‹ Monuments anciens et modernes (volume 4)Chapitre 24 sur 62 · ÉGLISE DE SAINT-TAXIARQUE A ATHÈNES · texte numérisé non relu

ÉGLISE DE SAINT-TAXIARQUE A ATHÈNES

Au nombre des églises d’Athènes qui n’ont pas été renversées par les dernières dévastations, conséquences fâcheuses de la guerre de l’Indépendance et du siège de cette ville en 1827 , on doit compter celle de Saint- Taxiarque comme une des plus complètes et des plus intéressantes , parce quelle ne paraît pas avoir été soumise comme beaucoup d’autres à des modifications importantes, et qu’on y remarque une grande uniformité de style et plusieurs détails curieux que nous ferons connaître dans le cours de cette notice. Cette église, dont nous donnons une vue perspective qui a été prise devant la façade , telle qu’elle existait en 1836, lors de notre passage à Athènes, est située entre le portique de l’Agora, plus connu sous le nom de Portique d’Auguste, et la tour des Vents, qui se trouve à quelque distance derrière son abside; elle n’est pas fort éloignée de l’Acropole, qui regarde sa face méridionale, et du Carré d’Adrien, placé au nord. Comme pour la plupart des églises d’Athènes, l’époque de sa construction est ignorée ; toutefois , le grand exhaussement qui s’est opéré dans le sol autour de ce monument, puisqu’il faut descendre beaucoup pour y arriver, semble indiquer qu’il est fort ancien. Le style des ornements qui le décorent serait un meilleur guide pour donner approximativement son âge; mais à Athènes, comme dans tout l’Orient, la sculpture et la peinture s’étant maintenues jusqu’à nos jours sans interruption dans le caractère de l’art byzantin, il est difficile d’y déterminer l’époque de la construction des édifices par l’inspection des moulures et de leur ornementation. Nous devons dire cependant que celui-ci est un de ceux qui fixent le plus l’observateur par l’ensemble qui règne dans la sculpture, et par l’aspect ancien qu’elle présente.

L’église de Saint-Taxiarque est construite dans de peliles proportions; son plan est un parallélogramme dont les grands côtés ont à peu près en longueur le double des petits ; l’abside seule offre une saillie sur la face orientale. A l’occident, trois baies, dont l’une située au milieu est la porte, sont disposées très-symétriquement sur un narthex ou vestibule qui ne reçoit de lumière que par la façade principale. De ce porche on entre dans l’église par trois portes correspondant aux trois nefs, terminées chacune vers l’orient par une abside ; celle du milieu qui contient le sanctuaire est beaucoup plus profonde que les deux autres ; elle détermine la saillie à trois pans qui vers ce côté interrompt la régularité du parallélogramme. Les trois nefs sont séparées entre elles, vers le sanctuaire, par deux gros piliers carrés, et vers l’entrée par deux colonnes; c’est au-dessus de ces quatre supports que s’élève le dôme qui domine l’édifice.

La façade occidentale de l’église de Saint-Taxiarque est plus élevée que ne le sont généralement celles qu’on voit à Athènes, parce qu’un clocher la surmonte. L’étage inférieur présente d’abord une porte encadrée d’un chambranle en marbre. Une corniche couverte de sculptures , parmi lesquelles on remarque trois tètes de lions, distribuées avec symétrie, couronne ce chambranle ; un arc en fer à cheval et construit en briques décharge le linteau de la porte des parties supérieures de la façade, qui, sans cette précaution de l’architecte, tendraient à le briser. De chaque côté de la porte est pratiquée une croisée cintrée , dont l'encadrement est en bnques; l'ouverture, divisée en deux par un pilastre portant desarcs géminés, qui reposent sur un chapiteau et une architrave décorée de croix grecques, a été bouchée dans chacune de ces deux baies à une époque postérieure à la construction, pour appliquer un enduit dont une grande partie existe encore, comme on peut le voir sur le dessin. L’enduit porte une peinture religieuse assez curieuse pour que nous décrivions ici ce qui reste. Le Christ est assis au sommet du tableau, deux saints l’accompagnent ; plus loin, sont assis les apôtres. Au-dessous de cette zone supérieure en était une autre, qui est mutilée, et dans laquelle on remarque un certain nombre de saints ; puis, à lagauchedu Christ, une longue flamme partant de ses pieds , allait sans doute brûler les réprouvés qui étaient peints dans la région inférieure de la façade. Dans la hauteur du chambranle de la porte, et tout près de ses moulures d’encadrement, on voit deux saints de taille colossale, qui sont probablement saint Pierre et saint Paul : leurs attributs, détruits avec une partie delà fresque, ne permettent pas de s’en assurer positivement.

