ÉGLISE ABBATIALE DE MALRMOUTIER
Dans une vallée peu éloignée de la chaîne des Vosges, sur la route qui conduit aujourd’hui de Wasselonne à Saverne, fut fondée, au VIe siècle, l’abbaye la plus ancienne de l’Alsace. Saint Léobarde, un pieux Hollandais , disciple de saint Colomban, fonda un établissement connu sous le nom modeste de Cellule de Saint-Léobarde, Childebert II dota ce monastère d’un domaine qui prit le nom de Marche d’Aquilée et a conservé jusqu’à nos jours le nom de Marche. L’abbé Maur, qui obtint, en 724, du roi Thierry IV, la confirmation des privilèges du monastère, en est regardé comme le second fondateur; il augmenta le nombre des religieux , répara les édifices détruits par un incendie ou tombant de vétusté. C’est de lui que l’abbaye prit le nom de Maurmoutier. En 827, le feu consuma tous les bâtiments, l’église et les archives : l’abbé Cels, ne pouvant suffire aux dépenses de reconstruction, implora le roi Louis, qui soumit ce monastère à la juridiction de son frère Drogon, évêque de Metz, et le chargea de veiller au rétablissement des édifices. Drogon se mit à l’œuvre avec activité, et le 7 mai 833 on transféra dans l’église les corps de saint Céleste et de saint Auteur, second et troisième évêque de Metz. L’histoire de Strasbourg parle d’une nouvelle consécration faite en 971 par l’arcbevêque Erchambaud ; c’est à cette dernière époque qu’il faut attribuer la façade occidentale de l’édifice. Tout dans l’architecture indique une haute antiquité ; selon la tradition locale, elle serait même un reste de la construction primitive. — La façade, percée de rares ouvertures fort petites, est divisée en compartiments formés par des plates-bandes peu saillantes. Un curieux portique de trois arceaux en plein cintre s’ouvre dans le bas; ces arceaux s’appuient sur deux colonnes simples à chapiteaux cubiques, d’un travail soigné, qui ont le plus grand rapport avec des sculptures égyptiennes. A l’intérieur, les voûtes sont soutenues par des colonnes semblables à celles du portique, mais un peu plus élevées et à chapiteaux beaucoup moins décorés. La nef parait avoir été refaite au XIIIe siècle ; tous les arcs sont en ogive, et retombent sur des piliers gothiques dont les chapiteaux sont ornés de feuillages et de visages humains. Le chœur a été reconstruit au XVIIIe siècle ; c'est une assez mauvaise imitation du style du moyen âge.
L’abbaye, souvent en lutte avec de puissants voisins, fut bientôt réduite à un état misérable; elle était presque déserte au commencement du XVIe siècle, et on la joignit, en 1517, à la congrégation bénédictine dite de Bursfelden. Elle fut ravagée dans la guerre des paysans, et rétablie avec peine par les soins de l’abbé Riegel et par la protection des évêques de Strasbourg. En 1617 on la comprit dans la congrégation des abbayes de l’ordre de Saint-Benoit formée dans ce diocèse, et, en 1704, après la réunion de l’Alsace à la France , elle recouvra une partie de ses immenses possessions.
— BIBLIOGRAPHIE
Antiquités de l’Alsace, châteaux, églises et autres monuments des départements du Haut et Bas-Rhin, 25 section. Bas-Rhin, par Schweighæuser
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