‹ Monuments anciens et modernes (volume 4)Chapitre 32 sur 62 · ÉGLISE SAINT-FRONT, A PÉRIGUEUX · texte numérisé non relu

ÉGLISE SAINT-FRONT, A PÉRIGUEUX

et que ne bute aucun contre-fort, ne manque certainement ni de hardiesse ni de beauté. A l’exception de son amortissement bizarre qui est sans doute le résultat d’une influence étrangère, il est tout entier exécuté dans le style roman, mais dans le style roman du Midi, qui rappelle si souvent l’antique.

L’intérieur du porche, profond d’environ 13 mètres, forme une sorte de narthex. Il est divisé, dans sa partie centrale, en deux travées, dont le plan est une portion de cercle. L’étage supérieur de ces travées forme des lanternes octogones, rachetées par des pendentifs du genre de ceux du clocher; ces lanternes rappellent celles de certaines églises de la même époque, celle de Tournus, par exemple. Voûtées , comme celle-ci , en demi-sphère , elles ont également les angles de leurs tambours garnis de colonnettes, des niches creusées dans quatre de leurs pans, et des baies pratiquées dans les autres.

La croisée de l’église se trouve comprise entre quatre énormes piliers, carrés en plan, et d’une disposition singulière ; ils sont percés jusqu’aux deux tiers de leur hauteur par d’étroites galeries voûtées en berceau, qui, à leur rencontre, produit naturellement une petite voûte d’arête au centre du pilier. La partie supérieure des piliers est creuse et forme une pièce éclairée par d’étroites fenêtres (Voir la coupe, pl. I, fig. 4, et la vue perspective). Ces pièces diminuent la solidité des piliers, qui ont besoin d’une grande force, puisqu’ils supportent la retombée des portions de voûtes-ogives, espèces d’arcs-doubleaux énormes qui soutiennent les coupoles. Ces arcs-doubleaux tombent en retraite du nu des piliers, qui sont couronnés à leur partie supérieure par un cordon chanfreiné, placé à 1 lm,25 du sol.

La coupole de la croisée a sous clef 27m,25, ce qui lui donne un peu plus de hauteur que les autres ; c'est, au reste, la seule différence qu’on puisse établir entre elles, car elles sont toutes semblables, comme forme et comme construction. Elles sont établies sur panaches, c’est-à-dire que la différence qui existe entre leur forme circulaire et la forme carrée de la base sur laquelle elles portent, est rachetée par des portions de voûte sphéroïdale. C’est le système de celles de Sainte-Sophie. Les coupoles de Saint-Front, ornées à leur naissance d’un cordon chanfreiné, sont, comme toutes celles de l’époque romane et latine, construites en blocage, tandis que les arcs sont en pierres de taille appareillés en coupe. Cette différence résulte évidemment de la nécessité où l’on était, à une époque où la stéréotomie était peu avancée, d’éviter les difficultés peut-être insurmontables alors, que présente l’épure des claveaux d’une voûte sphérique. La coupole de la croisée a, dans œuvre, 1 2m, 35 de diamètre : on y remarque une fenêtre en lunette; mais nous ignorons si cette fenêtre et celles qui existent également dans les autres, sont contemporaines de leur érection.

La nef, qui communique avec le porche par trois portes, a ses murailles décorées de chaque côté de quatre arcatures en plein cintre, dont la seconde est plus large et un peu plus haute que les autres. Au-dessus de ces arcatures règne un cordon, et dans l’espace qui existe entre ce cordon et l’intrados de la voûte, sontpercées trois fenêtres en plein cintre, dont celle du milieu est plus élevée que les autres (Voir la pl. I, fig. 6). Dans le pilier sud-ouest de la nef, on a établi un escalier au moyen duquel on communique de l’église à l’évêché. Au-dessous de cet escalier est un caveau. Nous avons dit que les coupoles de toutes les partiés de l’édifice sont semblables à celles de la croisée. Nous n’avons donc pas à y revenir.

