‹ Monuments anciens et modernes (volume 3)Chapitre 41 sur 55 · EGLISE DE L’HOTEL DES INVALIDES A PARIS · texte numérisé non relu

EGLISE DE L’HOTEL DES INVALIDES A PARIS

Lorsque Louis X1Y fit construire l’Hôtel des Invalides, et qu’il eut ainsi assuré l’existence des derniers jours de nos militaires mutilés pour l’honneur et la gloire de la France , non-seulement il voulut qu’on prévît tous leurs besoins , mais il songea aussi à adoucir leurs souffrances en y ajoutant les consolations de la religion : la construction d'une église entra donc dans le plan général du monument. Déjà Libéral Bruant avait répondu aux ordres du monarque en élevant la Chapelle des Soldats, dont l’architecture, quoique assez simple , ne manque cependant pas d’un certain caractère; mais les désirs du grand roi n’étaient point satisfaits : il lui fallait plus de grandeur et de magnificence. Mû par un sentiment de rivalité nationale, et voulant surpasser, moins en proportions qu’en élégance et en richesse, ce qui avait été fait dans les autres pays , c'est alors sans doute qu’il fit appeler Mansart , et que l’ordonnateur général des bâtiments conçut l’idée d’embellir la chapelle par un dôme, qui ne put trouver sa place qu’à l’extrémité de l’œuvre de Bruant, ce qui dut inévitablement produire deux églises à la suite l’une de l’autre, et sans aucun rapport entre elles. Quoi qu’il en soit, dit M. Quatremère de Quincy, ce fut pour Mansart une difficulté de plus à résoudre , et l'on convient généralement qu’il y eut de l’habileté à lier, comme il le fit, la construction de son dôme à celle de l’église, en opérant assez heureusement le raccordement des deux architectures.

Un an à peine s’était écoulé depuis que les invalides avaient pris possession de leur hôtel , lorsqu’en 1675 on commença les premières constructions de l’église, et il ne fallut pas moins de trente années pour terminer les travaux de ce vaste et magnifique monument.

L’édifice forme, comme on l’a dit, deux parties distinctes : la Chapelle ou Église des Soldats, œuvre de Libéral Bruant, l’architecte de l’Hôtel des Invalides, et le Dôme ou Église Royale , que Jules Iiardouin Mansart fut chargé d’y ajouter, et qui passe, avec raison, pour un des plus beaux qui soient en Europe. L’entrée de l’église est située , du côté du nord , au fond de la cour royale ; celle du dôme a son portail du côté du sud ; on a donné à cette porte le nom de Portail du Roi ou Porte Royale, parce que le roi entre de ce côté lorsqu’il se rend dans cette église.

L'Église des Soldats ( voyez A, planche de détails, fig. lrc) est spécialement destinée aux militaires invalides et aux fonctionnaires de l’établissement ; elle a 62 mètres 37 centimètres de long sur 24 mètres 39 centimètres de large, y compris les bas côtés. La nef, assez étroite pour sa longueur, est décorée de dix-huit arcades, surmontées de tribunes, entre lesquelles sont vingt pilastres corinthiens , couronnés d’un entablement du même ordre (*). Des deux rangs d’arcades, l’inférieur communique aux bas côtés, le supérieur sert aux tribunes. Trente-six fenêtres à plein-cintre éclairent les ailes et les tribunes , et dix-huit autres fenêtres s’ouvrent encore dans les pénétrations de la voûte; les bandeaux qui servent de décoration à cette voûte, et un autre bandeau qui règne sous la clef tout le long de l’église, sont ornés de rosaces, de Heurs de lis et de couronnes ; enfin, un jeu d’orgues d’une très-belle exécution surmonte la porte d’entrée , et , dans la nef, on voit aussi , contre un des piliers de droite, une chaire en marbre d’un assez bon dessin.

