ABC DE TIVAJAN A BÉNÉVENT
Bénévent, dont le nom primitif de Maleventum fut changé par les Romains en celui de Benevenlum , est une petite ville qui, bien qu’enclavée dans le royaume de Naples, appartient cependant au Saint-Siège depuis le XIe siècle ; éloignée de la roule ordinaire, elle est rarement visitée des voyageurs, et cependant elle est loin de mériter cet injuste abandon. L’arc de triomphe qui, en l’année 1 14, y fut élevé en l’honneur de Trajan, est encore aujourd’hui un des restes de l'antiquité les plus remarquables, autant par la beauté de ses sculptures que par la pureté de style de son architecture. On croit pouvoir attribuer sa construction au fameux architecte grec Apollodore, qui prit part h tous les grands travaux de cette époque, et que l’on sait avoir érigé l’arc de Trajan à Ancône; mais il n’y a entre ce dernier monument et celui qui nous occupe aucune comparaison possible; autant le premier est simple et privé d’ornements, autant le second est riche et chargé de sculptures. On pourrait plutôt penser que l’artiste chargé de Tare de Bénévent s’est inspiré de celui de Titus au Forum, le plus parfait de tous les arcs antiques.
L’arc de Bénévent est désigne dans le pays sous le noni de Porta Aurea , porte d’or, et ce nom, qui rappelle celui de l’arc de Fréjus, appelé la Porte Dorée , remonte peut-être à l’époque même de sa construction. Ce qu’il y a de certain, c’est que ce monument est ainsi désigné dans un acte de donation religieuse de l’an 774.
Construit en marbre de Paros, cet arc est d’une parfaite conservation ; sa hauteur est de S5n’,80; sa largeur totale de 13m, et sa profondeur de 6m. Il n’a qu’une seule ouverture, large de 5m,30, accompagnée sur chaque face de quatre colonnes composites légèrement engagées, hautes de 6m,50, et posant sur un stylobate commun. Les hases sont attiques et de la plus belle proportion. L’architrave, la frise et la corniche sont dans Je plus parfait rapport, soit entre elles, soit avec la masse totale de l’édifice. Les tableaux compris entre les colonnes sont occupés chacun par deux bas-reliefs de grande proportion, représentant divers traits de la vie de l’empereur, et séparés par deux frises dont les sujets sont de plus petite dimension. Aux tympans de l’arc sont couchées, sur les archivoltes, des Victoires tenant des couronnes et des étendards. Au-dessus de l’architrave, règne une frise continue richement sculptée, paraissant représenter un triomphe. Enfin, l’attique offre, aux extrémités de chacune des grandes faces, deux bas-reliefs remarquables par la beauté de l’ordonnance, le grandiose du style et la hardiesse de l’exécution. Au centre, est l’inscription que l’on peut lire sur notre planche, et dont voici la traduction :
Le sénat et le peuple romain à l’empereur César Nerva Trajan, très-bon , auguste , Germanique , Dacique, grand pontife, dans la dix-neuvième année de la puissance tribuni tienne, empereur pour la septième fois, sept fois consul, père de la patrie, prince très-courageux, fils du divin Nerva.
Cette inscription, jointe à la présence de Victoires sur les archivoltes, fait supposer, avec toute vraisemblance, que cet arc fut érigé à l’occasion des victoires remportées par Trajan sur les Germains et les Daces, et, cependant, quelques auteurs ont cru pouvoir supposer qu’il fut simplement destiné à consacrer la reconnaissance des habitants de Bénévent envers l’empereur, pour la prolongation, de Capoue à Brindes, de la voie Appienne, sur laquelle l’arc est situé. La première hypothèse est encore confirmée par un bas-relief qui se voit au centre de la voûte de l’arc, et qui représente une Victoire couronnant l’empereur Trajan.
— BIBLIOGRAPHIE
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