‹ Monuments anciens et modernes (volume 4)Chapitre 21 sur 62 · ÉGLISE DE THÉOTOCOS A CONSTANTINOPLE · texte numérisé non relu

ÉGLISE DE THÉOTOCOS A CONSTANTINOPLE

toute la partie hémisphérique, qui est surmontée d’un petit ornement assez gracieux. A l’Occident et à l’Orient de la coupole, s’étendent les toits de l’église, du narthex intérieur et du sanctuaire Ce dernier est éclairé dans la partie supérieure par une fenêtre qui pénètre dans la voûte.

La façade postérieure du Théotocos offre une ordonnance régulière et qui ne manque pas d’effet. La colline, toujours ascendante vers l’Orient, tend à diminuer les hauteurs des diverses parties de l’édifice jusqu’à l’abside : aussi l’église présente-t-elle, de ce côté, un aspect pesant, parce qu’elle est privée vers le nord du soubassement que la pente du terrain laisse à découvert au midi. Dans cette façade, toutes les parties importantes du monument se dessinent bien, et chacune à la place qui lui convient.

L’abside, qui occupe le centre, s’élève sur un stylobate en polygone, offrant cinq faces égales. Au-dessus sont autant d’arcades, dont deux bouchées et trois ouvertes ; ces dernières, destinées à éclairer le sanctuaire, et offrant peut-être par leur nombre, comme à l’église de Sainte-Sophie, un emblème de la Trinité, sont portées sur des colonnettes engagées dans des piles carrées , et qui se reproduisent à l’intérieur comme au dehors. (Voyez la 3e pl., fig. 2.) Leurs bases, composées d’un filet et d’un tore, reposent sur une pierre formant un socle commun et de forme pyramidale. Sur les chapiteaux repose une espèce de couronnement, composé de nombreuses moulures en biseaux, suivant le système byzantin ; une tablette mince, qui déborde de beaucoup au dehors, soutient l’arête que forment par leur rencontre les faces de l’abside polygonale. De nombreux trous de scellement placés dans les piles carrées qui soutiennent les colonnes, indiquent que ces trois ouvertures étaient closes par des grilles en fer.

Un rang de niches cintrées règne au-dessus des arcades; il a été reproduit identiquement à Saint-Marc de Venise. Le fond de leur partie voûtée est orné de zigzags en briques, comme nous en avons déjà fait connaître dans la face latérale du midi. Une demi-coupole couvre l’abside ; elle est revêtue de plomb, et présente des pans coupés correspondant aux diverses faces de la construction verticale. De chaque côté de l’abside principale, s’étendent les constructions qui terminent à l’Orient les nefs latérales et les sacristies ; leurs milieux sont occupés par des absides en polygone et si peu saillantes, que des refouillements pris dans l’épaisseur des murs, déterminent seuls leurs formes polygonales. Une arcade, surmontée d’une niche, décore ces parties secondaires de la façade postérieure. Auprès de celle du midi, s’étend le mur de fond de la chapelle qui fait suite au porche latéral ; il contient, comme les deux autres, une abside ornée de deux petites fenêtres et formée de même aux dépens de l’épaisseur du mur ; son toit fait suite à celufdu bas côté méridional.

Au-dessus de toutes les parties du monument que nous venons de décrire, se présentent les deux transcepts et le toit qui couvre le sanctuaire ; ces diverses constructions, disposées en croix grecque, s’appuient contre la base quadrangulaire de la coupole centrale. Plus loin, on aperçoit les deux dômes extrêmes du grand narthex, ainsi que les salles situées sur les flancs antérieurs de l’église.

Une coupe transversale du porche, jointe à la pl. lre, fig. 2, fait connaître ses dispositions intérieures; quatre colonnes antiques en marbre, surmontées de chapiteaux de la même époque, supportent les arcs doubleaux qui séparent les trois travées principales ; décoration qui a été imitée avec un plus grand développement à Saint- Marc de Venise. Les bases de ces colonnes sont aujourd’hui enterrées, parce que le sol a été de beaucoup exhaussé par les décombres. La travée du milieu contient une grande porte en marbre qui conduit à l’église ; elle est surmontée d’une corniche et d’un arc qui sert de décharge à la construction. Plus haut est une fenêtre cintrée; le dôme situé dans l’axe surmonte cette partie du narthex.