Le croisillon sud a sa muraille occidentale ornée de cinq arcatures, entre lesquelles sont pratiquées des fenêtres. Il y a également des arcatures sur le mur méridional; celles-ci sont au nombre de trois, et leurs arcs retombent sur les pilastres d’une assez forte saillie, et garnis d’une imposte. Dans chacune des arcatures latérales est une petite fenêtre, et dans celle du milieu se trouve une porte qui a nom la porte du Touin , c’est-àdire, la porte du toit (de tecto ). Elle forme un léger ressaut sur le nu du mur, et offre un aspect bizarre que la fig. 5 de la pl. III nous dispense de décrire. On croit qu’entre les corbeaux. qu’on y remarque, étaient placées des colonnettes, au-dessous desquelles il devait s’en trouver d’autres d’une plus grande hauteur. Où suppose aussi que cette porte était jadis abritée par un appentis, ce qui lui a valu le nom qu’elle porte. La fig. 6 représente en grand le cordon à palmettes de sa partie supérieure, et l’animal sculpté sur un des corbeaux.

Les piliers des angles dû croisillon sont, ainsi qu’on voit sur le plan, disposés comme ceux de la croisée, de manière à offrir dans leur partie inférieure un vide en forme de croix. Ce vide est éclairé par deux fenêtres pratiquées dans les murs latéraux. L’abside du mur de l’est est, comme nous l’avons dit, semi-circulaire ; elle est décorée de huit colonnettes corinthiennes, à bases attiques, exhaussées sur un socle continu. Sur le chapiteau de ces colonnettes s’en élèvent d’autres de moindre hauteur, qui reçoivent la retombée d’arcs alternativement en plein cintre et angulaires; le tailloir des colonnes inférieures, en se continuant sur le nu du mur, forme deux cordons qui font le tour de l’abside, dans laquelle le jour pénètre par trois baies. Cette sorte de chapelle a (dans œuvre) 6m,32 de largeur et 5“, 60 de profondeur ; elle est construite sur des caveaux formant deux étages de substructions-.

- STYLE ROMAN

L'abside du croisillon nord est détruite (*) ; il n’en reste plus que les pieds-droits de l’arcade placée à l’entrée. On y remarque une colonnette et surtout une colonne à chapiteau corinthien de la plus grande beauté (pl. III, fig. 7). Le reste du croisillon diffère peu de celui que nous avons décrit. La dissemblance consiste dans les arcatures du mur occidental, qui sont seulement au nombre de quatre, et dans les piliers des angles dont le plan est presque circulaire à l’intérieur. La porte est connue sous le nom de porte du Gros ou des Gras, c’està-dire, des degrés (de gradibus). Jadis surmontée d'un bas-relief, elle est aujourd'hui sans ornement; elle porte la date de 1581, époque à laquelle elle a été refaite, ainsi que la porte du Touin.

Les murs latéraux du chœur sont percés chacun de quatre grandes fenêtres (**), encadrées d’arcatures ; audessus, la disposition est la même que dans la nef et les croisillons , c’est-à-dire qu’on y retrouve un cordon séparant la partie inférieure du mur de sa partie supérieure, où existent également trois fenêtres. Les piliers des angles sont octogones à l’intérieur et voûtés en coupole. Ils contiennent des escaliers conduisant aux parties supérieures de l’église. Un grand arc en ogive obtuse, au-dessus duquel est inscrite la date de 1583, et que surmontent trois fenêtres, formait l’entrée du sanctuaire en hémicycle qu’a remplacé la chapelle ogivale dont nous avons parlé. Sous cette dernière, on a constaté l’existence d’une crypte qu’on n’a pu explorer.

