‹ Monuments anciens et modernes (volume 4)Chapitre 20 sur 62 · ÉGLISE DE THÉOTOCOS A CONSTANTINOPLE · texte numérisé non relu

ÉGLISE DE THÉOTOCOS A CONSTANTINOPLE

Sur la pente occidentale de l’une des nombreuses collines que renferme l’enceinte de Constantinople, et à peu de distance de la célèbre mosquée de Soliman , s’élève une ancienne église grecque abandonnée de nos jours , bien que les Turcs l’aient autrefois consacrée à leur culte ; un vaste incendie, qui du quartier environnant a fait un monceau de ruines, fut cause sans doute de cet abandon. Les Grecs la nommaient ôeôtoxoç toû Aiëoïï.

Sa construction paraît dater du IXe ou du Xe siècle, ce que confirme , en quelque sorte, la disposition du plan, dont l’analogie avec celui de l’église de Saint-Marc de Venise, commencée , comme on le sait , en 996, est remarquable. Les proportions de l’édifice que nous reproduisons dans cette monographie , sont infiniment moindres que celles delà métropole vénitienne; mais nous indiquerons dans le cours de cette notice les rapprochements qu’on peut faire entre ces deux monuments, et les influences que peut avoir eues le ©dtoxoç sur la construction de l’église de Saint-Marc.

Quel fut le fondateur de ce temple? à quelle époque précise de l’histoire byzantine se rapporte sa consécration ? C’est ce qu’on ignore, les auteurs ne fournissant aucun document à ^on égard. Le plan est orienté, la pente du terrain décline de l’abside à la façade, ce qui a motivé un double perron pour arriver à la porte principale ; deux loges à colonnes, ouvertes à l’occident , éclairent un vaste porche qui s’étend en retour sur une partie des faces latérales de l’église ; disposition en tout point semblable à celle qui fut adoptée à Saint-Marc de Venise. A l'intérieur, ce narthex est décoré de nombreuses colonnes en marbre, qui proviennent d’un édifice antique, si l’on en juge par le galbe de leurs fûts et par la sculpture des chapiteaux ; cet emploi de matériaux étrangers au style de l’édifice, est une preuve de son ancienneté. A l’extrémité septentrionale du poiche, on a ménagé une sortie; la partie qui s’étend sur la face latérale de l’église est sans issue, et forme une espèce de chapelle précédée de deux colonnes voisines des murs ; c’était peut-être le baptistère , à moins qu’on le suppose, comme à l’église de Saint-Marc, placé au midi; mais alors les colonnes auraient disparu : nous n’en avons vu aucune trace. De ce côté , une porte située au fond donne entrée dans une salle carrée , dont la construction paraît moins ancienne que l’édifice primitif, et prise aux dépens d’un narthex latéral que nous ferons connaître bientôt. Les Turcs ont appuyé contre cette partie méridionale du porche principal la base d’un minaret, et quelques masures que nous supprimons du plan comme étrangères à l’église grecque.

Un second narthex ou vestibule, enveloppé sur trois faces, par celui que nous venons de décrire, précède directement les nefs de l’église, dont il est séparé par un gros mur dans lequel s’ouvrent trois portes de grandes dimensions. Ce second porche est éclairé sur le premier par deux arcades closes, situées entre les colonnes., et il communique avec lui par une large porte qui est dans l’axe de l’édifice.

Selon l’usage des chrétiens grecs , les trois nefs de l’église ont été tracées sur un terrain parfaitement carré, dans lequel sont distribuées symétriquement quatre grosses colonnes qui portent les voûtes et le grand dôme, disposition semblable à l’atrium corinthien des anciens ; la nef principale , de beaucoup plus large que les deux autres, est terminée par deux forts piliers qui déterminent le commencement du sanctuaire, lequel s’étend d’abord carrément , puis se termine à l’orient par une abside semi- circulaire , percée au fond de trois fenêtres que séparent des colonnettes engagées dans des piles. Deux portes conduisent du sanctuaire aux sacristies, qui se trouvent aux extrémités des nefs latérales.

Un portique secondaire paraît avoir régné sur toute la face méridionale de l’église ; divisé par des constructions moins anciennes , il forme aujourd’hui deux parties bien distinctes , 1° un passage décoré de colonnes conduisant à la nef latérale du midi ; 2° une petite chapelle terminée par une abside à l’orient, et dans laquelle on entre par le côté.

La façade du Théotocos est très-régulière ; un soubassement exhausse le sol du narthex au niveau de celui de l’église. On arrive à l’entrée principale par un double perron, sous lequel est un arc cintré en briques. Un avant-corps peu saillant contient la porte qui est en arcade ; un second cintre plus élevé la surmonte, il est à jour, se divise en deux parties et sert à éclairer le narthex. Les côtés de la façade se divisent chacun en deux zones: celles du bas sont ouvertes de trois arcades séparées par des colonnes en marbre de courtesproportions, et dont les chapiteaux et les bases, en même matière, et que nous donnons sur la 3e planche, fig. 3, indiquent le style byzantin le mieux caractérisé. Les cintres sont construits en briques alternées avec de la pierre. Des tablettes en marbre blanc et ornées de croix et de couronnes servent d’appui entre les colonnes ; elles supportent d’étroits chambranles qui s’élèvent jusqu’aux chapiteaux, et ont dû porter des châssis en treillis, ou peutêtre même des vitres pour protéger le narthex. Vers les angles de la façade, au delà des deux loges ouvertes,

— STYLE BYZANTIN

sont des niches semi-circulaires et de proportions très-allongées. L’appareil de construction se compose d’assises de pierres séparées par des lignes de briques, en assez grand nombre pour former des hauteurs équivalentes aux assises. Entre les arcs qui surmontent les colonnes, le constructeur a disposé des losanges en terre cuite, séparés par d’étroites lignes horizontales; auprès des deux niches qui occupent les extrémités de la façade, les briques forment des arcs concentriques avec les cintres.

