‹ Monuments anciens et modernes (volume 4)Chapitre 22 sur 62 · CATHÉDRALE D’ATHÈNES · texte numérisé non relu

CATHÉDRALE D’ATHÈNES

Athènes , si célèbre par ses ruines , offre aussi de l’intérêt par les nombreux monuments chrétiens échappés aux derniers désastres de la guerre de l’indépendance. Ses temples, ses tombeaux, ses édifices civils de l’antiquité païenne sont assez connus par les belles publications qui depuis plus d’un demi-siècle les ont tirés de l’oubli ; nous essayerons de décrire ici une des plus intéressantes églises byzantines qui soient encore aujourd'hui dans tout le vaste empire oriental , et qui fut longtemps la cathédrale de cette ville.

Aux premiers siècles du christianisme , dans Athènes , comme à Rome , à Syracuse et partout ailleurs , les temples païens furent convertis en églises; la Vierge remplaça Minerve dans son sanctuaire de l’acropole, le Parthénon montre encore des inscriptions et des peintures qui en fournissent la preuve ; les temples de Thésée, d'Adrien et d’autres eurent la même destinée. C’est peut-être au peu d’étendue que présentait la cella des divinités païennes chez les Grecs que sont dues les petites dimensions des temples chrétiens d Athènes ; quoi qu’il en soit, le titre pompeux de cathédrale donné à l’édifice que nous allons faire connaître n’est nullement en rapport avec ses dimensions, ainsi qu’on en peut juger par la vue perspective, qui en donne l’aspect général, et par la planche de détails , sur laquelle nous en avons reproduit le plan, la coupe, deux façades et des parties détachées.

Le style qui domine dans cet édifice est le byzantin , bien reconnaissable à la distribution générale , ainsi qu’aux détails auxquels se mêle plus d’un fragment antique employé avec goût. Assigner un âge précis à ce monument est difficile , par l’absence de renseignements à son égard ; toutefois , l’harmonie qui y règne , l’heureux choix des profils , et plus encore l’emploi nombreux des frontons ou pignons ornés , rares dans l’architecture byzantine , parce qu’ils indiquent des combles en charpente , exclus en général des églises de ce style, tout y semble faire croire à une influence italienne qui daterait de la conquête des Vénitiens ; pensée qui paraît confirmée par la désignation Calholicon, donnée à cet édifice.

Le plan gravé au centre de la seconde planche, fig. lre, est orienté comme toutes les églises du moyen âge ; il forme un parallélogramme d’une fois et demie sa largeur ; le premier tiers est consacré au vestibule ou narthex , le reste , qui forme un carré parfait , se divise en trois nefs , à l’extrémité desquelles sont des absides semi-circulaires ; celle du milieu , plus grande que les deux autres , forme une saillie à trois pans sur le côté oriental du plan ; une étroite ouverture éclaire chacune de ces absides. Les collatéraux , séparés de la nef principale par des piliers carrés, dont quatre ont été substitués à des colonnes, sont ouverts de deux portes , l'une au nord , l’autre au midi de l’édifice.

La façade de l’église, planche de détails , fig. 2, est, ainsi que le reste du monument, entièrement construite en marbre blanc; deux marches conduisent à la porte principale, qui est quadrangulaire et surmontée d’un cintre entouré de nombreuses moulures ; les pieds-droits de la porte soutiennent un immense linteau d’une seule pièce; deux lions, emblèmes de Venise peut-être, y sont sculptés entre des croix et de riches rosaces. Le tympan du cintre est rempli par un ornement dans le goût byzantin; une reproduction détaillée est gravée fig. 3.

Au niveau du linteau de la porte règne une assise ornée de croix , d’entrelacs , et de deux petites niches en forme de consoles ; cette assise , légèrement saillante , couronne tout le soubassement de l’édifice , qui était couvert de sujets religieux peints sur un enduit dont l’épaisseur est égale à la saillie donnée à l’assise qui le surmonte. On voit encore sur la face latérale du midi, planche perspective, des restes de ces peintures parmi lesquels on distingue un saint Georges à cheval.

La partie de la façade dans laquelle est compris le cintre qui surmonte la porte , se divise en huit panneaux.

— STYLE BYZANTIN

Celui qui occupe l'angle du nord est orné d’un personnage debout devant une croix archiépiscopale. Au midi est un ornement grec sculpté sur une assise moins haute que les autres ; de beaux chapiteaux antiques surmontent les deux angles de la façade.

