ÉGLISE DU RÉDEMPTEUR, A VENISE
En 1576, la ville de Venise ayant été affligée d’une peste terrible, qui décima, dit-on, plus de 40,000 habitants, le sénat fit vœu, au moment où le fléau faisait les plus grands ravages, d'élever , afin d’en obtenir la cessation, un monument d’action de grâces qu’on dédierait au Christ rédempteur du monde. Cette épidémie passée, la république prit aussitôt des mesures pour réaliser sa promesse; elle chargea l’architecte Palladio , dont la réputation était alors fort en crédit, de tracer le plan de cette église; toutefois, dit Scamozzi, on exigea de lui que l’architecture en fût simple, et Palladio lui donna, pour cachet particulier, la pureté des formes. L’emplacement qu’on choisit pour son érection fut le centre d’une petite île nommée Spma-Lunga, et qui porta aussi la dénomination de Giudecca , parce que ce fut là que se réunirent les premiers juifs lorsqu’ils vinrent s’établir dans les lagunes. 11 n’y avait alors, dans cette île, qu’une petite chapelle appartenant aux capucins. Pour répondre au choix du sénat, Palladio apporta un soin tout particulier à l’exécution de cette construction ; et il mit même tant de promptitude dans les travaux, qu’avant sa mort, arrivée le 19 août 1580, l’église était déjà élevée jusqu’à la toiture. Ou termina promptement l’édifice , puis on en fit la dédicace. Mais il fut décidé, dit un historien du pays, que, comme complément de ce vœu et en mémoire de la cessation du fléau, le doge, accompagné de son conseil, des ministres, des ambassadeurs étrangers et des sénateurs, visiterait solennellement chaque année cette église le troisième dimanche du mois de juillet , qui était le jour où se célébrait la fête du Rédempteur du monde.
A l’époque où nous nous trouvons, Palladio avait déjà construit, à Venise, l’église de Saint-Georges le Majeur et la façade de celle de Saint-François de la Vigne. Or , ce sont des monuments dans lesquels il avait émis, sous le rapport du plan, de la composition et de la décoration, certaines idées nouvelles en matière de construction d’églises, idées dont il ne s’écarta guère dans sa nouvelle œuvre. En effet, pris dans leurs dispositions générales, ces édifices présentent entre eux un certain air de famille et de parenté incontestable; et l’on remarque, à leur examen, les phases successives et diverses d’une idée qui naît et se modifie , selon les études de l’auteur, mais à laquelle l’artiste va douner enfin tout son développement dans une nou’. elle création , le Rédempteur. La seule manière d’apprécier le mérite de cette dernière œuvre, c’est de l’étudier au point de vue des idées classiques, c’est-à-dire dans les rapports qu'elle présente avec les ? ègles théoriques des monuments de l’architecture romaine que Palladio s’était proposés pour modèles et qu’il avait choisis pour guides dans ses études et dans ses compositions. Examiné à ce point de vue, l’édifice admet ici une critique qu’il ne saurait supporter si l’on envisageait la question de convenance , celle de l’appropriation des formes et des éléments de l’art païen appliqués à la-construction des monuments du christianisme.
Ces réserves faites, passons à la description et à l’analyse: l’église décrit, en plan, la figure d’une croix latine, composée d’une seule nef flanquée de chapelles latérales ; d’un transsept avec coupole et croisillons semi-circulaires; d’une apside renfermant un sanctuaire, et de deux sacristies contre lesquelles viennent s'appuyer deux petits campaniles (*). — Sa longueur, hors œuvre, est d'environ 35 mètres; sa largeur, prise sur là nef et les chapelles, de 14 à 15 mètres; la longueur du transsept de 16 mètres, et la hauteur de la nef, du sol au sommet de la voûte, d’un peu plus de 10 mètres (**).
