‹ Monuments anciens et modernes (volume 3)Chapitre 4 sur 55 · ÉGLISE DE SAINT-ZACHARIE A VENISE · texte numérisé non relu

ÉGLISE DE SAINT-ZACHARIE A VENISE

mitant en même temps les collatéraux , composent l’ensemble de cette partie. Les arcades sont formées d’immenses archivoltes, dont les extrémités inférieures viennent retomber sur un ensemble de colonnes et de piédestaux dont nous devons donner ici, eu égard à la singularité de leur disposition, une description particulière. Qu’on se figure donc une base composée d’une série de moulures, avec ou sans ornements, se profilant d’une manière assez gracieuse; au-dessus de cette partie inférieure, un piédestal affectant une forme octogonale et s’élevant à une certaine hauteur; puis, une espèce de base fort simple, un fût de colonne très-court, et enfin un chapiteau corinthien ou composite , et l’on aura une idée assez exacte de cette combinaison dont on reconnaît les défauts lorsqu’on en arrive à l’analyse, mais qui , dans son ensemble, produit un effet assez grandiose et dont on ne peut, tout d'abord , se bien rendre compte. Au reste, cette particularité n’avait point échappé aux judicieuses observations de l’un des savants collaborateurs des Fabbricche ; et, en effet, M. Diedo,dans la notice qu’il a consacrée à l’examen de ce monument, fait très-bien remarquer que ce singulier exemple de piédestaux octogones qui soutiennent* les colonnes, laisse le spectateur dans l’incertitude s’ils ne sont pas un prolongement de leurs fûts. A la vérité, continue-t-il, les fûts de ces colonnes ont été réduits , avec intention, à une proportion beaucoup plus courte que d’ordinaire, et combinés de telle sorte, avec les piédestaux, que ce qui aurait pu, dans l’ensemble, paraître trop maigre et comme trop faible pour soutenir le poids dont il était chargé, contribue ici , au contraire , à lui donner plus d’élancement. Puis , il ajoute que si ce genre de construction n’est pas le plus favorable à l’élégance , il produit cependant un je ne sais quoi de léger , qui conduit presque à oublier que l’église est divisée en trois nefs, et que l’œil, sans être arrêté par un encombrement de pilastres et de pieds-droits, s’y promène si librement, qu’on dirait que tout l’intérieur ne forme qu’une seule et même pièce. Enfin, le judicieux critique complète et termine ses réflexions esthétiques en appuyant sur cette observation, qu’il lui semble que l'architecte, lorsqu’il combina les dispositions de son église, ait eu pour but de proportionner ainsi la hauteur du monument, depuis le sol jusqu’au sommet de la voûte , avec la dimension de deux largeurs de la nef du milieu.

La partie supérieure de la grande nef se compose d’une voûte divisée en trois parties dont deux sont d’arêtes, tandis qu’une troisième, celle qui est voisine du sanctuaire, présente une surface d’une forme circulaire , dite surbaissée, répondant à la coupole située immédiatement au-dessus; des bandeaux fort simples, suivant la courbe de la voûte, séparent chaque travée, et viennent appuyer leurs retombées sur des consoles élégantes , occupant le milieu de la partie supérieure des tympans des arcades de cette nef.

Des trois sections ou travées constituant l’ensemble de chaque collatéral ou bas côté, deux sont décorées d’autels qui forment, ainsi disposés, comme des espèces de chapelles, sans doute dédiées chacune à un saint ou patron particulier, et une troisième qu’on pourrait, à la rigueur, considérer comme transsept, où se voient deux portes d’un dessin et d’une dimension qui répondent assez bien aux autels susmentionnés. Une de ces portes, celle de gauche , conduit à la sacristie, tandis que l'autre donne accès à la vaste chapelle dédiée à saint Athanase , chapelle qui servait autrefois de chœur aux religieuses du monastère. Les voûtes qui surmontent ces bas côtés sont aussi en arêtes, et suivent, de même, la disposition des arcades. Quant aux autels, ils sont élégants, majestueux et riches , surtout celui qui correspond à l’arcade du milieu , à gauche de celui qui entre , et qui est composé de marbres brillants, de mosaïques précieuses et de belles sculptures ; enfin, des oculi ou baies circulaires ont été disposées dans la partie supérieure des parois latérales , et immédiatement au-dessus des autels et des portes, sans aucun doute afin d’éclairer l’intérieur du monument, et de décorer, par cette addition, 1er grandes surfaces lisses qui existaient en cet endroit.

C’est à l'extrémité orientale des trois nefs dont on vient de parler qu’est située l’abside; et cette ssconde division du monument présente ici quelques particularités telles, que nous croyons devoir y appeler l’attention de nos lecteurs. Comme dans la plupart des monuments religieux, cette partie postérieure de l'édifice est encore subdivisée en trois autres, qui sont : le chœur, son pourtour et les chapelles absidales. La forme géométrique de cette abside est à cinq pans, c’est-à-dire qu elle donne la moitié du décagone, forme dont participe aussilepourtourduchœurquilimite l’entrée des chapelles. Des trois parties quiconstituentcet ensemble, lechœur ou sanctuaire est, sans contredit, la plus curieuse et la plus intéressante ; sa disposition, dans certains endroits, offre une grande analogie avec les basiliques latines : ainsi , l’on y remarque une partie inférieure, de forme polygonale à la vérité, au lieu d’être circulaire , percée de baies et formée de piliers accouplés, au lieu d’un mur plein; mais, immédiatement au-dessus, se trouve ceUe construction semi-circulaire où était ordinairement placée