Les deux autres travées sont percées de grandes arcades ; des appuis en marbre, ornés d’entrelacs, de couronnes et de croix grecques, les closent dans leur partie inférieure. Ces appuis portent, comme ceux que l’on voit dans la façade principale , des chambranles en marbre , contre lesquels étaient fixés des treillis ou des châssis vitrés ; deux fenêtres cintrées surmontent les arcades. Au delà des travées décorées de colonnes, la coupe longitudinale du narthex fait voir la place qu’occupent les deux dômes situés à ses extrémités, et plus loin, les dispositions des deux salles ou chapelles établies en retour sur les faces latérales de la partie antérieure de l’église; celle du Nord est, comme nous l’avons dit en décrivant le plan, décorée de deux colonnes antiques, surmontées l’une d’un chapiteau corinthien , l’autre d’un chapiteau composite ; plus élevées que celles qui ornent les travées du narthex, elles sont situées auprès des murs devant des pilastres peu saillants, et portent un arc appareillé en briques. La salle opposée est moins riche ; un simple arc doubleau la sépare de l’extrémité du porche. Lorsqu’on franchit la porte intérieure du narthex, ou pénètre dans le second vestibule, qui paraît être ici l’équivalent de cette partie de la plupart de nos églises, au-dessus de laquelle est placé l’orgue; de grandes niches, pratiquées aux extrémités, des arcs doubleaux, et des coupoles très-basses, en formeat

— STYLE BYZANTIN

la décoration, comme on peut le voir par la coupe longitudinale gravée sur la planche 2e , fig. 2.

Quatre grandes colonnes supportent, comme nous l’avons dit précédemment, les voûtes des trois nefs, ainsi que les arcs qui relient ces nefs entre elles ; une coupole élevée est construite au centre de l’édifice ; point d’intersection des transcepts et de la nef principale, elle repose sur des pendentifs construits suivant les règles ordinaires. Douze fenêtres pénètrent la voûte hémisphérique, dans laquelle on ne reconnaît plus de traces de décoration. Au fond du transcept méridional, deux colonnes de même dimension que celles qui forment l’atrium central, portent des chapiteaux singuliers, dont nous donnons un détail planche 3 , fig. 4; des arcs surhaussés s’y appuient ; ils sont pratiqués dans un mur qui forme aujourd’hui .le fond du transcept du midi ; mais en raison de l’irrégularité qu’on y remarque, et des restes d’un grand arc en briques qui s’y trouve intercalé, il est facile de voir que des modifications ont été faites dans cette partie du temple. Sur les parois de ce mur, ainsi que sur les voûtes environnantes, on voit encore de nombreuses traces de peintures en mosaïque, qui survivent aux dévastations des Turcs et à l’abandon complet de l'édifice ; elles sont sur un fond d’or, et représentent des sujets religieux, dont on ne peut suivre le sens en raison des nombreuses lacunes.

Après la nef centrale, dont la coupe donne tout le développement, se présente le sanctuaire; sa forme est d’abord carrée, comme on l’a vu par le plan ; deux arcades de petites dimensions conduisent aux sacristies: c’est sans doute en avant de ces arcades qu’était établie la clôture sacrée qui séparait le p%a ou sanctuaire du reste de la nef principale ; plus haut, et dans la voûte, sont deux petites fenêtres cintrées qui donnaient du jour à cette partie retirée du temple. Enfin se développe l’abside sur un plan semi-circulaire, et surmontée d’une demi-calotte sphérique ; au fond de l’exèdre et à hauteur d’appui, sont les trois fenêtres séparées par des colonnes, dont le plan a fait connaître les dispositions , et qu’un dessin à part que nous joignons ici sur la planche 3, fig. 2, explique mieux que toute description.

Le sanctuaire a perdu toutes ses décorations chrétiennes ; les Turcs, qui sans doute les détruisirent en faisant une mosquée de cette église, les avaient remplacées par des faïences émaillées, dont on voit encore de nombreux fragments contre les parois des murailles ; elles sont d’une grande richesse, et indiquent que ce temple avait conservé de l’importance, lors même que les cérémonies mahométanes avaient pris la place de celles de la religion du Christ.

Il’ édifice que nous venons de faire connaître, est, après l’église de Sainte-Sophie, un des plus intéressants de Constantinople chrétienne. Il est certain, comme nous l’avons plus d’une fois observé dans cette notice, qu’il eut une grande influence sur la construction de Saint-Marc de Venise, non-seulement pour les dispositions générales, mais encore pour les détails de l’architecture. De nombreux chapiteaux qu’on observe sur la façade et dans l’intérieur de cette dernière église, sont imités de ceux du Théotocos ; il en est de même pour les bases de colonnes, et nous en avons retrouvé d’autres imitations dans les lagunes, à Santa-Fosca, de l’ile de Torcello. C’est assez dire que l’édifice que nous publions pour la première fois, fixa l’attention des Vénitiens, et qu’ils en emportèrent dans leur patrie plus que des souvenirs. Sans doute l’architecture byzantine avait depuis longtemps étendu son influence en Occident, par l’Italie méridionale, par Ravenne et les côtes de l’Istrie; mais cet art avait marché dans la capitale depuis le VIe siècle, et nous le trouvons ici bien différent, quant à la distribution des plans, à la disposition des façades, surmontées d’arcs extradossés , quant aux profils des détails, de ce qu’il était lors de la construction de la grande et de la petite Sainte-Sophie, de Saint-Vital, et autres édifices du siècle de Justinien. Nous avons donc pensé qu’il serait de quelque utilité, pour les études historiques sur l’architecture, de faire connaître un monument auquel paraît se rattacher la seconde période de l’influence byzantine en Occident.

D'après Mr Albert Lenoir

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