‹ Monuments anciens et modernes (volume 2)Chapitre 77 sur 97 · MURS DE POMPÉI ET DE FALÉRIE · texte numérisé non relu

MURS DE POMPÉI ET DE FALÉRIE

l)e tous les monuments d’une ville, les plus anciens, et quelquefois les mieux conservés, sont ordinairement ses murailles : premières constructions monumentales, dont le besoin se soit fait sentir, la solidité qu’on leur donnait, le soin qu’on prenait de les tenir en bon état par des réparations continuelles, leur ont fait, pour la plupart, traverser un grand nombre de siècles. Parmi celles de l’Italie, les murailles de Potnpéi et de Falérie, dont nous allons parler, ne sont ni les moins bien conservées, ni les moins intéressantes.

Pompéi, cette ville dont l’ensevelissement subit nous fait voir aujourd’hui les mœurs antiques, prises en quelque sorte en flagrant délit, présente, par ce fait même , une enceinte des plus complètes et des mieux conservées; les fouilles exécutées sous l’influence française pendant les années 1812 et 1813, l’ont entièrement dégagée des cendres qui la recouvraient. Comme on le verra plus loin , sa construction première remonte au temps des Osques, ou au moins à celui des premiers colons grecs qui ne lardèrent pas à les rebâtir dans un style presque aussi archaïque, en conservant toutefois, en majeure partie, la base des murs primitifs; peut-être même ne firent-ils que continuer l’œuvre commencée par les Osques. A l’époque de la guerre sociale, on augmenta ces fortifications ; mais cette ville , forcée de se soumettre aux volontés de Sylla , fut démantelée par ses ordres , et reçut une colonie romaine. Plus tard, lorsque éclata la guerre civile occasionnée par la rivalité de César et de Pompée , son enceinte délabrée fut remise en état de défense et munie de tours ; elle ne dut être abandonnée définitivement que sous Auguste, lorsque la pacification complète du monde d’alors l’eut rendue inutile.

Cette enceinte, aujourd’hui plus ou moins ruinée et même démolie presque totalement du côté du port, où les Romains avaient élevé de grandes et belles maisons sur son emplacement, formait autour de Pompéi une ceinture de forme ovale ne présentant pas d’angles bien prononcés, conformément aux principes indiqués par Yitruve. Elle se compose d’un terre-plein terrassé compris entre deux murs ; celui donnant sur la campagne, de 8m,12 de haut, est légèrement élevé en talus sur une base de quatre ou cinq assises établies par retraites successives. Le mur intérieur surpassait le premier d’une hauteur d’environ 2™, 60 dans les parties de l’enceinte regardant le nord et l’ouest, faisant ainsi agger au-dessus du rempart; il était renforcé du côté de la ville par de nombreux contre-forts; l’épaisseur de ce rempart, compris les deux revêtements, était de 4'", 55. Six portes, placées en retraite du rempart pour en rendre l’approche plus difficile , donnent encore entrée à la ville de Pompéi : les unes présentent une simple arcade, d’autres sont accompagnées de petites portes à l’usages des piétons; elles sont tout aussi délabrées que le rempart : cependant toutes, ou à peu près, conservent encore leurs voûtes; leur décoration , à en juger par ce qui en reste , devait être extrêmement simple, et consister presque uniquement en un appareil feint, tracé dans l’enduit qui les recouvrait.

Sur la partie de l’enceinte qui existe aujourd’hui , c’est-à-dire sur les trois quarts environ de son développement primitif, on voit douze tours de forme carrée de 8,n,00 de large sur 9™, 75 de profondeur, offrant une saillie de 2ra,25 en avant du mur. Elles renfermaient trois étages superposés : dans le premier, établi au niveau de la campagne, s’ouvrait une poterne; l’étage intermédiaire était percé de meurtrières pour la défense ; le troisième enfin, de plain-pied avec le rempart, donnait accès sur les courtines , et était recouvert d une voûte terminée par une plate-forme d’où l’on dominait l’escalier qui desservait ces divers étages; cet escalier, large et en rampe douce, était établi dans la partie postérieure de la tour. Tous les murs des tours et des courtines étaient couronnés de créneaux ; derrière ceux de V agger, qui semblent au premier abord n’être qu’une fortification fictive destinée à rendre l’aspect général plus formidable , était établi un plancher volant , posé sur les contre-forts intérieurs. Les nierions des créneaux de la courtine la plus base se retournent intérieurement , comme on peut le voir à la figure que nous en donnons, de manière à préserver le flanc gauche du combattant.

