‹ Monuments anciens et modernes (volume 4)Chapitre 34 sur 62 · ÉGLISE DE ROYAT · texte numérisé non relu

ÉGLISE DE ROYAT

Bien des fois nous nous sommes demandé pourquoi les artistes qui s'occupent de l’étude des monuments se sont exclusivement attachés à visiter les grandes villes , car souvent c’est dans l’église d’un modeste village qu’on trouve des dispositions originales , des particularités de style remarquables , des détails bizarres , qui viennent renverser ou du moins modifier des opinions universellement admises et qui ont en quelque sorte force de loi; l’église fortifiée de Royat est de ce nombre et peut, à juste titre, être regardée comme l’un des monuments les plus singuliers qui existent en France. Ce n’est pas que notre pays ne possède encore boa nombre de restes de la puissance féodale du clergé du moyen âge ; on sait que des enceintes fortifiées protégèrent la plupart des abbayes et des prieurés contre les courses de barons rapiniers et les révoltes des serfs, ou bien appuyèrent les exploits de moines belliqueux ; ces fortifications monastiques se rencontrent à chaque pas dans toutes nos provinces, mais excepté peut-être celle de Redon en Bretagne, nous ne connaissons pas en France d’autre exemple d’église-forteresse, car nous ne pouvons considérer comme telles celles qui, à leurs dispositions architectoniques ordinaires, ont ajouté quelques créneaux parasites; aucune de ces dernières n'a perdu, à ces additions militaires, son apparence de temple chrétien , tandis que l’église de Royat ne présente guère, à l’extérieur du moins, que l’aspect d’une petite citadelle gothique.

C’est à deux kilomètres à l’ouest de Clermont-Ferrand qu’est situé l’humble village de Royat ( Ruüiacum ), au fond d’une riante et fertile vallée entourée de montagnes nues et arides, qui , par ses sites pittoresques , ses eaux et ses rochers, est comparable, aux ruines près, au Tusculum de la campague de Rome; aussi a-t-elle été baptisée du nom de Tivoli de la France par les paysagistes, qui presque seuls vont la visiter.

On présume que l’église de Royat fut fondée dans le VIIe siècle par saint Prix ou saiut Projet, évêque de Clermont, en même temps qu’un monastère de filles; en 1165, elle fut érigée en paroisse et en prieuré sous la dépendance de l’abbaye de Mauzac. Comme on le pense bien , l’édifice actuel ne date pas de cette époque reculée; la disposition de sou plan, son genre de construction et son ornementation en font un monument d architecture romane, c’est-à-dire appartenant à la fin du XIe siècle, peut-être à la première moitié du XIIe , mais des modifications importantes, des additions notables, y furent apportées pendant les siècles qui suivirent, et principalement au XIVe ; c’est à cette époque qu’eut lieu la reconstruction de toute la partie supérieure des murs, celle des voûtes, et quelle reçut les mâchicoulis qui d’église Tout convertie eu forteresse. Ou ignore le motif et l’objet de dispositions défensives aussi caractérisées et aussi complètes , dispositions peu conformes à ce que nous connaissons des fortifications monastiques. Malgré la forte dimension des matériaux et la qualité de la pierre, cet édifice est aujourd’hui dans un état de dépérissement qui ne fera que s’accroître, et qui se changera en une ruine presque complète, si le gouvernement ne se décide à le restaurer d’une manière plus sérieuse qu’on ne l’a fait jusqu’ici, les ressources très-bornées, d'ailleurs, du village de Royat étant encore affaiblies par suite d’inondations qui de temps à autre ruinent cette localité.

