EGLISE DE ST-GERVAIS ET ST-PROTAIS A PARIS
Nous avons dit ailleurs (* (**)) quelle fut l’origine de l’église dédiée à saint Gervais et à saint Protais ; nous avons signalé aussi les divers changements qu elle subit jusqu’au commencement du XVIIe siècle ; il nous reste maintenant à faire connaître la dernière modification qu’elle reçut lors de l’érection de sa façade, un des morceaux d’architecture les plus renommés de lecole française.
Œuvre à peu près complète de style ogival , l’église de Saint-Gervais éprouva , comme tous les monuments inachevés de son époque, les conséquences inévitables de cette grande révolution arrivée aux XVe et XVIe siècles, nommée la Renaissance , révolution qui apparaît dans quelques-unes de ses parties. Altérée déjà par l’introduction d’un élément étranger à son caractère primitif , cette église dut encore subir , un peu plus tard , une dernière injure et voir un nouveau style s'enter sur son corps hybride et défiguré. L’art , d’ailleurs , se modifiait; et , dans la succession continuelle de ses phases diverses, il arriva qu’au moment où l’on devait mettre la dernière main à cet édifice, en lui élevant une façade, il arriva , disons-nous, que les idées n’étaient plus alors les mêmes que celles qui en avaient construit le chœur, les nefs et les transsepts. A cette époque , la Benaissance marchait à grands pas vers son déclin; elle allait perdre sans retour cette élégance et cette pureté déformés que lui avaient données , dans leurs créations , les maîtres célèbres de l’Italie , tout pénétrés qu’ils étaient des beautés de l’art antique. Les architectes et les sculpteurs des règnes de Louis XII, François Ier et Heuri II, avaient aussi produit leurs œuvres ou étaient morts ; et ces ouvrages, qui eussent dû servir de modèles à leurs successeurs , étaient à la veille de se voir entièrement dédaignés des artistes du siècle postérieur, épris, comme il arrive toujours, de nouveautés , souvent même les plus ridicules et les plus blâmables. L’art donc, dans sa marche changeante , devait recevoir une nouvelle transformation , et l’Italie , qui influa plusieurs fois sur lui , devait encore lui imposer ses lois.
Des imitations plus ou moins heureuses des œuvres de Vignole, modifiées selon les pays, soit dans les formes, soit dans les détails , en passant par les mains d’architectes divers , couvrirent bientôt l’Europe d'édifices qui trahissent à peu près tous une même communauté d’origine. Ce genre d’architecture, ou si mieux l’on préfère ce style, dont le principal type se voit à Borne dans l’église de Jésus, commencée par Vignole et terminée par Jacques de la Porte, son élève, reçut , comme on le sait , le nom à' Architecture Jésuitique ou des Jésuites, et on la reconnaît à des caractères distinctifs qu’on retrouve sur tous les monuments religieux érigés alors dans les différentes villes de l’Europe où les membres de cette compagnie s’établirent.
Ce genre d’architecture , qui n’est pas moins curieux qu’intéressant à étudier , comme une des pages de l’histoire de l’art , mérite ici une mention spéciale ; car nous remarquons , dans la façade de l’église de Saint-Gervais, une influence et une analogie modifiées, il est vrai, de ces constructions jésuitiques, et nous regardons cette œuvre comme le point de départ de ce style dans notre pays et l’époque où les idées de Vignole, alors très-en vogue en Italie, furent introduites en France. C’était, au reste, le moment où Marie de Médicis, alors veuve de Henri IV, faisait construire le Luxembourg, et où l’architecte Jacques de Brosses (*¥), à qui elle avait confié cette entreprise, poursuivait, d’une manière qui répondait à ses désirs, l’exécution de ce palais. La construction n’était point encore achevée , que de Brosses reçut de nouveaux ordres : on le chargea d’élever une des plus grandes façades d’églises modernes qui existent en France , celle de Saint-Gervais et de Saint- Protais, à Paris. Le 16 juillet 1616, le rai Louis XIII en posa lui-même la première pierre; et les travaux, qui durèrent cinq ans , ne furent terminés qu'en 1621 .