Les murs de Pompéi sont bâtis en blocs de grand appareil, posés à cru sans aucun mortier; ceux de la base, formant retraites, sont en travertin; les assises établies au-dessus, ainsi que tout le mur intérieur, sont en peperino; les moellons des réparations exécutées pour fermer les brèches, et ceux des tours, sont en tuf. La base du mur intérieur, construction d’une haute antiquité qu’on retrouve dans la majeure partie de cette enceinte, est composée de pierres fréquemment taillées en crossettes; c’est-à-dire que leurs lits inférieurs ou supérieurs, et quelquefois tous les deux ensemble, établis sur deux plans différents , mais parallèles , venaient s’encastrer dans des entailles de forme inverse, faites dans les pierres contre lesquelles elles venaient s appliquer. Cette disposition ne se retrouve guère que dans les plus anciens appareils grecs, dans ceux qui succédèrent immédiatement au dernier mode de construction pélasgique : toutes ces raisons nous font considérer cette partie inférieure du rempart comme datant des premiers temps de Pompéi et appartenant aux Osques. Nous en trouvons encore une preuve plus convaincante dans les marques et les signes que présentent un grand

— STYLE GRÉCO-ROMAIN

nombre de pierres. L’usage de ces marques, gravées par les ouvriers pour distinguer l’ouvrage de chacun, précaution si usitée au moyen âge, remonte, comme on le voit, à la plus haute antiquité ; elles se rencontrent en beaucoup d’endroits, et particulièrement dans les environs de la porte dite aujourd’hui du Sarno, où se trouve même une inscription entière; elles sont généralement formées de lettres osques, ou appartenant au plus ancien alphabet grec. Quant à l’appareil de la partie la plus considérable de ce mur extérieur, celle légèrement établie en talus, son analogie frappante avec celui des murs de Rome, bâtis par Servius Tullius, nous le fait rapporter à la même époque; purement grec, il porte encore certains caractères d’archaïsme qui justifient, selon nous, la date que nous lui assignons (576 à 532 av. J. C.). Composé de même de blocs de dimensions diverses, et posés aussi à sec, à joints bien fins, et taillés avec une précision remarquable, il offre dans la plupart de ses joints montants une obliquité caractéristique qui donne au parement de chaque pierre la forme d’un trapèze, et non pas celle d’un parallélogramme. Quant à l’appareil de Yagger élevé, selon nous, au temps de Sylla, il offre la même disposition que ceux des constructions romaines de la fin de la. république : tenant encore quelque peu de celui des Grecs, qui avait été son point de départ, il est taillé en parallélipipèdes réguliers d’assez grandes dimensions et posés aussi à sec, comme ce fut toujours l’habitude des constructeurs de l’antiquité pour des matériaux de ce genre. Les réparations des brèches et la construction des tours, leurs contemporaines, sont faites en petits matériaux : pour les premières, on a fait usage d’un opus incertum noyé dans un bain de mortier; pour les tours, on a employé un petit appareil taillé plus ou moins régulièrement, cimenté en mortier, et auquel se trouvent mêlées quelques briques; tout, dans ces dernières constructions, indique une grande précipitation. Nous n’entrerons ici dans aucune dissertation au sujet de ces divers modes de construction, qui appuient suffisamment ce que nous avons dit dans nos préliminaires historiques ; ce serait sortir du cadre dans lequel nous devons nous renfermer.

Cette enceinte, qui, avec l’artillerie, les moyens et l’expérience que nous possédons aujourd’hui, suffirait à peine pour mettre une ville à l'abri d’un coup de main, devait, au temps de la république romaine, être suffisamment forte pour résister à un siège en règle.

Une autre enceinte antique, celle de Falérie, quoique un peu moins ancienne que la plus grande partie de celle de Pompéi, puisqu’elle paraît dater du temps des premiers consuls romains, offre aussi un grand intérêt.

Cette muraille, élevée d’un seul jet sans réparations postérieures importantes, est arrivée jusqu’à nous aussi solide qu’au temps des Étrusques, ses fondateurs ; elle n’a souffert d’autres dégradations que celles que les hommes y ont faites en en extrayant des pierres pour des constructions privées. Elle est construite en grands blocs posés à sec, et taillés en parallélipipèdes rectangles ; un grand nombre d’entre eux, comme ceux que les Grecs nommaient oioGovot , étaient posés en boutisses, et prenaient toute l’épaisseur du mur.

Une porte d’un style remarquable, ouverte dans la face orientale de la ville, présente une ouverture à plein cintre, ornée d'une archivolte d’un profil simple, composé d’un talon surmonté d’un cavet, et reposant sur une imposte formée d’une grande moulure en talon; cette imposte ne se poursuit pas au delà de la retombée de l’archivolte, et est profilée à ses deux extrémités. La porte est appareillée en voussoirs extradossés, taillés régulièrement et avec une grande précision; l’archivolte est formée de pierres séparées, indépendantes de la construction du mur, et épousant la forme cintrée de l’extrados de l’arc; ses moulures sont coupées au-dessus de la clef de l'arcade par une tète saillante sculptée en ronde-bosse, semblable, comme disposition et comme caractère, à celles que I on voit sur d’autres portes étrusques à Tarquinies et à Volterra. A droite et à gauche de la porte de Falérie, se trouve une tour carrée destinée à en défendre l’approche. Dans l’épaisseur du tableau de cette porte, on voit une feuillure carrée , qui a dû recevoir une fermeture en façon de herse.

Dans la partie méridionale de 1 enceinte de Falérie, se trouve une autre porte qui n’est qu’une simple ouverture à plein cintre pratiquée dans la muraille.

Le bel aspect et la solidité apparente de ces murs, solidité prouvée d’ailleurs par leur état actuel, sout des conditions dans lesquelles il serait a désirer qu’on se fût toujours renfermé; la porte surtout est remarquable par la pureté de son style, qui prouve en même temps et le talent des artistes étrusques, et la liaison intime de leurs arts avec ceux des Grecs primitifs, avec lesquels ils marchèrent de pair pendant longtemps.

— BIBLIOGRAPHIE

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