‹ Monuments anciens et modernes (volume 3)Chapitre 43 sur 55 · Sér'iMtwœSéSéri/ZJi - . 07//J · texte numérisé non relu

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ÉGLISE DE SAINT “PAUL, A LONDRES

Une grande portion du terrain sur lequel s’élève aujourd’hui l’église de Saint-Paul aurait été, dans l’origine, si l’on peut s’en rapporter aux témoignages de quelques historiens, la partie de Londres la plus anciennement habitée ; telle est, du moins , l'induction qu’on a tirée de la présence d’une croix qui se voyait, naguère encore, au Nord de la cathédrale , et dont Stovve ne sut déterminer positivement la date. Cette croix était, à ce que l’on pense, taillée dans une de ces pierres, dites menhir , qu’on attribue généralement aux Celtes, et qui aura été appropriée , plus tard , par le christianisme ; appropriation dont on trouve encore de nombreux exemples en France, et ailleurs, et qui remontent, très-vraisemblablement, à cette époque reculée de l'histoire. Il serait donc assez probable de penser que cet endroit était peut-être alors , selon les coutumes des anciens Bretons , un lieu consacré à des sépultures. Au reste, et quoi qu’il en soit de la véracité plus ou moins fondée de cette opinion , on peut admettre avec quelque raison que ce point de la ville, dont l’élévation domine ici toute la partie environnante , a pu être choisi , par suite de sa position élevée , comme le lieu d’une première agrégation d’hommes et l’emplacement des premières constructions élevées sur cette partie de la capitale de la Grande-Bretagne.

D’autres historiens prétendent, mais sans trop de preuve, que la fondation de cette église remonte au 11e siècle de notre ère; et, dans cette croyance, ils affirment que le premier édifice a été bâti, non pas sur les ruines d’un temple de Diane, comme l’ont avancé quelques auteurs, mais bien sur un terrain occupé, pendant la domination romaine, par le camp du préteur. Ils ajoutent même que, successivement, il fut démoli au temps de la persécution de Dioclétien , reconstruit sous l’administration de Constantin, et détruit de nouveau, peu de temps après, par les Saxons, qui n’avaient point encore embrassé le christianisme.

Mais on comprend sans doute combien, vu leur peu de certitude, tous ces renseignements doivent être acceptés avec réserve et circonspection. Toutefois, arrivés à cette époque, les documents historiques deviennent assez nombreux, moins obscurs et plus positifs : la parole de saint Augustin, dit-on, convertit bientôt à la foi les peuplades farouches de cette contrée, et le roi Élhelbert, vers la fin de son règne (610), consacra, sur ce lieu même, un édifice qu’il plaça sous le vocable de Saint-Paul, et dans lequel Mellitus, premier évêque de Londres, célébra les saints mystères. Erkinwald, quatrième successeur de Mellitus (680), l’embellit considérablement et lui fit obtenir un grand nombre de privilèges. Plus tard, Kenrad, roi de Mercie, déclara cette église libre de toutes redevances; et, au XIe siècle , Édouard le Confesseur lui fit de riches dotations ; enfin , Guillaume le Conquérant, qui, en arrivant à Londres, lui avait enlevé tous ses revenus, les lui rendit bientôt, en y ajoutant encore et de nouveaux présents et d autres privilèges. Quelques années ensuite, l’incendie funeste qui, sous le règne du prince normand , dévasta une grande partie de la ville , réduisit aussi en cendres l’église placée sous l’invocation de saint Paul. A cette époque, l’évêque Maurice, ce pasteur si zélé pour les choses saintes, conçut le projet de la réédifier à l’aide du clergé et du concours de personnes pieuses ; et, grâce aux progrès qu’on avait faits alors dans l’art de bâtir, il voulut que cette nouvelle construction fût plus digne que la précédente, et qu’on l’élevât sur de plus larges proportions. Selon les habitudes de son siècle et des précédents, pendant lesquels chaque évêque était aussi un architecte, Maurice donna donc le plan d’un édifice beaucoup plus vaste, et qui présentait, contre l’action destructive du temps, toutes les conditions de solidité; car, jusqu’alors, disent les historiens, l'église métropolitaine avait toujours été construite en bois, fait qui nous parait digne de remarque.

Vers ce temps, on venait de démolir un vieux château nommé la Tour Palatine, et qui était situé à peu de distance de l’endroit où s’élevait l’église de Saint-Paul. L’évêque sollicita, pour son nouvel édifice, la cession des pierres qui provenaient de cette démolition, ce qu’il obtint ; et aussitôt il en jeta les fondements. Cependant , l’entreprise était si vaste, que , quoique ce digne pasteur en eût pressé vivement l’exécution pendant l’espace de vingt années, durant lesquelles il dépensa presque tout son revenu, il ne parvint encore qu’à en construire une partie , laissant à ses successeurs les soins de son achèvement. La mort surprit donc Maurice pendant l’érection de son œuvre , dans la continuation de laquelle il fut remplacé par Bichard de Baumeis, qui y consacra à peu près et la même somme d’argent et le même espace de temps. On sait encore que ce dernier évêque acheta, pour les démolir, un assez grand nombre de maisons situées aux environs de l’église, qu’il accrut ainsi le terrain affecté au cimetière qui entourait l’édifice, et qu’il commença enfin la construction d’une haute clôture en pierre, qui ne fut définitivement terminée qu’au XIVe siècle, sous Édouard II, lorsque celui-

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ci prit la ferme résolution de mettre fin aux meurtres et aux vols de tous genres qui se commettaient dans ce lieu. Stowe rapporte que la partie du monument commencée par Maurice fut bâtie eu pierre, genre de construction, continue-t-il, qui avait été inconnu jusque-là en Angleterre, ainsi que nous l’avons dit plus haut. La pierre qu’ou y employa , abstraction faite des vieux matériaux provenant de la Tour Palatine, fut apportée, dit-on, de Caen, en Normandie; et l’on ajoute même que, pour se procurer les matériaux nécessaires, Henri Ier rendit une ordonnance par laquelle tous les vaisseaux qui entreraient dans la rivière de Fleet , portant des pierres destinées à la nouvelle cathédrale, seraient affranchis des divers droits de péage qui étaient perçus à l’entrée du port. Après cet événement, à peine trouve-t-on quelques rares mentions des travaux d’achèvement de Saint-Paul: toutefois, les historiens nous apprennent qu’ils furent continués, mais avec lenteur. Il nous faut donc arriver à l’an 1 240 pour trouver un nouveau fait à ajouter à l'histoire de la construction de cette église. A cette date, le chœur, placé à l’Est, ne répondant pas par son élégance à la beauté des autres parties du monument, on décida qu’il. serait entièrement démoli et refait d’une manière beaucoup plus splendide; c’est aussi à cette époque qu’on doit faire remonter l’érection du clocher surmontant l’édifice au point de jonction de la nef avec le transsept ; et, dans cet état, l’église put enfin être consacrée. Niais il est à croire que le monument n’était point encore complètement terminé, puisqu’on remarque, dans les différentes gravures représentant la partie orientale de cette église, des constructions qui accusent évidemment des formes propres aux XIVe et XVe siècles, constructions qui sont postérieures à la date de la dédicace. Quoi qu’il en soit, il faut lire, dans les ouvrages de Dugdale et de Godwin , les descriptions minutieuses et détaillées des diverses parties de cet édifice qui, d’après le rapport des historiens, était bien un des plus importants et des plus remarquables de l’Angleterre pendant le moyen âge. C’était, et pour le dire ici en peu de mots , une église où se voyaient le plein cintre et l’ogive. Son plan était en forme de croix latine. La nef et une partie du transsept offraient le plein cintre, tandis que tout le reste, collatéraux, chœur, clocher, cloître, salle capitulaire et chapelle de Saint- Georges, présentaient les différentes phases du style ogival. Elle avait, dit-on, près de 220 mètres de long sur une largeur de 43 mètres et une hauteur de 50; le clocher même s’élevait à 170 mètres au-dessus du sol ; en un mot, cette immense cathédrale devait être, comme on le voit par ses proportions, un des plus grands monuments religieux de ce pays. On doit ajouter que l’ornementation ainsi que l’ameublement qui décoraient les diverses parties de son intérieur, étaient aussi d’une assez grande richesse. Mais le lecteur comprendra qu’il nous est impossible d’entrer ici dans de plus grands détails sur cette église, puisque notre notice est particulièrement consacrée à l’œuvre qui fut élevée, dans la suite, sur son emplacement ; aussi renvoyons-nous, pour de plus amples notions, aux ouvrages précités de Dugdale et de Godwin. Ou pourra surtout apprécier le mérite de l’œuvre du moyen âge, en examinant les gravures dues au burin d’Hollar, qui illustrent le livre si complet et si intéressant de Dugdale.