L’édifice présente, à l’extérieur, tous les éléments, plus ou moins heureusement combinés, de l’architecture antique; et sa masse repose sur un soubassement décoré d’un appareil à bossages, à l’exception du côté de la façade, où l’architecte disposa, pour lui donner plus d’élancement sans doute, un assez haut escalier. La composition de cette façade constitue, à très peu près , une imitation gréco-romaine. Son ensemble se compose d’une partie centrale, reproduisant l’aspect antérieur d’un temple, dans les entre-colonnements duquel on a élevé une construction avec porte, niches, etc., et de deux ailes dessinant, à droite et à gauche, la position des chapelles latérales. Des constructions supérieures, les unes servent de contre-forts, et les autres indiquent le comble de la toiture; enfin l’ordre d’architecture que Palladio choisit pour la décoration de cette partie fut le composite. On le voit donc, notre architecte, toujours fidèle à son goût pour l’art romain , développait encore ici l’idée émise antérieurement à la façade de Saint-Georges le Majeur et à celle de Saint-François de la Vigne. Eu effet, on y remarque un grand ordre unique avec fronton correspondant au comble de la
(*) Ce plan, assez caractéristique en lui-même, et qui semble dériver de celui d’Alberti à la cathédrale de Modène, inspirera, un peu plus tard, l’architecte Vignole, qui le modifiera encore au Jésus de Rome, où il sera pris, au XVIIe siècle, comme type d’un grand nombre des églises de cette époque.
(**) Une erreur assez importante s’est glissée dans l'établissement des échelles qui accompagnent notre Planche de détails; celle du plan est de vingt-cinq mètres, et celle de coupe de dix mètres seulement.
— STYLE DE LA RENAISSANCE
grande nef, et des portions rampantes de frontons qui correspondent aux pentes de la toiture, ce qui donne à la partie antérieure de l’édifice chrétien l’apparence d’un temple du polythéisme ; mais tels étaient, à cette époque, la force des choses et le goût dominant, qu’on s’inquiétait peu et du symbolisme et de l’orthodoxie : l’idée du siècle passaitbien avant la question de convenance. Au reste, il ne faut pas rendre Palladio responsable d’une erreur qui lui est antérieure; celui-ci ne fit que développer, à Venise, la pensée qu’Alberti avait émise, bien des années auparavant, lorsqu’il éleva la façade de la cathédrale de Modène. — Les faces latérales participent du frontispice, et elles ne se recommandent guère par leur décoration.
L’intérieur est, avons-nous dit, formé d’une seule nef flanquée de chapelles latérales , d’un transsept couronné d’une coupole, enfin , d’un sanctuaire. Comme à la façade , on reconnaît ici un parti pris par Palladio, c’est-à-dire l’emploi d’un grand ordre unique que surmonte un entablement, au-dessus duquel s’étend la voûte où s'élève la coupole. Des ouvertures ménagées, à droite et à gauche, dans les murs latéraux delà nef, donnent accès aux chapelles, qui communiquent encore entre elles par un étroit passage disposé dans les clôtures de séparation. Ces chapelles, ainsi que l’intérieur de la nef, sont éclairées par des espèces de lucarnes dont la disposition est encore un nouvel emprunt fait à l’architecture gréco-romaine.
Il y a peu de chose à dire de la décoration intérieure, qui est simple et selon les vœux du sénat; elle consiste en colonnes accouplées, dans l’entre-colonnement desquelles on a placé des niches ornées de statues, et en un entablement qui règne et court sur tout le développement de l’édifice; quant à la voûte, elle ne présente qu’un vaste berceau dépourvu de toute ornementation.
Sous le rapport de la construction et de la décoration, le transsept et la coupole ne renferment rien de bien saillant. Toutefois, il est, dans le chœur ou l’apside, une particularité du genre qui , nous le pensons, n’a probablement point échappé à l’examen de nos lecteurs : nous voulons parler de la disposition d’une espèce de clôture séparant à la fois et le chœur et l’arrière-chœur, disposition qui convenait parfaitement à une église conventuelle, destinée à un double usage. Cette église, que desservaient les capucins, dont elle avait remplacé la modeste chapelle-, était, probablement aussi, fréquentée par des fidèles laïques; or, cette disposition ou cette interposition de colonnes, érigées à la partie postérieure et délimitant, avec la clôture, un emplacement réservé aux religieux et complètement éloigné du reste des fidèles qui suivaient les offices, nous semble une idée nouvelle et assez heureuse en elle-même. — ■ Mentionnons encore la disposition que Palladio voulut donner aux issues des sacristies : des passages , ménagés dans la partie semi-circulaire des croisillons du transsept, permettent aux prêtres de se rendre aux chapelles sans avoir à traverser l’église parmi les fidèles.
