ARC DE SEPTIME-SÉVÈRE, A ROME
Le règne de Septime-Sévère et le commencement du IIIe siècle de notre ère doivent être signalés comme la véritable époque du commencement de la décadence des arts, et l’arc élevé au forum en l’honneur de cet empereur en est le premier monument , au moins en ce qui touche la sculpture; quant à l’architecture, bien qu’elle s’y montre un peu pesante, elle y a conservé cependant une certaine pureté. C’est que cet art peut encore paraître exister en copiant ce qui a déjà été fait, et que copier n’est point ici une œuvre d’art, mais une simple opération mathématique.
L’arc de Septime-Sévère, situé en face du Clivas Capitolinus , par lequel les triomphateurs montaient au Capitole au sortir de la voie Sacrée, existe encore en entier, bien qu’endommagé par les divers incendies de Rome, au pied du Capitole, entre la prison Mamertine, le temple de la Concorde et celui de Jupiter Tonnant. Vers l’an 203 de l’ère chrétienne, le sénat et le peuple romain l’élevèrent en l’honneur de Septime-Sévère. d’Antonin Caracalla et de Geta, ses fds, pour les victoires remportées sur les Parthes et autres nations barbares de l’Orient. Il est composé de blocs de marbre pentélique, assemblés sans ciment ; sa hauteur totale est de 2ln‘; sa largeur de 23m, et sa profondeur, de 7m,20. Il est percé d’une grande arcade et de deux plus petites. Chaque face est ornée de quatre colonnes cannelées, d’ordre composite, entièrement isolées et accompagnées de pilastres du même ordre. Ces colonnes ont 0m,88 de diamètre. Elles reposent sur des bases dont les trois faces apparentes sont décorées de bas-reliefs, représentant des captifs barbares ( Voy. PL de Détails., fig. 4). L’entablement (fig. 3) qui surmonte chaque colonne dut supporter des statues isolées, comme on en voit encore à l’arc de Constantin, dans le même forum, et comme on l’a imité à Paris à l’arc du Carrousel ; mais ici elles ont toutes disparu. Les archivoltes sont d’un beau style et d’une grande pureté ; on peut en juger par la fig. 2, qui représente celle de la grande ouverture, large de 7m,25 et haute de 12ra, et la fig. 6, qui est empruntée aux deux petites, larges de 3m,33 et hautes de 7m,40. Les voûtes sont ornées de compartiments et de rosaces d'une grande élégance ; nous donnons ici (fig. 7) un échantillon de la voûte du milieu et (fig. 12) un fragment de celle des deux petites arcades.
La grande arcade et les deux petites communiquent entre elles par deux plus petites encore, comme l'indiquent la vue perspective et le plan (fig. 1). Nous donnons (fig. 9 et 13) 1 archivolte et 1 imposte de ces petits arcs, et une portion de leur voûte.
La clef du grand arc est décorée, à l’une des faces, d’un guerrier cuirassé tenant un trophée (fig. 2 et 8), et à l’autre, d’un guerrier nu et casqué, ayant dans la main droite une épée, et dans la main gauche une couronne (fig. 10 et 1 1). Aux tympans de cet arc, sont couchées des Renommées portant des trophées (fig. 2) de costumes barbares; à ceux des petits arcs, sont des Victoires avec des palmes. Au-dessus de celles-ci, dans l’espace compris entre les colonnes, on trouve d’abord une petite frise représentant un triomphe, et au-dessus un grand bas-relief avec de nombreuses figures de médiocre proportion, qui retracent les expéditions de Septime-Sévère contre les Parthes, les Arabes et les Adiabéniens, après le meurtre de Pescennius Niger et deClodius Albinus. C’est principalement dans ces bas-reliefs que se fait sentir la décadence que nous avons signalée au commencement de cette notice ; on a peine à concevoir comment la sculpture qui, vers 1 an 180, avait produit 1 admirable statue équestre de Marc-Aurèle, qui orne la place du Capitole, avait pu, dans le court espace de vingt-cinq ans, descendre au degré d’abaissement où nous la montre cette partie de 1 arc de Septime-Sévère. Toutefois, ces bas-reliefs, quelque médiocres et mutilés qu’ils soient, ne sont pas sans intérêt pour 1 archéologue, et peuvent fournir des notions précieuses sur le costume des Romains et des barbares qu ils eurent à combattre.
La frise ne présente aucune figure non plus que l’attique (fig. 5), où se trouve reproduite, de chaque côté, la longue inscription dédicatoire que nous donnons ici avec la traduction :
1MP. CÆS. LVCIO. SEPTIMIO. M. FIL. SEVEr.O. TIO. PERT1NACI. AVC. PATRI PATRI/E- PARTHICO. ARAR1CO. ET.
PARTHICO. ADIABENICO. PONT1FIC. MAXIMO. TR1BVN1C. POTEST. XI. IMP. XI. COS. III. PROCOS. ET MP. CÆS. M. AVRELIO. L. FIL. ANTONINO. AVC. PIO. FELICI. TRIBVNIC. POTEST. VI. COS. PROCOS. P. P OPTIMIS. FORTISSIMISQVE. PRINC1PIBVS
OB. REM. PVBLICAM. REST1TVTAM. IMPER1VMQVE. POPVLI ROMANI. PROPAGATVM.
1NSIGNIBVS. VIRTVT1BVS. EORVM. DOME FORISQVE. SENATVS. POPVLVSQVE. ROMANVS.
