‹ Monuments anciens et modernes (volume 4)Chapitre 31 sur 62 · CM TURC H OF MAKMOÏÏTIÊR · texte numérisé non relu

CM TURC H OF MAKMOÏÏTIÊR

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ÉGLISE SAINT-FRONT, A PÉRIGt’EUX

Lorsque César envahit les. Gaules, le Périgord était habité par un peuple auquel il donne le nom de Petrocorii. Le territoire de ce peuple fut d’abord compris dans la Celtique aquitanique, et dans la suite, sous le règne de Valentinien, dans la seconde Aquitaine. La ville principale était Vésone ( Vesunna ) ; elle fut florissante sous la domination romaine. C’est vraisemblablement vers le VIIe siècle que Vésone, après avoir été ruinée plusieurs fois, prit le nom de Petrocorium ou Petrigordium , d’où lui est venu celui de Périgueux qu’elle porte aujourd hui. Mais la ville actuelle ne doit pas seulement son origine à Vésone, dont elle n’occupe qu’en partie l’emplacement; elle la doit encore à une autre ville qui s’était formée peu à peu autour d’un monastère fort ancien, situé sur une hauteur, et qui renfermait le tombeau révéré de saint Front. Cette nouvelle ville, nommée à cause de ces deux circonstances Puy- Saint-Front, était tout à fait distincte de l’autre, qu’on appelait la Cité. Suger ayant voulu constituer le Puy-Saint-Front en commune, la Cité, dont cette dernière ville relevait, s’y opposa, et il en résulta une guerre fort désastreuse, qui fut définitivement terminée en 1220, par un traité d’union. La ville unie jouissait de grands privilèges; elle se gouvernait ellemême et ne relevait que du roi. Successivement prise par Philippe-Auguste aux Anglais, maîtres de l’Aquitaine, rendue par saint Louis, reprise par Philippe le Bel, rendue de nouveau en 1360 par le traité de Brétigny, elle a fini par être incorporée au domaine royal sous Charles V, qui s’en était emparé, et n’a pas cessé d'en faire partie depuis ce roi.

L’histoire de l’église Saint-Front est fort peu connue, un grand nombre de documents qui s’y rapportaient ayant été détruits au XVIe siècle pendant les guerres de religion. D’anciennes chroniques disent que saint Front, apôtre de la province et premier évêque de Vésone, qui vivait dans le Ier siècle, bâtit un oratoire sur l’emplacement actuel de la cathédrale, ou immédiatement à côté, vers le sud-ouest. Au commencement du VIe siècle, l’évêque Chronope, deuxième du nom, remplaça cet oratoire, si tant est qu’il ait jamais existé, par une église qu’il consacra sous l’invocation de saint Front. On ignore quand cette dernière fut détruite : on a supposé que cela eut lieu lors de l’invasion des Normands.