Suivant l’opinion des hommes de l’art, la construction de cette église mérite les plus grands éloges; et sa solidité résulte de la science avec laquelle l’architecte sut calculer et l’épaisseur des murs et celle des contreforts destinés à soutenir la poussée des voûtes. Les murs, les voûtes et la coupole sont . construits en briques, ainsi que les chapiteaux intérieurs ; tandis que les portes , les baies, les impostes , les entablements, les bases, les tailloirs et toute la façade sont en pierre d’Istrie.
Telle est, aussi brièvement que possible, la description du Rédempteur , ce nec-plus-ultrà du classicisme moderne. L’étroit espace qui nous est accordé ne nous permet guère d’aborder plus longuement la partie critique ; toutefois, nous ajouterons que , comme toute pensée engendre presque toujours des idées mauvaises, nous allons voir bientôt l’œuvre de Palladio subir certaines modifications et devenir le point de départ d’un autre genre de constructions religieuses où la lourdeur va prendre la place de la simplicité et où la surcharge des ornements de tout genre remplacera la sobriété qu’on remarque dans cette église. Or, nous verrons alors ce monument servir, non pas de type, puisqu’il y eut modification, mais d’inspiration, mais de transition à cette autre architecture formulée en Italie vers la fin du XVIe siècle et pratiquée dans tout le nord de l’Europe pendant le XVIIe, sous le nom de Slxjlc jésuitique ou des Jésuites. C’était là un point qu’il nous a paru convenable d’indiquer ici comme étant celui du départ de créations nouvelles , en matière de composition d’églises, et le type d’où elles émanèrent assez probablement.
— BIBLIOGRAPHIE
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La petite ville de Gisors, située sur la rive droite de l’Epte. à mi-chemin de Paris à Rouen , était autrefois la capitale du Vexin normand et le chef-lieu d’un bailliage auquel elle donnait son nom. Elle existait dès le Xe siècle, car les historiens rapportent qu’en 940 elle fut démembrée du domaine royal par Louis II, et donnée par lui à Guillaume, duc de Normandie ; mais elle ne commença à devenir célèbre que vers la fin du XIe siècle, lorsque Guillaume le Roux , aussi duc de Normandie , voulant fortifier sa frontière , y fit élever , d’après les plans de Robert de Rellème, célèbre ingénieur de ce temps , le château dont on peut admirer encore aujourd’hui les ruines imposantes et pittoresques.
En 1 S 30 il y eut à Gisors une entrevue entre Henri 1er, roi d’Angleterre, et le pape Calixte II , dont un schisme avait nécessité la présence en France, et qui s’offrit comme médiateur afin de faire cesser la guerre entre les deux pays. En 1158 Louis le Jeune réunit Gisors à la couronne; mais trois ans après, sa fille Marguerite porta cette ville en dot au roi Henri II d’Angleterre. Ce dernier augmenta beaucoup la force du château en l’agrandissant et en y faisant faire de nombreuses réparations.
C’est près de Gisors qu’en 1 188, sur la nouvelle de la prise de Jérusalem par Saladin, eut lieu la conférence entre Philippe-Auguste et ce même Henri II , à la suite de laquelle la France et l’Angleterre se croisèrent pour arracher la Palestine aux Sarrasins. Ayant successivement appartenu aux comtes de Vexin, à l’abbaye de Saint-Denis, aux ducs de Normandie, aux rois d’Angleterre et aux rois de France, Gisors resta définitivement en la possession de ces derniers, en conséquence de la paix conclue entre Philippe-Auguste et Richard Cœur de Lion, l’an 1 195.