Le plan de l’église de Royat affecte la forme d’une croix latine; un transsept d’une grande saillie sépare la nef du chœur, dont la partie postérieure, carrément terminée, est dépourvue d’abside. Sous le chœur et sous une partie du transsept se trouve une crypte du sol même de laquelle sort une petite source et qui date du XIe siècle, comme la partie inférieure de l’église ; elle présente trois petites nefs parallèles déterminées par deux rangées de chacune cinq colonnes avec chapiteaux simplement ébauchés ou garnis de larges feuilles grossièrement sculptées; ces colonnes, de 2m,35 de haut, compris base et chapiteau, et d’un diamètre de Ora,35, supportent des voûtes en arêtes ; au reste, rien de plus simple et même de plus nu que l’architecture de cette petite église souterraine, où se retrouvent cependant encore quelques faibles reflets de l’influence qu exerça l art byzantin dans cette partie de la France. Le style de la décoration de l’église haute et de la crypte nous paraît justifier l’âge que nous avons assighé plus haut (XIe à XIIe siècle) aux parties les plus anciennes de ce curieux édifice. Si l’intérieur de l’église est d’une nudité remarquable, d’une décoration pauvre et simplement ébauchée , les face» extérieures des murs sont d’une monotonie que rompent seuls les fenêtres et les mâchicoulis. Ainsi que nous l’avons déjà dit, cet édifice, tel que nous le voyons aujourd’hui, appartient à deux époques : dans la partie inférieure , celle qui parait remonter au XIe siècle , règne une suite d’ouvertures à plein cintre sans aucun ornement , et séparées par des contre-forts ou pilastres saillants ; dans la partie haute, surélévation du XLVe siècle, on voit à chacune des extrémités du transsept et sur la face carrée du chevet une espèce de rose en forme d’hexalobe, encadrée de moulures; c’est au-dessus de ces grandes ouvertures que règne le couronnement militaire, composé de mâchicoulis jetés d’un contre fort à l'autre, et autrefois surmontés de créneaux que la forme plate de la toiture permettait de garnir de combattants

STYLE ROMAN

Une église aussi simple dans ses dispositions liturgiques et dans ses détails architectoniques que l’est celle qui nous occupe, ne peut donner matière à un grand nombre de considérations esthétiques, c’est-à-dire d’appréciations quant à l’art ; et si , entre beaucoup d’autres monuments plus importants , nous l’avons choisie pour faire partie de notre recueil, elle le doit à la singularité même qu’elle présente, et aucunement à sot mérite artistique, qui est tout à fait nul. Mais, à ce titre seul d église-forteresse , elle méritait d’être l'objet d’une publication sérieuse, et cependant jusqu’ici elle n’a été connue du public savant que par les dessins des paysagistes, qui, ainsi que nous l’avons déjà fait remarquer, visitent seuls la vallée de Royat. Quant à la date que nous avons assignée à ce monument, nous devons dire qu’elle peut souffrir d’être contestée, car il est assez difficile, malgré les remarques que nous avons faites, de l’établir d’une manière bien positive ; un grand nombre d’historiens et d’artistes, se fondant sur sa construction grossière, sur sa décoration presque nulle et ses tailloirs sans chapiteaux, la font remonter à une époque très-reculée du moyen âge; selon eux, une première retouche aurait eu lieu au XIe siècle, et la crypte ainsi que deux colonnes d’un travail plus soigné , engagées dans les murs de la nef, seraient le résultat ou du moins les restes de ce premier remaniement. En somme, l’église de Royal est un monument curieux par sa singularité, et non un modèle à suivre.

— BIBLIOGRAPHIE

r Ch. Nodier, 3. Taylor et Alph. de Cailleux. Voyages romantiques et pittoresques dans l’ancienne France ; Auvergne. 2 vol. gr. iu-fol. Paris, 1829-33.

A. Mallay. Essai sur les églises romanes et romano-byzantines du département du Puy-de-Dôme. Petit in-fol. Moulins, (838.

3° Prosper Mérimée. Notes d’un voyage en Auvergne. 10-8*. Paris,

4° Ad. Michel. L’ancienne Auvergne et le Vélay. 3 vol. pet. in-fol. et pl. Moulins, 1843-47.

RWJiir

LA CATHÉDRALE DE TREVES

C'est à Trêves que nos architectes, et surtout nos antiquaires, devraient aller étudier de belles et intéressantes antiquités romaines. Quoique d’une époque de décadence, elles valent cependant la peine des investigations des hommes de l’art et des historiens ; car la grandeur de l’antiquité était telle qu’elle est encore noble même dans sa décadence. L’histoire des monuments de Trêves et ces monuments eux-mêmes sont un tableau chronologique des divers styles d’architecture du moyen âge , depuis son commencement jusqu'au XIIIe siècle. C’est surtout au dôme de Trêves, dont nous allons nous occuper, que l’on peut sûrement observer le développement du style appelé plein cintre ou roman , et nommé faussement byzantin.

