HALLE AU BLÉ DE PARIS
La Halle au blé de Paris était située autrefois sur remplacement occupé aujourd’hui par la Halle à la viande ; on y enti'ait par les rues de la Tonnellerie et de la Fromagerie. C’est en ce lieu qu’elle se trouve indiquée dans le plus ancien plan de Paris , celui gravé par Dheullant ; celle que nous voyons aujourd’hui a remplacé l’ancien hôtel de Boissons; cet hôtel appartenait, au commencement du treizième siècle , aux seigneurs de Nesle , et se nommait hôtel de Nesle; il était alors près et hors des murs de l’enceinte de Philippe- Auguste. En 1232, il fut donné à saint Louis et à la reine Blanche sa mère ; le roi le céda , en 1269 , à Charles , comte de Valois , sou frère , et en 1325 , il devint la propriété de Jean de Luxembourg , roi de Bohème, et prit alors le nom d’hôtel Béhagne , Béhaigne ou Bohême. Il devint ensuite la maison des filles pénitentes. En 1572 , Catherine de Médicis en ayant fait l’acquisition , le fit rebâtir, et il prit le nom d’hôtel de la Pleine, et ensuite d’hôtel des Princes ; il fut cédé , en 1604 , à Charles de Soissons , fils aîné de Louis de Bourbon, premier prince de Condé , et reçut le nom d'hôtel de Soissons, qu’il conserva jusqu’à sa destruction. Yictor-Amédée de Savoie, prince de Carignan , son dernier possesseur , étant mort à Paris , le 4 avril 1741, ses créanciers firent saisir ses propriétés, et démolir l’hôtel en 1748 et 1749. En 1755, la ville acheta le terrain pour la somme de 28,367 livres 10 sous , et on décida qu'on y élèverait une halle au blé pour remplacer l’ancienne, devenue insuffisante. Sa construction, confiée à l’architecte Lecamus de Mézières, fut commencée en 1762 , et terminée dans l’espace de trois années.
Le plan général de cet édifice circulaire a 70ra,30 de diamètre, et la cour qui en occupe le centre a 40m. La hauteur des façades extérieure et intérieure est de 13™, 34. Le rez-de-chaussée , posé sur de vastes caves voûtées, est percé, à l’intérieur comme à l’extérieur, de 25 arcades, séparées par autant de grands piliers qui n’ont d’autre ornement qu’une sorte de pilastre en saillie, d’une largeur presque égale à celle du pilier auquel il est adossé. Les arcades n’ont point d’archivoltes, et reposent sur de simples impostes, au sommet des piedsdroits. Au-dessus d’elles s’ouvrent , au premier étage , des fenêtres carrées sans aucun ornement ; leurs arrière-voussures méritent d’être étudiées comme coupe de pierre. Les corps du bâtiment ont 14m, 78, compris l’épaisseur des murs, qui est pour ceux extérieurs, de lin, 895, et pour ceux intérieurs, de lm, 624 ; ils sont construits en pierre de taille. Les voûtes d’arête des portiques du rez-de-chaussée sont en pierre et en briques. Les portiques sont divisés, dans le sens de leur longueur , par une rangée de piliers ronds en pierre, d’un trop faillie diamètre , 0m, 650 seulement , et paraissant fléchir sous le poids des retombées des voûtes. Au premier étage , les greniers embrassent le plan entier, sans aucune distribution; ils ont 1 lra, 261 de largeur, 8m,933 de hauteur, et 155m, 13 de pourtour, pris au milieu. Ils sont surmontés d’une voûte construite en briques de champ, avec des arcs doubleaux en pierre de taille , formant chaînes , et extradossés selon la pente du toit. Les arcs sont éloignés d’environ 2m,50 les uns des autres.
La faiblesse des murs extérieurs, comparés aux murs intérieurs , a forcé de construire ces voûtes à coupe surélevée , dont la poussée est moindre. On a même dû , pour diminuer encore l’effort , les incliner vers l’intérieur et ne leur donner que 0m,244 d’épaisseur dans leur partie supérieure. Outre les vingt-cinq fenêtres carrées qui éclairent ce grenier sur chacune de ses deux faces , il reçoit encore du jour par autant d’œils-debœuf percés au-dessus des trumeaux qui les séparent. On y trouve deux bureaux d’un assez mauvais style, et un pont communiquant de l’entablement extérieur à la corniche intérieure qui porte un balcon.
On monte à ce grenier par deux escaliers d’une construction très-remarquable , mais n’ayant pas plus de 2 mètres de largeur. L’un d'eux est à double révolution , formé d’une double spirale , de telle sorte que deux personnes peuvent monter et descendre à la fois sans se rencontrer ; c’est ainsi qu’est disposé le fameux escalier de Chambord ; tel était encore le principal escalier du théâtre du Vaudeville de Paris avant l’incendie qui l’a détruit de fond en comble. Le second escalier est composé de rampes alternativement doubles et simples ; pour être moins curieux que le premier , il n’est peut-être pas le moins beau.
Lorsque l’édifice fut achevé, on reconnut que la place était insuffisante , et on chercha à utiliser la cour au moyen d’échoppes aussi laides qu’incommodes. On revint alors à la pensée de couvrir cette cour , pensée qui avait été conçue par Lecamus de Mézières lui-même à l’époque de la construction. La coupole fort élégante qu’il avait proposée se trouve gravée dans l’ouvrage qu’il publia en 1769.
MM. Legrand et Molinos offrirent de surmonter la cour d’une coupole en bois, composée de courbes en