La ville de Gisors renferme deux monuments qui sont chacun d'un haut intérêt : l’église et le château. Celui-ci , dont la masse remonte au XIIe siècle, est un des plus curieux et des plus importants de la province. Il se compose d’une enceinte extérieure munie de tours, et d’un donjon élevé sur une seule motte artificielle et entouré d’une seconde enceinte qui lui est propre. L’église est dédiée à saint Gervais et saint Protais; anciennement, alors que Gisors possédait trois couvents d’hommes et quatre de femmes, elle était la seule paroisse. Elle date de deux époques distinctes : le chœur appartient au XIIIe siècle ; la nef et la façade occidentale sont du XVIe. Cette dernière partie, dont nous donnons 1 élévation et les détails, est d une grande richesse, et passe avec raison pour une des plus belles qui aient été élevées par la renaissance. C’est d’ailleurs une construction privée de symétrie et d’unité ; elle est en effet formée de deux parties, chacune incomplète, et n’ayant entre elles aucun rapport de lignes, de plan ni de style , à ce point qu'on croirait voir deux portions de façades d’édifices différents, entées l une sur l’autre par l’effet du hasard et non par celui d’une volonté d’artiste. Ces deux parties sont sans doute postérieures l’une à l’autre, comme 1 indique leur caractère ; mais la disposition biaise de la tour inachevée du midi (Voir le plan) n’en est pas moins une excentricité fort peu explicable , et dans tous les cas que rien ne peut justifier.
Le portail est formé par une grande arcade en plein cintre, ébrasée; au centre est un trumeau orné d’une statue de la Vierge. Au-dessus de cette statue se trouvaient celle de Jésus-Christ, et dans les niches latérales celles de David et d'Isaïe. Dans îe tympan de l’arc on voit un bas-relief représentant le songe de Jacob. Audessus du portail est un espace couvert de sculptures dont il ne parait pas que les figures aient une signification hiératique; puis , comme couronnement, vient un petit portique à trois arcades qui ne manque pas d’élégance , mais qui , bien loin d’avoir sa raison d’être , cache au contraire la grande fenêtre de claire-voie du mur de face de la nef. Des niches sont pratiquées dans les deux contre-forts qui flanquent le portail , et des statues leur servent d amortissement.
La tour du nord-est est fort élégante. L’étage qui renferme le beffroi est percé sur chaque face de deux baies en plein cintre, dans lesquelles on a placé un réseau du goût le plus singulier. Les statues qui ornent les contre-forts de cet étage, ses médaillons à figures, sa balustrade divisée par des acrotères, contribuent à lui donner un aspect très-pittoresque; il est surmonté d’un autre, octogone en plan, dont l’amortissement, fort caractéristique, mais peu monumental , conviendrait mieux, comme tous ceux de cette espèce, à un vase qu’a une construction en pierre; la tour du midi, qui s’ajuste si mal avec le reste , est tout à fait dans le goût classique ; elle est formée de trois ordres placés l’un sur l’autre. Suivant la règle, l’ordre inférieur est dorique, le second ionique, et vraisemblablement le troisième, resté incomplet, aurait été corinthien.
(*) C’est par erreur que quelques épreuves portent le titre de Cathédrale de Gisors.
— STYLE DE LA RENAISSANCE
A l’intérieur, l’église de Gisors est également digne d’attention. Les bas côtés étroits, comme cela est commun au XVIe siècle, ont des nervures compliquées et formant différents dessins. Plusieurs piliers sont contournés en hélice et chargés de sculptures. Ainsi , sur le premier, à droite en entrant, on voit des tanneurs qui se livrent à leurs travaux ; sur un autre , curieux par ses formes prismatiques qui ne sont pas sans analogie avec des cristallisations , et qui paraissent avoir eu surtout pour but de donner une haute idée des connaissances en stéréotomie de l’appareilleur , on observe des attributs de pèlerin ; sur un troisième sont des dauphins. Ces différents emblèmes, dont on retrouve de nombreux exemples à la même époque, prouvent ce que l’histoire établit d’ailleurs , c’est que souvent chaque partie d’une église était le résultat particulier des libéralités de seigneurs, de bourgeois ou de corporations d’ouvriers, dont on récompensait le zèle en leur permettant de placer leurs armoiries sur la partie de l’édifice dont ils avaient fait eux-mêmes les frais.