De Brosses a fait, dans l’élévation de ce portail, l’emploi de trois des ordres de l’achitecture gréco-romaine, repris à l’époque de la Benaissance ; et l’on doit convenir qu’il les a disposés avec art et d’une manière assez heureuse pour en former la décoration d’une devanture d’église dont la masse était étroite par rapport à sa hauteur. Les trois ordres choisis par l’architecte furent le dorique , l’ionique et le corinthien.
Le premier ordre, à rez de chaussée, se compose de huit colonnes, dont les quatre collatérales sont engagées d’un sixième dans le vif du mur , tandis que les quatre autres, formant l’avant-corps du milieu, ou simulacre de portique, s’adossent à des pilastres de même ordonnance. Il est probable que la saillie de cet avant-corps, sur le reste du portail, a sans doute autorisé de Brosses à le surmonter du fronton triangulaire qui couronne l’entrée de l’église. Quant à l’entablement , il offre, dans sa corniche et sa frise, des mutules , des triglyphes , ainsi que des métopes, avec ou sans ornements. Trois portes , une grande et deux petites, donnent accès dans
(*) Voyez Style ogival, § Chapelles : Chapelle de l’église de Saint-Gervais et de Saint-Protais à Paris.
(**) On ne connaît aucune particularité sur sa personne et sa vie ; on ignore de même jusqu’au lieu et jusqu’à la date de sa naissance et de sa mort.
— MONUMENTS DES XVIIe ET XVIIIe SIÈCLES. —
1 édifice; celle du milieu, en plein cintre, est décorée d’une archivolte qui vient retomber sur des impostes régnant le long du mur ; des chambranles et des frontons circulaires servent de décoration à celles des côtés ; enfin , cet ensemble a reçu pour base un socle saillant, auquel on montait autrefois par un escalier de quatre marches.
Ce premier ordre est surmonté d’un piédestal ou soubassement, sur lequel s’élève, mais en diminuant de diamètre, l’ordre ionique, dont la disposition, qui est à peu près semblable au dorique, présente huit colonnes accouplées , une baie en plein cintre avec archivolte et deux niches, ornées naguères des statues de saint Gervais et de saint Protais. La principale différence consiste dans l’entablement , qui offre une frise bombée , et qui, au dorique, est continu sur la porte , et, dans l’ionique, ressaute au-dessus de la grande fenêtre; les piédestaux suivent aussi les ressauts de l’entablement.
L’ordre supérieur, ou corinthien, pose, comme l’ionique, sur un piédestal; mais la composition de cet étage sc borne seulement à quatre colonnes, séparées par une grande fenêtre cintrée et archivoltée; ces colonnes, qui régnent sur l’avant-corps, sont surmontées d’un fronton circulaire orné de statues et terminé par une croix fixée sur un globe. A droite et à gauche de cette partie supérieure , on avait placé dans l’origine, comme accompagnement décoratif , des groupes de figures représentant , avec celles qui ornent les rampants des frontons , les quatre Evangélistes.
Après avoir donné une description complète, quoique succincte, de cette œuvre, il convient maintenant de faire connaître à nos lecteurs les opinions diverses qui en ont été émises par différents juges. Procédant par ordre chronologique, nous dirons donc que si, d’un côté, Blondel, dans son Architecture Française, en fait une critique trop minutieuse, qui n’est pas toujours exempte de reproches, de l’autre, M. Legrand, moins partial à notre avis, et d’accord avec M. Quatremère, sut rendre une certaine justice à de Brosses, en lui tenant compte des difficultés qu’il eut à vaincre en cette circonstance , difficultés que ces deux critiques ont, au reste, fort bien signalées et développées dans leurs ouvrages, où nous allons les extraire pour les offrir comme le complément indispensable de notre notice.
