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CATHÉDRALE D’ÉVRIXX (boiseries).
L’histoire des anciennes cathédrales est généralement féconde en récits de dévastations et d’incendies; mais nulle peut-être n’a eu plus à souffrir des ravages des hommes que la cathédrale d’Évreux, qui, du IXe au XIVe siècle, n’a pas été détruite moins de cinq fois , et toujours à la suite de guerres. Elle n’était heureusement pas destinée à périr, car toujours rebâtie, plusieurs fois même par ceux qui l’avaient renversée, elle s’élève encore aujourd’hui plus majestueusement que jamais sur le lieu même où cinq fois elle a cessé d'exister.
L’origine de la cathédrale d’Évreux est complètement inconnue, car il n’existe seulement pas de tradition qui s’y rapporte. Le plus ancien fait historique qui en établisse l’existence ne date que de l’invasion des Normands, par lesquels elle fut incendiée. Cet événement, arrivé vers la fin du IXe siècle , fut bientôt suivi d’une reconstruction de l’édifice , reconstruction qui eut lieu par l’ordre du fameux Rollon , auquel , comme on sait , Charles le Chauve avait cédé la Neustrie. Ruinée de nouveau, la cathédrale d’Évreux fut rebâtie vers le milieu du XIe siècle , et la dédicace en fut faite en 1072 par les archevêques de Cantorbéry et d’York , sur la prière de Gislebert, alors évêque. En 1 1 19, elle fut brûlée par le roi d’Angleterre Henri Ier, qui en 1125 la fit réédifier, et avec tant de générosité , que cette nouvelle église fut considérée comme la plus belle de la Normandie. Sa beauté et sa réputation ne trouvèrent néanmoins pas grâce devant l’ambition de Philippe-Auguste, Ce monarque l’incendia le jour de la Pentecôte 1194. Elle fut relevée de ses ruines par l’évêque Robert de Price.
En 1351, du temps de Charles le Mauvais, comte d’Evreux et roi de Navarre, les Anglais la détruisirent encore une fois. Après quoi, on se prit à la rebâtir. C’est de cette époque que datent le chœur actuel et ses collatéraux, ainsi que ceux de la nef et toutes les chapelles qui entourent l’église. Ces travaux furent exécutes aux frais des rois Jean le Bon et Charles V, des évêques d’Évreux, du chapitre, des comtes d’Évreux et de quelques autres personnages de distinction.
La lanterne et le clocher à jour qui la surmonte , le croisillon méridional , la chapelle de la Vierge , les deux sacristies, la bibliothèque, les voûtes des collatéraux de la nef avec les relancis pratiqués dans les piliers, et d’où naissent les nervures des voûtes, furent exécutés sous Louis XI, de 1464 à 1471 ; le croisillon nord et le portail qui le ferme furent élevés sous l’épiscopat d’Ambroise le Veneur, de 1511 à 1532. Le portail occidental, la grosse tour du nord jusqu’à l’étage où se trouvent les cloches , les murs et les fenêtres des chapelles apsidales, furent construits sous l’évêque Gabriel le Veneur. Ces travaux étant terminés en 1547 , on considéra l’église comme un nouvel édifice, et on répéta les cérémonies de la dédicace.
La tour septentrionale du grand portail fut construite aux dépens du chapitre et de la fabrique , vers le milieu du XVe siècle. La grosse tour ne fut achevée que vers la fin du XVIe. Un prêtre chapelain de la cathédrale , nommé M. Martin, en fit les frais. C’est également du XV* et du XVIe siècle que date en général la façade principale; mais on y distingue des parties plus anciennes. Ainsi les arcs-boutants de la nef avec leurs colonnettes monolithes datent du XIVe siècle, ainsi que les contre-forts de ces mêmes arcs-boutants, auxquels furent plus tard ajoutés des pinacles. Il existe même des arcades romanes dans la nef; ce sont celles qui servent à soutenir le buffet d’orgues.
Formée ainsi de parties appartenant à diverses époques , la cathédrale d’Évreux offre de nombreux sujets d’études architectoniques à l’archéologue ; elle possède de plus de magnifiques vitraux colorés en grisaille , dont malheureusement le plus grand nombre sont en mauvais état; une châsse magnifique et célèbre, monument d’orfèvrerie du XIIIe siècle, celle de saint Taurin; enfin de très-nombreuses boiseries du XIVe au XVIe siècle, parmi lesquelles les plus précieuses sont les stalles du chœur, appartenant au premier de ces deux siècles , et conséquemment remontant à une époque où elles deviennent rares.
Soit parce que le bois, matière assez facilement corruptible, n’a qu’une durée limitée, soit plutôt parce que l’art de la menuiserie était peu cultivé alors, il n’existe que fort peu de boiseries de l’époque romane, et toutes, à quelques exceptions près, telles que les portes de Sainte-Marie du Capitole, à Cologne, ne présentent que peu d’intérêt, ne consistant qu’en des fragments où l’ornementation est presque nulle. Ce n’est guère qu’à partir du XIIIe siècle que les ouvrages de menuiserie, en devenant plus communs , tout en restant encore fort rares, ont laissé des restes assez nombreux pour qu’on puisse commencer à se rendre compte de 1 état de la sculpture sur bois à cette époque. Déjà habilement traitée , elle paraît être restée à peu près exclusivement dans le domaine de l’ornementation architectonique, reproduisant les moulures et les feuillages habituels de la sculpture sur pierre, et appelant à son aide la peinture ainsi que la serrurerie. La seconde moitié du XVe siècle et la première du XVIe sont les époques les plus brillantes pour la menuiserie ; elle atteignit alors les
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dernières limites de la richesse, de l’élégance et de l’habileté d’exécution. Les innombrables boiseries qui furent exécutées alors , stalles , buffets d’orgues , jubés , clôtures, retables , bancs , bahuts , crédences , panneaux , etc., révèlent une singulière richesse d’imagination de la part de leurs auteurs, et par leurs formes ravissantes font singulièrement honte à nos fabricants de meubles modernes. Ces boiseries, au reste , sont parfaitement connues de tout le monde , car elles encombrent les cabinets d’amateurs , et l’on en découvre chaque jour dans les campagnes , consacrées aux usages les plus vulgaires. L’art de la sculpture sur bois, de même que l’art de la serrurerie, s’il a suivi le mauvais goût qui n’a pas cessé d’empirer depuis le XVIe siècle, dans tout ce qui touche à l’architecture , a été néanmoins fort habilement traité jusque dans le milieu du XVIIIe. Les monuments publics sont pleins d’œuvres capitales en ce genre. C’est encore là un art qui est mort, et qu’a remplacé une misérable industrie, celle du plaqué et du carton-pierre.
Nos planches représentent différents spécimens des clôtures des chapelles de la cathédrale. Ces boiseries magnifiques doivent avoir été exécutées dans la première moitié du XVIe siècle. On y retrouve la fécondité de motifs, le goût et l’habileté qui caractérisent l’école normande de la Renaissance , et la placent si haut dans l’histoire de l’art français.
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