BASILIQUES
Il existe dans le plan antique de Rome , gravé sur le marbre , un fragment qui porte le mot VLPJA , et qui appartient incontestablement au plan de la basilique Ulpienne. M. Morey, qui a fait un travail important sur le forum de Trajan , a été amené à supposer que cette portion de plan pourrait bien être le complément de celui sur lequel on voit gravé le mot BASIL, et que la partie sur laquelle on voit la suite de ce mot et celui EM1L , étant de restauration moderne , a dù être mal à propos rapprochée d’un fragment auquel elle n’appartient réellement pas. L’opinion de M. Morey n’est pas sans fondement, car il remarque judicieusement que , dans le plus petit des deux fragments , les lettres VLPIA sont exactement de la même grandeur que celles du mot BASIL, et se trouvent de plus parfaitement alignées avec celles-ci, quand on place les rangées de colonnes en face les unes des autres. Il résulterait de cette assertion , dans le cas où elle serait admise comme suffisamment fondée, que le plan antique sur lequel on avait cru jusqu’alors retrouver la basilique Émilienue , représenterait une partie importante de la basilique Ulpienne, celle où se trouvait le tribunal. Resteraient toutefois les colonnades à jour qu’on voit sur les côtés de la basilique, et qui ne s’accorderaient pas avec l’état réel des ruines, qui indiquent très-clairement un mur plein. Aussi , avons-nous cru devoir dire quelques mots sur cette question,, mais sans avoir l’intention de la discuter, ni vouloir en tirer aucune conclusion. Car, quoi qu’il en soit, c’est toujours de ce renseignement qu’on doit s’aider pour la restauration du tribunal de la basilique Ulpienne.
Les autres découvertes, qui se rattachent à la basilique Ulpienne, sont la bibliothèque grecque et la bibliothèque latine, dont on a retrouvé quelques indices certains. Le plan que nous donnons indique la situation de ces deux salles qui étaient contiguës à la basilique, du côté du nord, et avaient leurs entrées sur la petite cour au milieu de laquelle s’élevait la colonne de Trajan.
La basilique indiquée sur le plan antique de Rome , celle de Pompéi et celle du forum de Trajan, comparées au texte de Vitruve et aux règles qu’il prescrit , nous prouvent précisément que les principes qu’il indique pour cette nature de monument lui sont tout personnels, et que les basiliques qui existaient devaient différer plus ou moins, sinon par leur disposition , du moins par la manière dont leurs diverses parties étaient combinées, de la description qu’il en fait dans son traité d’architecture. 11 semble même s’être donné un démenti à lui-même dans la conception de la basilique qu’il fit élever dans la ville deUano. 11 n’existe plus rien de cette basilique ; mais l’explication qu’il en donne est tellement détaillée , qu’il est assez aisé d’en rétablir 1 ensemble. Or, cette basilique ressemblait fort peu cà ce que nous connaissons des basiliques antiques. On entrait par le grand côté dans une vaste salle , dont la voûte et la couverture étaient portées par un ordre de grandes colonnes, derrière lesquelles étaient adossés des pilastres d’un ordre plus petit , et supportant une galerie à mi-hauteur du grand ordre. Cette salle était la basilique proprement dite , et donnait entrée à une autre beaucoup plus petite, que Vitruve appelle le temple cl Auguste, et au fond de laquelle se trouvait le tribunal, où l’on rendait la justice probablement au nom de l’empereur, auquel cette salle était dédiée. On voit qu’en adoptant une telle disposition, Vitruve, au lieu de mettre le tribunal dans la basilique même, en avait fait une salle à part, de sorte que les plaideurs ne se trouvaient pas confondus avec ceux qui venaient pour traiter d’affaires de commerce. Plusieurs traducteurs de Vitruve ont cherché à reproduire l’ensemble de cet édifice, d’après les détails précis qu’on trouve dans cet auteur, et nous engageons nos lecteurs à les consulter, pour suppléer à ce que le planque nous donnons peut avoir d’incomplet.
Après avoir décrit les basiliques, il nous reste à parler des chalcidiques, ces annexes que Vitruve réclame pour certaines basiliques, quand l’étendue du terrain le permettra ; mais en donnant cette indication, Vitruve ne faisant pas connaître quel était l’usage des chalcidiques, ses commentateurs et les archéologues n’ont même pas pu parvenir adonner une explication satisfaisante du sens qu’il faut attacher à ce mot chalcidiques.
Les interprétations les plus diverses ont été basées, tantôt sur une étymologie, tantôt sur une autre, barbare et Baldus pensent que Chalcidicum est un nom propre pour cet édifice, que Dion dit avoir été élevé par Jules César en l’honneur de son père.
D’après l’autorité de Festus, les chalcidiques auraient dù leur nom et leur origine à la ville de Chalcis; cette hypothèse, quoique peut-être la plus admissible, ne nous mettrait cependant pas à même de déterminer clairement et l’usage et la forme des chalcidiques ; mais nous pensons qu’il est au moins permis de conclure que sous ce nom il faut entendre des salles qui n’étaient pas rigoureusement nécessaires, mais dont, pour un plus grand luxe, les basiliques se trouvaient quelquefois accompagnées.
Palladio, d’après la liberté laissée par Vitruve de mettre des chalcidiques ou de n’en pas mettre , s’est dispensé de toute conjecture à cet égard , en n’en supposant pas dans le plan de sa basilique ; il avait pu , du reste , s’y croire suffisamment autorisé , par Vitruve lui-même, qui n’en avait pas mis à sa basilique de Fano.
— STYLE GRECO-ROMAIN
Perrault, pensant que chalcidiques signifient de grandes salles situées au premier étage, en a placé une à chaque extrémité de sa basilique, au niveau des galeries supérieures.
L.-B. Alberti, quoique ayant changé le nom de chalcidicum en causidicum, est peut-être celui qui a le mieux résolu le problème des chalcidiques. Selon lui, ce seraient des espèces d’ailes en avant du tribunal, et formant, avec la nef, la forme du T, c’est-à-dire la croix qu’on retrouve dans les basiliques chrétiennes. M.QuatremèredeQuincy regarde cette opinion comme tout à fait fondée, et nous sommes disposé à l’admettre avec lui comme la plus satisfaisante , mais sans toutefois la considérer comme une solution définitive ; car la moindre découverte peut , d’un jour à l’autre, nous en apprendre beaucoup plus à ce sujet que tous les commentaires auxquels on pourra longtemps encore se livrer avec plus ou moins d’incertitude.
BIBLIOGRAPHIE
1° V Architettura cli Vitruvio colla traduzione italiana e comenlo del marchese Berardo Galiani , Napoli , Stamp. Simoniana, 1758, in-fol. fig.
2° Les dix livres d’ Architecture de Vitruve, corrigés et traduits en français avec des notes, par Perrault. Paris, 1684, gr. in-fol. fig.
3° Palladio {Andrea'). I quattro libri dell’ Architettura, Venetiat 1575, in-fol. fig.
4° Les bâtiments et les dessins d’André Palladio , recueillis et illustrés par Octave Bertotti Scamozzi (en italien et en français). Vicence, 1776-1783, 4 vol. in-fol. fig.
5° Quatremère de Quincy, Dictionnaire d’architecture, 2' édition, 2 vol. in-4° (tom. Ier, au mot Basilique.)