— STYLE DE LA RENAISSANCE

unebrillante mosaïque, et enfin, une surface lisse qui surmonte l’ouverture ou l’entrée du chœur, partie qu’on nommait quelquefois, dans les monuments primitifs du christianisme, Y Arc triomphal. Certes, pour tout observateur, de telles analogies, dans la forme et les dispositions, avec les premières basiliques chrétiennes, méritaient bien d’être signalées ; car il est assez probable que l’architecte qui en fit ici l’emploi, dut, peut-être, trouver l’idée première de son chœur dans l’étude particulière qu’il fit à Rome, ainsi que Palladio et autres, de ce genre de monuments ; idée, probablement , qu'il voulut modifier dans l’édifice dont il fut chargé. Au reste , cette partie du monument nous paraît surtout avoir été traitée avec un goût et une recherche vraiment dignes d’éloges ; et, vue :1e l’entrée de la grande nef, elle produit un effet qui n’est nas sans charmes. Aussi , cet aspect n’échappa- t-il point aux observations de M. Diedo. Il est curieux , dit-il, de voir comment l’art, qui n’a point encore atteint son apogée , a su allier, dans cette partie du monument , la beauté de la symétrie latine avec le caprice du style ogival, combinant ainsi, delà manière la plus heureuse, deux genres, sinon entièrement dissemblables, du moins très-différents. Toutefois, nous devons regretter que l’architecte, ne tenant ici aucun compte, il faut le croire, des lois de l’unité, y ait accidentellement introduit l’ogive, en la plaçant dans une série de fenêtres géminées qui surmontent les cinq arcades de la partie inférieure , arcades qui sont , ainsi que nous l’avons dit, supportées par une réunion de quatre piliers ou colonnes, occupant exactement les angles mêmes de la figure que décritle chœur. Notre intention n’étant point de nous occuper ici des divers ornements de sculpture qui décorent cette partie de l’édifice, ornements qui sont, an reste , en fort petit nombre et peu dignes de remarque en cet endroit, nous nous contenterons donc de signaler seulement à l’attention de nos lecteurs le maître-autel, situé au milieu du sanctuaire même, qui est orné des marbres les plus précieux, et dont la forme présente un des plus jolis spécimens de tabernacles à l’époque de la Renaissance.

Reste maintenant , afin de compléter l’ensemble des notions qui se rapportent à la description de l’intérieur de cette église , a dire quelques mots sur les chapelles absidales qui rayonnent autour du chœur. Placées à la partie orientale et postérieure du monument, elles suivent, quant à leur position, le mouvement des arcades de ce chœur. Ces chapelles sont seulement au nombre de quatre, et leur forme géométrique présente une ligne courbe qui excède cependant, pour quelques-unes, la forme semi - circulaire. De grandes arcades s’ouvrant parallèlement à celles du chœur, leur servent d’entrée, et la lumière y pénètre à l aide de baies fort simples ; de riches clôtures en marbre et un autel assez élégant complètent leur décoration.

En résumé, on doit reconnaître que l’abside de l’église dédiée à saint Zacharie, ou, pour mieux nous exprimer, que la partie postérieure de cet édifice est conduite avec une grande habileté et produit un effet des plus heureux.

filais arrivons maintenant à l’examen de la façade de ce monument , examen qui forme particulièrement l’objet de cette notice, et prouvons qu’elle peut, non sans quelque raison , figurer ici, comme type, dans l’histoire des transformations si variées de cette partie des édifices religieux, à l’époque de la Renaissance. Sa disposition architectonique, on doit 1 avouer, présente bien, dans son ensemble, quelque chose de singulier, d’insolite et d’un peu lourd, qu’on ne trouve point dans les monuments analogues de cette époque; aussi, cet agencement a-t-il provoqué, nous le savons , quelques reproches de la part de certains critiques. M. Diedo, qu’on doit écouter avec attention lorsqu’il s’agit de l’appréciation des monuments élevés à Venise pendant le XVIe siècle, dit avec raison qu’il lui semble que les élèves de Palladio ne trouveraient peut-être point dans ce monument cette majestueuse simplicité qui accompagne toujours les immortelles productions de leur maître ; mais, continue le judicieux critique, on doit quelquefois modifier ses jugements sur le mérite des choses, d’après les éléments qui les composent, et telle est aussi notre opinion à l’égard de la façade qui sert de décoration antérieure à l’église dédiée à saint Zacharie. Ces réflexions faites, M. Diedo reconnaît qu’il est impossible de rendre, par la description, l’effet, la magnificence et la somptuositéde cette façade, où régnent simultanément les marbres les plus précieux , combinés aux ressources diverses que peuvent présenter les dispositions nombreuses de l’architecture et de la sculpture. Et en effet, qu’il doit être resplendissant et magique, cet ensemble où brillent incessamment les marbres variés, aux brillantes couleurs, lorsque, vu sous un certain angle et éclairé par les rayons éclatants d’un soleil de feu, il se détache, d’une manière si heureuse et si pittoresque, sur la nappe azurée de ce beau ciel d’Italie! On conçoit aisément alors l’enthousiasme du voyageur et de l’artiste , et l’on est presque porté à se laisser aller soi-même à une admiration qui ne peut être accordée qu’à des œuvres de premier ordre et pures de toute imperfection!

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