ÉGLISE DE SAINT-MARTIN D’ANGERS
tites ontOm 75 de largeur sur 2m 15 de hauteur à l’extérieur ; elles présentent cette disposition assez rare que leur ébrasement atteint le parement extérieur du mur, lequel est construit uniquement en blocage. Au XVe siècle, cette partie de l’édifice a été l’objet d’un remaniement assez considérable : on a refait en schiste noir le sommet des murs latéraux, et on a beaucoup exhaussé le pignon, qu’on a orné d’un bahut. C’est de cette époque que date la charpente actuelle ; elle offre des entraits et des poinçons sculptés sur lesquels on remarque des restes de peinture et de dorure.
La partie la plus remarquable de l’édifice est la croisée. On voit sur le plan qu’elle est plus large que longue, et quelle présente quatre massifs, offrant chacun un redent rempli par une grosse colonne engagée. Les colonnes sont construites exclusivement en tuffeau, tandis que les piliers entre lesquels elles se trouvent ont leurs assises séparées par des chaînes de briques. L’imposte qui couronne ces piliers est semblable à celle que nous avons déjà décrite, avec cette différence toutefois que le chanfrein est remplacé par un cavet très-plat (*). C’est sur l’imposte du pilier du S.-E. que nous avons trouvé le curieux monogramme ou sigle que nous donnons planche de détails, fig. 4. Que signifie-t-il? Est-ce une signature d’artiste, est-ce un signe relatif à la fondation ou à la consécration de l’église? D’infiniment plus capables que nous n’ont pu résoudre la question.
Les colonnes engagées de la croisée s’élèvent jusqu’à 1 2m 20 du sol. Leurs chapiteaux (voy. pl. de détails, fig. 5 et 6) sont très-écrasés. Les corbeilles, à peu près semblables les unes aux autres, sont ornées d’entrelacs ou nattes et de damiers ; l’une d’elles présente un motif compliqué de feuillages. Les tailloirs sont formés d’un larmier et d’une doucine séparés par un anglet. L’astragale est un simple tore. Le tout accuse une main inhabile et un esprit barbare, mais décèle en même temps un génie original. Cela est grossier sans doute, mais cela est neuf et plein de caractère. Il n’y a là absolument rien d’emprunté à l’antique. Il n’en est pas de même des chapiteaux surmontant les petites colonnes placées dans le redent formé par les grands arcs dont la retombée porte sur les grosses colonnes. Dans ces derniers, quoique la physionomie romane soit très-franche, on peut, par l’analyse, retrouver des éléments de l’ornementation romaine : ainsi les volutes, le fleuron et les feuilles recourbées du chapiteau corinthien (fig. 7). Cette circonstance n’est pas celle qui nous ferait le moins penser que ces chapiteaux sont postérieurs aux autres : nous croyons en effet avoir remarqué (quoique , à vrai dire, cette opinion ait encore besoin d’être confirmée dans notre esprit), nous croyons avoir remarqué que c’est surtout de la fin du IXe siècle au XIe que l’antique a été le plus oublié. L’état de la société, qui ne fut jamais plus barbare qu’alors, corrobore d’ailleurs notre observation. Ce qui est bien certain, c’est qu’à mesure que l’habileté en architecture renaquit, les traces de l imitation de l’antique furent plus communes , quoique demeurant toujours rares {**). Ainsi, elles l’ont moins été au commencement du XL siècle qu’à la fin , et c’est au XIIe qu’elles paraissent le plus évidemment depuis le règne de Charlemagne.
La partie supérieure de la croisée, qui constitue le premier étage de la tour, forme une sorte de lanterne éclairée par six fenêtres (***) et recouverte par une coupole disposée en pendentif. Cette coupole, percée à son centre d’une ouverture circulaire, est construite en blocage, et présente un extrados fort inégal. Elle a environ 60 centimètres d’épaisseur, et s’élève à 21m. Elle s’appuie sur les quatre arcs doubleaux qui portent sur les petites colonnes. Elle était ornée de peintures, conservées en grande partie, et exécutées sur enduit. Elles consistent en un fond couleur de chair, sur lequel se dessinent des espèces de rubans réticulés d’un ton rouge ocreux, qui tendent au centre de la coupole (****). Entre ces rubans sont semés de petits fleurons à ciuq lobes, et autour de l’ouverture circulaire rayonne une sorte de couronne formée de fleurons à pétales barbus et recourbés comme ceux des fleurs de lis. Ces peintures offrent la plus grande analogie avec le petit nombre de celles qu’on attribue au XIe siècle.
