ÉGLISE DE SAINT-ÉTIENNE DU MONT, A PARIS
Vers le commencement du VPsiècle, Clovis ayant fait construire, sur le Mons Lucotitius , une petite basilique, dédiée d’abord aux apôtres saint Pierre et saint Paul, puis à sainte Geneviève, cette fondation attira, dit-on, en cet endroit, un certain nombre de Parisiens et de campagnards circonvoisins, qui professaient pour la vierge de Nanterre une grande dévotion. Les environs du monument religieux se couvrirent ainsi, peu à peu, de constructions civiles ; et bientôt l’accroissement de cette population devint tel, qu’on dut penser à lui donner un pasteur. Mais il paraîtrait que ce ne fut d’abord, et pendant un certain temps, qu’un simple prêtre qui administra les sacrements, et que le lieu consacré aux assemblées était alors la crypte de la basilique dont nous avons parlé. L’origine de cette église fut donc, comme celle de beaucoup d’autres, un modeste oratoire. Les choses demeurèrent probablement en cet état pendant le règne des Mérovingiens et celui des Carolingiens ; et la crypte, durant ce laps de temps, suffit aux besoins du petit nombre de fidèles qui habitaient la montagne. Ce fait, au reste, s’explique par les désastreuses incursions des Normands qui vinrent, à plusieurs reprises , pendant le IXe siècle, piller et incendier l’abbaye de Sainte-Geneviève. Toutefois, lorsque, par suite de traités, on se vit à l'abri de leurs déprédations, la population vint de nouveau s’établir sur cet endroit abandonné, et les cérémonies du culte recommencèrent à avoir lieu dans la crypte de l’église abbatiale. Cela dura jusqu’à la fin du XIIe siècle (1190), époque à laquelle Philippe-Auguste fit construire la nouvelle enceinte de Paris. Protégés par cette clôture, les Parisiens se portèrent en foule sur les terrains inoccupés de la montagne, et y établirent leurs demeures. Cet accroissement s’étant ainsi effectué tout à coup dans une proportion assez considérable, on sévit contraint de bâtir, pour ses besoins religieux, un monument spécial; et c’est à cette époque, sans aucun doute, que remonte la fondation de l’église actuelle. Dans cette conjoncture, on fit aux religieux de Sainte-Geneviève une demande de terrain pour réaliser ce projet. L’abbé concéda une portion de terrain qui était contiguë à l’église du monastère, et l’on construisit une petite chapelle qui fut placée sous le vocable de saint Étienne; mais les historiens ne sont pas d’accord sur la date précise de cette construction, qui paraît avoir eu lieu vers l’an 1220. Quoi qu’il en soit, cette chapelle se trouvait, par sa position, complètement sous la dépendance de l'abbaye et dans son enceinte; et l'on ne pouvait même y entrer que par une issue ouverte dans l’un des murs de l’abbatiale. La chapelle de Saint-Étienne resta, pendant plusieurs siècles, sous l’autorité du monastère ; mais toutes les parties du mont ayant pris, durant cette période, un très-grand développement, par suite de l’établissement successif des collèges, de la Sorbonne, des maisons princières, etc., il en résulta que les besoins de toute cette population réclamaient un monument religieux plus vaste que le petit édifice. En 1491 , les marguilliers de la paroisse présentèrent donc aux religieux de l’abbaye une requête à l’effet d’obtenir le terrain nécessaire à l’agrandissement de la chapelle ; ils sollicitèrent encore la permission d’avoir une porte particulière; enfin, d'élever un clocher et d’y placer des cloches. Une partie de ces demandes leur furent accordées : le chapitre donna le terrain; il permit aussi la pose des cloches et l’élévation du clocher, mais à la condition toutefois que ce dernier ne serait point terminé par une flèche; quant à la porte particulière, on la refusa positivement. Eu échange de ces concessions, les marguilliers de Saiut-Étienne s’obligèrent à payer annuellement une redevance de dix livres au monastère, et les paroissiens, à offrir tous les ans à l'abbé, le jour de la fête du patron de la paroisse, une livre de bougie rouge. L’autorisation sollicitée par les marguilliers était obtenue, et l’on allait mettre la main à l’œuvre, lorsqu’on comprit, probablement, qu'il valait beaucoup mieux construire immédiatement une nouvelle église, plutôt que de se contenter de l’agrandissement projeté. Ou s’arrêta donc à cette dernière opinion, qui prévalut, et l’on prit des mesures en conséquence; mais, soit par des motifs pécuniaires ou tout autre, la construction ne fut commencée qu'un peu plus tard, c’est-à-dire, dans les premières années du règne de François 1er. A cette époque, on entreprit d’abord les constructions orientales de l’édifice, c’est-à-dire, le chevet et le sanctuaire; puis on éleva une grande partie de l’aile et des chapelles situées au nord; enfin, vers le milieu du XVIe siècle, les travaux furent poussés avec une telle activité, qu’en 1541 l’évêque de Paris put y envoyer levêque de Mégare pour y faire la bénédiction des autels de la portion achevée de l’édifice. Cependant l’église n’était encore qu’élevée en partie, et déjà l’on manquait d’argent pour en poursuivre la construction. L'évêque de Paris vint, en cette circonstance, au secours de l'œuvre en accordant aux marguilliers, afin de hâter l’achèvement de la nouvelle église, le montant des offrandes données par les paroissiens pour obtenir, pendant le carême, l’usage du lait et du beurre; permission qu’il réitéra, dans le même but, en 1552 et en 15G3. Ces dates, mises en rapport avec certaines parties de l’édifice, prouvent, d’une manière irrécusable, que la construction se continua pendant le cours du XVIe siècle. La composition de la partie inférieure de la façade semble, par son style d’architecture, appartenir aux der-
— STYLE DE LA RENAISSANCE
nières années de ce siècle et aux premières du XVIIe, époque à laquelle on accorda pour la première fois à cette église une entrée particulière, et indépendante de l’abbatiale. Marguerite de Valois, première femme de Henri IV, donna, dit-on, une somme de 3,000 livres pour la bâtisse de tout ou partie de ce frontispice. Le XVIIe siècle vint compléter la construction. En l'an 1600, on entreprit les travaux du jubé ; et, en 1606, la suppression d’une portion du cimetière, existant à la partie occidentale, nécessita l’établissement de charniers, qu’on plaça en arrière du chevet. De 1610 à 1617, on termina la façade et l’on construisit le petit porche disposé en saillie sur le flanc septentrional; enfin, les travaux paraissent n’avoir été complètement achevés qu’en 1626. En effet, François de Gondi, premier archevêque de Paris, en fit seulement la dédicace solennelle le 15 février de cette année; et les fonts baptismaux, qui, jusqu’à cette époque, se trouvaient à Sainte-Geneviève , furent transportés alors dans la nouvelle église. La chapelle de la Vierge , qu’on a placée derrière le chœur, est un appendice qui fut ajouté vers le milieu du XVIIe siècle (1661) ; elle a été érigée aux frais de la fabrique.