Après une période d’environ deux siècles, en 1444, le feu du ciel consuma la flèche de son clocher ; et, dans les premières aunées du règne d’Élisabeth, vers 1560, elle devint encore, en partie, la proie des flammes par suite de l’imprudence d’un plombier, sinistre qui causa de graves dégâts à la toiture. Pendant un certain laps de temps , on négligea de rétablir ce que le feu avait détruit ; et ce ne fut que sous Jacques Ier (1610) qu’on songea enfin à prévenir l’entière ruine de l’édifice; mais les projets de restauration ne furent exécutés que sous Charles Ier, c’est-à-dire en 1632. En cette année, lnigo Jones fut chargé de réparer les ravages causés par l’incendie; et cette restauration , à l’exception toutefois du clocher qu’il se proposait d’abattre , exigea neuf années de travaux consécutifs. Partisan des idées de son siècle, nous voulons dire des œuvres classiques ou grécoromaines, Jones dénatura, par sa restauration, ie caractère de l’édifice, non-seulement par les formes modernes données aux façades du transsept et aux murs extérieurs des collatéraux , mais en y soudant aussi, à sa partie antérieure, un misérable portique d’ordre corinthien, portique qui fut élevé aux frais du roi et décoré de la statue de ce prince et de celle de son père. En agissant ainsi, lnigo Jones suivait malheureusement l’exemple funeste et déplorable de la plupart des autres architectes, ses contemporains, qui s’étudiaient, si l’on peut s’exprimer ainsi, à dénaturer les monuments du moyen âge en les transformant en nous ne savons quel assemblage choquant , autre genre de vandalisme qui n’a laissé que trop de traces sur les édifices religieux ou civils de presque tous les pays à cette époque , et sur lesquels il inscrit, d’une manière irrécusable , la date positive de sou ignorance en matière de goût.

Un peu plus tard, on se disposait à relever le clocher, et même la flèche, qui devait être rebâtie en pierre, lorsque les guerres civiles et religieuses éclatèrent dans Londres. Les fonds destinés aux réparations de l’église furent détournés, et le parlement les fit servir au payement des troupes qu’il tenait à sa solde. L’é-

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difice lui-même ne fut pas respecté : on laissa tomber en ruine la partie de l’Est ; celle de l’Ouest fut changée en une écurie ; des marchands s’établirent sous le portique occidental , et les colonnes qui le composaient furent tous les jours endommagées. La fin des guerres civiles mit cependant un terme à ces dévastations. On faisait les préparatifs nécessaires pour rendre l’église à sa première destination et réparer les ravages do. temps et des hommes , lorsqu’elle fut définitivement consumée jusqu’aux fondements , et ensevelie sous ses ruines par le terrible incendie connu dans l’histoire sous le nom de great fire of London ( grand feu de Londres), qui , en 1666 , réduisit en cendres la plus grande partie des édifices de cette ville.

Plusieurs années s’écoulèrent cependant avant qu’on songeât à faire sortir de nouveau la cathédrale de ses ruines. Toutefois, après quelques tentatives inutiles pour la relever , il fut décidé qu’on en construirait une nouvelle , sinon supérieure, du moins égale à la précédente en grandeur et en magnificence. Une souscription ouverte, un impôt sur le charbon , et les libéralités de tous, permirent, en peu de temps, de songer à l’exécution de cette grande œuvre. Les fonds assurés, on dut chercher alors un artiste capable de la concevoir, et de la concevoir d’une manière qui répondit sur tous les points aux exigences que fit naître ce projet. Le choix se porta sur Christophe Wren , qui , en 1668 , à la mort de Jean Denliam , architecte du roi, lui avait succédé dans cette place , et s’était , depuis sa nomination à cet emploi , fait remarquer par la construction habile de quelques grands édifices publics. Wren fut donc chargé de cette immense entreprise, et il se mit immédiatement à l’œuvre. Mais il arriva bientôt un incident assez remarquable dans l’histoire de cette église, incident que nous ne pouvons passer ici sous silence. 11 s’agit d’un refus que subit le premier projet de Wren, et par suite duquel on serait assez porté à penser que , quoique cet architecte ne fût point allé en Italie pour y étudier les monuments de l’ancienne Rome, il n’en professait pas moins à leur égard une grande admiration ; car le refus dont nous venons de parler n’eut certainement lieu que parce que Wren avait cru pouvoir adopter, dans la construction d’un édifice chrétien , l’emploi des formes grecques et romaines ; oubliant ou ne réfléchissant point, sans doute , que ces formes , qui servirent autrefois aux symboles polythéistes de l’antiquité, ne convenaient aucunement au christianisme , qui avait eu , lui aussi, une architecture particulière, architecture qui existait encore dans presque toutes les villes qui n’avaient point perdu leurs monuments élevés pendant le cours du moyen âge. félicitons donc ici l’évêque et le chapitre de Londres d’avoir, parleur goût et leur bon sens, rejeté ce premier projet comme y trouvant trop de ressemblance avec les temples de la Grèce et de Rome, et d’avoir su empêcher l’érection d’un de ces misérables pastiches qu’on nous a imposés néanmoins, et sans pitié, un certain nombre d’années plus tard. Quelques historiens prétendent que le seul motif qui fit renoncer à ce premier projet fut la difficulté de trouver en Angleterre des pierres assez grosses et assez dures pour son exécution. Quoi qu'il en soit, l’édifice actuel n’a point été construit d’après le premier projet, et Wren fut obligé d’en concevoir un autre qui se rapprochât davantage des monuments chrétiens. Après une étude plus sérieuse des dispositions usitées dans les églises, après un examen plus consciencieux des nécessités que les cérémonies du culte exigent , et qu’il devait combiner simultanément, Wren présenta au comité de réédification l’ensemble de son nouveau projet qui , cette fois , obtint l’assentiment général. Dans cette œuvre , l’architecte , s’inspirant à des créations antérieures , tout en y apportant , ainsi qu’on le verra plus loin , des modifications essentielles qui lui appartiennent en propre et sont dues à son génie ; dans cette œuvre, disons-nous, Wren adopta, selon les idées de son époque , la forme d’une église en croix latine, surmontée d’une immense coupole; et, pour le dire en passant, c’est là le seul point de rapprochement que l’édifice présente avec la basilique de Saint-Pierre à Rome , quoiqu’on ait dit souvent que l’un n’était que la copie de l’autre.

La première pierre de ce monument fut posée le 1er juin 1675, et l’édifice achevé en 1710, à l’exception toutefois de quelques ornements qui ne purent être terminés qu’en 1723. Trente-cinq années suffirent donc pour l’entier achèvement de cette grande œuvre. Cependant , quoique l’église de Saint-Paul , ainsi que nous le dirons plus bas, soit beaucoup moins grande que Saint-Pierre de Rome, le temps employé à sa construction a été, malgré cela , étonnamment court. En effet , l’histoire de son érection présente cette particularité remarquable : c’est que ceux qui concoururent à sa fondation en virent aussi l’achèvement ; ainsi l’architecte, Christophe Wren , l’entrepreneur ou maitre maçon , Thomas Strong, et l’évêque, Henri Compton , qui avaient ensemble posé la première pierre , en placèrent encore la dernière sur le lanternon qui surmonte la coupole. Aussi est- ce là un fait sur lequel nous appelons un peu l’attention de nos lecteurs , que ce vaste édifice ait été commencé et achevé par un seul architecte , sous la direction du même maitre maçon , et enfin pendant la vie d’un seul évêque. Certes , en jugeant ici les choses par analogie , et en tenant compte de la différence de

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temps qu’entraîne nécessairement son inégalité de proportions avec l’édifice précité , Saint-Pierre de Rome , Wren ne pouvait espérer de voir son œuvre terminée; car cent quarante-cinq années , depuis 1503 jusqu’en 1648, furent employées à la construction de la basilique romaine , pendant lesquelles le trône pontifical fut occupé par dix-neuf ou vingt papes , et le monument dirigé par dix ou douze architectes. Elle a donc , comme le remarque M. Quatremère de Quincy . cet avantage très-rare dans les grands édifices, et auquel elle doit certainement de n'offrir aucune de ces disparates de manière et de goût, produit naturel des modifications que ne manquent presque jamais d’introduire , dans la conduite de l’ouvrage , les architectes qui s’y succèdent.