Ce portail , dit M. Legrand, a joui d’une très-grande célébrité, parce que sa grande échelle, la forte saillie de ses membres , opposés à la maigreur du style ogival ou à la délicatesse des petits ordres employés dans ces temps voisins delà renaissance de l’art, ont produit une forte impression ; son ensemble présente, en effet , de l’unité, de l’harmonie, et son aspect pyramidal, qui plaît à l’œil, fait parcourir avec intérêt des détails habilement enchaînés dans une masse fière et imposante.
Complétant la pensée de Legrand, M. Quatremère, qui n’est pas moins explicite , ajoute que quelques reproches que le goût puisse faire au genre des devantures d’églises ou des portails à plusieurs étages et en placage, on est forcé d’avouer que l’architecture, au renouvellement des arts, ayant hérité en ce genre de la procérité des élévations du style ogival et de la hauteur de leurs nefs avec les bas côtés , ^il se trouve peut-être là un problème difficile à résoudre par le système des ordres réguliers et selon les lois de l’unité. On doit donc, continue-t-il , d’autant moins adresser à de Brosses le reproche de ce goût, que, forcé de se conformer à une élévation qu’il ne pouvait ni corriger, ni modifier, il n’a pas eu le choix du genre. Ajoutons , dit-il encore, que, dans l’obligation où il s’est trouvé d’en faire l’emploi, il a su , par la sévérité des formes et la régularité des ordres , introduire dans son ensemble un vrai mérite , qui lui a procuré une réputation durable. Il serait aussi inutile qu’il serait peut-être injuste de soumettre l’ouvrage de de Brosses à une censure de détails que ce genre de portails ne saurait comporter, et que celui-ci, surtout, mérite beaucoup moins que d’autres. On ne peut pas s’empêcher de reconnaître que cet architecte , par un caractère assez prononcé de formes et de profils , par un style assez mâle quoique tendant à la lourdeur, a su racheter le manque d’effet et l’espèce d’insipidité d’un parti de décoration, qui ne parle nia l’imagination, ni aux yeux. Disons toutefois qu’il a su faire entrer plus de sagesse et d’harmonie qu’on en vit depuis dans les nombreuses imitations qui en ont été produites à Paris.
bibliographie.
r Blondel (J. F.), Architecture Française, ou Recueil des plans, (dévalions, coupes et profils des églises, maisons royales, palais, hôtels et édifices les plus considérables de Paris, etc.; Paris, 1752-56, 4 vol. in-f", planches.
2" Legrand et Landon, Description de Paris et de ses édifices, avec un Précis historique et des observations sur le caractère de leur architecture, et sur les principaux objets d’art et de curiosité qu’ils renferment; Paris, 1808-1816, 2 vol. in-8°, planches.
3" Coussin (J. A.), Du génie de l'Architecture. Ouvrage ayant pour but
de rendre cet art accessible au sentiment commun, en le rappelant à son origine, à ses propriétés, à son génie, etc. ; Paris, 1822, 1 vol. in-4°, planches.
4° Quatremère de Quincy, Dictionnaire d’ Architecture , articles ; De Drosses et Portail ; Paris, 2 vol. in-4°.
5” Quatremère de Quincy, Histoire de la vie et des ouvrages des plus célèbres architectes du xie siècle jusqu’à la tin du xvu' siècle, etc-; Paris, 1830, 2 vol. grand in-8°, planches.
J Jourdan del
Ft anime îcli
B ©M §E M S? ©EIKMMS HT H? FMTM1 A 3PA3MS .
Fi anc e . - /, 'fic/far/? ■
Francia .