On voit encore dans l’église un bas-relief représentant un cadavre qu’on a souvent, quoique probablement à tort, attribué à Jean Goujon, et l'on y remarque aussi un magnifique porte-orgue de style composite, dont les colonnes sont cannelées en hélice.
— BIBLIOGRAPHIE
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2U Taylor et Cli. Nodier. Voyage pittoresque dans l’ancienne France : Normandie; 2 vol. in-fol., pl. ; Paris, 1820.
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ÉGLISE DE VÉTHEIJIL (portails),
L’église Notre-Dame de Vétheuil (*) date de trois époques très-distinctes : le chœur a été bâti par Henri II, roi d’Angleterre, vers la fin du règne de Louis le Jeune ; le clocher est du XIVe siècle ; on l’attribue à Jeanne d’Évreüx, troisième femme de Charles le Bel, morte en 1370. La sacristie porte le millésime de 1533 ; elle a donc été construite sous François Ier. C’est aussi sous le règne de ce prince et de son successeur qu’ont été élevés la nef actuelle, le portail de l’ouest et ceux des croisillons. Le monument, achevé en 1550, n’a été consacré qu’en 1588.
La façade occidentale de l’église de Vétheuil est formée d’un portail flanqué de deux ailes : celles-ci sont nues, et aucune baie n’y est pratiquée. Elles sont munies, chacune, de deux contre-forts carrés, assez peu saillants, et couronnées par une balustrade à jour. Le portail est en avant-corps et s’appuie de chaque côté sur deux tourelles carrées contenant des escaliers (Voir le plan, fig. 2), et qui le butent puissamment. Il est divisé en trois étages dont la hauteur va en diminuant.
L’étage inférieur, à lui seul plus élevé que les deux autres ensemble, atteint à peu près la même élévation que les ailes. Il est percé de deux portes surbaissées, séparées par un trumeau orné d’une statue représentant la Charité. Cette statue, couronnée d’un dais, porte sur une sorte de colonne courte (fig. 3), dont le chapiteau est orné d’oves et de feuilles de vigne, et qui s’appuie elle-même sur un piédestal. Au-dessus des portes sont trois niches en plein cintre, surmontées de petits frontons à arabesques. Elles sont couronnées par un grand arc archivolté, également en plein cintre, dans les tympans duquel sont deux médaillons circulaires. Le ressaut que présentent les tourelles est décoré de niches superposées, et surmontées d'espèces de dais pyramidaux, dont l’amortissement est, suivant un usage bien commun à la renaissance, un petit temple à coupole. Au bas de ces niches sont placées des colonnes courtes semblables à celle du trumeau, et pareillement élevées sur un piédestal, qui, en se prolongeant, forme un soubassement aux parties latérales du portail; ce portail est couronné par un entablement complet, à triglyphes (fig. 4), dont les métopes sont garnies de patères; il est surmonté par un fronton peu élevé. Dans le tympan de ce dernier était sculpté un bas-relief dont les figures ont été détruites, probablement à l’époque où furent enlevées les statues qui garnissaient jadis les niches, comme le prouve une petite gravure d’Israël Sylvestre.
Au second étage, des colonnettes exhaussées sur un stylobate peu élevé, sont engagées dans les angles des tourelles, que relie entre elles un garde-fou à balustres, appuyé sur le fronton dont nous venons de parler. Dans la partie centrale existent deux fenêtres assez étroites, à droite et à gauche desquelles on voit de grandes patères sculptées. Dans les tympans de leurs arcs plein cintre sont aussi sculptés de ces petits médaillons encadrant des tètes, dont fut prodigue la renaissance, et que de nos jours on ne cesse de pasticher avec le plus déplorable acharnement. Des impostes s’élèvent de petits pilastres ioniques qui atteignent l’architrave de l’entablement terminant le second étage. Cet entablement se continue sur les tourelles, et a sa frise ornée de coquilles.
