ÉGLISE DE L’HOTEL DES INVALIDES A PARIS
tement à la beauté du dôme qui s’élève au-dessus. Ce dôme est d’une aisance si extraordinaire dans scs dimensions générales, si juste dans la combinaison de ses lignes , et d’une légèreté si admirable dans son exécution , qu’on le regarde non-seulement comme une des plus belles conceptions d’architecture qui soient en Europe , mais encore comme le plus étonnant chef-d’œuvre de pondération.
Cette façade est décorée d’un portail à deux différents ordres d’arcbitecture, composés de colonnes et de pilastres : l’ordre dorique en bas, et l’ordre corinthien au-dessus. Un grand perron de quinze marches sert à monter sous le portique de l’église qui est en avant-corps. Ce portique est formé de six colonnes doriques, derrière lesquelles se trouve un pareil nombre de pilastres. Quatre de ces colonnes occupent le devant, et les deux autres sont près de la porte de l’église ; quatre autres colonnes , moins avancées que les précédentes , accompagnent de chaque côté deux niches dans lesquelles on a placé les statues de Charlemagne et de saint Louis. Au-dessus de l’entablement dorique s’élève un ordre corinthien de colonnes qui correspondent à l’ordre de dessous. A droite et à gauche sont deux bas-reliefs représentant des trophées ; puis, au-devant de quatre pilastres , on remarque les statues de la Prudence, de la Force, de la Justice et de la Tempérance. L’avantcorps du milieu est couronné par un fronton qui portait dans son tympan l’écusson des armes de France. Une croix , accompagnée des statues de la Foi et de la Charité , surmontait encore le fronton , et , avant la révolution , on voyait , aux angles de l’édifice, et à la hauteur de la balustrade , quatre groupes , chacun de deux figures ; ils représentaient huit docteurs de l'Église , quatre de l’Église grecque et quatre de l’Église latine.
L’ensemble du dôme comprend trois parties : le stylobate, la tour et l’attique. Quarante colonnes composites s’élèvent sur un soubassement qui a pour but d’élancer le monument , afin d’en faire mieux voir à distance toutes les parties. Trente-deux de ces colonnes forment huit massifs qui servent de piliers buttants au dehors (*) , et les huit autres sont placées dans les quatre axes de l’édifice ; une balustrade à jour couronne l’entablement de cette partie. L’attique, au-dessus de l’ordre composite, est décoré de douze croisées qui éclairent la grande peinture du dôme (** (***) (****)). Huit contre-forts, en consoles (YYY), et ornés de sculptures, contribuent encore à son embellissement et à sa solidité ; le tout est surmonté par une corniche qui supporte des candélabres, derrière lesquels s’élève la coupole, dont le galbe est formé, dans la courbe extérieure, comme à Saint-Paul de Londres, par une charpente recouverte en plomb; les sculptures qui la décorent sont d’une très-grande richesse. De larges côtes ornées, correspondant aux massifs du dessous , encadrent de grands trophées militaires qui sont couronnés par des casques dont les ouvertures servent a éclairer la charpente intérieure du dôme. Enfin une campane surmonte le dôme , et sert de base à une élégante lanterne à jour, qui est terminée par un petit clocher orné d’un globe crucifère. La hauteur totale du monument, depuis le sol extérieur jusqu’au sommet de la croix, est de 100 mètres 70 centimètres.
Nous ajouterons, pour compléter cette notice, les considérations suivantes que nous empruntons au docte M. Quatremère de Quincy(YYYY) :
Mansart n’ayant pu, comme on l’a déjà dit , faire du dôme des Invalides autre chose qu’une addition ou un prolongement à l’église déjà terminée , il fut obligé de lui donner une entrée particulière et un frontispice du côté où l’édifice aboutit à la campagne. Ce frontispice fut conçu ou composé , et il ne pouvait guère l’être autrement , à l’effet de s’accorder avec l’élévation du dôme , ce qui justifie beaucoup mieux qu’ailleurs le système alors régnant des portails à plusieurs ordres l’un au-dessus de l’autre. Une justice à rendre à l’architecte , c’est que cette composition, formée de deux ordres , dorique et corinthien , offre une meilleure ordonnance que beaucoup d’autres portails de ce genre ; qu’elle se raccorde avec une grande régularité aux parties latérales de l’édifice , et qu’au moins l’œil n’y est pas blessé par l’emploi de ces contre-forts en forme d’ailerons, dont les contours bizarres déparent le plus grand nombre de ces devantures d’église.
Si l’on apprécie maintenant le goût de Jules Ilardouin Mansart dans la composition et l’exécution de ce grand
(*) Mansart usa comme Michel-Ange de colonnes accouplées et adossées pour servir de contre-forts à la tour de son dôme; mais ces contre-forts en colonnes, au lieu d’être distribués par masses égales au nombre des fenêtres, en faisant corps avec l’ensemble, ne forment que huit contre-forts, ce qui produit dans l’ordonnance générale et dans le profd de l’entablement de grandes parties en ressaut, dont l’effet est d’altérer à la fois l’unité et l’harmonie de la distribution. (Quatremère de Quincy, Dictionnaire d'architecture).
(**) C’est la seule coupole bâtie jusqu’alors qui ait deux étages de fenêtres.
