CATHÉDRALE DE SPIRE
Lors de l’introduction du christianisme en Allemagne, le roi Dagobert avait bâti une église à Spire, sur l’emplacement et les ruines d’un temple de Diane. Cette antique basilique était dans un tel état de vétusté du temps de l’empereur Conrad II, que ce prince en fit élever une nouvelle, mais dont il n’existe plus rien aujourd’hui. Conrad ne termina pas le nouveau dôme, car il mourut en 1039. Henri III, son fils, continua Les travaux avec activité. La cathédrale de Spire avait été destinée par son fondateur à contenir les sépultures des empereurs d’Allemagne. Henri ne fut pas satisfait de l’exiguïté du chœur, où devaient être déposés les corps des princes de sa maison, et au bout de treize ans, il ralentit singulièrement son zèle pour l’achèvement du dôme. Enfin, il mourut en 1056, et Henri IY son fils lui succéda. Il n’était âgé que de six ans. La cathédrale était loin d’être terminée, la nef s’élevait seulement jusqu’au toit, et les deux tours de l’ouest seules étaient bâties. Elle fut enfin achevée par les soins d’Agnès, mère du jeune empereur, et de l’évêque Éginard, en l’année 1061. L’édifice s’élevait noblement dans les airs, couronné de six tours, dont deux octogones et les quatre autres carrées, et l’on avait mis trente et un ans à le construire.
Voilà l'histoire et la description du dôme de Spire qu’on trouve dans le plus grand nombre d’ouvrages sur l’histoire de la ville et sur l’archéologie ou ^architecture en Allemagne. L’édifice actuel passe, aux yeux de la plupart des archéologues allemands, pour la cathédrale élevée par Conrad II, au commencement du XIe siècle Le savant Stieglitz lui-même est tombé dans cette erreur universelle, en parlant de la cathédrale de Spire dans son curieux et précieux volume de l’Histoire de l’architecture, ainsi que dans le grand et érudit Traité de l’architecture allemande, publié in-4°, en 1820. M. Kugler est un des premiers qui ait assigné sa véritable date au monument actuel. Il est seulement à regretter qu’il n’ait pas pu donner plus de développement a la notice sur la cathédrale de Spire, insérée dans son Histoire de l'art, publiée en 1842.
En l’année 1 159, la cathédrale de Spire fut incendiée une première fois. Le second grand incendie arriva en 1289; un troisième enfin en 1450. La cathédrale actuelle est une œuvre du XIIe siècle; c’est vers 1165 qu’elle a été élevée.
Les documents historiques relatifs à l’édification de la cathédrale actuelle de Spire sont fort obscurs, et en outre peu nombreux. Le caractère du style du monument peut seul donner des appréciations chronologiques La cathédrale de Spire a 137m de longueur; sa largeur est de 36m hors œuvre. La nef a 14m de largeur, et le transsept a 58m de longueur du nord au sud. Le chœur est formé par un hémicycle de 19m 50 de diamètre hors œuvre, décoré extérieurement de six colonnes ornées de beaux chapiteaux, et qui supportent des arcades à plein cintre, couronnées d’un cordon, au-dessus duquel s’élève une élégante galerie à jour, formée de petites colonnettes et d’arcades à plein cintre. La terminaison septentrionale et méridionale des transsepts est carrée. A l’orient, les transsepts sont flanqués de deux tours carrées de 73m 40 d élévation, jusqu’au globe qui forme le pied de la croix. Ces deux tours carrées, à quatre étages, remplissent aussi l’angle formé par les transsepts et les deux côtés latéraux du chœur dans sa partie droite. Le chœur est couvert par une demi-calotte sphérique ; sa partie droite offre pour couverture une voûte en berceau, divisée en deux compartiments par un arc-doubleau simple, sans nervures. Le point d’intersection du transsept est surmonté d’une tour à huit pans, que recouvre un dôme à ogive, également à huit faces. Le toit qui recouvre ce dôme est duXVIF siècle Quatre pendentifs forment le passage du carré du bas de l’intersection à sa forme octogone du haut. Cette grosse tour est ornée à l’extérieur et à son sommet, en dessous du toit, d une galerie à jour, formée de petites colonnettes de 2m 40 de hauteur, supportant de petits arcs à plein cintre.
