ÉGLISE DE SAINT -VITAL A RAVENNE
A l’opposé , saint Luc, accompagné du bœuf , montre aussi son œuvre écrite dans un volume ouvert ; à ses pieds on remarque un scrinium, boîte cylindrique, contenant des manuscrits roulés. Au-dessous de la tribune est un tableau demi-circulaire, dar.3 lequel on distingue deux sujets : 1° le sacrifice d’ Abraham ; 2° la réception qu’il fit aux trois anges. Entre la courbe supérieure du tableau et le dessous de la tribune, deux anges sont figurés soutenant dans l’air un cercle au milieu duquel est une croix enrichie de pierreries et accompagnée de Y alpha et de Y oméga, A Q , c’est-à-dire , le commencement et la fin, emblème mystique de Jésus. Les autres parties courbes voisines du grand tableau central d’ Abraham sont occupées d’un côté par le prophète Jérémie debout auprès de Jérusalem , de l’autre par un Moïse sur la montagne.
La paroi du sanctuaire située du côté de l’Épître est disposée comme celle qui vient d’être décrite ; les évangélistes saint Marc et saint Matthieu , accompagnés l’un du lion , l’autre de l’ange , occupent les parties supérieures de la peinture ; des pupitres à écrire sont placés devant chacun d’eux.
Le prophète Élie et deux figures de Moïse accompagnent de ce côté le tableau demi-circulaire qui fait le pendant du sacrifice d’ Abraham. Ici la peinture principale montre Abel et Melchisedech , auprès d’un autel sur lequel sont placés deux pains et un vase sacré contenant du vin. L’abside conserve aussi deux tableaux très-importants pour l’histoire de l’église de Saint-Vital. L’un, situé à gauche , représente l’empereur Justinien qui, précédé du clergé au milieu duquel on remarque Maximianus, porte en procession un vase, que Ciampini croit être un reliquaire contenant les restes de saint Gervais ou de saint Protais , reliques dont la translation eut lieu après l’achèvement de l’édifice ; des courtisans et des soldats marchent derrière l’empereur.
Le tableau placé à droite et en regard est composé d’une manière analogue ; il représente l’impératrice Théodora tenant de même un vase ou reliquaire, et entourée de jeunes filles qui l’introduisent dans le temple. Cette seconde scène se passe dans le vestibule de l’église , comme l’indique une fontaine d'eau lustrale qui , dans la primitive église, se plaçait sous le porche. Les voiles suspendus aux portes constatent encore d’une manière plus précise , que cette procession de femmes est sur le point d’entrer dans la nef. Ces deux tableaux servent à confirmer un usage des premiers chrétiens , celui qui obligeait à séparer les sexes pendant les cérémonies religieuses.
La demi-coupole qui surmonte l’abside est décorée de cinq figures ( voyez fig. 12); le Christ, assis sur un globe terrestre de grande dimension , occupe le centre du tableau ; un nimbe crucifère orne sa tête ; il tient un livre de la main gauche , et de la droite il présente une couronne à saint Vital ; son vêtement rouge est recouvert d’un pallium violet, au bas duquel un monogramme N ( Nazarethus ) indique le lieu de sa naissance; un ange portant un roseau d’or pose la main sur l’épaule du saint, et semble lui dire : « Reçois la couronne que le Seigneur te donne. » A la gauche du Christ, le peintre a figuré le fondateur de l’église, qui présente, par l’entremise d’un ange , une copie réduite de l’édifice qu’il a fait construire. Deux gamma, T, emblèmes de la Trinité, décorent les robes blanches des anges.
Quelques restes de mosaïques conservés dans les piliers et sous les arcs doubleaux de la nef principale indiquent assez qu elle en était entièrement décorée , comme le sont encore de nos jours quelques-unes des églises byzantines de Constantinople , et particulièrement celle que les Grecs nomment Movrj -rrjç Kopaç. C’est en nous inspirant de la disposition des peintures de ces églises de l’Orient, que nous avons essayé, dans la coupe de Saint-Vital, de restaurer toute son ornementation, afin de donner une idée de la richesse répandue sur toute l’étendue des temples chrétiens construits sous l’influence de l’art byzantin.
Un Christ gigantesque figure au sommet de la grande coupole; la région qu’il occupe, encadrée d’une inscription , forme un segment sphérique dont la surface est d’or ; une zone , composée de portraits de saints et d’apôtres , sert d’intermédiaire entre cette partie supérieure du dôme et celle qu’éclairent de nombreuses fenêtres, accompagnées de personnages de l’histoire sacrée. Les parois verticales de la nef, divisées en compartiments courbes et rectilignes , complètent , en se mariant avec des marbres de diverses couleurs , cette brillante décoration.
L’église de Saint-Vital subit dans les derniers siècles quelques modifications importantes. Nous avons déjà mentionné les changements apportés à la forme primitive du porche ; c’est probablement à la même époque qu’on jugea nécessaire d’exhausser considérablement le sol de tout l’édifice ; le pavé intérieur, composé de marbres précieux , fut élevé au point d’enterrer non-seulement toutes les bases , mais aussi une partie des colonnes. Ce pavé parait être celui qui , dans l’origine , fut établi sur le premier sol du temple ; le plan, grave sur notre planche de détails, fig. lre, en donne la disposition; elle offre beaucoup d’analogie avec l'opus Âlexandrinum des églises latines de l’Italie. Plusieurs temples chrétiens de l’Orient conservent aussi des restes
— STYLE BYZANTIN
de ce genre de mosaïque; on en voit un exemple à Patras. La coupe de l’édifice (voyez fig. 2) exprime par la ligne M N la hauteur actuelle du sol , et tout ce que les colonnes ont perdu de leurs fûts.
La décoration architecturale eut aussi ses vicissitudes ; de nombreux caissons à l’italienne vinrent s’emparer successivement des voûtes et des arcs doubleaux, autrefois couverts de mosaïques. Des écussons aux armes papales et portés par des anges (voir la vue perspective ) masquèrent les pendentifs et servirent de support à des statues d’un assez mauvais goût. Des colonnes engagées encadrèrent les fenêtres, et, s’emparant ainsi de la zone inférieure de la coupole, tronquèrent sa forme hémisphérique et firent disparaître son caractère byzantin. Enfin le sanctuaire ne fut pas épargné : une large fenêtre à la moderne , divisée en trois compartiments , fut ouverte au-dessus de l’abside , et détruisit l’effet mystérieux , si recherché par les architectes orientaux dans cette partie sacrée de leurs temples.
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