La dépense complète qu’exigea la construction de cette église, c’est-à-dire, la totalité des sommes employées à solder les frais de tous genres, tant de l’édifice principal que de quelques ouvrages accessoires, s’éleva, d’après le calcul de M. Godvvin , à 747,954 livres sterling, c’est-à-dire, à 18,698,900 francs, qui , par suite de la dépréciation qui s’est faite depuis cette époque dans le prix de l’argent, pourraient être évalués aujourd’hui à une cinquantaine de millions.

Wren fut , dit-on, tourmenté de plus d’une manière pendant l’érection de son œuvre ; et jamais, malgré la constance des efforts qu’il y déploya, malgré les soins incessants et les labeurs de tout genre qu’elle réclamait ; jamais, disons-nous, il n’obtint, comme rémunération de ses services, que la faible rétribution d’un bien mesquin salaire. Le traitement qu’on lui alloua avait été fixé, dès 1675, à deux cents livres sterling ou 4600 francs environ chaque année; mais, vers 1698, un acte du parlement réduisit ce traitement à moitié, sous prétexte que, pour eu prolonger la jouissance, Wren traînait les travaux en longueur. On a peine à comprendre le prétexte allégué en cette circonstance ; car la fortune que possédait cet architecte et le désintéressement dont il avait fait preuve, devaient, il nous semble, ôter tout fondement à cette allégation; aussi nous paraît-il beaucoup plus naturel d’attribuer la durée des travaux, soit à leur importance, soit aux difficultés qu’ils présentaient ou encore à celles qui pouvaient surgir des événements politiques de l’époque; peut-être même doit-on en trouver aussi la cause, ou dans l’insuffisance des fonds nécessaires à leur achèvement ou dans l’impatience des habitants de Londres à jouir de cette église. Quoi qu’il en soit, et lorsque le monument fut achevé, Wren fut obligé, pour rentrer daus ses droits, de solliciter du gouvernement de la reine Anne le payement de la retenue qui lui avait été faite sur ses appointements ; mais il ne 1 obtint qu’après une longue suite de démarches pénibles et souvent renouvelées. Au reste, ces déboires, survenus à des artistes éminents pendant l’exécution de leurs travaux, ne sont point un fait étranger et nouveau pour nos lecteurs; car, nous avons eu l’occasion d’en signaler un exemple, lorsque nous fîmes la description de la Bibliothèque de Saint- M arc y à Venise; et nous avons, à propos de Sansovino, montré quelle était déjà, pendant le cours du XVI* siècle, leur condition précaire et quelquefois malheureuse.

Enfin, et comme pour compléter ici l’ensemble des notions historiques qui peuvent se rapporter à cet édifice, nous ajouterons que, pendant la durée de sa construction, Christophe Wren établit, dit-on, sa demeure dans l'enceinte même du chantier, afin, sans doute, d’avoir constamment les yeux sur les ouvriers, et, très-vraisemblablement aussi , afin de pouvoir surveiller son œuvre avec beaucoup plus de soin et jusque dans les plus petits détails.

Après avoir essayé, dans ce qui précède, de réunir les différentes particularités qui se rattachent soit à la fondation, soit aux constructions qui furent successivement élevées sur l’emplacement qu’occupe l’église actuelle de Saint-Paul, nous allons maintenant aborder l’étude et la description architectoniques du dernier monument; et, dans ce travail, nous suivrons encore notre mode habituel d’examen , c’est-à-dire l’analyse successive de toutes les parties de son ensemble. Nous parlerons donc, en premier lieu , du plan dans lequel se résument les principales combinaisons de l’architecte anglais, et dont la connaissance est bien, à notre avis, la meilleure clef d’interprétation de son œuvre.

Le plan de ce dernier édifice ( voyez notre Planche de Détails ) ne présente plus, dans son ensemble et dans sa forme, cette figure si nette et si caractéristique de la croix primitive, ainsi qu’on le pratiqua dans la plupart des monuments religieux du moyen âge. On y remarque une déformation sensible, c’est-à-dire, un raccourcissement dans le développement longitudinal du transsept, que rend encore remarquable son déplacement vers la partie antérieure de l’édifice, déplacement qu’on retrouve, il est vrai, dans certains édifices religieux des époques antérieures ; et cette modification , qui enlève à la construction une partie de son harmonie, est encore là une des conséquences inévitables que subit la disposition des églises depuis le jour où, pour la première fois , les architectes ne tinrent plus compte des idées de nos pères afin de se lancer dans des voies nouvelles, et qui devaient, peu à peu, priver ces monuments de leur caractère particulier. Quoi qu’il en soit,

— ÉGLISE DE SAINT-PAUL , A LONDRES

Saint-Paul offre bien encore la figure d’une croix ; mais cette figure y est mal exprimée , mal rendue , et plus du tout dans un rapport convenable; en un mot, la longueur démesurée du chœur, la place donnée au transsept et l’exiguïté de son développement, tout concourt ici pour modifier d’une manière notable la forme propre aux temples chrétiens, forme qui caractérise cependant les constructions du moyen âge, où règne, avant tout et comme condition essentielle, la figure de ce signe vénéré. Toutefois, on pourrait admettre que le chapitre imposa cette forme à Wren, lorsque celui-ci lui présenta son premier projet, et que les membres de la commission exigèrent aussi qu’il reproduisît dans le nouveau les dispositions particulières d’un certain nombre d’églises ou cathédrales, élevées en Angleterre pendant le cours des siècles précédents, et dont la longueur est divisée en deux parties à peu près égales, la nef et le chœur, par le transsept (*) ; transsept que l’architecte anglais se permit de modifier pour des raisons particulières. Passant maintenant à l’énumération des différentes parties qui composent cet édifice , on y retrouve bien à leurs places respectives , quoique dans d’autres formes et d’autres proportions, les éléments constitutifs des églises catholiques des époques antérieures : ainsi, chœur, nefs, crypte, clochers, etc., tout s’y voit combiné; mais on sent, dans leur agencement ou leur disposition , le travail d’un artiste qui , gêné par des idées imposées, des us et coutumes vénérables et des formes caractéristiques et traditionnelles , cherche néanmoins , tout en s’efforçant de rester dans la donnée ancienne et voulue, à sacrifier au goût plus ou moins blâmable de son époque pour faire, à son gré et en suivant ses propres inspirations, ce qu’on appelle du nouveau. Ceci posé, il nous semble peu convenable d’entrer en ce moment dans une analyse des diverses parties de l’édifice ; nous aurons d'ailleurs , et plus naturellement , occasion de les examiner en détail, lorsque nous étudierons chacune d’elles en particulier.

On évalue le rapport proportionnel entre les édifices de Saint-Pierre de Rome et de Saint-Paul de Londres à peu près comme celui de deux à trois : ainsi , la longueur de la basilique pontificale serait de 218 mètres sur 155 de large , tandis que celle de la cathédrale de Londres n’a seulement que 155 mètres sur 75. La hauteur de Saint-Pierre est de 136 mètres, et celle de Saint-Paul , du niveau du sol au sommet de la croix qui surmonte la coupole, de 1 12 mètres. Le diamètre de cette coupole, dans sa partie inférieure , est de 46 mètres, et la largeur de l’église de 37 mètres. L’église de Saint-Paul se place donc au second rang, quant à l’importance et à la grandeur, c’est-à-dire quelle vient immédiatement après Saint-Pierre de Rome. C’est ce qui a fait dire à M. Gourlier, qui cherchait des rapprochements de proportions avec quelques-uns des édifices chrétiens les plus célèbres, qu’envisagé sous le rapport de l’étendue, ce monument n’occupe environ qu’un peu plus du tiers de la basilique pontificale, les deux tiers de celle de la cathédrale de Milan, les trois quarts de celle de Sainte-Sophie de Constantinople et de l’ancienne basilique de Saint- Paul hors les murs de Rome ; mais qu’il surpasse, sous ce rapport , les plus grandes églises après celles que nous venons de citer, telles que les cathédrales d’Amiens, de Chartres, de Paris, de Reims, etc.