On croit généralement, d’après le témoignage du père Dupuy, qui cite le passage suivant d’un ancien manuscrit jadis gardé par le vicaire de Saint-Antoine (*) : « Hic episcopus ( Froterius ) magnum monasterium œdificare cœpit ; » on croit généralement, disons-nous, que l’église actuelle a été reconstruite vers l’an 990 , sous l’épiscopat de Frotaire de Gourdon, et consacrée le 21 mars 1047 par Aymon, archevêque de Bourges, sous l’épiscopat de Gérard de Salignac (**). Un archéologue distingué, M. de Verneilh, qui a fait une étude particulière du monument, dit qu’il croit pouvoir en fixer la date de construction de 1010 à 1047, au moyeu de chroniques contemporaines qui établissent, à quarante ans de distance, le départ de l’évêque de Périgueux pour la Palestine et la dédicace de la basilique, et aussi au moyen de la connaissance qu’on a de la date de fondation de Saint-Marc de Venise, qu’il suppose être le prototype de Saint-Front, hypothèse erronée à laquelle nous répondrons plus loin. Ces deux opinions diffèrent peu, comme on voit ; elles s’accordent à reconnaître que Saint- Front est antérieur à la deuxième moitié du XIe siècle. Pour nous, il nous parait extrêmement peu probable qu’il en soit réellement ainsi. Qu’une église aitété construite par Frotaire et consacrée en 1047, c’est une chose dont il n’est guère possible de douter, puisque des témoignages historiques l’établissent ; mais que cette église soit celle que nous voyons, avec ses chapiteaux corinthiens et ses coupoles, nous n’en croyons rien. D’abord l’ornementation est, autant que nous pouvons en juger, de beaucoup supérieure, comme style, sinon comme exécution, à celle qu’on est habitué à rencontrer au commencement du XIe siècle, et elle accuse cette influence des monuments antiques, qui, nous avons eu occasion de le faire observer ailleurs, se fit beaucoup plus sentir au XIIe siècle qu’au XIe (voy. les chapiteaux, fig. 7, pl. III). Puis, Saint-Front a ses grands arcs en ogive, circonstance toujours fort caractéristique, surtout dans le Midi, où l’ogive se montre généralement plus tard que dans le Nord, et dont on a fait beaucoup trop bon marché dans l’appréciation de l’âge du monument. Enfin, il est deux passages d’anciennes chroniques, rapportés par le père Labbe (***), qui établissent positivement que le monastère de Saint-Front a été complètement ruiné en 1120. Ces deux documents sont ainsi conçus : « Anno MCXX XI Kalend. Augusti monasterium Marice Magdalenœ de Vizeliaco combustum est cum 1 127 <« hominibus et feminis. Similiter incensum est monasterium sancti Frontonis civitatis Petragoricce , cum multis « hominibus et feminis. » — « Guillelmus de Alba-Rocha, episcopus pelragor. cujus tempore hujus sancti Frontonis « et monasterium cum suis ornamentis repentino incendio , peccatis id promerentibus , conflagravit , algue signa

(*) Estât de l’église du Périgord, t. I, p. 208.

(**) Ouvrage précité, t. II, p. 12. Ce renseignement se trouvait dans le calendrier du grand livre de saint Sillain.

'***) T. II, p. 219.

— STYLE ROMAN

* m clocario igné solutasunt. Erat tune temporis monasterium ligneis tabulis coopertum . » Nous ne savons point ce qu on peut répondre aux passages si explicites que nous venons de citer, à moins qu’on ne dise qu’ils ce mentionnent point l’église d’une manière particulière; cette objection même n’en serait pas une, car puisque les cloches ont été fondues dans le clocher, il est parfaitement clair que l’incendie a atteint l’église. B ailleurs, le mot monasterium est justement celui qui est employé dans les deux textes sur lesquels on s’appuie pour soutenir que l’église a été commencée par Frotaire et consacrée en 1047. Nous croyons donc que l’église Saint-Front est, sauf quelques parties qui peuvent être plus anciennes, postérieure à l’année 1120. Nous le croyons d’autant plus, qu’il nous paraît fort naturel de penser que les réminiscences.orientales qu’on y remarque ont pris leur source dans une expédition de croisés.

L’église Saint-Front offre, en plan (fig. 1, pl. I), une forme commune en Orient, mais dont il n’existe presque pas d’autre exemple en France, celle de la croix grecque. Elle se compose de deux nefs, chacune divisée en trois travées, de manière à ce qu’elles aient une travée de commune; il y a donc cinq parties parfaitement distinctes dans l’édifice, la nef, la croisée, les deux croisillons et le chœur; il faut y ajouter le porche et la chapelle terminale ; mais celle-ci est postérieure au reste : elle a été bâtie de 1340 à 1350 par le cardinal Antoine de Talleyrand. Elle est voûtée d’arête , et butée par huit contre-forts saillants , placés , comme d’usage , aux points de retombée des nervures ; elle se compose de deux travées percées de fenêtres à trois jours, et d’un chevet semicirculaire où sont pratiquées cinq fenêtres à deux jours. Cette chapelle qu’on a pochée d’une teinte plus claire sur la planche, afin d’exprimer sa postériorité aux autres parties de l’église, et dont on n’a point tenu compte dans l’élévation et la coupe, a remplacé une abside semi-circulaire, probablement semblable, sauf les dimensions, à celle qui existe encore, accolée au mur oriental du croisillon sud, et qui était répétée à la place correspondante de l’autre croisillon. Cette dernière a vraisemblablement été détruite aussi au XVIe siècle. L’édifice est presque régulièrement orienté, car son axe principal ne présente qu’une déviation d’environ 12 degrés vers le sud.