Au-dessus de la peinture que nous venons de décrire, s’élèvent, adroite et à gauche, les restes des deux pentes qui indiquent 1 inclinaison des toits couvrant les bas côtés de l’église, puis au milieu le pignon du toit principal; on reconnaît sa forme primitive au milieu de la maçonnerie élevée plus tard pour donner un clocher à la façade. Dans l’axe du pignon est une grande fenêtre encadrée, comme celles du rez-de-chaussée, par des briques ; le vide est orné de deux arcs étroits portés sur un pilastre dont le chapiteau sculpté soutient une architrave. Toutes les parties de la façade qui viennent d’être examinées , sont construites, comme le reste de l’église, en assises réglées, séparées par des rangs de briques , suivant le système byzantin imité de l’antiquité. Le clocher, évidemment construit plus tard , ne présente pas ce mode de bâtir; il offre en outre des

— STYLE BYZANTIN

moulures et une archivolte, qui dénotent évidemment une autre époque, et pourraient bien se rapporter à la domination française ou vénitienne.

Les transsepts de l’église de Saint-Taxiarque n’offrent pas, comme la plupart de celles d’Athènes, une porte donnant accès dans l’intérieur; mais leur pignon est décoré d'une grande fenêtre géminée, comme celles qu’on voit sur la façade occidentale. A la rencontre des quatre toits qui couvrent les parties principales de l’édifice , s’élève un soubassement carré surmonté de moulures; c’est là que s’élève le dôme: son plan est un octogone, dont chacune des faces est occupée par une grande arcade , construite en pierre et en briques ; les cintres reposent sur des chapiteaux fort simples, et les arcs extradossés vont se relier à la couverture de la coupole ; de petites gouttières en marbre jettent les eaux pluviales sur les toits environnants et loin du soubassement. Un des détails les plus intéressants de cette jolie église consiste dans le système de clôture des fenêtres du dôme; une tablette de marbre, bouchant toute l’ouverture de la baie, est percée de trous en forme d’étoiles dont les branches sont très-multipliées. Ce genre de fermeture pratiqué par les anciens et reproduit, à leur imitation, dans les premiers siècles chrétiens eu Occident, est d’un effet monumental très-convenable, eu ce qu’il présente, de plus que le bois, les conditions d’une grande durée. La façade orientale de l’église contient, l’abside, espèce de tour prismatique, divisée en deux parties par une cimaise sur laquelle repose une baie semblable à celles de la façade principale ; une corniche en briques couronne l’ensemble de l’abside, et porte sa couverture en forme de pyramide ; auprès du toit se retrouvent les principales dispositions occidentales : doubles pentes des bas côtés, pignon du comble supérieur correspondant à ceux des transsepts , et dominé par la coupole centrale.

Lorsqu’on entre dans l’église, le nartbex se présente d’abord : il est voûté par un berceau tenant toute la largeur de l'édifice, et recevant du jour de la façade occidentale ainsi que de la nef du milieu. A l’extrémité nord de ce vestibule, on voit un grand sarcophage en marbre blanc qui fut sans doute destiné à l’administration du baptême par immersion, selon l’usage conservé dans l’Orient depuis les premiers siècles de l’Église. Les portes qui donnent accès dans les nefs, sont construites en arcades ; des chambranles en marbre s’élevant jusqu’à la naissance des arcs, laissent la partie cintrée sans clôture, pour donner passage à la lumière. Les nefs de l’église sont voûtées en berceau dans toute leur longueur, ainsi que les transsepts ; au centre de la croix s'élève le dôme qui repose sur des pendentifs, couronnés d’une moulure byzantine en biseau; les longues fenêtres, closes de tables de marbre percées, éclairent cette partie du monument; au fond des transsepts, ce sont des fenêtres géminées qui donnent du jour. Le sanctuaire est séparé de la nef principale, selon l’usage grec, par une architrave en marbre couverte de sculpture, et portant le voile peint ou brodé, destiné à cacher une partie des cérémonies religieuses aux assistants. On communique du sanctuaire aux petites absides, formant les sacristies, par deux portes voisines de 1 abside. Quelques restes de peintures décorent les parties principales de cet intérieur, qui a conservé toute sa physionomie byzantine.

Auprès de l’église de Saint-Taxiarque en est une autre beaucoup moins ancienne, et qui cependant n'est pas sans intérêt ; son dôme particulièrement est curieux par sa forme et sa décoration en terre cuite. L’intérieur de l’édifice renferme des peintures mutilées par les Turcs lors de la guerre de l’Indépendance. On y voyait cependant encore en 1836 toute la décoration de l’abside. La voûte présentait au milieu une vierge assise sur un trône , et tenant sur ses genoux le Christ enfant; deux saints placés aux côtés de la Vierge s’inclinaient vers le centre de la demi-coupole. Au-dessous de cette voûte , trois fenêtres, percées comme dans un grand nombre d’églises byzantines, en mémoire de la sainte Trinité, étaient entourées de peintures curieuses. On y voyait une sorte de châsse surmontée d’un dôme auprès duquel s’inclinaient deux anges; des figures secondaires accompagnaient cette décoration centrale. Les pendentifs du dôme étaient remplis par quatre cercles contenant les portraits des évangélistes. Un saint était représenté dans chacun des trumeaux des fenêtres de la coupole ; les transsepts offraient aussi de nombreux restes de personnages religieux couronnés du nimbe. En 1836, l’église de Saint-Taxiarque et celle que nous venons de décrire étaient converties en hôpitaux et contenaient des lits et des meubles à l’usage des malades.

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