L’édifice fut construit en pierre des îles Portland , la plus belle du pays et qui conserverait sa blancheur et son poli sans l’action corrosive de la fumée du charbon de terre, qui ronge, dit-on, les autres pierres, et noircit particulièrement celle-ci.

Considéré à l’extérieur et vu d’un certain endroit (Ludgate Street) , l’aspect du monument dédié à saint Paul est bien quelque peu grandiose , et son ensemble , par la disposition des parties , produit sur le spectateur un effet assez imposant. En effet, la composition de la façade, les deux tours ou clochers qui l’accompagnent , la colonnade qui entoure le dôme, la forme de la coupole, sa courbure et sa décoration (**), tout concourt à lui donner une silhouette qui fait presque oublier les nombreux défauts que présente ce monument, et dont le plus capital consiste dans le développement disproportionné de cette immense coupole qui l’écrase d’une manière si désagréable à l’œil. On doit regretter que le manque d’espace ait frustré cette église d’une place suffisante pour qu’on puisse en embrasser complètement l’ensemble ; car le lieu qu’elle occupe dans la Cité est bien le plus resserré. L’architecte Wren, malgré ses bonnes intentions et son vif désir à cet égard , ne put jamais remédier à cet inconvénient.

L’église a trois entrées : l’une située à l’Ouest , et les deux autres s’ouvrant au Nord et au Midi , dans les extrémités du transsept. Ces trois entrées sont décorées chacune d’un portail et d’une espèce de façade qui méritent ici une description particulière. La façade principale, c’est-à-dire celle qui se trouve à l’Occident et qui est plus ornée que celle de Saint-Pierre de Rome , se compose de deux ordres superposés , dont l’inférieur est corinthien et le supérieur composite; mais ces deux ordres réunis ne sont point aussi élevés que celui de la

(*) Voyez le plan de la cathédrale d’york.

(**) Vov. r élévation géométrale de la façade , reproduite sur l'une de nos Planches de Détails.

— MONUMENTS DES XVIIe ET XVIIIe SIÈCLES. —

basilique pontificale. Cet ensemble forme un portique à deux étages , décoré de colonnes cannelées et accouplées , au nombre de douze , dans la partie basse , et de huit en haut; le tout est surmonté d’un riche entablement avec fronton triangulaire, au milieu duquel se voit un grand bas-relief représentant la Conversion de saint Paul. Trois statues colossales , offrant les images de saint Pierre , de saint Paul et de saint Jacques, s’élèvent, en forme d’acrotères, aux angles de ce fronton. Un escalier en marbre noir, composé de vingt-deux marches , occupe le devant de cette façade , et conduit à trois portes , disposées dans les axes de la nef et des collatéraux. De ces trois portes, celle du milieu, qui est en retraite, présente une ouverture beaucoup plus large que celles des côtés; leurs chambranles sont en marbre blanc. Enfin, parmi les bas-reliefs qui se trouvent dans le haut de ce portique , on remarque particulièrement celui qui retrace ce trait de la vie de saint Paul prêchant les habitants de Bèrée.

A droite et à gauche de ce portique s’élèvent deux constructions formant ailes et servant de base aux clochers qui complètent la façade de cet édifice. Ces deux ailes sont percées , dans leur partie inférieure, de baies assez élégantes, et décorées de pilastres qui répètent , aux deux étages , les mêmes ordres du portique. Quatre statues couchées, représentant les évangélistes avec les emblèmes qui les caractérisent, surmontent cette partie de la construction. Au-dessus se dressent ces espèces de tours qu’on nomme clochers ou campaniles; ils sont construits en forme de pyramide et par étages en retraite les uns au-dessus des autres. Cette partie de l’œuvre de Wren nous semble une imitation dérivée des clochers du moyen âge, déjà modifiés à l’époque de la Renaissance , mais si grotesquement transformés plus tard , lorsqu’ils subirent les bizarres excentricités du Bernin , du Borromini, etc., et dont ceux de Saint-Paul de Londres nous paraissent surtout tenir. Toutefois, et quant à la destination de ces deux campaniles, l’un renferme le bourdon qui fut coulé en 1616 (*), et l’autre une horloge publique.

Telle est, en peu de mots, la description sommaire de cette partie du monument; et déjà son examen révèle maintes particularités et provoque quelques observations qui offrent un certain intérêt sous le rapport de l’art et sous celui de l’esthétique. Envisagée dans son ensemble, la composition de cette façade, où régnent, comme dans tout l’édifice, les divers éléments des ordres classiques de l’antiquité grecque et romaine, cette composition, cette disposition, quoique modifiée par les idées de Wren, n’en paraît pas moins inspirée sur celles qui furent élevées à Rome pendant le cours du XVIIe siècle, par les architectes Galilei et Fuga, qui, trouvant trop monotones et de trop peu d’effet les façades à colonnes engagées ou avec pilastres de leurs devanciers (**), composèrent des portails dans un tout autre système ; et l’on ne peut nier que l’idée première de ce nouveau système n’appartienne à la nécessité où ces artistes se trouvèrent de ménager, à la partie antérieure de leurs églises, une espèce de tribune ou loggia , du haut de laquelle le pape donnait sa bénédiction aux fidèles ; nécessité qui suggéra sans aucun doute l’idée de ces portiques à deux étages , et d’où il résulta , pour l'ensemble du monument, beaucoup plus d’effet et de variété. Que dirons-nous maintenant des clochers ou campaniles? Qu’ils ne présentent plus , par leur disposition et la bizarrerie de leur forme, ce caractère si éminemment chrétien qui distinguait surtout ceux du moyen âge. Et si l’on venait ensuite à nous demander ce que nous pensons de leur emploi dans les édifices sacrés du XVIIe siècle, nous répondrions encore que l’église, telle qu’on la construisait à cette époque, c’est-à-dire dans les seules formes grecques et romaines, ne pouvait admettre la présence et le concours de cette partie aussi essentielle que caractéristique dans les monuments antérieurs; car c’eût été mettre en présence et combiner, dans un choquant assemblage, et l’antique polythéisme et la civilisation chrétienne, deux époques tout à fait opposées, et dont les symboles comme les arts sont entièrement dissemblables. Mais telle était la force des choses au siècle de Wren, et telle était aussi celle du goût dominant alors, qu’on croyait pouvoir commander et construire un édifice catholique, quoiqu’en faisant usage d’éléments divers, pris dans ces deux architectures, fruits des deux civilisations. C’est ce qui fait, comme l’observe très-bien Aï. Quatremère de Quincy, que la disposition et la décoration de cette partie extérieure des églises , à partir du XVIIe siècle, ont singulièrement tourmenté le génie des architectes modernes ; et nous devons noter ici, à propos de ceux de Saint-Paul , que les Anglais se sont particulièrement exercés , depuis cette époque , dans la composition de ces clochers, qui sont devenus une partie très-principale des églises de la Grande-Bretagne.

(*) Otte cloche , qui a trois mètres de diamètre , sonne quotidiennement les heures , et annonce aussi la mort des membres de la famille royale , celle de l’évêque de Londres et du lord-maire.

(**) Voyez les façades de I’église du rédempteur a venise , de la basilique de saint-pierre et de l’église de

S41NT-1GNACE A ROME.

— ÉGLISE DE SAINT-PAUL, A LONDRES

Les parois extérieures des collatéraux de Saint-Paul présentent, ainsi qu’on le remarque à la façade occidentale, deux ordres superposés, que décorent, dans leurs parties saillantes, des pilastres d'ordre corinthien et composite ; ces deux ordres sont séparés par un entablement continu qui divise la hauteur de ces parois en deux zones à peu près égales, et dans lesquelles on a ouvert, à la partie inférieure, des haies à sommet circulaire, servant à éclairer les collatéraux, tandis qu’on a placé , dans la partie supérieure , des croisées feintes avec colonnes et fronton triangulaire. Cet ensemble est surmonté d’une balustrade qui règne tout autour de l’édifice, et lui sert , de trois côtés du moins , comme de couronnement ; des lucarnes , disposées dans le soubassement , éclairent la crypte; enfin, quelques travaux de sculpture, d’un dessin et d’une exécution médiocres, complètent la décoration de ces faces latérales. Cependant, on doit regretter qu’indépendamment des outrages que l’air, les vents et la pluie ont déjà fait subir à ces sculptures , la fumée de charbon , qui règne et pèse sans cesse sur la ville de Londres , vienne encore se combiner avec ces divers éléments de destruction pour les noircir et les défigurer.