JhfarturrLentr Anciens et Modernes
CHTOC1 ©F ST. BE IR VA SE AFTID) §T.FM©TASE AT FAIMS . France,
Idlesia de San Gervasio v San Protasio en Paris. fiFranrm)
S ait au A
ÉGLISE DE ma ST-LOl IS A PARIS (*)•
Les Jésuites ne possédaient encore à Paris qu’un noviciat, rue du Pot de Fer, dont l’église fut bâtie, en 1 588, par le frère Martel Ange, lorsque le cardinal de Bourbon , oncle de Henri IV, voulant leur fonder une maison professe, fit présenté cette compagnie, le 12 janvier 1580, d’une grande habitation qu’il avait acquise de Madeleine de Savoie, duchesse de Montmorency. Cette habitation avait successivement porté le nom d 'Hôtel de Rochepot et de Banville; elle communiquait de la rue Saint-Paul à celle de Saint-Antoine. Multipliant ses bienfaits en leur faveur, le cardinal fit encore construire une chapelle, qu’on plaça sous le vocable de saint Louis. Dès 1582, la maison et cette chapelle portaient ce nom, et les Jésuites, qui les occupaient, s’appelèrent les Prêtres de la maison de Saint- Louis.
La société ayant pris , à cette époque , un grand développement , la chapelle devint insuffisante ; mais Louis XIII, par ses libéralités, les mit bientôt en état d’en construire une autre : il leur accorda, en 1619, un emplacement où se trouvaient les fossés et les murs de l’ancienne enceinte de Paris. La compagnie résolut alors de faire élever, sur ce terrain , une nouvelle église qu’on mettrait encore sous le même patronage. A cet effet, les jésuites François Derrand et Martel Ange présentèrent chacun un projet. Le frère Martel Ange , homme habile dans son art, s’était proposé d’imiter l’église de Jésus , à Rome. Derrand présenta un plan tout entier de sa composition, et il fut adopté. Derrand dirigea et surveilla lui-même l’exécution des travaux.
Le 16 mars 1627 , Louis XIII, en présence de François de Gondy , archevêque de Paris, posa la première pierre de cette église. Joignant , un peu plus tard , ses libéralités à celles du monarque , le cardinal de Richelieu fit les frais de la façade; elle fut élevée en 1634 , et une inscription, placée au-dessous de ses armes, rappela cette munificence. Terminée en 1641 , l’église fut ouverte le 9 mai de la même année ; ce jour , le cardinal de Richelieu y célébra la première messe, et le roi, la reine et Gaston d’Orléans, qui y assistaient, reçurent la communion des mains mêmes du cardinal. En 1764, une réaction contre les membres de la compagnie de Jésus avait fait supprimer cette société et fermer leur maison et leur église. Le roi Louis XV, ayant été informé que les bâtiments qu’occupaient , rue Saint-Antoine , les chanoines réguliers de l’ordre du Val des Écoliers , réunis en 1635 à la congrégation de Sainte-Geneviève du Mont, menaçaient ruine , les mit en possession de ceux des Jésuites , ainsi que de leur église ; les religieux génovéfains conservèrent cette nouvelle demeure jusqu’à la révolution de 89. A cette époque , l’église de Saint-Louis fut transformée en dépôt des bibliothèques des monastères de Paris , et on y entassa pêle-mêle environ un million deux cent mille volumes , dont on vendit les trois quarts à raison de quinze centimes le demi-kilogramme. Cette affectation, toute fâcheuse qu’elle était, eut néanmoins cet avantage de préserver l’édifice des dégradations et des profanations auxquelles beaucoup d’autres se trouvèrent exposées (**).
La partie la plus saillante de cette église est sans contredit sa façade : plus importante que beaucoup d autres, où l’on ne retrouve point ce luxe et cette surabondance d’ornements de tous genres qui constituent un des caractères distinctifs de cette architecture jésuitique , elle doit être considérée comme un des spécimens les plus curieux et les plus intéressants pour l’étude du style de cette époque. Lorsqu’on jette les yeux sur cette élévation , on est frappé de son analogie de disposition avec la façade de l’église de Saint-Gervais; mais , dès qu’on passe à la comparaison et à l’analyse de ses parties, on est bientôt forcé de reconnaître que l’œuvre de de Brosses l’emporte, sous tous les rapports , sur celle de son concurrent.
