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LA LOGE DES LANCES A FLORENCE

C’est sur la place du Grand-Duc à Florence, où l’on peut, pour ainsi dire, faire un cours complet de l'histoire de l’art florentin, que se trouve située la Loggia dei Lanzi , loge des Lansquenets ou soldats allemands. En 1355, les Florentins ayant acheté plusieurs maisons pour agrandir la place du Palais de la Seigneurie, voulurent élever une magnifique loge ou galerie, ou portique couvert, d’où le peuple, rassemblé au son des cloches de la tour du Palais vieux, entendrait la lecture des lois de la république. Là, on installait aussi le gonfalonier, et c’est encore sous ces arcades, qu’on peut appeler les anciens rostres de Florence, que les généraux recevaient le pouvoir du commandement ainsi que les insignes de chevalier. Pour l’exécution de son projet, la république ouvrit un concours où chaque artiste fut admis à proposer ses plans pour cette grande entreprise, en même temps que pour le Mtiment de la Monnaie. Les projets d’Andrea di Cione, que Vasari appelle Orcagna, furent unanimement proclamés supérieurs à ceux des premiers maîtres delà ville (*). La Loge des Lances fut élevée en 1375 en pierre de taille, sur les fondements qui avaient été jetés du temps de Gauthier de Brienne, duc d’Athènes et chassé de Florence en l’année 1343.

La Loge des Lances est un monument offrant un vaste portique ouvert, formé par trois grandes arcades reposant sur quatre piliers carrés, qui ont une grande ressemblance avec ceux du dôme de Sainte-Marie des Fleurs. Les chapiteaux des piliers semblent emprunter leur caractère général au bel et élégant ordre corinthien ; mais ils sont loin d’en avoir la délicatesse et la grâce. Ces arcades, contre l’usage universellement établi en Toscane vers cette époque, ne sont point en ogive, mais à plein cintre. L’étude de l’antique contribuait à refouler peu à peu de l’Italie les influences de notre architecture du nord ; l’arc semi-circulaire de la loge d’Andrea di Cione en est une des innombrables preuves, et notre architecte est un des premiers qui abandonnèrent les détails de l’architecture à ogive florentine dans les nouvelles constructions qu’il était chargé d’élever. Il est un des premiers architectes hardis et originaux dans leurs conceptions, qui commencèrent ce qu’on est convenu d appeler la Renaissance. Nous constatons ici un fait remarquable : c’est que la Loge des Lances, consacrée à un but profane, exclut les réminiscences de l’architecture religieuse, les clochetons, les ogives, et tous les autres détails architectoniques employés encore dans les monuments de la même époque et destinés au culte.

Il est arrivé à Florence, à la fin du XIVe siècle, précisément la mèmechosequecheznous,à Rouen, au commencement du XVIe. Roullant Le Roux éleva, sous le cardinal d’Amboise,en 1509,1a partie de la façade occidentale de la cathédrale de Rouen comprise entre les deux tours. Elle est entièrement dans le style flamboyant, dans le style consacré aux monuments religieux de l’époque; tandis que pour les tombeaux des d’Amboise, placés dans la cathédrale de Rouen, le même architecte a employé le style de la Renaissance , formé d’éléments antiques, qu’il a également appliqué à la belle et élégante galerie de l’hôtel Rourgtheroulde, où l’on admire les beaux bas-reliefs du camp du Drap-d’Or. Nous ne pensons pas que cette circonstance soit le pur effet du hasard, et il est impossible d’admettre que les deux styles employés simultanément par le même architecte, n’aient dépendu que de son caprice. Aux époques dont nous parlons, le sentiment religieux, quoique puissamment affaibli dans les masses, avait cependant encore assez d’empire pour engager les artistes à ne pas se servir du style religieux pour la construction d’édifices profanes. La Loge des Lances de Florence était surtout dans ce cas : son but pouvait permettre à l’architecte une innovation , d’où date la résurrection du style classique pratiqué en Italie pendant le règne des empereurs. Andrea di Cione avait sans nul doute observé et étudié les monuments anciens, qui embellissaient encore l’Italie en bien plus grand nombre qu’aujourd’hui. Son goût le portait à les imiter, et dans le tabernacle-autel d’or San-Michele , il a aussi employé les arcades à plein cintre (**).

L’aspect général de la Loge des Lances est élégant et noble. Les voûtes d’arêtes, dont les croisées d’ogives forment le plein cintre, sont suspendues avec une grande hardiesse sur leurs supports carrés. Mais ce qui est malheureux, c’est que l’on ait été obligé d’employer de forts tirants de fer pour empêcher l’écartement des piliers qui supportent la voûte. Ils sont placés longitudinalement et transversalement au-dessus des chapiteaux. Ces barres de fer sont en général un disgracieux ornement qu’on a été obligé d’employer en Italie quand ou s’est servi de colonnes ou de pilastres isolés pour soutenir des voûtes en pierre. Nos contre-forts et nos arcsboutants sont de l’essence de la voûte, et nos grandes couvertures d’églises, suspendues toujours à 25 et souvent à 40 mètres de hauteur, n’ont pas nécessité les barres de fer que l’on rencontre désagréablement dans

(*) "Vasari, Fie des peintres , sculpteurs et architectes , traduction de Leclanché et Jeanron, tom. I , p. 383.

(**) Voyez notre Notice sur ce magnifique monument dans le présent ouvrage.

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