Nous avons dit plus haut qu’il existait à Saint-Paul trois entrées principales , et nous avons décrit alors celle qui se trouve à l’Ouest : il nous reste donc maintenant à dire quelques mots sur les deux autres, qui sont situées, ainsi qu’on peut le voir sur notre plan, aux deux extrémités du transsept. De ces deux entrées l’une , celle du côté du Nord , offre un ensemble composé de deux étages ornés de pilastres , de baies et de croisées feintes , analogues à celles des faces latérales ; un fronton triangulaire , décoré de sculptures représentant les armes de l’Angleterre, et au-dessus duquel s’élèvent, de distance en distance , les statues de cinq apôtres, complète sa décoration. Mais la partie la plus intéressante de cet ensemble est sans contredit le petit avant-porche semi-circulaire qui occupe le bas du transsept. Il est construit sur une rampe ou escalier de dix-sept marches en marbre noir, et formé de six colonnes, supportant un entablement aussi semicirculaire dont la partie supérieure présente cette particularité de six assises en retraite, couronnées d’une urne placée au milieu d’autres ornements. Nous appelons l’attention de nos lecteurs sur la forme et la disposition de ce petit porche , disposition que les architectes anglais reproduisirent quelquefois à la partie antérieure de plusieurs monuments religieux , élevés à Londres postérieurement à l’achèvement de l’église de Saint-Paul.

La troisième entrée , celle qui est placée au Sud de l’édifice , reproduit exactement les mêmes dispositions que celle située au Nord , et n’en diffère seulement que par le sujet du bas-relief qui décore l’intérieur de son fronton : ce sujet représente un phénix s'élevant du milieu des flammes , au-dessous desquelles on lit cette inscription : resvrgam (je renaîtrai ); allusion ingénieuse , s’écrient MM. Barjaud et Landon, qui se.rattache à la réédification de l’église après le terrible incendie de 1666. Le merveilleux, qui cherche à s’introduire partout et à tout expliquer, a voulu, dans cette circonstance encore, donner une interprétation à sa manière de ce mot unique, et y rattacher le souvenir d’un incident qui nous semble bien loin de présenter ici tous les caractères de l’authenticité. On rapporte qu’un jour l’architecte AVren, ayant eu , fort vraisemblablement, besoin, pendant l’érection de son œuvre, de tracer quelque détail, quelque épure nécessaire aux ouvriers , et ayant demandé qu’on lui fournît un objet quelconque, mais qui fût plan, afin de pouvoir l’exécuter plus commodément et avec plus de précision ; on rapporte , disons-nous , qu’un des ouvriers , accédant à sa demande , lui apporta un fragment de tombeau sur lequel était gravé ce mot latin : Resurgam. AYren, continue la légende, saisissant immédiatement le sens que ce mot lui présentait , y ajouta tout aussitôt la figure d’un phénix , et son allégorie, dit-on, fut composée. Nous laissons à nos lecteurs le soin d’apprécier la valeur de ce récit.

Au point même d’intersection où viennent se réunir et la nef et le transsept, s’élève encore, à l’extérieur, une immense coupole qu’on regarde généralement aujourd’hui comme une des grandes conceptions de l’architecture moderne. L’importance de cette partie de l’édifice , les innovations et les particularités qu’elle nous révèle, ainsi que les beautés et les défauts qu elle présente, tout nous porte à l’étudier en détail et à entrer à ce sujet dans quelques développements.

Cette coupole fut commencée en 1690 et terminée seulement vers 1710. IJ était alors assez difficile de pouvoir, sinon surpasser en diamètre, mais même égaler celle que Michel-Ange avait élevée au-dessus de Saint- Pierre de Borne ; aussi la coupole de AVren lui est-elle inférieure sous le rapport des proportions. Vaincu sur ce point , l’architecte anglais chercha dans son génie un système de disposition qui lui fût propre, mais qui lui permît cependant d’employer la forme en usage, sans toutefois se servir des mêmes moyens ; ce qu’il trouva, comme on va le dire. A l’époque donc où AVren conçut son œuvre, c’est-à-dire, après l’achèvement de la basilique papale, la disposition du dôme d’une église pouvait encore recevoir quelques changements et être modifiée dans la manière de décorer et d’ouvrir les massifs qui supportent les pendentifs ; on y parvint surtout

— MONUMENTS DES XVIIe ET XVIIIe SIÈCLES. —

dans la construction de deux monuments religieux qui furent élevés , en France et en Angleterre , vers la fin du règne de Louis XIV : nous voulons parler du dôme des Invalides, à Paris, et de l’église de Saint-Paul, à Londres.

Le Roy, dans un chapitre de son Histoire de la disposition que les chrétiens ont donnée à leurs temples, etc., chapitre intitulé : Du percé très-ingénieux des bas côtés d’une église dans les pans du dôme qu’on a pratiqué à Saint-Paul , nous paraît avoir assez bien traité cette matière , et résumé brièvement ce qu’on peut dire sur cette innovation. Nous allons donc en extraire ici quelques lignes, à la suite desquelles nous commencerons l’analyse et la description détaillée des divers membres de cette partie de l’édifice. « Le chevalier Wren , dit-il, a senti le dernier inconvénient des bas côtés de Saint-Pierre, et l’a évité dans le temple de Saint-Paul...; ii a fait les quatre pans de son dôme , qui sont au-dessous des pendentifs , presque aussi grands que ceux qui répondent à l’ouverture des nefs; il a formé , dans chaque massif des pendentifs, une niche comme à Saint-Pierre de Rome : mais ii a ouvert ces niches , et a fait en sorte qu’elles fussent traversées par les huit bas côtés qui accompagnent les quatre nefs de cette cathédrale. Cette disposition est certainement un trait de génie ; mais il en résulte que les nefs , en général , paraissent trop petites par rapport à l’étendue immense du dôme ; et tous ceux qui ont quelque goût et qui ont vu ce monument rapportent que le chœur particulièrement paraît extrêmement étroit ; d’ailleurs , il suffit d’en considérer le plan pour reconnaître que sa forme n’est pas, à beaucoup près , aussi belle que celle de Saint-Pierre. » Cette critique , qui nous semble aussi juste que sage, résume bien , on le voit , et en peu de mots , comme nous l’avons dit , soit les qualités ou les défauts que présente cette église , qualités et défauts qui vont recevoir maintenant leur pleine et entière confirmation par 1 examen dans lequel nous allons entrer. Toutefois, et afin de mettre ici un peu d’ordre dans l’étude de cette partie , qui est assez complexe et qui est encore, à notre avis , la plus importante de l’œuvre , nous croyons devoir la partager en trois divisions principales, que nous fractionnerons en : soubassement , comprenant les massifs inférieurs de la construction; en tour ou tambour , avec la galerie surmontée d’unattique, et enfin en coupole proprement dite, avec son amortissement.