L’édifice, placé sous le vocable de saint Etienne, est un de ces monuments d’architecture religieuse qui fut élevé à une époque de transition, lorsque déjà les artistes avaient adopté, pour les constructions civiles, les idées nouvellement importées d’Italie. C’est aussi un de ces édifices, encore assez nombreux, qui offrent, dans leur ensemble, cette particularité d’un assemblage hétérogène de deux styles différents, styles qu’on regardait alors, l’un, qui était ancien, comme consacré, et le seul qui présentait traditionnellement un caractère religieux; et l’autre, le nouveau, comme plus en harmonie avec les idées de l’epoque, et comme plus approprié aux progrès de la civilisation. En effet, cette église, dont les premières constructions ne remontent pas au delà du règne de François Ier, renferme ce mélange des deux styles, ainsi que les traces des différentes phases que subit l’architecture pendant le XVIe siècle et le commencement du XVIIe. Les dispositions de cet édifice sont encore toutes dans le système du style ogival ; les formes et les éléments de certaines parties ont seuls été changés. Le chevet, le sanctuaire et les voûtes tiennent complètement au premier art; les nefs, les chapelles, certaines baies, les galeries et la façade, appartiennent au nouveau style.
Le plan de cette église est assez simple, et il ne mériterait guère d’être signalé à l’attention de nos lecteurs, si l’on n’y remarquait deux particularités, assez faciles à expliquer, qui consistent dans une obliquité de construction donnée à l’aile septentrionale et à la façade. La première de ces deux dispositions, celle de l’aile, résulte de l’existence des murs de clôture de l’abbaye, qu’on ne voulut point abattre lors de la construction de l’édifice; et la seconde tient particulièrement à la nécessité où l’on fut de laisser un passage convenable entre le cimetière et l’église.
Pris dans son ensemble, le chœur de Saint-Etienne comporte celte forme allongée qui est particulièrement propre à cette partie des monuments religieux de la dernière période du moyeu âge. De grandes arcades ogivales, coupées, vers le milieu de leur hauteur, par une galerie continue, formant comme une espèce de ceinture aérienne, limitent et circonscrivent cette portion de l’édifice. Les piliers qui supportent ces arcades, piliers qui nous semblent avoir été remaniés, ne sont autres, depuis cette retouche, que de longues colonnes ou fûts cylindriques, dépourvus de chapiteaux, mais d’où partent des doubleaux et des nervures d’arêtes qui vont décorer la voûte. Un jubé assez remarquable sépare le chœur des nefs, et lui sert de clôture antérieure.
Au delà du pourtour, on ne trouve plus aujourd'hui de ces chapelles apsidales qui rayonnaient si souvent autour du sanctuaire des monuments du moyen âge ; et, à l’exception de celle qui fut érigée postérieurement a la Vierge, on n’y voit maintenant qu’une sacristie et quelques lieux dont on a pu, toutefois, changer la destination primitive. Cette partie postérieure comprend, à très-peu près, l’ensemble des premières constructions de l’édifice.
A la seconde période de construction appartiennent le transsept , les nefs et une partie des chapelles latérales. Ces différents morceaux présentent, en effet, un tout autre caractère, qui indique un changement d’idées dans l’art de bâtir. Le plan et les dispositions restent les mêmes; mais les éléments ont changé de forme. Aussi, à partir du transsept, toutes les baies et les arcades, à l’exception de celles qui s ouvrent dans la voûte, présentent-elles une forme circulaire, au lieu de celle en arc aigu.
Les nefs sont formées par deux files d’arcades , disposées parallèlement à l’axe, que soutiennent de hauts piliers cylindriques, se raccordant, quant au jeu des lignes, avec les dispositions du chœur. Ces espèces de colonnes, munies de bases classiques, reposent sur des piédestaux; du sommet de ces piliers, et au-dessus des chapiteaux, naissent des doubleaux et des nervures d’arêtes qui vont décorer les différentes parties de la voûte. Xous pensons que l’architecte qui fit exécuter cette partie de l’édifice voulut probablement, pour se