CATHÉDRALE D’AUCH
transformation des moulures prismatiques du XVe siècle ; ils portent des arcs ogives. Au-dessus règne une galerie , dont les baies , écrasées , sont munies d’une balustrade et fermées chacune par un arc surbaissé dont l’intrados s’appuie sur quatre meneaux ; agencement maladroit et laid, qui semble plutôt un étalement qu une disposition architectonique. Le troisième étage est formé par les fenêtres de la claire-voie, divisées en trois jours , et dont le réseau est remarquable par son mauvais goût. Les maîtresses-voûtes, de même que celles des bas-côtés, sont d’arête, avec croisées d’ogives, arcs doubleaux et formerets; elles s’élèvent à près de 27 mètres au-dessus du sol. En entrant dans la nef , on passe sous la tribune de l’orgue, qui est voûtée , couronnée d’une balustrade, et soutenue par des arcades dont les pieds-droits sont ornés de pilastres corinthiens. Cette tribune occupe toute la première travée.
Le transsept offre à chacune de ses extrémités une porte divisée en deux par un trumeau , et richement sculptée. On lit sur celle du midi une inscription qui indique que c’est François II de Clermont qui l’a fait élever. La façade de chaque croisillon' est flanquée de deux tours carrées qui se terminent en dôme, et sont surmontées d’une boule posée sur un piédouche. Elles renferment des escaliers qui conduisent aux galeries extérieures et intérieures de l’édifice.
Le chœur présente , en élévation , une disposition semblable à celle de la nef ; mais il n’a que quatre travées dont la dernière est plus étroite que les autres. Un jubé est placé à l’entrée, et le ferme complètement. Ce jubé consiste en un ordre corinthien , à colonnes accouplées , de marbre de Languedoc. Au milieu est une porte en avant-corps, sur le sommet de laquelle sont les statues des évangélistes assis près d’une table. Au-dessus de la corniche est une balustrade en marbre rouge d’Italie, dont les acrotères portent les statues de la Vierge, de saint Jean , de David et de Josué. Mais ce qui , surtout , rend le chœur fort curieux, c’est, d’abord, une suite de magnifiques stalles en chêne, disposées sur deux rangs, couvertes de figurines , de panneaux , de feuillages , et pouvant rivaliser, par la richesse de leur ornementation, avec les plus remarquables de 1 époque; ce sont ensuite les célèbres vitraux, qu’il faut classer parmi les œuvres d’art les plus importantes qu’ait produites la Renaissance.
On sait la marche qu’a suivie l'art du peintre-verrier. Les vitraux ne furent d’abord formés que d’un assemblage de morceaux de verre teint dans la pâte, dont on composait des mosaïques, dans lesquelles les détails étaient sacrifiés à l’ensemble , de telle sorte qu’il en résultait une harmonie admirable , qui ne nuisait nullement à l’éclat des couleurs. A l’époque où furent exécutées les verrières d’Auch, il en était tout autrement. L’usage des émaux appliqués au pinceau , qui s’était propagé au XV* siècle , avait fait prendre à l’art une voie qui pouvait le séduire d’abord , mais qui devait le mener à sa perte. L’analogie des nouveaux procédés avec ceux de la peinture à l'huile avait peu à peu suggéré l’idée de viser à produire des effets semblables à ceux qu on obtient par cette dernière. De là l'emploi des tons clairs , le modelé rigoureux , les lointains en perspective , toutes choses que ne comporte pas la peinture sur verre. 11 résulta de ce système que si jamais les couleurs n avaient été plus pures, plus étincelantes, les verrières avaient néanmoins perdu b aspect grave, saisissant, qu elles avaient trois siècles auparavant. Ceci a probablement dû contribuer, au reste, à rendre fréquent l’usage des vitraux dans les constructions civiles, où le demi-jour des anciennes églises eût été inutile et même nuisible. Ce qui est certain, c’est qu’au XVIe siècle les vitraux de couleur étaient partout extrêmement communs. « Une chose surprenante, dit Pierre Levieil dans son Traité, c’est la quantité prodigieuse des ouvrages de peinture sur verre de ce temps, dont furent garnis non-seulement les palais de nos rois, les églises, les maisons des grands, mais encore les lieux d’assemblées publiques dans toutes les villes , les oratoires , les cloîtres des monastères , les salons des riches, les appartements des simples particuliers, etc. » Or. comme une pareille multitude de verrières ne pouvait être exécutée que par un grand nombre de peintres , et que , d’un autre côté , les renseignements sur les artistes de la Renaissance ne sont pas trop rares, il est assez singulier qu’oune connaisse pas mieux les auteurs des innombrables vitraux exécutés alors. On ne peut en citer, en effet , qu’un petit nombre ; et sur tous, à l exception de Jean Cousin et de Bernard de Palissy, qui ont dû leur célébrité à autre chose, les notions biographiques manquent. Ainsi on ignore complètement quelle fut la patrie de celui qui dota la cathédrale d’Auch des vitraux qui font son principal ornement ; on ne sait pas davantage de qui il fut élève, en quelle année il naquit, quand il mourut ; tout ce qu’on connaît de lui , c’est son nom, qu’une inscription, ainsi conçue , a sauvé de l’oubli :
« Lo XXV DE JUHN MIL V CENS XIII FON ACABADES LAS PRESENS BERINES EN AUNOUR DE DIOU ET DE NOSTD. »
Arnaud de Moles (*).
