‹ Monuments anciens et modernes (volume 3)Chapitre 45 sur 55 · HALLES AU BLE · texte numérisé non relu

HALLES AU BLE

Bien que souvent dans l’usage on confonde les mots halle et marché , il est cependant une distinction qui semble devoir être établie entre ces deux mots , et que leur étymologie même paraîtrait indiquer. (Halle, de hall, salle ; marché, de merces, marchandises). On doit entendre plutôt par marché, le lieu où se débitent, en détail , les objets d’une consommation journalière ; et par balle, un lieu où les marchandises l'estent en dépôt, pour n’ètre vendues qu’en gros , et à certains jours. 11 résulte de cette distinction qu’il est difficile de ne pas réunir, dans une seule et même idée , la halle et les magasins ou greniers qui en font partie.

Notre mot grenier , du latin granarium , signifie , à proprement parler, lieu où l’on conserve le grain ; et c’est dans ce sens seul que nous aurons à nous en occuper ici, bien que chez les anciens , sous le nom d horreum, de même que chez nous , il ait servi de dépôt à tous les objets qui , par leur nature, avaient besoin d’être tenus au sec.

Chez les Romains , le grenier était, ainsi que chez les modernes, placé à l’étage supérieur ; il était exposé au septentrion, parce que le vent du nord, à cause de sa sécheresse , est utile au grain, et n’amène pas des insectes comme les autres vents ; de petites fenêtres étaient ménagées pour qu’il put pénétrer librement et renouveler l’air. Pour préserver les greniers de l’humidité, on les éloignait des écuries et des fumiers; quelquefois on les couvrait d’une voûte. Le sol était formé de petites briques ou de terre battue ; les murs étaient couverts d’argile, délayée avec de la lie d’huile, et mêlée de feuilles d’olivier au lieu de paille. 11 y avait à Rome plusieurs greniers publics ; les plus célèbres étaient ceux d’Anicetus et de Domitien , qui renfermaient les blés apportés delà Sicile, de la Sardaigne , del’Attique et de l’Égypte, et dont on voit encore quelques ruines sur le bord du Tibre , près du pont Sublicius ; les greniers de Germanicus et d’Agrippine ; enfin, ceux de Dioclétien , dont Boissard , dans sa Topographie de Rome , a cru reconnaître les restes dans les grottes du mont Testaccio.

Ces amas de grain, ces greniers d’abondance , comme nous les nommons aujourd’hui , étaient, pour les anciens , d’une bien plus grande importance encore que pour les modernes ; la difficulté des transports étant plus considérable , les procédés de culture plus imparfaits , il fallait longtemps d’avance se prémunir contre la disette , suite alors presque inévitable des variations des récoltes.

Outre les greniers , les silos, vastes souterrains hermétiquement fermés , étaient déjà en usage chez les peuples de l’antiquité , ainsi que l’attestent Pline , Yarron , Columelle , Hirtius , etc. Il paraît même qu’ils ont été connus des Chinois de temps immémorial. Leur emploi est assez fréquent chez les modernes , et on peut citer pour exemples les greniers souterrains de Naples et de Livourne , et ceux d’Amboise , pratiqués dans un roc calcaire , sur le bord de la Loire.

Les silos ont l’avantage de n’exiger aucune manutention pendant le temps du dépôt ; dans les greniers, au contraire, il faut remuer souvent le blé pour l’aérer et pour détruire les insectes , tels que les charançons , et empêcher les ravages des rats, des souris et autres rongeurs, travail qui entraîne des frais considérables. En multipliant les étages des greniers , on trouve économie et facilité de main-d’œuvre et de ventilation ; il faut avoir soin, dans ce cas , de tenir assez rapprochés les piliers des étages inférieurs. Il est utile aussi que les greniers soient voisins en même temps d'une rivière , pour l’apport des grains , et des minoteries pour leur exploitation.

Les greniers publics ne diffèrent que par une construction plus soignée ; on peut citer ceux de Paris , de Lyon , de Lille, de Corbeil , de Naples , de Gênes , etc.

Les principales halles au blé de France sont celles de Lyon, d’Alençon , de Yesoul, de Carcassonne, de Chaumont, de Riom , d’Issoire, etc. Tous ces édifices sont de forme rectangulaire, et ce plan est celui qui , en général, doit être préféré, toutes les fois que la localité le permet. Nous possédons cependant deux édifices de ce genre de forme circulaire , tous deux fort remarquables ; ce sont : la Halle du Mans , belle rotonde construite sur les plans de M. Luçon; et celle de Paris, à laquelle nous devons consacrer un travail spécial.

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