En examinant le plan de Saint-Front, on remarque que l’ossature en est formée par douze piliers fort épais que relient entre eux des murs d’une épaisseur bien moindre. Ces piliers, qui supportent les cinq coupoles, sont placés de manière à former les quatre angles rentrants du centre de l’édifice et ses huit angles saillants; et leur disposition est telle, que chacune des cinq travées a elle-même la forme de croix ; de sorte que, suivant l’observation de M. de Taillefer, l’ensemble rappelle la croix recroisetée du blason. D’après le même auteur, les dimensions générales du monument sont celles-ci (hors œuvre) : du mur extérieur du porche aux contreforts delà chapelle terminale, 9lm,60; mais cette chapelle faisant une saillie d’environ 1 1 m ,60 sur l'abside primitive, il reste pour la longueur totale du monument dans son état ancien, 80m,00. — Largeur totale du transsept, y compris le ressaut du porche du Touin, 58"1, 64. —Largeur de la nef longitudinale, 24m,05. — Largeur de la nef transversale, 23m,97.

La façade occidentale formée par le porche, dont le mur de face n’a pas moins de 3 mètres et demi d’épaisseur, présente deux étages, dont l’inférieur, entièrement nu, est percé d’une porte élargie par un redent à l’intérieur. L’étage supérieur, séparé de l’autre par une corniche à modilîons, est un peu en retraite sur ce dernier ; il sert de soubassement au clocher, et est orné sur ses faces latérales de deux grandes arcatures en plein cintre, encadrant deux fenêtres dont les pieds-droits sont garnis de coîonnettes, et par lesquelles le jour pénètre dans la double lanterne de l’intérieur du porche. Une corniche, entre les modifions de laquelle sont sculptés des monstres (pl. III, fig. 5), couronne ce second étage, qui n’offre qu’une simple baie sur sa face antérieure.

Le clocher présente trois étages (pl. III, fig. I). Le premier est décoré sur chacune de ses faces de quatre pilastres, entre lesquels il existe, dans la partie supérieure, des baies à archivolte et à imposte (Voir le plan, fig. 3, pl. I). Au-dessous de ces baies sont de petits frontons surmontés d’une croix, et, presque immédiatement au-dessus, est une corniche à modifions, dont le détail en grand est donné pl. III, fig. 3. Le second étage, un peu en retraite sur le premier, offre deux rangs de baies, non plus séparées par des pilastres, mais bien par des colonnes engagées; il est également couronné par une corniche à modilîons (pl. III, fig. 2). Le troisième étage, beaucoup moins élevé que les deux autres, est cylindrique et non carré comme ees derniers, la différence de forme étant rachetée à l’intérieur par des pendentifs en trompe. C’est une sorte de lanterne à jour, consistant en un soubassement soutenant un grand nombre de coîonnettes toutes différentes, placées fort près les unes des autres , et portant un dôme dont le profil est un talon renversé très-aplati. Ce dôme est recouvert d'imbrications arrondies, dont la courbure est, contrairement à l’usage, tournée vers le ciel; le coq qui le surmonte s’élève à CO"1, 40 au-dessus du sol de l’église. Le clocher de Saint-Front , tout percé de baies à ionr

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