L’ensemble de cette façade présente trois ordres superposés ; les deux premiers sont corinthiens , et le troisième , ou supérieur , composite. A rez-de-chaussée , une grande porte , accompagnée de deux petites, se trouve surmontée d’un fronton circulaire , où se voyaient autrefois les armes du cardinal de Richelieu. L’étage intermédiaire a reçu , dans sa partie centrale , une décoration de forme elliptique , au milieu de laquelle apparaissait le monogramme du Christ , cet emblème sacré de la compagnie de Jésus ; à droite et à gauche , deux niches ornées renfermaient les statues de saint Ignace de Loyola , fondateur de l’ordre , et de saint François-Xavier, l’apôtre des Indes. Enfin , l’ordre supérieur se compose de quatre colonnes seulement , séparées par une niche où était placée la statue de saint Louis, surmontée des armes de France ; un fronton triangulaire, couronné d’une croix et d’autres ornements , complète la décoration de cette façade.
Afin de mieux faire comprendre à nos lecteurs ce que dut être cette œuvre dans son origine , nous avons essayé de lui rendre , sur notre planche , toute la richesse de son ornementation primitive , en nous servant , pour ce travail , de la monographie publiée en 1643 par le père Derrand lui-même (***). Nous devons ajouter ,
(*) Ce double vocable lui fut donné en 1802, lorsque après la destruction de l’église de Saint-Paul , qui lui était contiguë , elle devint, de succursale, la paroisse de ce quartier.
(**) Les églises de Paris, Notice sur l'église de Saint-Paul-Saint-Louis, page 171.
(*•**) Bibliothèque royale, Section des Estampes , Topographie de Paris, Quartier de l'Arsenal, Tome II
-v- MONUMENTS DES XVII= ET XVIIIe SIÈCLES. —
toutefois, que ce portail n’offre plus aujourd’hui le luxe des sculptures qui en couvraient jadis les différentes parties, et que, si d'un côté ces suppressions lui ôtèrent son cachet particulier aux constructions jésuitiques , de l’autre, le monument, débarrassé de cette surcharge parasite, y gagna sous le rapport des lignes et de l’ensemble.
11 y a longtemps , dit Saint-Victor , que ce morceau d’architecture a été jugé comme une composition bizarre, chargée de beaucoup trop d’ornements, d’un style pesant, et n’offrant, dans cette profusion de richesses, qu’une confusion désagréable. Quoiqu’une partie de cette sculpture, ajoute Legrand, ait disparu pendant la révolution , il en reste cependant encore assez pour attester le mauvais goût de l’ancienne , qui , associée avec une multitude de colonnes engagées et de profils de frontons, de tables saillantes et d’enroulements, déplaît même à l’œil le moins exercé. M. Quatremère pense que Derrand, peut-être pour distinguer son portail de l’église Saint-Gervais, où les trois ordres se succèdent en élévation, imagina de placer dans le sien trois ordres corinthiens l’un sur l’autre ; car le prétendu composite qui termine le frontispice n’est , dans la réalité et encore plus pour l’apparence, qu’un corinthien. Rien n’était donc plus propre à faire de cette composition un chefd'œuvre de monotonie. Cette fastidieuse répétition, jointe au peu de saillie et à l’absence de tout mouvement dans ce frontispice à placage , n’a pas peu contribué à augmenter la célébrité de l’ouvrage de de Brosses ; quoique , si l’on en croit la tradition , Derrand se fût flatté d’en faire, par le parallèle , tomber la célébrité.
L’intérieur de cette église rappelle beaucoup , mais sur une échelle moins vaste , les grandes constructions jésuitiques de l’Italie. Là, comme à Rome, nous retrouvons une grande nef formée de deux fdes d’arcades sur piédroits ornés de pilastres corinthiens , qui soutiennent un entablement sur lequel portent les retombées de la voûte. Dans les bas côtés sont des chapelles surmontées de tribunes qui servent de décoration à la partie supérieure de la nef ; cette disposition de tribunes aura peut-être inspiré à Bruant celles dont il orna un peu plus tard la chapelle des Soldats dans l’hôtel des Invalides. Les transsepts renferment encore deux chapelles, dédiées autrefois , l’une à saint Ignace de Loyola et l’autre à saint François -Xavier ; enfin un dôme, couronné d’une lanterne, s’élève au point d’intersection des bras de la croix , et le chœur est terminé par un hémicycle.
