans cette salle que l'on conservait les archives de la famille. A gauche était la bibliothèque E; à droite, une chambre à coucher, cubiculum F, et un passage, fauccs , permettant d’arriver aux appartements intimes sans traverser le tablinum. En avant de celui-ci étaient les alœ DD , galeries avec des sièges , où le patron donnait audience aux clients.

Entrons maintenant dans la partie privée de la demeure. D’abord se présente le péristyle HHHH , cour entourée d’un portique soutenu par seize colonnes. Au centre est un bassin d’environ 2m de profondeur, aux côtés duquel sont deux petites citernes. I et K étaient deux chambres à coucher, dont la seconde était précédée d’une espèce d’antichambre, procœton , J, et avait une petite fenêtre sur la cour L. Ces chambres à coucher, beaucoup moins spacieuses que les nôtres, servaient uniquement pour dormir, et n’avaient que la largeur nécessaire pour contenir le lit.

Au fond du péristyle est la pièce principale W, l’œcus ou excdre , qui répond à notre salon, et qui en même temps servait parfois de salle à manger, triclinium. Le véritable triclinium paraît avoir été la salle marquée Q sur le plan, à côté de laquelle est une petite, qui dut renfermer les vases et autres objets nécessaires aux repas.

A gauche de Ycecus est la cuisine M, avec une salle N destinée aux esclaves, ayant sur la rue une sortie appelée posticum. O est une espèce d’office.

La cuisine est séparée de Ycecus par un corridor fauces Y, qui conduisait au jardin. Du côté opposé est le lararium P, où l’on conservait les images des dieux pénates. Mazois pense que cette salle était simplement un salon de réception pour l’hiver.

Derrière le laraire est un petit cabinet X donnant sur le jardin, et où le maître pouvait se retirer pour jouir de la fraîcheur et de la vue des Heurs qui garnissaient ses parterres.

Enfin, dans toute la largeur de la maison, régnait une vaste galerie couverte à deux étages, nommée pergola YYY, sous laquelle on trouvait un abri contre le soleil et la pluie.

Le jardin était disposé par plates-bandes, que l’on a encore retrouvées sous les cendres; enfin, on y a découvert également les conduits de plomb qui y distribuaient les eaux nécessaires à l’irrigation.

(*) L’ensemble de la cour se nomme atrium ou cavædium ; mais , à proprement parler , on appelle cavædia les portiques qui l’entourent, impluvium la partie découverte, et compluvium le bassin.

— BIBLIOGRAPHIE

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