Le format et le cadre de cet ouvrage ne permettent pas de décrire la cathédrale de Trêves dans tous ses détails et toutes ses particularités. Nous avons dû nous borner aux généralités. Des artistes et des antiquaires allemands ont compris l’importance des monuments de Trêves. M. C. W. Schmidt a publié, il y a quelques années, une curieuse monographie de plusieurs édifices romains, romans et à ogives, de Trêves et de ses environs, que nous recommandons spécialement à nos lecteurs. Nous ne pouvons cependant pas admettre la forme carrée que cet auteur donne au monument romain qui a été transformé en église chrétienne, et qui est aujourd’hui la cathédrale de Trêves, car il n’existe aucun édifice antique ayant cette apparence. C’est ce dont il est obligé de convenir lui-même.

À la même époque que parut le travail de M. Schmidt , un autre savant allemand, M. J. Steininger, publiait un mémoire sur l’histoire du dôme de Trêves, travail remarquable et plein de critique, et dont nous avons amplement profité dans cette notice.

L’histoire architectonique du dôme de Trêves doit se diviser en trois époques distinctes : 1° l’époque romaine, depuis sa naissance jusqu’à la ruine du monument primitif, arrivée probablement du temps de la destruction de Trêves par les Franks, au commencement du Ve siècle; 2° l’époque franke, pendant laquelle l’édifice fut restauré et , selon toutes probabilités, converti pour la première fois en basilique chrétienne; alors aussi l’on remplaça par des piliers les colonnes qui manquaient, et l’on construisit les arcs doubleaux qui menaçaient ruine au commencement du XIesiècIe ; 3° l’époque datant delà restauration, au commencement du XIe siècle, par l’archevêque Poppo, jusqu’à nos jours, et dans laquelle le dôme reçut un prolongement (dans le style roman) et un chœur.

Mais qu’était le dôme primitivement sous les Romains? Ce n’etait pas un monument d’habitation, ce n'était pas non plus un palais de l’empereur Constantin, ou de sa mère Hélène. C’est ce que nous prouve la description que Vitruve donne des maisons et des palais grecs et romains, et c’est ce que nous prouvent encore mieux les maisons de Pompéi. Le dôme n’était pas non plus un temple ; comme cella d'un tel monument, il est trop spacieux; et les colonnes isolées de l’intérieur que feraient-elles dans un temple? Mais le dôme fut cependant un monument public ; c’est ce que nous prouvent sûrement ses dimensions ainsi que ses hautes colonnes de granit. Constantin avait fait élever à Trêves une basilique et uu forum, et du temps de Gratien il est en outre fait mention d’une curie.

Il s’agit donc de savoir jusqu’à quel degré les règles qui servirent à bâtir la basilique, la curie et le forum, se rapprochent ou s’éloignent des dimensions et des dispositions de la partie romaine du dôme.

Vitruve (*) dit que, pour déterminer la largeur d’un forum, il faut prendre les deux tiers de sa longueur. Les quatre travées orientales du dôme de Trêves ont ensemble 57m,25 de longueur, et nous trouvons effectivement 38m de largeur dans œuvre; car la travée occidentale avec son hémicycle et ses deux tourelles sont postérieurs à la construction romaine ainsi que nous le verrons plus tard. Ces dimensions concordent donc parfaitement avec les proportions que Vitruve donne pour construire un forum. Pour les basiliques, dit-il (**), leur largeur doit être au moins de la troisième partie de la longueur, ou de la moitié tout au plus. Le même auteur dit encore que les bas côtés ou collatéraux d’une basilique ne doivent avoir qu’un tiers de la largeur de la nef : or, les bas côtés du dôme de Trêves ont pour largeur la moitié de la largeur de la grand nef. Quant aux dimensions d’une curie, elles ne peuvent s’appliquer à notre dôme. Si un monument est rectangulaire, dit Vitruve, il faut lui donner pour élévation la moitié de la somme de sa longueur et de sa largeur, ce qui, pour notre dôme, donnerait une hauteur de 47,n qu’il n’a pas, et qu’il n'a pu avoir. Les dimensions, en général, du monument qui nous occupe semblent être trop grandes pour une curie ou hôtel de ville; car la curie de Pompéi, ville qui , à en juger par ses théâtres et ceux de Trêves, avait une population égale à celle de cette

(*) Architecture , I. V, ch. i, p. 74 de l'édition Dubochet. Paris, 1846.