Le premier bas-relief, situé auprès de la double croix, au nord, est reproduit en grand sur la planche de détails , fig. 4 ; on y voit deux griffons appuyés sur un vase, et mangeant les fruits d’un arbuste qui en sort. Au-dessous , des oiseaux combattent des serpents ; ce bas-relief se reproduit presque identiquement du côté opposé. Une croix placée au centre d’un panneau lisse sépare ce premier cadre de celui qui en est le plus voisin, et dans lequel sont figurés deux lions et deux sphinx.

Au midi de la porte, un nouveau compartiment, détaillé dans la fig 5, présente deux sphinx à face humaine que sépare un arbre enlacé par des serpents ; des animaux plus petits occupent le haut de la composition.

Une frise, surmontée d’un riche couronnement, règne sur toute l’étendue de la façade entre les deux chapiteaux d’angle; un zodiaque grec, fig. 6, y est sculpté. On y voit mêlés aux signes astronomiques des sujets applicables aux diverses saisons de l’année. Les chrétiens ont gravé sur ce bas-relief des croix qui tronquent plusieurs de ces intéressants tableaux. Signalé pour la première fois dans un cours d’architecture chrétienne fait à la Bibliothèque royale en 1838 , ce zodiaque a depuis été estampé avec soin par M. Didron , secrétaire du comité des arts et monuments au ministère de l’instruction publique , qui en a rapporté en France une empreinte fidèle ; elle servira de guide aux interprétations des archéologues. La partie supérieure de la façade située au-dessus de l’entablement est surmontée d’un fronton brisé à ses angles ; une fenêtre géminée occupe le milieu, elle est close par des tables de marbre percées de trous circulaires pour laisser arriver le jour. De chaque côté de cette fenêtre sont sculptées de grandes croix latines richement découpées ; six caissons qui proviennent d’un édifice antique les surmontent ; un bel ornement grec occupe le tympan du fronton, il est accompagné de quelques croix inscrites dans des cercles.

A une époque bien postérieure à la construction de 1 église , on a élevé sans art, sur ce fronton, un clocher en moellons, qui n’a aucun rapport avec le style du monument; nous avons cru devoir le supprimer parce qu’il déshonore l’édifice primitif et qu’il cache le dôme, partie culminante élevée sur un plan octogone à l’extérieur, et ouverte de huit fenêtres closes comme celles de la façade. Des colonnes prismatiques occupent les angles ; elles soutiennent des cintres sur lesquels repose la voûte sphérique. Tout le dôme est établi sur une base carrée contre laquelle viennent s’appuyer quatre toits formant la croix.

Les faces latéi'ales de l’église, moins riches que celle de l’occident, sont, aux proportions près, distribuées presque de même; l’assise saillante, indiquée précédemment, les divise en deux parties distinctes : 1° le soubassement portant des traces de peintures ; 2° la zone ornée de sculptures. Dans la hauteur du soubassement est comprise une porte qui n’occupe pas le milieu de la façade, parce que la largeur du narthex l’éloigne vers l’orient; une croix archiépiscopale décore le cintre de cette porte. La partie ornée de la façade latérale est, dans toute sa longueur, surmontée d’une corniche dans laquelle on reconnaît plusieurs fragments d’architecture grecque. Au-dessous se voient six encadrements; le premier, h l’occident, renferme une grande croix et quatre rosaces ; auprès est une petite fenêtre cintrée qui éclaire le narthex. Le second et le cinquième cadre sont sans ornements ; le sixième contient un aigle rappelant celui des Paléologues qui se voit sur plusieurs monuments de l’empire grec. Un beau fragment antique, composé de deux triglyphes et de deux métopes, surmonte le cintre de la porte; il est gravé dans l’ouvrage de Stuart et Revett (*).

Une corniche rampante et suivant l’inclinaison du toit s’étend depuis l’angle occidental de la façade latérale jusqu’au fronton brisé qui surmonte le transepts. Une fenêtre géminée, deux cadres et de nombreuses croix grecques disposées symétriquement, décorent cette partie élevée de l’édifice.

La face orientale ou postérieure de l’église, planche de détails , fig. 7, est couronnée d’un fronton et de deux parties inclinées; dans l’axe s’élève l’abside, d’üne proportion élégante et comportant quatre divisions distinctes : l°un soubassement surmonté d’une corniche; 2° une partie unie dans laquelle est pratiquée la fenêtre géminée qui éclaire le fond de la nef principale ; 3° et 4° deux zones ornées de compartiments variés.

Latéralement à cette partie centrale sont deux fenêtres simples indiquant la place des collatéraux.

(*) Antiquités d'Athènes , édition Landon, tome I, planche II, fig. 3.

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