(*) L’imposte des arcatures placées à l’entrée du chœur de l’église Saint-Généroux (Deux-Sèvres) offre un profil presque identique. Ce rapprochement tend à prouver que cette dernière église est bien du VIIIe ou du commencement du IXe siècle; ce qu’établit, au reste, d’une manière à peu près certaine , le témoignage de D. Fonteneau , qui dit qu’elle est la seule du pays ayant échappé aux ravages des Normands.
(**) Ce n’est guère en effet que dans un petit nombre de monuments, la plupart méridionaux, qu’au XIe et surtout au XII* siècle, on voit bien claire l’intention de reproduire l’ornementation romaine. Il semble que l’architecture faisant alors des progrès, il y a eu quelques symptômes d’une Renaissance qui fit heureusement avorter l’art sublime qui était en train de naître.
(***) Ces fenêtres ont à l’extérieur une archivolte formée de billettes. (Voy. pl. de détails, fig, 8.)
(****) M. Ad. Berty avait reproduit soigneusement ces détails sur son dessin. Le graveur les a remplacés par des chaînes da briques impossibles. Goûtant peu cette substitution , nous avons prié qu’on voulût bien en revenir à ce qui était indiqué Or, comme nous n’avons pu l’obtenir, nous nous faisons un devoir d’en informer nos lecteurs. ( Note du Directeur.)
— STYLE LATIN
A l’extérieur, la tour est fort simple, ornée qu’elle est seulement sur chaque face de quatre baies aveugles en plein cintre, sans imposte ni archivolte. Au-dessus de l’étage existant encore, et séparé par un double cordon dont le profil, fort mutilé, paraît être un quart de rond , s’élevait , avant la révolution, un autre étage dont les angles étaient, dit-on , garnis de colonnes ; disposition qui , comme on sait , n’est pas rare dans les monuments romans. Si cet étage existait encore, il jetterait sans doute du jour sur l’âge réel de la coupole, mais il n’en reste pas même une description à consulter.
Nous l’avons dit, l’église Saint-Martin d’Angers est incessamment menacée d’une destruction. Dans quelques années, dans quelques mois peut-être, de la véritable basilique d’Hermengarde, il ne restera plus que des souvenirs. Nous faisons des vœux bien ardents pour n’avoir jamais à déplorer un pareil malheur, qu’il serait si aisé de prévenir par un misérable sacrifice ; mais si nous sommes destiné à l’apprendre un jour, nous l’avouons , nous trouverons quelque satisfaction à penser que nous avons contribué à ce que ne fût pas entièrement perdu pour le monde archéologique un des monuments historiques les plus précieux que possède la France.
— BIBLIOGRAPHIE
1° J. de Bourdigné. Hystoire aggrégative des Annalles et Cronicques d’Aniou. Angers, 1529, in-fol.
2° J. Hiret. Antiquitez d’Anjou. Angers, 1609, in-12.
3° Moithey. Recherches historiques sur la ville d’Angers. Paris, 1776, in-4°.
4° J. F. Bodin. Recherches historiques sur l’Anjou et ses monuments. Sanmur, 1821, 2 vol. in*8°.
5“ P. Mérimée. Notes d’un voyage dans l’ouest de la France. Paris, 1836, 1 v. in-8®.
6° Godard-FaultrieretHawiie. L’Anjou et ses monuments. Angers, 1839, 3 v. in-4°.
7° De Caumont. Cours d’antiquités monumentales, iv* part. Paris, 1841, 1 vol. in-8», atlas.
8° L. Batissier. Éléments d’archéologie nationale. Paris, 1843, 1 v. in-18.