— LA CATHÉDRALE DE TRÊVES

dernière ville, n’a que 30 mètres de longueur sur 15 de largeur. De plus, il est probable que la curie de Trêves était située près de la Moselle, parce que Vénace Fortunat, évêque de Poitiers, à la fin du YIe siècle, en parle dans sa description de manière à faire présumer qu’elle pouvait être aisément aperçue de la rivière (*).

Ces circonstances nous semblent suffisantes pour faire présumer que le dôme de Trêves fut primitivement un forum et non une basilique ou curie. Yitruve dit que le forum doit avoir deux étages, et que les colonnes du second doivent avoir un quart de moins de hauteur que celles qui forment le vaisseau du rez-de-chaussée, ce qui donne une hauteur égale cà celle des murs romains existants du dôme, d’environ 33 mètres d’élévation. Notre coupe longitudinale nous montre deux des quatre chapiteaux corinthiens que les constructions postérieures ont enclavés dans la maçonnerie. Deux de ces chapiteaux se trouvent à l’extrémité orientale de l’édifice. Vers le centre du monument nous en voyons deux autres. Mais, en isolant les colonnes qui supportent ces chapiteaux, elles n’ont point de signification. Nous admettons qu’elles appartenaient à une colonnade dont la plupart des colonnes ont disparu, et alors il devenait facile de reconstruire l’édifice romain.

D’après un auteur du XVIIe siècle, Wiltheim, le fût des vieilles colonnes avait 2™, 19 de diamètre à leurs bases. Mais, comme ces colonnes étaient de l’ordre corinthien, la longueur de leur fût, d’après Vitruve (**), devait être environ de I6'n,30, et le fût, y compris le chapiteau, 18m,50. Wiltheim leur donne seulement 12™, 55; par là il en faisait des colonnes doriques. Mais, comme les anciens chapiteaux sont à une élévation de 13™, 50 du sol actuel , il faut que l’ancien sol de l’édifice fut au moins de 5 mètres plus bas, ce qui correspond parfaitement avec le dire de Wiltheim, qui rapporte que l’antique colonne que l’on avait découverte était profondément enterrée (quod allissime abditum jacebat).

La plus grande distance de semblables colonnes entre elles, dans une colonnade, ne pouvait être, d’après la règle la plus commune, citée par Yitruve, que de deux fois un quart leur diamètre. Mais, dans la colonnade qu’il nomme diastylos , ces colonnes étaient espacées de trois diamètres, et pouvaient donc être dans le dôme de Trêves de 6™, 60. 11 devait donc y avoir une colonne de chaque côté de notre grande travée, ce qui nous donnerait quatre travées dans toute la longueur du forum. Yitruve dit encore que le péristyle doit avoir en général la longueur de l’entre-colonnement principal. Ces deux règles coïncident donc avec les dispositions du dôme de Trêves. D’abord, la largeur des collatéraux entre les piliers du centre et les pilastres placés auprès du mur est d’un peu plus que 8'", 25. A la base des colonnes elle doit être moindre : nous y trouvons environ trois diamètres. 11 en est de même de l’entre-colonnement des deux colonnades formant le vaisseau principal. On peut encore admettre cependant, nous devons en convenir, qu’il y eût deux grandes et deux petites travées; car aucun texte ne fait mention de l’enlèvement des colonnes intermédiaires.

Quant aux colonnes de granit qui remplaçaient primitivement les pi'iers actuels , il n’est point sans intérêt de rapporter ici qu’on prétend que, lors des réparations entreprises après la révolution de 1789, pour approprier de nouveau le dôme au culte, il a été trouvé sous le sol actuel, devant les marches qui conduisent de la nef au chœur oriental, une grosse colonne de granit semblable à celle qu’on voit gisant devant le dôme. La place où fut trouvée celte colonne n’est pas éloignée de celle qu’elle occupait primitivement.