La grande arcade du midi se compose de pilastres corinthiens de la même hauteur que ceux de la nef ; iis sont engagés dans une partie en demi-cercle , qui sert de sanctuaire particulier au-devant du maître-autel; cette arcade a pour imposte le même entablement corinthien qui porte la voûte. L’arc doubleau de l’arcade dont il est ici question ( Voyez planche de détails, fig. 3) est orné de sculptures représentant divers symboles de la religion. Dans un compartiment , qui est sous la clef, on remarque un triangle rayonnant , au milieu duquel se lit le mot hébreu: jehova; ce triangle, emblème de la Trinité, est entouré d’anges prosternés et en adoration. Plusieurs autres sujets religieux, tels que l’arche d’alliance, le saint sacrement, etc., décorent le développement intérieur de l’arcade.

Le Sanctuaire ( voyez B, planche de détails, fig. lre), qui sépare les deux églises, a 17 mètres 54 centimètres de longueur de l’orient à l’occident, sur 1 4 mètres 69 centimètres de largeur du nord au midi , et 26 mètres 39 centimètres de hauteur jusque sous la clef de la voûte ; il est de forme ovale, et relie l’Église des Soldats au Dôme par deux sacristies rondes (C) qui y sont jointes de part et d’autre au dehors , et par une ouverture au dedans où est l’emplacement du maître-autel. Ce sanctuaire est éclairé par quatre fenêtres ornées de basreliefs ; deux figures de femmes sont assises sur les bandeaux des fenêtres basses aux côtés d’une console d’où pendent des festons et des fleurs, et les figures de la Foi et de l’Espérance , de la Charité et de la Libéralité décorent les deux autres fenêtres. Toute la voûte du grand sanctuaire du dôme est peinte ou dorée; deux magnifiques tableaux de Coypel , représentant la Trinité et l’Assomption de la Vierge , excitent parti-

(*) Au-dessus de l’entablement se trouvent suspendus les drapeaux conquis à différentes époques sur l’ennemi.

— MONUMENTS DES XVIIe ET XVIIIe SIÈSLES. —

pulièrement l’attention. L’espace occupé par ces deux grands sujets affecte une forme semi- circulaire, renfermée entre l’archivolte et les impostes de la grande arcade du chœur et un arc-doubleau rampant en plein cintre sous la voûte dont il sépare les peintures ; cet arc-doubleau , beaucoup plus élevé que l’arc du chœur , et une autre archivolte qui est vis-à-vis du midi , sont l’un et l’autre entièrement dorés et richement ornés de sculptures, dues au ciseau de Paul Boutet.

Au milieu du sanctuaire on remarque le maître-autel (D) ; il est composé de deux tables adossées , dont l’une regarde l’église de l’hôtel et l’autre celle du dôme ; cette dernière sert de contre-retable à celle de l'hôtel , qui est bien moins élevée. On monte de celle-ci à l’autre par deux rampes qui sont aux côtés de l’autel. Le maître-autel (*) est formé de six colonnes , groupées trois cà trois, dorées et garnies d’épis de blé , de pampres et de feuillages. Au-dessus de l’entablement, et à plomb de chaque colonne , sont des anges de grande proportion ; quatre de ces anges concourent à supporter les retroussis des rideaux d’un baldaquin richement orné de broderies fleurdelisées et garnies de campanes retroussées avec des glands; les deux autres anges sont tournés du côté du tabernacle, tenant un encensoir cà la main ; deux petits chérubins embrassant un globe surmonté d’une croix, couronnent le baldaquin.

Au delà, et sur la même ligne , se trouve Y Église du Dôme ( Voyez E, planche de détails, fig. lre), dont les peintures et les sculptures sont l’ouvrage des plus habiles artistes du siècle de Louis XIV : La Fosse, Coypel Jouvenet , Boullongne , Coustou , Girardon , Coysevox , Van Clèves, etc.

