MAISONS A ROUEN
L’architecture civile du XVIe siècle n’indique pas seulement une transition de style entre l’architecture domestique du moyen âge et celle de nos jours; elle révèle également une transition dans les usages et les besoins des populations chez lesquelles elle s’est développée ; elle nous est d’ailleurs connue d’une manière assez satisfaisante, car les maisons qui en ont conservé le caractère sont assez communes, et dans quelques villes même on trouve des rues et jusqu’à des quartiers entiers qui ont conservé presque intacte la physionomie de la Renaissance. Un des motifs qui ont sans doute contribué à faire parvenir jusqu’à nous un certain nombre de maisons du XVIe siècle, c’est que, jusqu’à des temps fort rapprochés de nous, ces maisons pouvaient servir d’habitations aux classes pauvres tout aussi bien que celles construites beaucoup plus récemment. L’observation des principes d’hygiène, et la commodité de la distribution dans les maisons peu importantes, ne datent guère que du XIXe siècle. Antérieurement à la révolution, la bourgeoisie aisée pouvait seule atteindre au confortable dans ses habitations.
Au XVI" siècle, la très-grande majorité des maisons des villes n'étaient encore construites qu’en pans de bois. Seulement, à ce qu’il semble, le luxe d’ornementation n’y était pas rare. En effet, dans les anciennes villes, c’est quelque chose de très- fréquent que de rencontrer des maisons, ayant d’ailleurs perdu presque entièrement leur aspect primitif, dont les poteaux corniers, les poteaux d’huisserie ou les poitrails sont encore chargés de moulures, d’arabesques ou de figurines. Au reste, la sculpture n’était pas seule employée comme décoration; on se servait également, dans le même but, de combinaisons de briques, et quelquefois aussi de carreaux en terre cuite, couverts d’émaux ou vernis de diverses couleurs.
Les deux maisons dont nous donnons l’élévation , sont construites en charpente, et situées rue de la Grosse- Horloge, à Rouen; ce sont les plus riches et les plus élégantes de ce genre que renferme la ville, et il serait fort difficile d’en trouver ailleurs de plus splendides. Elles sont, comme on voit, entièrement couvertes de sculptures, et ne constituent certainement pas un des moindres chefs-d’œuvre de cette capitale normande, si pleine encore de monuments précieux. La première de ces maisons, qui forme les nos 115-117, est d’un travail très -remarquable par son fini; elle porte sur un de ses murs la date de 1523, qui se rapporte parfaitement à son style. On ignore la date de la seconde, qui forme les nos 129-131 ; on a supposé qu’elle était antérieure à l’année 1 520, car c’est cette même année qu’il fut défendu, pour la première fois, de construire en encorbellement sur la voie publique, et cette maison présente un second étage en saillie sur le premier. Cette disposition devait être tolérée antérieurement, car il en existe de nombreux exemples. On croit quelle avait pour destination, en rendant les étages supérieurs plus vastes, d’abriter les passants dans la rue, où tombaient alors sans obstacle toutes les eaux pluviales des toits, dépourvus de gouttières. Afin de mieux atteindre ce but, on disposait également les maisons en avant-soliers ou galeries, qui permettaient de circuler également défendu contre la pluie et le soleil. Ces galeries, dont nous trouvons encore un exemple à Paris dans les Piliers des halles, avaient plus d’une analogie avec nos modernes passages.
— BIBLIOGRAPHIE. -
1° nelaquerrière. Description historique des maisons de Rouen. 2v. in-8°. I 2° Willemin. Monuments français inédits. Paris, in-fol., pl 1821-41.