Le plan inférieur de cette partie du monument décrit une figure rectangulaire, composée de gros piliers supportant les pendentifs , dans lesquels s’ouvrent des arcades qui mettent en communication les nefs avec le transsept et le chœur. Aux deux tiers à peu près de la hauteur de ces ouvertures, Wren disposa une seconde arcade, qui n’empèche point les spectateurs de voir au travers le petit ordre de pilastres servant de décoration aux bas côtés de l’église. Ce système d’ouverture de piliers et d’arcades, cette disposition singulière , dont on pourrait, peut-être, trouver les types, bien modifiés, il est vrai, dans les arcades superposées de la mosquée de Cordoue, ou dans certaines combinaisons analogues de quelques cathédrales à ogive de l’Angleterre (*) , ne sont point, selon nous, comme le pensent MM. Le Roy et d’Argenville(**), un trait de génie, mais seulement une modification, une idée nouvelle et peu convenable dans Saint-Paul de Londres , puisqu’il en est résulté que les nefs paraissent trop petites par rapport à l’étendue de la coupole, et que le chœur, par suite , semble aussi trop étroit. La seconde division du dôme commence au niveau des voûtes de l’église, et prend là une forme circulaire, rachetée par les pendentifs dont on a parlé ; elle s’élève verticalement ensuite à une assez grande hauteur jusqu’à la galerie. Wren lui donna, dit-on , cette élévation , afin d’éviter le défaut qui existe à Saint-Pierre de Rome, où une partie de la coupole est malheureusement cachée au regard des spectateurs par le haut de sa façade. Mais ici l’architecte anglais ne comprit point , il faut le croire, lorsqu’il combina son œuvre, qu’en surélevant cette partie, il allait produire un autre défaut non moins blâmable , celui de mettre le dôme hors de proportion avec les autres parties de son église, et lui donner plutôt l’apparence d’une tour que la forme d’une coupole; défaut qui présentait encore cet autre inconvénient, de faire paraître l’édifice beaucoup plus bas qu’il ne l’est en effet. Quoi qu’il en soit, cette base, de forme unie et surmontée d’une corniche fort simple, supporte une galerie composée de trente-deux colonnes d’ordre corinthien , colonnes que Wren a rattachées au corps de la construction, au tambour du dôme, à l’aide d’arcades retombant sur un petit ordre de pilastres , placés à l’extérieur et comme décoration. Cette partie, dit M. Quatremère, offre l’aspect d’une colonnade isolée dans sa circonférence , bien que les colonnes soient liées au mur de la tour par le moyen de huit massifs , dans lesquels sont pratiqués des montants évidés et circulaires pour des escaliers. Dans chacun des espaces égaux compris

(*) Voyez particulièrement celles de Salisbury, Canterbury, Wells, etc.

(**') f les des plus fameux Architectes et Sculpteurs depuis la Renaissance des Arts, avec la description de leurs ouvrages ; I ome Ier, pag. 293.

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entre ces massifs, continue le docte critique , se trouvent trois eutre-colonnements dont les colonnes sont réunies à la tour par des murs percés d’arcades, pour qu’on puisse, à l’extérieur, faire le tour du dôme. Enfin, cette colonnade produit une saillie assez forte sur ladite tour, et porte une terrasse d'à peu près quatre mètres de large, prise en dehors de la balustrade dont est surmonté l’entablement. Cette partie du dôme, dans laquelle l’architecte Wren semble avoir voulu imiter la disposition des temples circulaires élevés au temps des Romains, présente, il faut le reconnaître, un aspect architectural assez satisfaisant, et elle passe aussi pour le meilleur morceau de tout cet ensemble. A la hauteur de la balustrade dont on vient de parler, mais en retraite de la galerie inférieure , s’élève une troisième et dernière partie: nous voulons parler de la coupole. Là se voit d’abord un attique , orné de pilastres et de baies , qui forme le prolongement de la construction cylindrique du tambour; puis vient la coupole elle-même, présentant , dans son ensemble et comme on le remarque au dôme desinvalides à Paris, trois parties concentriques et superposées, mais construites ici dansd’autres formes, et agencées, pour des raisons particulières, dans l’ordre suivant d’élévation : la coupole intérieure, qui a reçu des peintures (*), la grande construction conique, supportant la lanterne, et la coupole extérieure, décorée, sur le développement vertical de sa courbe, de côtes saillantes, placées ainsi en manière d’ornementation. Enfin, un édicule assez élégant, composé d'un balcon ou galerie, de la lanterne proprement dite et d'un petit dôme surmonté d’une croix, se dresse, en dernier lieu, et comme amortissement, au sommet de cette gi gantesque coupole.

Telle est, en peu de mots , la description succincte de cette partie qui passe pour la plus importante de l’édifice , ou du moins de celle qui a plus particulièrement provoqué l’attention et la critique sur l’œuvre de l’architecte Wren. Toutefois, et comme pour ne laisser ignorer à nos lecteurs aucune des particularités qui se rapportent à cette coupole célèbre , nous ajouterons encore ici quelques autres notions , destinées à compléter notre étude. Un escalier circulaire assez vaste, placé dans l’angle S. O. du soubassement du dôme, et partant du sol de l’église , conduit à la hauteur des voûtes de la nef et du transsept. On arrive d’abord à une galerie qui entoure la partie inférieure de la colonnade , et qu’on appelle galerie sonore ( ichispering galery ) , parce que le moindre bruit, le moindre son, s’y propage et s’entend, comme par enchantement , sur tous les points de sa circonférence; on monte ensuite, de la galerie sonore, à l’aide d’un autre escalier, à celle qui s’étend au-dessus de la colonnade, endroit d’où l’on jouit, lorsque l’air est parfaitement pur et qu’il n’est point saturé de fumée de charbon , d’un panorama très-intéressant. Enfin , on monte encore un petit escalier roide, étroit et obscur, et l’on parvient à la galerie couronnant la coupole, au-dessus de laquelle la lanterne, le globe et la croix s’élèvent à près de vingt-cinq mètres. On peut même monter jusque dans le globe, qui est assez vaste pour pouvoir contenir la présence de huit personnes.

Le chevet de cette église présente, à la partie seulement qui correspond au chœur, une forme semi-circulaire, parce que les bas côtés s’arrêtent, ainsi qu’on le remarque dans les basiliques latines, et dans un certain nombre de monuments religieux du moyen âge, de la Renaissance et du XVIIe siècle, à leur extrémité orientale. Toute cette partie postérieure de 1 édifice a reçu le même système de décoration que les parois latérales dont nous avons donné, plus haut, la description.

L’églisede Saint-Paul est entourée, à une certaine distance, d’un mur de clôture à hauteur d’appui, formant la base d’une grille, composée , dit-on , de deux mille cinq cents balustres en fer coulé.

Au milieu de l’espèce de place qui précède ce monument, s’élève une statue en marbre, représentant la reine Anne, œuvre due au ciseau du sculpteur Hill (**), auquel on doit encore plusieurs autres statues et ornements qui décorent l’édifice. Cette figure est placée sur un socle , aux angles duquel sont disposés quatre groupes peu remarquables.

Après avoir traité de l’histoire de cette église, et en avoir analysé, aussi succinctement que possible, les différentes parties de son extérieur, passons maintenant à l’examen du dedans. L’intérieur de Saint-Paul, il faut le dire, ne répond pas, quant au mérite et à l’effet de son architecture, à l’impression que produit la vue de son extérieur; et, bien qu’il soit quelque peu orné, il paraît néanmoins d’un aspect froid et nu qui vous laisse sans émotions.

La disposition générale de cet intérieur offre beaucoup d’analogie avec celle des grandes cathédrales de l’Angleterre , abstraction faite toutefois du style propre qui distingue et caractérise chacune d’elles en particulier. En effet, cette disposition consiste aussi en une grande nef centrale , accompagnée de deux bas côtés

(*) Wren la construisit afin de racheter, à l’intérieur, l’effet désagréable qu’aurait produit la profondeur de son immense soupole.

(**) D’autres disent qu’elle est l’œuvre de Bird.

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ou collatéraux , qui se développent dans les deux bras du transsept pour se répandre ensuite , en passant au travers des grandes ouvertures pratiquées dans les massifs qui supportent la coupole, à droite et à gauche du chœur, sur toute son étendue. Nous venons de mentionner le transsept et le sanctuaire ; ils complètent, avec la coupole , les différentes parties employées par Wren à l’intérieur de son église. Mais , de la disposition et de l’aspect internes de ce monument, passons ensuite à l’étude et à l’examen des différentes parties.

L’ordonnance de la grande nef, ainsi qu’on peut le voir sur notre coupe longitudinale, se compose d’arcades, assises sur d’énormes pieds-droits ornés de pilastres corinthiens, et surmontées d’un entablement fort simple. Lien, il faut l’avouer , ne paraît plus lourd et plus massif que ces piliers flanqués de colonnes et de pilastres. Au-dessus de l’entablement règne un attique, dans lequel s’ouvrent des fenêtres et où la voûte vient prendre naissance et se développer. Cette voûte, qui est ici d’une grande étendue , présente encore ce défaut capital d’être presque entièrement nue et coupée, d’une manière désagréable à l’œil, par plusieurs petites coupoles qui ne s’accordent guère avec le dôme central. On peut encore reprocher à cette partie de l’édifice les quelques ornements qui la décorent, et dont le dessin, le mauvais goût et l’exécution très-secondaire ne font pas regretter qu’on s’en soit montré si avare. Les bas côtés sont , de l’avis de plusieurs critiques , un peu mieux traités, et offrent à l’observateur quelques parties irréprochables.