Le plan général de l’œuvre de Mansart forme un carré parfait qui a 54 mètres 57 centimètres en tous sens, dans lequel se dessine une croix grecque dont les bras sont à peu près égaux , et au centre desquels s’élève le dôme. Quatre chapelles circulaires, surmontées d’un petit dôme peint à fresque, occupent les angles du carré ; elles sont dédiées aux Pères de l’Église latine : saint Jérome (F), saint Augustin (G), saint Ambroise (Fl) et saint Grégoire (I); deux autres chapelles, placées dans les bras de l’est et de l’ouest, furent consacrées à la Vierge (IC) et à sainte Thérèse (L). Le pavé, entièrement de marbre, est décoré d’une grande mosaïque dans le genre italien. Le plan du dôme présente, à l’intérieur, la forme d’un octogone composé de quatre grands côtés où sont les arcades , et de quatre petits qui sont la masse même des piliers, dont le milieu est ouvert par un passage voûté qui donne entrée aux chapelles circulaires dont on a parlé. Les bras de la croix, ou les quatre petites nefs , sont ornés de pilastres corinthiens accouplés , soutenant un entablement qui règne aussi en avant des piliers du dôme, mais que décorent huit colonnes, deux à chaque pilier, lesquelles paraissent n’être appliquées là que pour servir de support à un balcon.

Au-dessus des pendentifs , qui sont décorés de peintures représentant les quatre Évangélistes , se trouvent un entablement et un attique en mosaïque , orné des médaillons en bas-relief de douze de nos rois. Douze croisées, garnies de riches chambranles, éclairent cette partie du dôme; elles sont séparées par 24 pilastres accouplés d’ordre composite , qui servent à porter le dernier entablement, où naît la première voûte. Des arcs-doubleaux, ornés de caissons, parcourant la courbe interne de la voûte, et répondant aux pilastres, s’élèvent jusqu’à la corniche , et encadrent de grandes peintures de Jouvenet, représentant les douze Apôtres. Le milieu de cette voûte , qui est tronqué, forme une ouverture circulaire , à travers laquelle on aperçoit une seconde voûte affectant la forme d’un sphéroïde surhaussé, que décore la grande peinture de La Fosse, et qui sert de couronnement. Ce morceau , qui passe avec raison pour un chef-d’œuvre, représente saint Louis entrant dans la gloire des bienheureux ; il est éclairé par des jours pratiqués avec beaucoup d’art dans la seconde coupole , et qu’on ne peut apercevoir que par dehors dans l’attiquedu dôme. La grande calotte intérieure de ce dôme est toute de pierre. Au-dessus est une immense et magnifique charpente faite avec un art infini; elle est revêtue de plomb, de manière à la garantir des injures du temps.

La façade méridionale déploie avec majesté tout le luxe de son architecture (**). C’est elle qui fixe l’attention par sa magnifique ordonnance et par la justesse de ses proportions , dont toutes les parties répondent parfai-

(*) La révolution, dont l’archéologie a plus qu’aucune autre science le droit de déplorer les dévastations et les excès, n’épargna guère l’église des Invalides qu’elle transforma d’abord en un Temple de V Humanité , et plus tard en un Temple de Mars. La chaire, le grand autel de marbre à colonnes torses, etc., ceux des chapelles du dôme, les statues qui ornaient les niches de ces chapelles, ainsi que celles placées sur differentes parties de l’édifice, ont été détruits. En 1811, lorsque Napoléon ordonna que les bâtiments de l’hôtel fussent rétablis selon le plan primitif et le dôme redoré, l’autel de marbre fut aussi reconstruit, mais il subit alors plusieurs modifications. La coupe ( Voyez planche de détails, fig. 2) donne cet autel dans son état primitif.

(**) L’ensemble du monument aurait été encore plus imposant de ce côté, si l’on avait exécuté les colonnades et les pavillons qui entraient dans le projet général ; le lecteur pourra juger de cet ensemble par le frontispice de la monographie de Félibien.

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