Démarquons ensuite que deux chapiteaux se voient encore sur la face orientale du mur romain, ce qui nous autorise à supposer qu’il y eu avait de semblables de l’autre côté, à l’ouest, afin que l’architrave du dernier enlre-colonnement des arcades de la nef ne portât pas contre le mur, mais sur une colonne ou sur un pilastre.

Eu admettant qu’il y eût primitivement six colonnes de granit de chaque côté du vaisseau, et en y joignant le pilastre ou la colonne entre le forum proprement dit et le vestibule, il en résultera ce qui suit :

La longueur intérieure du monument romain est de 57™, 25 ; le diamètre des colonnes de granit, à leur base, est de 2™, 19. Si nous ôtons ces sept diamètres de colonnes, soit I5™,33 de 57™, 25, il restera 41™, 92, somme totale des enlre-colonnements. Si nous prenons pour l’entre-colonnement G"1, 57 ou 3 diamètres , les six entre-colonuements nous donnent 39™, 32 qui, soustraits de 41™, 92, donnent 2"‘,G0, eu sorte que la plinthe de la base de la colonne pouvait encore avoir une saillie de plus de 0™,IG. Si nous admettons, d’après Yitruve , que cette plinthe avait une saillie de 0m,54 de chaque côté ou carré , nous trouvons que les entrecolonuements en sont si peu altérés, qu’il faut s’étonner de la coïncidence des proportions de notre monument avec les règles de Yitruve.

11 est donc permis de croire que le monument primitif, converti plus tard en église chrétienne ou dôme,

(*) Ilodoporicon, v. 21 à 24.

(**) Liv. III, cli. 2; liv. IV, ch. 1.

— LA CATHÉDRALE DE TRÊVES

avait de chaque côté de la nef actuelle sept colonnes d’environ 15 mètres au moins d’élévation , mais qui avaient déjà disparu en partie longtemps avant la construction entreprise au XIe siècle par l’évêque Poppo, Ces colonnes avaient été remplacées par des piliers en maçonnerie. Car l’arc doubleau ancien de la nef, antérieur à la restauration de l’évêque Poppo, repose déjà sur des piliers semblables.

II y a un espace de 7m,52 entre le chapiteau de la nef et la naissance de cet arc doubleau. En ôtant de cette mesure 2m,50, il resterait encore 5 mètres, qui ne peuvent avoir été employés qu’à une seconde colonnade supérieure établie sur les quatre faces intérieures de la grande travée orientale, au centre de laquelle est placée l’entrée du chœur.

Comme il n’y a pas vestige de contreforts extérieurs, il est probable que les bas côtés n’étaient pas voûtés. Nous pensons que le centre du forum n’était point couvert, tandis que scs bas côtes avaient des plafonds ea charpente.

L’histoire nous appreud que, vers le milieu du IVe siècle, il y avait déjà à Trêves un nombre considérable de chrétiens : il leur fallait des églises. Le besoin d’une basilique et d’un forum se faisait également sentir; car de semblables édifices servaient en même temps aux chrétiens et aux païens ; car dans la basilique, on rendait la justice, et dans le forum ou balle, on étalait les marchandises et l’on parlait d’affaires commerciales. Tant que la domination romaine se maintint à Trêves , il est impossible d’admettre que de tels monuments aient été convertis eu églises, en édifices du culte. L’apologie d’Athanase, adressée à l’empereur Constance, nous apprend que sous ce prince, vers l’an 336, on bâtit a Trêves, aux frais de 1 État probablement, plusieurs églises pour les chrétiens, et l’on pourrait se demander si le dôme actuel n’est pas une de ces églises. Mais si l’on considère la disposition de notre monument, si l’on réfléchit qu’il était primitivement sans toiture, si l’on n'oublie pas la magnificence des colonnes de granit dont il était orné, on sera obligé de répondre négativement à cette question.

