HALLE AU BLÉ DE PARIS
planches de sapin de 0m,038 d’épaisseur, posées de champ, d’après le système employé par Philibert Delorme cà l’ancien château de la Muette, à Saint-Germain en Laye ; les courbes, appareillées deux à deux, formaient les fermes espacées entre elles de 0ra,244. Ce procédé n’avait pas été appliqué depuis le milieu du seizième siècle. MM. Legrand et Molinos furent chargés de l'exécution de leurs projets, et les travaux, commencés le 10 septembre 1782 , furent terminés le 3 1 janvier 1 783. Cette coupole, percée de vingt-cinq grandes fenêtres, ayant 122™, 46 de circonférence, et 32™, 483 de hauteur à partir du pavé, causa alors une admiration générale, qui, malheureusement , fut de courte durée. Lecamus de Mézières avait eu soin d’éviter dans son monument , l’emploi de toute matière combustible ; il n’en était pas de même de la coupole ajoutée après coup ; elle prit feu en 1802, par l’imprudence d’un plombier, et, en deux heures, il ne resta plus rien de cetle immense charpente.
On pensa de suite à réparer ce désastre ; plusieurs architectes et ingénieurs firent des projets , et, en janvier 1806, cinq des concurrents avaient présenté, au ministre de l’intérieur, des plaus qui furent soumis au conseil des travaux publics, qui les déclara tous cinq inexécutables. On renvoya à une nouvelle commission , composée de ce même conseil et de celui des bâtiments civils. Celle-ci, le 26 février 1807, se prononça exclusivement pour une coupole en pierre de taille , en reconnaissant toutefois la nécessité de consolider l'édifice de manière à le rendre capable de supporter une pareille charge ; mais le ministre désira un avis particulier sur une coupole en fer. Ce genre de construction , innovation sans exemple jusqu’alors, fixa toute l’attention de la commission qui, malgré l’opposition de M. Yiel , et sur les conclusions de M. Becquey de Beaupré , déclara, le 20 août 1807 : 1° que le fer forgé pouvait être admis comme matière à employer pour la construction de la coupole ; que cependant sa ductilité, qui facilite la dilatation , et le prix de revient de ce métal apportaient de grands obstacles à son emploi unique ; 2° que le fer coulé, étant moins sujet à la dilatation et moins cher à poids égal , paraîtrait préférable , mais que ne pouvant , dans bien des cas , s’employer aussi mince que le fer forgé, il en résulterait, pour certaines parties, un excédant de poids qui rapprocherait infiniment la dépense de celle du fer forgé. La commission fut donc d’avis que si l’on combinait avec art le fer forgé et le fer fondu, en les appliquant à chacune des parties où il serait avantageux de le faire, on aurait atteint le but proposé. En conséquence , le projet fut adopté et exécuté par M. Bcllanger son auteur , aidé de M. Brunet, inspecteur. La coupole fut couverte en lames de cuivre ; commencée en juillet 1811, elle fut achevée dans l’espace d’une année. Cette nouvelle coupole a les dimensions de la première , et reçoit le jour de plusieurs grandes fenêtres et d’une lanterne placée au sommet , dont le diamètre est de 10m, 30.
Aujourd’hui encore ce travail est un des plus importants qui aient été exécutés en fer. La disposition des diverses pièces qui le composent est tellement remarquable , que nous avons cru devoir consacrer une planche à en retracer les principaux détails , empruntés au savant et magnifique ouvrage de M. Rondelet
AB, plan de la lanterne et de trois fuseaux de la coupole.
A', plan de la clef de la lanterne, a, c, e, r, profil de l’une des grandes fermes. a', profil du pied d’une des grandes fermes avec le patin ou semelle d’embase.
a", plan du patin, a'", cercle qui reçoit les patins, a"", plan du cercle a"'.
b et 6', assemblage de la première ceinture avec une des fermes.
b", coupe de l’assemblage b.
c et c', première jonction de la ferme.
c", face de la jonction c.
d et d\ deuxième jonction.
d", face de la jonction d.
e et /, troisième et quatrième jonctions.
o et o', arrêt du pied des béquilles, o", plan de l’arrêt des béquilles, o"', fourchette des béquilles.
p et/)', tête des béquilles.
r et i\ jonction des fermes de la lanterne avec celles de la coupole.
p", i'", face intérieure de la pièce p\ r J. p"\ détails de la pièce p\ r ' .
A, A', A", A'", A"", faces et profils des assemblages des fermes de la coupole.
k, l , <7, sommet de la lanterne.
l , n et /' ?i', tige du paratonnerre.
i, m, et ï, m , armature qui maintient le pied du paratonnerre. i", m ", plan de l’armature i, m.
q et q' assemblage des grillages qui maintiennent la couverture.
En terminant la description de ce monument , je dois rappeler que sur trois des piliers , à l’intérieur de la Halle, on avait placé, en 1782, les médaillons de Louis XYI , de Lenoir , lieutenant de police , et de Philibert Delorme. Les deux premiers ont été détruits à la révolution.
Attenante à l’hôtel de Soissons était une colonne construite par Jean Bullant, par ordre de Catherine de Médicis , pour les observations de son astrologue Ruggieri. Lors de la démolition de l’hôtel, un sieur Petit de
Bachaumont acheta cette colonne pour la sauver de la destruction , et en fit don à la ville , qui lui remboursa les 1,500 livres qu’il avait payées. Quand on construisit la Halle, on pensa à transporter cette colonne au centre, et déjà on avait fait le modèle de la machine qui devait servir à cette gigantesque opération ; mais on renonça à cette idée en reconnaissant que la colonne pouvait rester appuyée au mur du nouvel édifice ; on se contenta d’en consolider les fondations.
Cette colonne cannelée , creuse et contenant un escalier , est un mélange des ordres dorique et toscan ; elle est haute de 3 1 m, 50, y compris le grand amortissement de fer qui la surmonte, et dans lequel on croit reconnaître quelque symbole astrologique. Son diamètre , dans la partie inférieure, est de 3m, 1 54 ; dans la partie supérieure . de 2m, 653. Sous Louis XV , on y a placé un grand cadran solaire , et à la base , une fontaine du plus mauvais goût, qui a été restaurée en 1812.
i" Lecamus de Mezières (N.), recueil des différents plans et dessins concernant la nouvelle Halle aux grains, située aux lieu et place de l'ancien hôtel de Soissons; Paris, 1769, in-f°, planches.
T Rondelet, Mémoire sur la coupole de la Huile au blé; Paris, 1803, in-4°, planches.
3° viel (Fr.), Dissertations sur les projets de coupole de la Halle au blé de Paris; Paris, 1809, in-4°.
4° Brunet, Dimension des fers qui doivent former la coupole de la Halle au blé, calculée d’après la composition de M. Bellanger; Paris, in-f° oblong.
5° Rondelet, Art de bâtir; Paris, 1803, in-4", tome II
6° Bruyère, Études relatives à l’art des constructions; Paris, 1833-28, 2 volumes in-fol., planches.
7° Gourlier, Biet , Grillon et Tardieu , Choix d’édifices publics construits ou projetés en France ; extrait des archives du conseil des bâtiments civils; Paris, in-fol. (En cours de publication).
8° Millin, Dictionnaire des beaux-arts ; Paris, 1806, 3 vol. in-8°.
9° Qualremère de Quincy, Dictionnaire d’architecture; Paris, 2 vol. in-4<>.
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