La nef est composée de six compartiments, qui forment au rez-de-chaussée vingt-quatre arcades. On n’y voit point de galeries latérales au-dessus des bas côtés. Les piliers sont carrés, et dans le collatéral, flanqués d’une colonne. Les cinq principaux piliers qui supportent les arcs doubleaux de la voûte, offrent un pilastre d’une grande largeur, contre lequel s’applique la colonne qui monte jusqu’à la naissance de la voûte. Les piliers intermédiaires, placés au centre des arcades principales, n’ont point de pilastres : leur colonne d’ornement s’élève simplement jusqu’à la naissance de la voûte ; mais elle est couronnée d un chapiteau cubique, tandis que les autres sont ornées d’un chapiteau à feuillage. Au-dessus des arcades du rez-de-chaussée, l’on voit une partie nue de mur, sur laquelle s’élèvent de chaque côté douze fenêtres à plein cintre. Les archivoltes simples qui les couronnent, prennent leur naissance sur les pilastres dont nous avons parlé plus haut et les colonnes à chapiteaux cubiques. Six petites fenêtres à plein cintre terminent enfin la nef sous la voûte. Eu général, la disposition de cette nef a quelque analogie avec celle de la cathédrale de Mayence, et plus particulièrement avec celle de la cathédrale de Worms, qui lui est contemporaine Nous ferons remarquer que les colonnes
— STYLE ROMAN
d'où Haïssent les arcs-doubleaux, sont coupées vers le milieu par un chapiteau qui supporte un tailloir évasé. C’est une particularité fort rare, et qui rappelle les annelures des colonnes de l’époque de la transition. Les arêtes diagonales de la voûte de notre cathédrale forment un plein cintre. Cette disposition se rencontre plus fréquemment dans les grands monuments, tels que les églises de Saint-Maurice et de Saint-George à Cologne , les anciennes églises abbatiales de Laach, près Andernach, et Eberbach, près Elfeld. La voûte ressemble alors à une portion de dôme, l’intersection des nervures diagonales étant plus élevée que les arcs-doubleaux transversaux et que les arcs qui lient la voûte au nu du mur. Il n’existe plus dans notre cathédrale que les tours carrées de l’orient dont nous avons parlé plus haut. Sur un soubassement uni et d’une hauteur considérable, s’élèvent trois étages, que séparent des cordons formés d’échiquiers dentelés. L’angle de ces tours est décoré d’un pilastre peu saillant, reliés l’un à l’autre par une rangée horizontale de petites arcades à plein cintre, supportées au milieu par des espèces de petites consoles ou corbeaux. Les quatre faces de ces tours sont ornées d'un fronton triangulaire, percé d’arcades à plein cintre, et toute la tour enfin est surmontée d’une pyramide à huit pans. Ces tours offrent tout à fait le style usité sur les bords du Rhin pour ce genre de construction. On le retrouve à Bonn, à Boppard, à Cologne, à Coblentz, à Laach, etc., etc., plus ou moins orné, suivant le plus ou le moins d’âge.
La façade occidentale de notre monument n’existe plus dans son état primitif. Dans la campagne d Allemagne sous Louis XIV, le dôme de Spire fut fortement endommagé. Nos armées y mirent le feu, et le 31 mai de l’année 1689, la cathédrale de Spire devint la proie des flammes. Elle resta pendant longues années dans un état complet de ruine. En 1772, enfin, l’évêque Auguste, comte de Limbourg-Stirum, fit faire quelques travaux à l’intérieur, et c’est de cette époque aussi que date la grotesque et ridicule décoration du portail occidental. En 1793, nos guerres de la République vinrent encore une fois porter un coup funeste à notre ancienne et belle cathédrale ; elle eut à subir de nombreuses mutilations. Ce ne fut qu’au bout de trente aimées, en 1823, que le gouvernement bavarois consacra de fortes sommes à la restauration du dôme et à son appropriation au culte. Le roi Louis de Bavière a fait exécuter un monument en marbre à l’empereur Rodolphe de Habsbourg; il en a chargé le célèbre sculpteur Schwanthaler (né à Munich en 1802 et élève de Thorwaldsen).
Le dôme de Spire a servi de sépulture aux empereurs Conrad II, mort eu 1039, Henri III, son fils, mort en 1056, Henri IV, mort en 1106, Henri V, mort en 1125; à Conrad III, mort en 1152, Philippe, mort en 1208, Rodolphe de Habsbourg, mort eu 1291, Adolphe de Nassau, mort en 1298, Albert Ier, mort en 1308. C’est dans le dôme de Spire que furent inhumées la pieuse Gisèle, femme de Conrad 31, Berthe, femme de Henri IV, et Béatrice, femme de l’empereur Frédéric Barberousse, ainsi que sa fille Agnès.
Le beau cloître de la cathédrale de Spire n’existe plus. Il avait été construit en 1437. La sacristie actuelle date de l'année 1409. Comme les documents écrits sur les édifices du moyen âge sont extrêmement rares, nous croyons devoir donner ici celui qui a rapport à cette sacristie :
Anno Dora. 1409 feria tertia in Rogationibus videlicet II idus Maji, hora meridiei, dominus Rupertus, Romanorum rex et duo filii, videlicet Stephanus et Otto duces Bavariæ, posuerunt primum lapidem nevee sacristiæ ecclesiæ Spirensis, et luna existente in tauro, et constabat 2800 flor. (*).
(*) Registmm camerariorum de Karsthaus, dans les archives de Carlsruhe, fol. 95.
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