11 est plus naturel d’admettre que le monument primitif, aujourd'hui la cathédrale de Trêves, fut un forum nundinarium , une balle marchande, comme nous en voyons encore aujourd’hui dans quelques villes du sud de l’Europe, mais de plus grande dimension; une construction vraiment royale, comme Eumène appelle le forum et la basilique de Trêves.

Yenace Fortunat, évêque de Poitiers, qui mourut au commencement du VIIe siècle, dit, en parlant de l’évêque de Trêves Nicétius :

Templa vetusta Dei renovasti in culmine prisco,

Et tloret senior , te reparante, domus. (Liv. III, c. 9.)

On i gnore quelles étaient les églises restaurées par Nicétius à la fin du VIe siècle ; il n'est pas présumable que les églises de Trêves soient restées sans réparation cent cinquante ans, depuis l’invasion des Franks jusqu’à l’épiscopat de Nicétius. Il est possible que, lors de l’invasion des Franks, de 410 à 4 1 5, le monument qui est aujourd'hui le dôme ne fût que peu endommagé, ensuite converti en église chrétienne, et restauré plus tard par Nicétius. 11 semble qu'on ait nommé déjà au VIe siècle domus, domo , l’église épiscopale : car Virgile (*) se sert du mot de domus pour œdes sacrœ , et l’église épiscopale de Trêves est nommée peut-être par Venace senior domus, parce que la communauté chrétienne de Trêves passait pour la plus ancienne de la Gaule Belgique.

La ville de Trêves fut incendiée par les Normands en l’année 882. L’archevêque Théodoric a été le restaurateur des églises de cette cité vers l’année 975. Mais le dôme ne fut pas réparé, car, quarante et un ans plus tard, lorsejue Poppo fut nommé archevêque, il était tombé eu ruine depuis de longues années.

Les plus anciens documents écrits et certains que nous ayons sur le dôme de Trêves, remontent jusqu’au XIe siècle, et sont contenus dans le Gesta Trevirorum au 56e chapitre, où il est question des restaurations entreprises par l’archevêque Poppo. Là il est rapporté que l'archevêque Poppo entreprit de restaurer le dôme, détruit par la chute d’une des quatre colonnes de marbre, et rendu tout à fait impropre au culte. 11 entoura les colonnes de maçonnerie pour les renforcer et les convertit en pilastres; il reprit en sous-œuvre les arcs doubleaux anciens par de nouveaux arcs. Bientôt après, il agrandit d’un tiers le dôme. 11 fit refaire les fondations du monument à une profondeur égale à celle de la maçonnerie qui s’élève audessus du sol, et comme l’archevêque venait encourager par sa présence l’activité de l’entreprise, lors-

(*) Enéide , ch. VI, v. 81.

— LA CATHÉDRALE DE TRÊVES

que les constructions étaient déjà amenées à une hauteur de six pieds, l’archevêque étant sur les travaux eut un coup de soleil qui occasionna sa mort en 1047. Les travaux commencés par Poppo furent continués par ses successeurs Evrard et Udon ; ce dernier les acheva et mourut en l’année 1077. En 1120, l’archevêque Bruno éleva la partie occidentale du dôme, et il consacra l’autel de saint Nicolas. L’archevêque Hillin (de 1162 à 1 169) continua les travaux du côté oriental, c’est-à-dire le chœur et la crypte. Son successeur, Jean Ier, qui administra l’archevêché de l’année 1190 à l’année 1212, entreprit plusieurs constructions au dôme; il fit beaucoup d’embellissements intérieurs, continua et termina ce que Hillin avait conçu et commencé.

C’est en 1 196 que Jean découvrit la sainte robe, en faisant faire des travaux dans le dôme.

Jean Hugo d’Orsbeek, archevêque de Trêves de 1676 à 1711, bâtit le trésor, situé à l’extrémité orientale du chœur. Le 17 août de l’année 17 17, un incendie consuma la charpente du toit, couverte en plomb. L’archevêque François-Louis restaura les dommages du feu, qui furent terminés en 1723. Cet archevêque entreprit de nombreux travaux qui défigurère nt la cathédrale sur plusieurs points.