(*) Cette inscription, écrite, ainsi qu’on voit, en patois gascon, se lit sur un vitrail situé dans la première chapelle du collatéral droit du chœur.
— STYLE DE LA RENAISSANCE
Ce qui signifie : Le 25 juin 1513 furent achevées les présentes vitres en l’honneur de Dieu et de Notre- Dame.
Nos planches reproduisent les trois spécimens les plus intéressants des verrières d’Auch. Sur la première est représentée la rose occidentale, qui se trouve placée au-dessus de l’orgue. Cette rose , dont l’architecture appartient au style flamboyant dégénéré de la Renaissance, et dont les peintures paraissent postérieures à l'époque d’Arnaud de Moles , forme trente-deux principaux compartiments , occupés par dix-sept figures d’anges en prières, huit chérubins personnifiés par des tètes d’enfants garnies d’ailes, et sept figures de femmes , également en prières, mais dont le caractère hiératique n’est pas bien indiqué. Au centre se trouve le buste de la Vierge, qui est nimbée , et entourée de rayons lumineux qui lui constituent une sorte d’auréole.
L'autre planche contient deux fenêtres : dans l’une, la plus étroite, qui se trouve dans la chapelle de Saint- Louis (*), on voit trois figures principales , se détachant sur une draperie soutenue par des anges. Ces figures , ainsi que l’attestent des inscriptions, sont celles des prophètes Jérémie et Naurn et celle de la sibylle Agrippine ; elle est armée d’un fouet, parce quelle a prédit la flagellation, laquelle est représentée au-dessous. L’autre fenêtre fait partie de la chapelle Saint-Jacques (**). Elle est divisée en quatre jours remplis chacun par un grand personnage en pied. Le premier à gauche est Abraham revenant de combattre quatre rois ; le second est Melchisedech venant au-devant du vainqueur lui offrir le pain et le vin ; le troisième est l’apôtre saint Paul ; enfin la quatrième figure est la sibylle de Samos , portant un berceau , parce quelle a prédit la naissance de Jésus- Christ. Au-dessous sont quatre sujets analogues : deux représentent le sacrifice d’ Abraham, le troisième la conversion de saint Paul, et le quatrième figure la Crèche. On lit sur ces panneaux les inscriptions suivantes ; sur le premier: « noli trucidare manu tua puerum tuum ;» sur le troisième: «saule, saule, quid me persequeris? » et sur le quatrième : « vingt et quatre ans eut sibylle samie quand elle dis. »
L’œuvre d’Arnaud de Moles a toutes les qualités et tous les défauts des verrières du commencement du XVP siècle. Les couleurs sont étincelantes, mais l’ensemble manque d’harmonie; le dessin est large, mais lourd; les formes savantes, mais maniérées; l’exécution habile , mais la conception dénuée de grandeur. On y chercherait vainement des traces du sentiment religieux et grandiose du XIIe et du XIIIe siècle. Il y a là de fastueux seigneurs, de coquettes châtelaines, de riches bourgeois, de florissants chanoines et de vigoureux soudards, mais il n’y a pas d’apôtres , pas de vierges , pas de martyrs , pas de bourreaux aux inspirations sataniques : art singulier vraiment , et bien caractéristique d’une époque de décadence, qui, prenant ses types dans une nature vulgaire, ne sait ni les colorer d’une teinte poétique ni leur laisser leur simplicité.
(*) Cette chapelle est formée par la première des apsidioles, au midi.
(**) La troisième du collatéral nord du chœur.
— BIBLIOGRAPHIE
lu D. Louis-Clément de Brugelles. Chronique ecclésiastique du diocèse d’Auch. Toulouse, 1740, in-4°.
2° Le Viel (Pierre). Traité de la peinture sur verre. Paris, 1774 , in-fol. et in-4°.
3° Alex. De Laborde. Monuments de la France classés chronologiquement. Paris, 1810-183.6. 2 vol. in-f°, pl.
4° G. Letlu. Description de l’église métropolitaine du diocèse d’Auch. Auch, 1835, in-f°, pl
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