Les zones supérieures de la façade sont séparées de celles que nous venons de décrire, par une étroite moulure en biseau, semblable à celle qui surmonte le soubassement. Quatre grands cintres, distribués deux à deux, occupent chacun des deux côtés de la façade ; ils indiquent à l’extérieur, selon l’usage adopté par les architectes byzantins, les dispositions intérieures de l’édifice. En effet, les deux cintres qui occupent les extrémités, déterminent les parties du narthex qui retournent sur les faces latérales de l’église ; les autres retracent la distribution intérieure des trois nefs.

Ces grands cintres, si sagement conçus quant à la construction générale de l’édifice, se disposent d’une manière singulière sur la façade, les retombées communes arrivant au-dessus des colonnes extrêmes des loges ouvertes ; cela provient de ce que, dans le plan, ces mêmes loges s’étendent au delà des limites des nefs latérales. La façade de l’église de Saint-Marc est surmontée ainsi de cinq grands arcs sans couronnement horizontal. A l’intérieur de ces cintres, on a distribué des fenêtres. Elles coïncident soit avec les axes des deux premières arcades des loges inférieures, soit avec le milieu des piliers qui séparent la dernière arcade et les niches situées vers les angles de la façade ; elles prennent ainsi des positions symétriques.

Aucune corniche horizontale et de couronnement ne surmonte la façade du Théotocos ; les sinuosités formées par les grands cintres indiquent suffisamment que, selon l’usage adopté à une certaine époque par les constructeurs byzantins et conservé jusqu’à nos jours dans quelques parties de la Grèce, les extrados des voûtes, dépourvus de charpente, forment d’eux-mêmes la couverture de l’édifice ; cependant, pour éviter les infiltrations, on y appliquait des lames de plomb ou des tuiles, suivant les courbes des voûtes. Des gouttières placées sur la façade, aux points de jonction des extrados, indiquent la direction donnée aux eaux. Trois dômes surmontent régulièrement le narthex : l’un est situé dans l’axe de l’édifice ; les deux autres occupent les extrémités de la façade ; tracés sur un plan octogone, ces dômes sont percés de huit fenêtres que séparent des colonnettes ; une corniche règne au-dessus des cintres, et porte une couverture en métal dont la courbe est en harmonie avec les autres. Enfin cette façade curieuse se complète par le grand dôme central de l’église, qui domine toutes les autres constructions.

La façade latérale du midi est la seule qui soit accessible, l’autre étant encombrée de masures en ruine. Sur cette face, se distingue d’abord le narthex dans toute sa largeur ; il repose sur le soubassement qui se continue plus loin jusqu’à sa rencontre avec le sol incliné de la colline. L’étage inférieur de ce vestibule est décoré de deux niches cintrées, dont les demi-voûtes, encadrées de briques , contiennent des zigzags formés par de la terre cuite, et qui sont d’un effet singulier.

Au-dessus des niches règne un couronnement portant le grand cintre d’une ouverture semi-circulaire, destinée à éclairer l’extrémité du portique ; un meneau la divise en deux parties égales. On voit ici le même extra dossement que sur la façade, pour porter les plombs de eoqverture ; le petit dôme du midi couronne cette extrémité du narthex. Après cette première partie de la façade latérale, on voit une construction couverte en appentis, et qui forme une des salles secondaires du vestibule ; un grand arc en occupe presque toute l’étendue ; il a été bouché postérieurement à la construction primitive, ce qui pourrait faire croire qu’un ancien bâtiment y était appuyé; les Turcs, en convertissant l’église en mosquée, ont construit, en avant de cette salle, le minaret que nous avons déjà signalé, et qui a été supprimé ici pour ramener l’édifice grec à sa forme primitive.

En poursuivant l’examen des parties basses de la face latérale, on voit les colonnes du porche méridional qui portent des arcs surhaussés, et d’autres en plein cintre. De nombreuses restaurations ayant été faites à cette partie de l’édifice, il y règne un grand désordre ; des masures qui y sont adossées, et des murs élevés sous le portique, permettent difficilement de distinguer les constructions primitives. Sur la partie centrale de ce porche, un grand arc en briques vient reposer sur les cintres que portent les colonnes; il parait avoir déterminé une couverture extradossée comme celles de la façade principale ; mais des changements ont modifié ces dispositions, le transcept semble avoir été allongé de manière à venir reposer sur le mur du porche latéral. Audessus de ce transcept, ouvert d’un grand cintre et surmonté d’un pignon, s’élève lq coupole centrale de l’église; elle s’appuie sur un soubassement carré, et se compose de douze cplonnettes portant des arcs sous lesquels sont disposées les fenêtres en pareil nombre qui éclairent le dôme ; une couverture en plomb protège

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