L’extérieur de Saint-Front est d’une grande simplicité. Les murs, entièrement nus jusqu’à la corniche à modelons qui les couronne, ne sont accidentés que par les fenêtres, dont toute l’ornementation consiste en un retrait (pl. II, fig. 1). Mais au-dessus de cette corniche, chaque branche de la croix est ornée de trois frontons (***) couronnant les triples baies placées au-dessous des grands arcs reliant les piliers sur lesquels s’appuient les murs de l’édifice. La fig. 2 de la pl. II fait connaître les moindres détails de ces frontons curieux et tous semblables. On voit qu’entre le rampant de la corniche et les baies des fenêtres, on a eu soin de disposer des arcs en décharge en forme de segment de cercle, qui soulage ces baies, précaution qui semble assez peu nécessaire, du reste. La fig. 3 représente en grand les modillons des rampants du fronton, et la fig. 4 ceux de la corniche.

Les dômes constituant l’extérieur des coupoles sont d’une forme trapue et conséquemment peu gracieuse. Ils consistent en un tambour présentant deux retraites, et couronné par une corniche que soutiennent des modillons simplement chanfreinés, le tout ayant une hauteur de près de 4 mètres. Huit petits contre-forts suivant les ressauts que présente le profil du tambour, butent la construction, laquelle est établie par assises reliées avec le blocage de la coupole, et alternativement d’une hauteur de Om,38 et de 0m,20, sorte d’appareil désigné par les anciens sous le nom d'opus pseudisodomum. La calotte du dôme, fort déprimée, se profile suivant une double doucine renversée et très-aplatie. Elle était surmontée par un amortissement en forme de lanterne, dit M. de Taillefer, qui assure avoir vu d’anciens tableaux constatant ce fait.

La toiture primitive de Saint-Front consistait en un revêtement de dalles d’environ 0™, 25 d’épaisseur, de sorte qu’il n’y avait ni fer ni bois, comme dans un grand nombre de monuments orientaux. Plus tard, cette toiture a été remplacée par des tuiles fixées avec du mortier à même de l’extrados des voûtes, comme on en rencontre des exemples dans les monuments très-anciens du moyen âge. Une troisième toiture, construite en charpente, mais laissant les dômes intacts, fut substituée à la seconde, et remplacée elle-même, dans le courant du siècle passé, par un grand comble qui couvre tout l’édifice et rend ainsi les coupoles invisibles. Au reste, ce n’est pas le seul mal qu’ait produit l’établissement de ce comble; il a causé également la mutilation des frontons, tous tronqués aujourd’hui. Nous devons signaler une mutilation plus grave encore, mais vraisemblablement beaucoup plus ancienne : nous voulons parler de la destruction des couronnements pyramidaux qui paraissent avoir surmonté chacun des piliers d’angle de l’édifice, en flanquant les frontons et donnant à l’ensemble de l'édifice un aspect très-pittoresque.

Il existe un très-grand nombre de caveaux sous la basilique de Saint-Front ; ces caveaux sont loin d’êtreconnus tous. Parmi ceux qu’on a pu explorer, les uns servaient de chapelles, les autres de lieux de sépulture. Dans quelques-uns, on a retrouvé, engagés dans les murailles, des fragments antiques. C’est dans la crypte qui s’étend au-dessous de la croisée, et où l’on pénètre par un escalier s’ouvrant dans le gros pilier du nord-est, que reposent les restes du Saint patron de la cathédrale. Ils sont placés dans une sorte de renfoncement, d enfeu, disposé à cet effet.

La cathédrale de Périgueux n’est pas seulement curieuse par sa disposition exotique , si bien faite pour surprendre en France; elle l’est encore par la quantité vraiment singulière de constructions de toutes espèces,

(*) Si cette chapelle est figurée dans la vue perspective, c’est que les planches qui accompagnent cette notice sont une restitution du monument, restitution dans laquelle on a cherché naturellement à lui rendre sa physionomie primitive.

{"*) Elles ont été récemment bouchées pendant des travaux d’une deploralAe exécution qui ont été faits à Saint-Front.

(***) A l’exception de la nef, qui ne peut en avoir que deux, par suite de la présence du porche.

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