A l’empereur Ccesar Lucius Septime-Sévère, fils de Marcus , pieux, ferme, auguste, père de la patrie, Parthique, Arabique, et Parlhique Adiabénique, souverain pontife, la onzième année de sa puissance tribunitienne , onze fois empereur, trois fois consul, proconsul, et ci l'empereur César Marc-Aurèle Antonin, fils de Lucius , auguste. pieux, heureux, la sixième année de sa puissance tribunitienne, consul, proconsul, père de la paUie , ex-
— STYLE GBÉCO-ROMA1M. —
cellents et très-courageux princes, pour avoir rétabli la chose publique et étendu l'empire du peuple romain , par leurs vertus insignes tant au dedans qu’au dehors, le sénat et le peuple romain (ont dédié ce monument).
On remarque que vers la fin de la troisième ligne de l’inscription, et dans toute la quatrième ligne, le marbre est un peu enfoncé, parce que Caracalla ayant tué Geta, son frère, fit effacer son nom et lui fit substituer d’autres formules, ainsi qu’il en agit avec tous les autres monuments. On croit que les mots p. p. optimis. fortissimisqve. principibvs. ont remplacé ceux-ci : p. septimio. getæ. tnobilissimo. cæsari.
Dans le côté occidental de l’arc, est un escalier de marbre qui conduit à la plate-forme où étaient placés Septime-Sévère, Caracalla et Geta, sur un char de triomphe attelé de six chevaux de front, entre deux fantassins et deux cavaliers. Cette particularité nous a été révélée par une médaille de Caracalla, où ce monument est représenté avec la légende arcvs avgg.
Cet arc, longtemps enterré jusqu’au-dessus des impostes des petites arcades, a été dégagé par Pie Vil en 1803. De nouvelles fouilles, conduites jusqu’à l’ancien sol, ont fait connaître que le monument était un peu élevé au-dessus du niveau du forum, et que plusieurs degrés conduisaient aux arcades latérales, ainsi que l’indiquent le plan ( fig . 1) et notre planche perspective.
Avant de terminer cette notice, je dois dire quelques mots d’un arc honorifique, construit en l’année 206, dans le Forum Boarium, parles marchands qui fréquentaient ce forum. Cet arc de marbre pentélique, le plus petit de tous les arcs aujourd’hui existants, et remarquable par sa forme tout exceptionnelle, ne présente qu’une seule ouverture, et cette ouverture est rectangulaire et non voûtée. La largeur totale du monument est de 6:" ,10, et sa hauteur de 7m. L’ouverture a 3m,10 de largeur; elle est accompagnée de chaque côté de deux pilastres composites, couverts d’arabesques dans toute leur hauteur. Cet arc fut dédié à Septime-Sévère, à Julie, sa femme, à Caracalla et à Geta, ses fils, ainsi que l’indique l'inscription suivante, qui se lit sur la frise.
IMP CÆS. L. SEPTIMIO. SEVERO. PIO. PERT1NACI. AYG. ARABIC. ADIABENIC. PARTHIC. MAX. FORTISSIMO. FELIC1SSIMO POYIll. MAX. TRIE. POTEST. XII. IUP. XI. COS. III. PATRI. PATRIÆ. ET. lMr. CÆS. M. AVRELIO. AiXTOiNINO. PIO. FELICI. AVC. TRIB. POTEST. VII. COS. III. P. P. PROCOS. FORTISSIMO FFL1CISSIMOQVE. PRINCIPE ET 1VLIÆ. AVC. MATRI. A VG. N. ET. CASTRORVM. ET. SENATVS. ET. PATRIÆ. ET. IMP. CÆS. M. AVRELII. ANTON1NI. Pli . FF.LICIS. AVG.
PARTH1CI. MAXIME BRITTANN1CI. MAXIME ARGENTARIE ET KECOTIANTES. BOARII. I1VIVS. LOCl. QY1. INVEHENT DEVOTI NYMINI. EORVM.
Ce monument est décoré, comme celui du grand forum, de bas-reliefs d’une sculpture médiocre et très-endommagés par le temps ; lui-même est maintenant disjoint, hors d’aplomb, et il serait probablement déjà renversé si on ne l’avait étayé, et si l’une de ses extrémités ne s’appuyait à l’église de Saint-Georges in Velabro. (Voyez notre planche représentant cette église.) À l’une des extrémités de la frise, qui porte l’inscription, est un petit Hercule ; on peut croire qu’à l’autre bout, engagé dans la muraille de l’église, devait être un Bacchus; car ces deux divinités étaient les protectrices de la famille de Septime-Sévère, comme on peut le voir par ses médailles. Dans l’intérieur de l’arc sont deux bas-reliefs; l’un représente Septime-Sévère sacrifiant avec Julie, sa femme, qui tient en main le caducée, symbole de la concorde; sur l’autre, envoyait Caracalla et Geta, sacrifiant aussi ; mais, depuis, Caracalla fit effacer la figure de son frère dans le bas-relief, aussi bien que son nom dans l’inscription. Au-dessous de ces bas-reliefs principaux, il y en a de plus petits offrant des ustensiles sacrés; et enfin, en dehors de l’arc, du côté qui regarde l’arc de Janus, on voit deux soldats romains conduisant un prisonnier, et au-dessous, un villageois barbu menant des bœufs et faisant allusion à la corporation des marchands de bœufs qui avait élevé ce monument, conjointement avec celle des orfèvres, qui, sans doute, se trouvait rappelée parmi autre bas-relief caché aujourd’hui dans la construction de Saint-Georges. C’est à cette dernière corporation que le monument doit le nom d 'Arc des Orfèvres , sous lequel il est souvent désigné.
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Fig. 2.
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