U nous faut renoncer à décrire en détail la profusion des sculptures qui ornent encore les parties élevées de F intérieur de cette église, telles que frises, bandeaux, pendentifs, voûtes, pénétrations, clefs de voûte, tympans , etc. ; l’observateur y trouverait d’ailleurs trop à redire sous le rapport de l’exécution et du goût. Nous nous contenterons donc de la signaler ici comme un exemple de ce luxe de décoration dont on faisait alors un si grand abus , ainsi qu’on le remarque à Rome plus particulièrement dans les églises de Jésus, de Saint-Ignace, de Santa-Maria in Yallicella, etc., qui ont peut-être inspiré Derrand dans l'ornementation de son œuvre.
Tel est encore aujourd’hui l’état dans lequel se trouve l’église dédiée à saint Louis, que des rois, des princes et des bienfaiteurs particuliers avaient , par leurs munificences , fondée et embellie , mais que la révolution n’a point épargnée; car, si nous devons à leur position inattaquable la conservation intacte des sculptures qui ornent les parties élevées de l'intérieur de cet édifice , en revanche le vandalisme révolutionnaire , daus les excès de sa brutalité aveugle, détruisit presque tout ce qui se trouvait à sa portée. Ainsi, l’on regrettera toujours la perte de plusieurs morceaux vraiment curieux et fort remarquables , auxquels se rattachaient de grands et d’augustes souvenirs. Nos lecteurs comprennent déjà que nous voulons parler ici nonseulement du tombeau des Condé, ce magnifique monument de bronze, dû au talent de Jacques Sarrazin, et qui décorait la chapelle de saint Ignace , mais aussi de ces anges en argent , de grandeur naturelle , œuvres de J. Sarrazin et de Coustou, placés, d’une manière neuve et originale, de chaque côté du maître-autel, et qui portaient, dans des urnes, les cœurs de Louis XIII et de Louis XIV. Malheureusement, il faut encore ajouter à la liste de ces pertes artistiques et monumentales , d’autres morceaux non moins importants , parmi lesquels nous citerons d’abord le rétable du maitre-autel par Germain Pilon, grand bas-relief de bronze représentant une Descente de Croix; puis, une chaire à prêcher, exécutée en fer, à jour, par François le Lorrain, offerte eu présent par Gaston d’Orléans, frère de Louis XIII ; plusieurs tombeaux érigés à la mémoire de personnages illustres ; et enfin , un assez grand nombre de tableaux estimés des écoles de France et d’Italie.
La tourmente révolutionnaire passée et les jours de calme revenus, l’église de Saint- Louis fut rouverte et rendue au culte; mais alors on la vit nue et dépouillée, elle était veuve de ses monuments; la plus grande partie avait été détruite ou dispersée.
BiBESOGRAPHIE.
t” Legrand et Landon, Description de Paris et de ses édifices, etc.; Paris, 1806-1818, 2 vol. in-8°, planches.
2° QuatremèredeQnincy, Dictionnaire d’Architecture, article Derrand; Paris, 2 vol. in-4°.
3° Roquefort (de), Dictionnaire historique et descriptif des monuments
religieux, civils et militaires de la ville de Paris; Paris, 1826,iu-S". 4° Dehansy, Nolice historique sur Saint-Paul-Saint-Louis, à Paris.
5° Clairfontaine (de). Notice sur l’église de Saint-Paul-Saint-Louis, dans: les Églises de Paris ; Paris, 1842, 1 vol. grand in-S0, planches.
EG3ÜI31 B1 S* PAUJlLf Sî IL©TÜII§ A IPAMS
France.
A A',/ - ' CilDICH ©F §T PAUL ANE) S? MP Fil S AT PUIS, c
Frankrei ci France.
Francia.
M{o Anciens rf Jlfodernes
Idlcsia de San Palxlo San Luis en Paris . Z',-, mm