(***) Avant la révolution, ces consoles étaient accompagnées de seize grandes statues représentant un prophète, saint Jean- Baptiste, les douze Apôtres, saint Paul et saint Barnabé.
(****) Histoire de la vie et des ouvrages des plus célèbres architectes.
— MONUMENTS DES XVIIe ET XVIIIe SIÈCLES. —
ensemble , on doit dire que c’est , sans comparaison , de tous ses ouvrages celui où il a porté le plus de sagesse et d’élégance. Les plans et les élévations de ces sortes de monuments ne sauraient guère être jugés avec la sévérité que comportent les édifices susceptibles de formes pures et de dispositions simples. Lorsque surtout le grand et le simple ont déjà marqué, dans quelque mémorable monument , le plus haut point où l’art puisse atteindre , il ne reste plus , pour innover, qua se distinguer par des qualités secondaires.
Après que la coupole de Saint-Pierre de Lomé eut été exécutée dans les vastes dimensions qu’on lui connaît , par le génie non moins vaste de Michel-Ange, cette coupole devint le point d’imitation de tous les architectes ; mais elle fit aussi le désespoir de ceux qui furent chargés de semblables entreprises. Il ne pouvait plus se présenter d’occasion de rivaliser en grandeur , en hauteur , en majesté, avec la basilique de Saint-Pierre. Refaire simplement en petit ce qui avait été fait en si grand , n’eût paru qu’une redite insipide. Jules Hardouin aux Invalides , et Christophe Wren dans Saint-Paul de Londres , parvinrent toutefois à se frayer , surtout dans la disposition intérieure , quelques routes nouvelles.
Nous avons parlé de la nouveauté des piliers percés par des arcades au dôme des Invalides. Blais une invention plus ingénieuse de Mansart fut celle de ces trois voûtes concentriques , les deux intérieures en pierre, l’extérieure en charpente , qui s’élèvent sur la voûte du dôme. En triplant ainsi sa voûte , il eut l’avantage de pouvoir donner à sa calotte extérieure une hauteur proportionnée au dehors de tout son ensemble. Blais , vu le diamètre de 75 pieds auquel se réduit la largeur de la coupole dans l’intérieur, il n’est pas difficile de se figurer quelle eût été la disproportion de cette mesure avec celle d’une hauteur de 220 pieds. Blansart, en outre , sut tirer de la combinaison de ses trois voûtes le moyen le plus heureux d’éclairer les compositions de la voûte peinte dont on a parlé.
La critique qui s’exerce sur de semblables monuments doit prendre en considération une multitude de circonstances et de conventions diverses auxquelles 1 architecte est trop souvent obligé de faire plier son art et son goût. Rien n’est plus ordinaire que d’être comme forcé de sacrifier , soit aux besoins de la solidité , soit aux convenances de la décoration , soit aux procédés de construction , le grand principe de l’unité de plan et d’élévation. Pour peu qu’on prétende à faire du nouveau , on tombe aisément dans le bizarre. Or , on doit reconnaître que l’architecte du dôme des Invalides s’est tenu dans un milieu encore fort raisonnable , entre la sévérité des formes et cet excès de relâchement que l’usage avait déjà introduit dans les combinaisons de l’art de bâtir et de décorer.
Généralement l’édifice se recommande par une construction très-soignée , par une exécution précieuse , par une application de détails et de profils réguliers. On n’y trouve presque point de formes biaises , de lignes contournées , d’ornements parasites. Il n’y a rien sans doute qu’on puisse appeler classique; mais rien aussi n’y contrarie les principes essentiels de l’art. Ajoutons qu il offre un ensemble de richesse et d’élégance, où la légèreté s’unit à la solidité , où la variété ne détruit point l’unité , et dont l’aspect excite ce sentiment d’admiration qui impose silence à la critique.
BIBLIOGRAPHIE
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3° Granet (Jean-Joseph) , Description de l’Hôtel royal des Invalides, où l’on verra les secours que nos rois ont procurés dans tous les temps aux officiers et soldats hors d’état de servir, enrichie d’estampes représentant les plans, coupes et élévations géomctrales de ce grand édifice, avec les excellentes peintures et sculptures de l’église, dessinées et gravées par Cocliin; Paris, 1736, in-fol. ,pl.
4° Pérau (l’abbé), Description historique de l’Hôtel royal des Invalides, avec les plans, coupes, élévations géométrales de cet édifice, et les peintures et sculptures de l’église , dessinées et gravées par Cocliin; Paris, 1750, in-fol., planches.
5" Blondel (J. F.), Architecture française, ou Recueil des plans, élé¬
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7° Description de l’Hôtel royal des Invalides, précédée de quelques réflexions historiques sur ce monument, depuis sa fondation jusqu’à nos jours; Paris, 1823, in 8°, planches.
8° Quatremère de Quincy, Dictionnaire d’Architecture , articles: Coupole, Dôme et Mansart; Paris, 2 vol. in-4°.
9° Quatremère de Quincy, Histoire de la vie et des ouvrages des plus célèbres architectes du XIe siècle jusqu’à la fin du XVIIe, etc.; Paris, 1830, 2 vol. grand in-8°, planches.
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