ÉGLISE DE SAINT-ZACHARIE A VENISE
Quoi qu il en soit de ces opinions diverses, et pour arriver immédiatement aune description succincte de la façade de cet édifice , car nous n’avons ni l’intention ni la prétention de la soumettre ici à une minutieuse analyse , nous dirons donc qu’on peut, à la rigueur, la diviser en trois parties principales ou zones , comprenant , pour le bas, la portion dans laquelle s’ouvre la porte avec cet ensemble de nicbes qui la surmonte et dans lequel se trouvent quelques baies ; pour la zone intermédiaire , la partie où règne un ordre composite , formé de colonnes et de pilastres , servant de décoration à cinq autres fenêtres ouvertes afin d’éclairer 1 intérieur ; et enfin , pour partie supérieure , cet ensemble de frontons pour lesquels l’architecte semble avoir voulu réserver une partie de son ornementation. Cette façade est encore divisée , dans le sens de sa largeur , en trois autres parties ou corps qui répondent à la distribution intérieure des nefs , et suivent , en cela , les lois de l’unité, c’est-àdire, dessinant, à l’extérieur, les rapports des trois nefs, dont celle du milieu est d’une largeur égale à celle des deux collatéraux réunis. Ces trois parties sont divisées au moyen de gros piliers saillants ou éperons, ornés de compartiments et de niches, de colonnes et de pilastres accouplés, espèces de contre-forts qui se dressent et s’élèvent jusqu’à la hauteur des frontons. Des corniches grandioses, excédant peut-être une proportion relative avec leurs ordres , mais de juste mesure par rapport à l’ensemble de l’édifice, couronnent chaque étage. Le milieu de chaque division nous semble assez heureusement entendu et occupé par quelque objet principal qui captive l’attention du spectateur; ce sont , en général, des fenêtres destinées à éclairer l’intérieur, ou des ornements d’un assez bon goût , là où des baies seraient inutiles. Nous appellerons particulièrement l’attention du lecteur sur la partie inférieure de cette façade, et nous lui ferons remarquer l’effet heureux de cette rangée de niches ornées, mais, surtout , la porte occupant le centre de la partie qui se trouve immédiatement au-dessous. C’est là, suivant nous, un de ces gracieux exemples si souvent usités à l’époque de la Renaissance, et tels qu’on en voit dans la plupart des grandes villes de l'Italie. La partie supérieure de cette porte, dont les jambages son1 ornés de sculptures , est couronnée d’un fronton circulaire, sur le sommet duquel se dresse une statue représentant le prophète Zacharie, due au ciseau d’Alexandre Vittoria (*), l’un de ces artistes éminents du XVIe siècle, qui exerçaient avec un mérite égal la triple profession d’architecte, de sculpteur et de peintre.
Nous ne terminerons point ce que nous nous proposions de dire sur cette façade et les particularités architectoniques quelle présente, sans faire remarquer à nos lecteurs l’effet quelque peu disgracieux que produisent les petits ordres placés immédiatement au-dessous du grand fronton circulaire, d’où il résulte que la corniche qui surmonte cette partie, n’est pas moins haute que la moitié des colonnes et pilastres sur lesquels elle repose; enfin, nous signalerons encore le peu de grâce de certains profils qui contrastent d’une manière choquante avec l’élégance de certains autres.
Après avoir réuni et coordonné les différentes notions historiques qui se rattachent à cet édifice, et avoir essayé d’en faire une analyse critique que nous eussions voulu rendre d’une manière moins imparfaite, il convient maintenant d interroger les annales de l’histoire, et de leur demander enfin le nom de l'artiste auquel on doit cette construction; car elle n’est point une des moins curieuses et des moins importantes parmi le grand nombre de celles qui s’élèvent sur le sol de Venise. Par une fatalité bien regrettable, on 1 ignore complètement. Aucun document, aucun renseignement n’a pu, jusqu’à ce jour, venir en aide dans cette recherche; et Temanza , lui-même, dit M. Diedo, loin de risquer quelque opinion à cet égard, se contente de dire que, par son analogie avec la Scuolci cli San Marco , on pourrait, peut-être, attribuer cet ouvrage à Martino Lombardo, qui vivait à Venise vers la fin du XVe siècle.
Le couvent, situé à côté de l’église de Saint-Zacharie, était un monastère de religieuses, toutes de naissance noble, de l’ordre de Saint-Benoit.
(*) C’est dans cette même église de Saint-Zacharie , et non loin de la sacristie , que se trouve le monument funéraire de cet artiste. Il se compose d’une décoration architecturale, ornée de trois figures représentant les arts qui le rendirent célébré, l’Architecture, la Sculpture et la Peinture. Ce monument et le buste qui le surmonte sont, dit-on, de la main même de Vittoria; ses œuvres, on le sait, sont très-répandues à Venise, mais particulièrement au Palais Ducal. Ce fut le plus habile éleve de Sansovino, et l’on peut dire le dernier grand artiste de la Renaissance en Italie. Il mourut en 1608, à l’àge de 82 ans.
— STYLE DE LA RENAISSANCE
— BIBLIOGRAPHIE
1° Corner (Fl.), Notizie storiche delle chiese e monasteri di Venezia, etc. Padoue, 1758, in-4°.
2° Topographia Veneta , overo descrizione dello stato Veneto ; Ve-
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3° Le Fabbriche piu cospicue délia citta di Venezia , etc. ; Vene 1815, 2 vol. in-fol., pl.
Buxÿ et Fiel , del
B.nryv s.c .
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'Mments Ancrens et Modernes
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Par Jules Gaill/aéauel