Parvenu, dans cette église, au point de jonction que forment, en se rencontrant, la nef, le chœur et le transsept, afin de reproduire, en plan, cette figure si éminemment chrétienne de la croix; parvenu, disons-nous, à ce point, on se trouve immédiatement en dessous de l’immense coupole qui couronne ce vaste monument; et la, lorsque après avoir tourné les yeux vers les profondeurs du dôme, afin d’en analyser successivement toutes les parties, l’observateur judicieux cherche à formuler sa pensée, il doit, d’accord avec M. Quatremère , s’arrêtera ce jugement qui nous semble aussi juste qu’empreint d’une bonne critique. La décoration intérieure du dôme de Saint-Paul, dit cet antiquaire, offre, dans ce qui forme la tour, un parti d’ordonnance plus régulier en soi que celui de Saint-Pierre de Rome. Cela, continue le docte aristarque, est dû au système d’égalité d’eutre-colonnement des pilastres corinthiens, qui s’élèvent, au nombre de trente-deux, sur un stylobate continu. Ces trentedeux intervalles sont occupés par vingt-quatre fenêtres et huit grandes niches. Au-dessus s’élève la coupole dont le sommet est percé par une ouverture circulaire. Cette coupole est entièrement couverte de peintures. Toutefois, lorsque Wren conçut la disposition de son dôme, il avait eu, dit-on, la pensée d’en faire décorer alors l’intérieur comme celui de Saint-Pierre à Rome, c’est-cà-dire avec des mosaïques ; et c'était, très-vraisemblablement, à cette intention qu’il avait fait venir exprès de 1 Italie quatre des plus habiles artistes en ce genre. Mais il est à présumer qu’il changea plus tard d’avis sur ce système particulier de décoration, puisque ce premier projet ne fut point exécuté. La surface intérieure de la coupole fut peinte par Jacques Thornhill, artiste assez médiocre qui vivait au commencement du XVIIe siècle, et qui y représenta les principaux traits de la vie de saint Paul (*). Enfin, et quant à l’ornementation, on doit reconnaître qu’en général toute la partie purement décorative de l’intérieur de ce dôme, soit les peintures, soit les ornements qui couvrent le stylobate ou les pendentifs, tout cela n’offre rien que de très-ordinaire et de fort peu remarquable.

Il nous resterait encore, pour compléter l’ensemble des notions qui se rattachent à la construction et à la décoration de cet édifice, à parler ici du chœur et du transsept, si toutefois l’une ou l’autre de ces deux parties pouvait offrir quelques particularités intéressantes à étudier sous le rapport de l’art; mais comme elles reproduisent identiquement les mêmes dispositions et la même ordonnance que nous avons signalées en décrivant la nef centrale, il ne nous semble point utile de nous étendre à faire ici une description qui ne nous présenterait inévitablement que la longueur et la monotonie des redites.

Nous voici donc arrivés , dans l’exploration de cet édifice, à l’examen de ce complément indispensable à tout monument religieux , complément qui constitue , dans son ensemble , ce qu’on nomme le mobilier , ou , si l’on aime mieux , l’ameublement nécessaire à la célébration des différentes cérémonies du culte. Cependant, il faut le dire, on le trouvera dans l’église de Saint-Paul non-seulement beaucoup moins important que dans nos églises catholiques, puisqu’il a été restreint aux seuls meubles qui se voient dans le chœur, mais la place même qu’il occupe, provoquera aussi, de la part de l’observateur, quelques réflexions auxquelles il ne nous est point donné de répondre. En effet , si , dans les lignes qui vont suivre et dans lesquelles nous allons traiter successivement de l’autel , de la chaire, des stalles , de l’orgue, etc., qui se trouvent , à dessein sans doute, réunis dans le seul emplacement du sanctuaire, si nous cherchons à nous rendre compte des raisons qui ont pu déterminer leur agglomération sur ce point de l edifice , il ressortira, très-vraisemblablement, de notre recherche,

(*) Ces peintures sont déjà fort altérées par le temps.

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niais surtout de la place que quelques-uns de ces meubles occupent , qu’ils y ont été érigés, depuis l’origine peut-être, dans une intention qui nous est inconnue, et qu’il faut alors essayer de découvrir. On comprend déjà qu’il s’agit ici de la chaire et de l’orgue, qui furent presque toujours placés dans la grande nef des monuments chrétiens, élevés pendant le cours du moyen âge et de la Renaissance. En voyant donc la place insolite de ces deux meubles dans l’église de Saint-Paul, ou doit évidemment se demander quels ont pu être les motifs d’un tel déplacement; et la réponse à cette question devra être l'une de ces deux hypothèses : ou ces deux meubles ont été placés à cet endroit par suite de l’affaiblissement des pratiques religieuses qui rendait l’église trop grande pour le petit nombre de personnes qui en suivaient les offices, limités qu ils furent dès lors et presqu’à l’origine, au seul emplacement du chœur, ou bien, des prescriptions particulières, ordonnées par les règles de la Réforme, en avaient assigné positivement la place. Quoi qu’il en soit, on peut admettre, dans l'une ou l’autre de ces deux hypothèses, que l’architecte, en élevant son buffet d’orgues au-dessus du jubé ou de la clôture, croyait pouvoir imiter, eu cela, certaines dispositions analogues qu’on retrouve encore dans plusieurs cathédrales à ogive de l’Angleterre (*) ; et lorsqu’il transportait la chaire dans le chœur de son église, il suivait, très-probablement, des ordres prescrits. Toutefois, qu’on nous permette d’ajouter ici une observation, qui vient se présenter à notre pensée, et qui peut être d’un certain poids dans cette question de la place qu’occupe la chaire à l’intérieur du chœur de Saint-Paul : c’est que, déjà, nous la voyons au même endroit sur d’anciennes gravures offrant des vues perspectives de ce sanctuaire , gravures qui datent presque de l’époque de l’ouverture de cette église , ou qui sont peu postérieures à cet événement , et que nous reconnaissons celle qui s’y trouve représentée, pour être du même style que les stalles, le jubé, etc., qui l’environnent; renseignement qui peut servir à fixer et la date de sa construction et celle de son érection à cette place, deux remarques importantes dans la question présente, et qui viendraient réfuter d’une manière péremptoire, si elles étaient admises, l’opinion de ceux qui pensent que ce meuble a pu être déplacé de la nef et mis dans le chœur , où il se trouve aujourd’hui , parce qu’on ne faisait plus , dans cette église , prétendent-ils , que de rares cérémonies très-peu fréquentées. Quoiqu’il en soit, au reste, de ces considérations, dans lesquelles nous avons été forcé d’entrer par suite de la position insolite de la chaire, position dont nous avons essayé de nous rendre compte sans pouvoir cependant nous flatter d’avoir su en découvrir le motif réel ; quoi qu’il eu soit, l’église de Saint-Paul, telle qu’on la voit aujourd'hui , avec la nudité de ses nefs et celle des bras de son transsept, avec cette absence complète des meubles qui décorent généralement, à l’époque du moyeu âge, ces diverses parties d’une église, que ne remplacent point ici les quelques misérables tombeaux qu’on y a placés, l’église deSaint-Paul, disons-nous, offre bien un exemple frappant de l'inanité du culte protestant, rejetant, sans raison valable, la décoration, la pompe et l’éclat majestueux du culte catholique.

Ceci posé, passons maintenant à l’examen des différentes pièces qui composent l’ameublement de toute cette partie postérieure de l’édifice , et voyons aussi comment et dans quel ordre elles ont été disposées.

La forme géométrale du chœur de Saint-Paul étant, à très-peu près, celle de la plupart des églises du moyen âge et de la Renaissance, tous les meubles qu’on y remarque, occupent exactement, à l’exception d’un seul, les mêmes places que dans les monuments des deux époques précitées.