Malgré ses nombreuses transformations , malgré ses métamorphoses successives, le dôme de Trêves n’a point perdu ce cachet vénérable d’antiquité et d'origine classique qui saisit les esprits et les pénètre de vénération, et qui force involontairement même quelquefois d’admirer.

En jetant les yeux sur le plan et la coupe, il est aisé de reconnaître l’ancienne partie romaine du dôme ; il est ensuite facile de suivre les agrandissements qu’il a subis. Les quatre travées orientales, composées de deux petites et de deux grandes, forment la carcasse antique. Au centre existent encore les colonnes primitives de granit, enveloppées de la maçonnerie du XIe siècle et formant les piliers actuels de la nef. Le chœur oriental, placé à l’extrémité de l’est, fondé peut-être par l’archevêque Poppo, porte tous les caractères du style d’architecture du XIIe siècle. Il a été élevé sous l’épiscopat de l’archevêque Hillin, qui commença son administration en 1 152 et mourut en 1169. Les six nervures de la voûte, de forme ovale dans leur coupe, et offrant un angle curviligne dans leur partie inférieure, ont de belles annules. Cet ornement n’était en usage qu’à la fin du XIIe et au commencement du XIIIe siècle. Toute la partie supérieure du dôme est à plein cintre. Là aussi, les colonnes des petites arcades, formant le triforium, sont également annelées. Les voûtes du dôme datent de la fin du XII siècle, et sont probablement comprises dans les embellissements entrepris par Jean 1er.

La chaire est l’ouvrage du sculpteur Jean-Bobert Hoffmann ; elle a été faite en 1572.

L’extérieur du chœur oriental est d’une grande élégance. 11 se compose de cinq étages et il est d’apparence polygonale, ayant cinq faces formées du décagone ou polygone à dix faces. Ce qui est remarquable, c’est que nous retrouvons cinq travées dans l’église.

On communique par une élégante porte du cloître dans l’église de Notre-Dame, dont nous avons donné une description dans cet ouvrage.

Le petit bâtiment à trois travées avec deux colonnes au centre, situé sur la face occidentale du cloître, qu’il interrompt aussi, qui a en outre sur la face du préau une petite chapelle circulaire, était sans doute la salle capitulaire, quoiqu'on ne sache pas précisément sa destination primitive. Cette salle, par son caractère, semble être de la même époque que le cloître, c’est-à-dire de la fin du XIIe ou du commencement du XIIIe siècle. A l’est du cloître, l’on voit un bâtiment divisé en trois parties inégales ; on dit qu’il était destiné à l’archidiacre et aux différents serviteurs de l’église. Ce bâtiment a un étage supérieur voûté comme le rez-de-chaussée, avec des colonnes au centre. On ne connaît pas la destination de la grande salle voûtée qui se trouve au nord du cloître.

— BIBLIOGRAPHIE

l° Baudcnmale der Rômischen Période itnd des Mitlelalters in Trier und seiner Umgeburg Herausgegeben von dem Archileklen Christian Wilhelm Schmidt, IIe Lie/erung. Der Dom zu Trier, etc., folio 7, planches. Trêves, 1839, 1 vol. texte in-4°.

2° Triersches Gymna.sial-Programm Michaelis, 1839, dans lequel on trouve les Remarques sur l’Histoire du dôme de Trêves, par J. Steininger.

3" Beilrage zur chrisllichen Kunst-Geschichte and Liturgik von DT Johann-Christian-Wilhelm Augusti. 2 vol. in-8°. Leipzig, 1841-1846. Le premier contient, à la page 223, le mémoire de M. Steininger.

4° Die Grabmahle der Irierischen Bischôfe insbesondere in der Domkirche zu Trier. Zusammengcsteüt von Wilhelm Günther. Trêves, 1833, in-8°, 42 pages.

i 'vii \

Ancti

Hauptxiss .

SA.’S'fflUSŒJMAÏLÎII ®I TI&JWES.

Plan général

irATMEiSjEjiJIj ®F T M I® VIE S (General Plan)

Catedral de Tréveris ( Piano (je lierai J

Pian ta ôenerale.

zi

lr-e="

Àmoudru del

Pfhor scuIpT

Page 1