Le troisième étage est fort simple. On y remarque trois faux œils-de-bœuf et un garde-fou, aussi à balustres, qui, comme celui du second étage, relie les tourelles. Celles-ci ont un quatrième étage. Ce dernier a éga lement des colonnes engagées dans ses angles, mais ii est octogone en plan, et les espaces triangulaires résultant de la différence de sa forme avec celle de l'étage situé au-dessous, sont rachetés par des vases qui y sont posés. Des dômes à imbrications, dont l’amortissement est un ornement bizarre, coiffent les tourelles. On remarque, à la naissance de ces dômes, des espèces de cartouches, au centre desquels sont placées des boules. Peut-être n’est-ce pas sans quelque intention qu’on a fait choix de cet ornement singulier, car on le retrouve faisant le plus mauvais effet sur le rampant du fronton en arc de cercle qui forme le sommet de la partie centrale de la façade. Ce fronton, au bas duquel est un troisième garde-fou à balustres où l’on distingue des écussons, termine malheureusement l’ensemble de l’élévation ; par sa lourdeur et sa gaucherie, il contraste d’une manière choquante avec l’élégance des tourelles qui l’accostent.
La fig. 5 est le plan , et la fig. 6 est la coupe , du portail méridional, qui, par un agencement peu commun, fait saillie à l’intérieur de l’édifice. Il offre, comme on le voit, une grande analogie avec celui que nous venons de décrire, c’est le même système de composition et d’ornementation. On remarque qu’il est disposé en porche, suivant l’usage des siècles précédents, usage nécessité par plusieurs motifs, et
(*) Le bourg de Vétheufl, en latin Vethelium , est situé sur la rive droite de la Seine, à 8 kilomètres de Mantes , dans le departement de Seine-et-Oise.
— STYLE DE LA RENAISSANCE
malgré cela abandonné définitivement vers la fin da XYIC siècle, pour satisfaire à une niaise manie d’élever des portiques à la manière antique, dont le moindre inconvénient est de n’abriter en aucune façon ceux qui s’y réfugient. Et , à ce sujet, nous ferons observer que ceux qui créèrent le premier style de la renaissance, tout en se laissant aller à l’engouement, né de l’esprit de courtisanerie et de pédantisme, avec lequel furent accueillis les types de l'art italien, furent loin de se montrer aussi absurdes que ceux qui leur succédèrent. Sans doute, ils eurent un tort immense en s’efforçant de greffer sur un art complet et magnifique les ornements d’un autre qu’il ne pouvait absolument comporter , mais au moins ils ne perdirent pas de vue les grands principes qui doivent avant tout régir la science de l’architecture, c’est-à-dire, l’appropriation des édifices à leur destination, la compatibilité des matériaux avec le système de construction, la solidité. Aussi remarque-t-on que, lorsqu’ils se décidèrent à bâtir des églises dans le nouveau style , qu’ils réservaient de préférence pour les constructions civiles, ce qui prouve assez qu’il n’était pour eux qu’une affaire de mode, ils se gardèrent d’employer les entablements droits, qui ne se soutiennent qu a la condition d’ètre monolithes; mais ils restèrent fidèles aux arcs et aux voûtes à nervures, qui offrent de si immenses avantages sur les autres. Ils ne construisirent pas non plus de toits obtus, comme cela peut convenir dans les contrées où le ciel est toujours pur, mais ils firent, comme auparavant, des combles élevés, afin de faciliter l’écoulement des eaux pluviales de nos longs hivers; ils ne dressèrent pas des murs sans appui, à l imitation de ceux des temples antiques, qui ne portaient rien, mais ils continuèrent l’emploi des arcs-boutants, qui assurent la durée des voûtes ; ils ne songèrent point enfin à modifier les plans d’édifices religieux qu’un long et saint usage avait consacrés, mais ils les conservèrent respectueusement, peu soucieux de faire ressembler une église placée sous l’invocation delà Vierge, à un monument dédié à Vénus ou au dieu de la luxure. Telle fut, au contraire, l’ambition de ceux qui vinrent après eux ; on sait quels résultats elle a produits.
— BIBLIOGRAPHIE
Nous ne connaissons aucun ouvrage où se trouvent des renseignements sur l’église de Vétheuil; nous devons ceux que nous avons donnes à l’obligeance de M. le curé de la paroisse, qui les a extraits en partie des archives de la fabrique. Lui en laissant le mérite, nous lui en laissons également la responsabilité.
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