Le premier qui se présente à notre vue, est une décoration massive et sans grâce, qui sert d’entjée à la partie occidentale du chœur et le sépare de la nef. Son ensemble se compose de deux parties principales et distinctes: c’est d’abord , au niveau du sol, une espèce de jubé, ou plutôt, de clôture formée, a droite et à gauche, de constructions en bois dans le style des stalles, et, au centre, d’une grille en fer assez bien travaillée ; cette grille est maintenue à l’aide de colonnes, qui servent, plus particulièrement, de support à la partie supérieure. Puis, au-dessus de cette grille, fixée à quelques-unes des colonnes dont on vient de parler, se dresse, jusqu’à une certaine hauteur, un énorme buffet d’orgues, décoré, à l’intérieur du chœur, d’une tribune en bois sculpté et d’un style assez lourd. Lu pénétrant dans le sanctuaire, on remarque de chaque côté, deux longues suites de stalies, disposées en amphithéâtre sur trois rangs en retraite ; elles sont en bois, et sculptées par un artiste nommé Grinliug Gibbons. A l’extrémité orientale delà partie de droite se trouve la stalle de l’évêque, et, en face, à l’extrémité orientale de la partie de gauche, celle du lord-maire ; le siège du doyen, qui est mobile, se place , dit-on, lors des cérémonies, sous la galerie de l'orgue. Dans l’axe même du chœur et à un peu plus de la moitié de l’ensemble des stalles, mais du côté de l’autel, s’élève un lutrin d’une forme assez intéressante à examiner comme type de ce genre de monument au XVIIIe siècle ; il est entièrement scuipté, et, déplus, entouré d’une grille. Non loin de là, en avançant, et toujours dans l’axe du chœur, se trouve

(*) Voyez ce que nous avons dit à ce sujet dans la notice sur la cathédrale d’york.

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aujourd’hui la chaire qui, dans l’origine, était située sur le même plan, mais à gauche et à peu de distance de la stalle du lord-maire. Elle est aussi en bois et d’une forme très-simple, qui s’harmonise cependant, quant à la décoration, avec la partie inférieure des stalles. Viennent ensuite deux grilles en métal, très-richement ornées, servant de clôtures aux deux passages qui mettent en communication l’extrémité orientale du sanctuaire avec les bas côtés; ces grilles ferment les entrées particulières par lesquelles le clergé se rend de la sacristie dans le chœur, afin d’y célébrer les diverses cérémonies du culte. Puis, au centre même de ce chœur et suspendu à la voûte, on y voit encore un lustre à branches recourbées, dernière imitation de ces couronnes ou phares qui brillaient naguère dans les églises du moyen âge et dont on ne connaît malheureusement plus qu’un très-petit nombre d’exemples. Enfin, il nous reste à dire ici quelques mots sur l’autel qui occupe la partie la plus orientale : c’est un meuble assez mesquin et qui n’a reçu, pour toute décoration particulière, que quatre petites colonnes cannelées, peintes et dorées.

Le lecteur trouvera peut-être que nous nous sommes étendu quelque peu sur cette partie de notre notice; mais il nous pardonnera sans doute les développements dans lesquels nous avons été forcé d’entrer, lorsqu’il aura appris que l’ensemble d’un mobilier, appartenant à une seule et même époque, est une chose assez rare à rencontrer, surtout dans un état aussi complet , pour la partie du chœur, que celui qui existe encore à Saint-Paul de Londres; et nous espérons alors qu’il nous saura gré des détails que nous y avons donnés.

Le pavage de cette église est entièrement de marbre , et les dalles qui le composent sont alternativement blanches et noires ; toutefois, près de l’autel, qui est situé dans le sanctuaire, ou y a combiné le marbre et le porphyre.

Que dirons-nous maintenant de la décoration proprement dite de l’édifice? Nous voulons parler ici de la sculpture en pierre qui lui sert, plus particulièrement, d’ornementation. Évidemment, que cette partie est bien , quant au caractère du dessin et à son exécution, la plus faible, la moins heureuse, et celle où le mauvais goût se montre, on doit le reconnaître, d’une manière incontestable. Aussi, et pour quiconque ne voudrait accepter ici un jugement que nous n’avons aucunement la prétention d imposer, quoiqu’il soit celui des critiques les plus compétents et les plus distingués, pour ceux-là, avons-nous fait reproduire, sur l’une de nos planches de détails, quelques-uns des principaux motifs, choisis dans les différentes parties de l’édifice, afin qu’il leur soit plus facile et de contrôler notre opinion et de formuler aussi la leur.

Nous ne nous permettrons point de clore notre description sans dire, au moins, quelques mots de la crypte, ou église souterraine qui s’étend sous l'immense monument que nous venons d’étudier. Il nous suffira, ce nous semble , d’en mentionner ici la grande étendue, qui est un fait très-rare pour cette époque ; car, depuis bien longtemps déjà, l’on avait abandonné, dans les monuments religieux, l’usage de ce genre de construction.

L’extrême nudité qui règne généralement à l’intérieur des églises protestantes de l’Angleterre depuis le temps de la Réforme, ou, pour mieux nous exprimer, cette absence d’un mobilier religieux, qui complétait d’une manière si convenable, si riche et si merveilleuse, les cathédrales du moyen âge et de la Renaissance, dont nous possédons heureusement encore quelques rares et précieux exemples, cette absence d’un mobilier, avons-nous dit, se fait surtout remarquer à Saint-Paul , et avec d’autant plus d’évidence que l’édifice lui-même est construit sur une plus grande échelle ; aussi, chercha-t-on souvent, afin de remplir quelque peu le vide qu elle laisse dans cette église déserte, le moyen d'y remédier eu lui donnant un genre de décoration qui pût s’harmoniser avec les formes de sa construction. Ce fut, dit-on, pour arriver à ce résultat, qu’on proposa d’y ériger des monuments aux grands hommes qui auraient rendu des services au pays; projet qu’on rejeta d’abord, mais qui fut adopté dans la suite. En effet, la cathédrale de Saint-Paul, telle qu’on la voit aujourd'hui , peut être considérée comme une succursale de Westminster- Abbey. Toutefois, les différentes œuvres d’art, qui lui servent de décoration, ne se recommandent malheureusement point par un grand mérite, et les allégories que les artistes ont prodiguées dans leurs compositions sont d’un goût réellement détestable. Les premières statues qui aient été placées, à cette intention, furent celles du philanthrope Howard , mort en Crimée, et du docteur Johnson, le plus célèbre des critiques de l’Angleterre. Ces deux monuments sont dus au ciseau de Racon. Néanmoins, et quoique l’on considère cet artiste comme le meilleur sculpteur anglais, les figures des deux personnages précités sont tellement grossières, qu’on lésa nommées, par dérision, les geôliers de la cathédrale. Mais, comme le remarque fort bien un des historiens de cet édifice, ou paraît vouloir réserver Westminster- Abbey pour les illustrations de l’ordre civil , tandis que Saint-Paul serait , plus particulièrement , le Panthéon des gloires militaires : c’est ainsi qu’on y voit les monuments qui furent successivement élevés à Abercromby,

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Cadogan , Collingwood, Duncan, Elliot, Houghton , Howe, Jervis, Moore, Nelson, Piéton, Rodney, etc. Le monument de l’amiral Nelson a été exécuté par Flaxman, et celui du colonel Cadogan, par Chantrey.

On est étonné de ne point trouver, parmi ces tombeaux, celui de l’architecte Christophe Wren(*), dont les restes cependant reposent dans la crypte; privilège exclusif qui lui fut accordé, ainsi qu’à sa famille, afin d’honorer sa mémoire. Voici néanmoins une inscription qui se rapporte à cet artiste célèbre , inscription qui remplace bien , à notre avis, le luxe d’un mausolée. Elle a été composée par son fils, et se trouve placée à l’entrée du chœur de l’église dédiée à saint Paul.

SUBTUS COND1TUR HUIUS ECCLESIÆ ET URBIS CONDITOR CHRISTO PHORUS WR EN. QUI VIXIT ANNOS ULTRA N ON AC ENTA NON SIBI , SED BONO PUBLICO.

LECTOR , SI MONUMENTUH REQU1RIS ,

CIRCUMSPICE.

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